‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 59 sur 133 · CAILLOUX · texte numérisé non relu

CAILLOUX

Toutes les stalactites ou concrétions vitreuses demi-tran.sparentes sont comprises dans l’énumération que nous avons faite des agates , cornalines, sardoines, prases, calcédoines, pierres bydropliaues et pélro-silex, entre lesquelles on trouve sans doute quelques nuances intermédiaires, c’est-à-dire des pierres qui participent de la nature des unes et des autres, mais dont nous ne pouvons embrasser le nombre que par la vue de l’esprit, fondée sur ce que, dans toutes ses productions, la nature passe par des degrés insensibles, et des nuances dont il ne nous est possible de saisir que les points saillants et les extrêmes : nous l’avons suivie de la transparence à la demi-transpai-euce , dans les matières qui proviennent du quartz, de fcld-spatli et du schori ; nous venons de présenter les jaspes, qui sont entièrement opaques, et il ne nous reste à pai'ler que des cailloux, qui sont souvent composés de toutes ces matières mêlées et réunies.

Nous devons observer d’abord (|ue l’on a donné le nom de cailloux à toutes les pierres, soit du genre vitreux, soit du genre calcaire, qui se présentent sous une forme globuleuse, et qui souvent ne sont que des

de couleur d’herbe, avec quelques petites taches de sang. Histoire générale des Voyages , tome XX\’’in, page 176.

(1) Boëce de Boot, livre II, page 261 .

(2) On trouve, dans le pays d’Aunis, un jaspe grossier qui est une espèce de quartz opaque; il V en a du rouge avec des veines blanches ; c’est si l'on veut du pétro-silcx, qui n’est qu’une variété du quartz comme le jaspe. Journal de Physique, juillet 1782, page i7 .

(3) Le sinople ou zinopel est une sorte de jaspe rouge d’un grain moins fin, non susceptihie de poli et beaucoup plus charge de fer ; ce métal y est à l’état d’ocrc et en assez grande quantité. Lettres deM. le docteur Demeste, tome I, page ^01,

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morceaux de fragments rompus, roulés- et arrondis par le frottement, dans les eaux qui les ont cidrainés : mais celte dénomination , prise uniquement de la forme cxlérieure, n’indique rien sur la nature de ces pierres; car ce sont tantôt des fragments de niarbie ou d’autres pierres calcaires, tantôt des morceaux de schiste, de granit, de jaspe et autres roches vitreuses plus ou moins usés et polis par les frottements qu’ils ont essuyés dans les sables des eaux qui les ont entrainés. Ces pierres s’amoncèlent au bord des rivières, ou sont rejetées par la mer sur les grèves et les basses-côtes, et on leur donne le nom de galets, lorsqu’elles sont aplaties.

Mais les cailloux proprement dits, les vrais cailloux, sont des concrétions formées, comme les agates, par exsudation ou stillation du suc vitreux, avec celte différence que, dans les agates et autres pierres fines, le suc vitreux plus pur forme des concrétions demi-transparentes, au lieu (|u’élanl plus mélangé de matières terreuses ou métalliques il l>roduil des concrétions opaques.

Le caillou prend la forme de la cavité dans laquelle il est produit, ou plutôt dans laquelle il se moule, et souvent il offre encore la figure des corps organisés, tels que les bois, les coquilles, les oursins, les poissons, etc., dans lesquelles le suc vitreux s’est infiltré en remplissant les vides que laissait la destruction de ces substances; lorsque le fond de la cavité est un plan horizontal, le caillou ne peut prendre que la forme d’une plaque ou d’une table sur le sol ou contre les parois de cette cavité (t) : mais la forme globuleuse et la disposition par couches concentriques est celle que les cailloux affectent le plus souvent; et tous en général sont composés de couches additionnelles, dont les intérieures sont toujours plus denses et plus dures que les extérieures. La cause du mécanisme de celte formation se présente assez naturellement; car la matière qui suinte des parois de la cavité dans laquelle se forme le caillou ne ])eut qu’en suivre les contours, et produire dans cette cavité une première couche qu’on doit regardei' comme le moule extérieur et l’enveloppe des autres couches qui se forment ensuite, cl successivement au dedans de cette première incrustation , à mesure que le suc vitreux la pénètre et suinte au dedans par ses pores : ainsi les couches se multi-

(t) Les cnilloiix qui sont en plaques se forment dans les fentes des pierres Il y a de ces

plaques qui peuvent avoir un ou deux pieds et plus de diamètre; d’autres n’ont guère qu’un demi-pied, et quelquefois moins ; les premières n'ont souvent qu’une ligne ou deux d'épaisseur; les autres trois ou quatre; celles-ci se forment ordinairement dans les fentes lioiizontales, les autres dans celles qui sont perpendiculaires.

Les parois de ces dernières fentes en sont souvent tapissées dans toute leur étendue, et alors les jdaques sont uniformes, c’est-à-dire qu’il ne pend point de leur côté inférieur des mamelons ni des espèces de branches ou ramifications ([UC l’on trouve à colles qui ont pris naissance dans les fentes dont les parois n’étaient qu’à demi ou en partie recouvertes. M. Cucttard, Jlémoires de l’Académie des Sciences, année 1703, pages H et suivautesi

DES MINÉRAUX. iOü

plient en dedans, et les unes au-dessous des autres tant que le suc vitreux peut les pénétrer et suinter à travers leurs pores. Mais lorsque, après avoir pris une forte épaisscui* et plus de densité, ces méincs couches ne permettent plus à ce suc de passer jusqu’au dedans de la cav ité, alors l’accroissement intéi ieur du caillou cesse et ne se manifeste plus que par la transmission de parties plus atténuées et de sucs plus épurés, qui produisent de petits ci’islaux. L’eau passant dans l’intérieur du caillou, chargée de ces sucs, en remplit d’abord la cavité; et c’est alors que s’opère la formation des cristaux qui tapissent l’intérieur des cailloux creux. On trouve quelquefois les cailloux encore remplis de cette eau, et tout observateur sans préjugé conviendra que c’est de cette manière qu’opère la nature ; car si l’on examine avec quelque attention l’intérieur d’un caillou creux ou d’une géode, telle que la belle géode d’améthyste qui est au Cabinet du Roi, on verra que les pointes de cristal, dont son intérieur est tapissé, partent de la circonférence, et se dirigent vers le centre, qui est vide : la couebe extérieure de la géode est le point d’appui où sont attachées toutes ces pointes de cristal par leur base; ce qui ne pourrait être si la cristallisation des géodes commençait à se faire par les couches les plus voisines du centre , puisque dans ce dernier cas ces pointes de cristal , au lieu de se diriger de la circonférence vers le centre, tendraient au contraire du centre à la circonférence, en sorte que l’intérieur, qui est vide, devrait être plein et hérissé de pointes de cristal à sa surface.

Aussi m’a-t-il toujours paru que l’on devait rejeter l’opinion vulgaire de nos naturalistes, qui n’est fondée que sur une analogie mal entendue :

Il Les cailloux creux, disent-ils, se forment autour d’un noyau; la coii- « che intérieure est la première produite, et la couche extérieure se « forme la dernière. » Cela pourrait être s’il y avait en effet un noyau au centre , et que le caillou fût absolument plein ; et c’est tout le contraire, car on n’y voit qu’une cavité vide et point de noyau. « ftlais ce « noyau, disent-ils, était d’une substance qui s’est détruite à mesure « que le caillou s’est formé. •> Or je demande si ce n’est pas ajouter une seconde supposition à la première, et cela sans fondement et sans succès, puisqu’on ne voit aucun débris, aucun vestige de cette prétendue matière du noyau : d’ailleurs ce noyau , qui n’existe, que par supposition , aurait dû être aussi grand que l’est la cavité ; et comme dans la plupart des cailloux creux cette cjivité est très-considérable, doit-on raisonnablement supposer qu’un aussi gros noyau sc fût non-seulement détruit, mais anéanti, sans laisser aucune trace de son existence? Elle n’est en effet fondée que sur la fausse idée de la formation de ces jiierrcs par couches additionnelles, autour d’un point qui leur sert de centre , tandis qu’elles se forment sur la surface concave de la cavité, qui seule existe réellement.

Je puis encore appuyer la vérité de mon opinion sur un fait certain : c’est que la substance des cailloux est toujours plus pure, plus dure, et

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même moins opaque à mesure que l’on aiiproclie de leur eavilé ; preuve cvidenle que le suc vitreux s’atténue et s’épure de plus en plus eu passant à travers les couches qui se forment successivement de la circonférence au centre, puis(|ue les couches extérieures sont toujoui’s moins compactes que les intérieures.

Quoi(jue le caillou prenne toutes les formes des moules dans lesquels il se forme, la tigure globuleuse est celle qu’il parait affecter le plus souvent j et c est en elbd cette lorine de cavité qui s’offre le plus fréquemment au dépôt (le la stillation des eauXj soit dans les boursouflures des verres primitifs, soit dans les vides laissés dans les couchcis des schistes et des glaises, par la destruction des oursins, des pyrites globuleuses, etc. : mais ce (pii prouve (jue le caillou proprement dit, et surtout le caillou creux, n'a pas reçu cctlc figure globuleuse par les frottements extérieurs comme les pierres auxquelles on donne le nom de cailloux roulés, cest que celles-ci sont ordinairement pleines, et (jue leur surface est lisse et polie, au lieu (]ue celle des cailloux creux est le plus souv ent brute et raboteuse. Ce n’est pas qu’il ne se trouve aussi de ces cailloux creux qui, comme les autres pierres, ont été roulés par les eaux, et dont la surlace s’est plus ou moins usée par le frottement; mais ce second effet est purement accidentel, et leur formation primitive en est totalement indépendante.

En rappelant donc ici la suite progressive des procédés de la nalure dans la produclion des stalactites du genre vitreux, nous voyons que le suc qui forme la substance des agates et autres pierres demi transparen- Uîsest moins pur dans ces pierres que dans les (u islaux, et plus impur dans les cailloux que dans ces pierres demi-transparentes. Ce sont là les degrés de transparence et de pureté par lesquels passent les extraits des verres ])rimilifs; ils se réunissent ou se mêlent avec des substances terreuses pour former les cailloux, qui le plus souvetd sont mélangés et toujours teints d’une matière ferrugineuse : ce mélange et celte teinture sont les causes de leur opacité. Mais ce qui démontre qu’ils tirent leur origine des matières vitreuses primitives, et qu’ils sont de la même essence que les agates et les cristaux, c’est l’égale densité des cailloux et des agates (I) ; ils sont aussi à très-peu ju'ès de la même dureté, et reçoivent également un poli vif et brillant; quehpies-uns deviennent même à demi-transparents lorsqu’ils sont amincis; ils ont tous la cassure vitreuse; ils font également feu contre l’acier; ils résistent de même à l’action des acides, en un mot, ils jjrésentent toutes les propriétés essentielles aux substances vitreuses.

Mais, comme chacun dés verres primitifs a pu fournir son (*xtrait, et que ces diflérents extraits se sont souvent mêlés pour foi-mer lës cail-

(t) Pesanteur spécifique du caillou olivâtre 2C067; de l’agate orientale 26901 ; du caillou veiné 26122, et de l’agalc ony.x 26576 ; du caillou-onyx 2iiOU. Tafiles de M. Brisson.

loux, soit dans les rochers (jnarlzcnx cl sti anilenx, soit clans les terres schisteuses ou argileuses, et ciue ces mélanges se sont faits à différentes doses, il s’est formé des cailloux de (|iialilés diverses : la substance des uns contient beaucoup de (|uartz, et ils sont, par cette raison, trés-réfractaires au feu; d’autres mêlés de feld-spath ou de schorl sont fusibles; enfin d’autres également fusibles sont mêlés de maliêres calcaires : on pourra toujours les distinguer les uns des autres, en comparant avec attention leurs propriétés relatives; mais tous ont la même origine, et tous sont de seconde formation.

Il y a des blocs de pierres cjui ne sont formés que par l’agrégation de plusieurs petits cailloux réunis sous une enveloppe commune. Ces blocs sont presque toujours en plus grandes masses que les simples cailloux; et comme le ciment, qui réunit les pelils cailloux dont ils sont composés, est soucent moins dur et moins dense que leur jtropre substance, ces blocs de pierre ne sont pas de vrais cailloux dans toute l’étendue de leur volume, mais des agrégats, souvent imparfaits, de plusieurs petits cailloux réunis sous une envelopjie commune : aussi leur a-t-on donné le nom particulier de poudingues, pour les distinguer des vrais cailloux. Mais la plupart de ces poudingues ne sont formés que de galets ou cailloux roulés, c’est-à-dire de fragments de toutes sortes de pierres, arrondis et polis par les eaux; et nous ne traitons ici (jiie des cailloux simples, qui, comme les autres stalactites, ont été produits par la concrétion du sue vitreux, soit dans les cavités ou les fentes des rochers ou des terres, soit dans les coquilles (1), les os ou les bois sur lesquels ce suc vitreux tombait et qu’il pouvait pénétrer.

("1) M. de Mairan étant à Bieuilpont, petit village sur la rivière d’Eure, entre Passy et Ivry, observa que tout le terrain d'une deml-lieuc à la ronde était couvert dans sa surface, et raèinc rempli dans son intérieur, de pierres qui lui parurent mériter de l’attention... Toutes sont du genre des cailloux, propres à faire feu, couvertes entièrement d’une croûte ou écoree de craie ou de marne. M. de Mairan les a p.irtagées en quatre classes, dont deux sont des pétrilieations animales ou faites dans des parties animales , du moins ne pcut-il y avoir quelque doute que sur une : c’est celle qui est composée de pierres de toutes grandeurs , depuis la grosseur du doigt jusqu’à celle d'une tête de taureau ; les Dgurc.s en sont fort irrégulières et différentes, mais elles représentent toutes des ossements d’animaux avec leurs eut ités , apophyses , épiphyscs, etc., et les représentent d’autant mieux qu’elles sont plus entières, car on les trouve cassées |iour la plupart ; celte pierre est de beaucoup la plus abondante, et il n’est guère possible que le hasard ait produit entre des pierres et des os.semcnls d’animau.x, une ressemblance si exacte et tant répétée.

La seconde classe , la moins nombreuse de toutes , est cei tainement faite dans des parties animales; ce sont des échinilcs, c’est-à-dire des pierres (jui se sont moulées dans 1 écaille ou coque ou enveloppe de quelque echinus marin ou hérisson de mer ; la figure de cette espèce de poisson , qui est à peu prés celle d'un conoïde parabolique , les arêtes, les cannelures de l’écaille l’arrangement de ses éminences , tout est exactement marqué sur ces pierres; elles n’ont point de croûte de croie ou de marne comme toutes les autres do Breuilpont , mais elles sont entièrement cailloux. Jl. de Jlairan en a trouvé quelques-unes fort grandes , et qui ont trois pouces do diamètre à la base de leur conoïde , ce qui n’est pas ordinaire ; quoiqu’on soit

On doit, comme nous l’avons dit, séparer des vrais cailloux les morceaux de quartz, do jaspe, de porphyre, de granit, etc., qui, ayant été l oulés, ont pris une figure globuleuse : ces débris des malières vitreuses sont en immense quantité (1); mais ce ne sont que des débris et non pas des extraits de ces mêmes matières, comme on le reconnaît aisément à leur texture qui est uniforme, et qui ne présente point de couches concentriijues posées les unes sur les autres, ce qui est le \érilable caractère par lequel on doit distinguer les cailloux de toutes les autres pierres vitreuses, et souvent ces couches qui composent le caillou sont de couleur différente (2).

sûr qu’elles apparlieiuient toutes à des ecliinus , il n’est pas toujours aise de déterminer à quelle espère particulière d'ccliinus chacune appartient; il peut y avoir tel echinus marin, et il y a certainement un très-grand nojnbrc d’animaux , et surtout de poissons , qui ne se trouvent point dans les naturalistes les plus exacts.

Il reste les deux autres classes de pierres de Breuilpont qui sont purement minérales; les unes et les autres ont une croûte terreuse, après quoi vient le caillou , et ensuite un creux rempli d’une terre qui se met aisément en poudre. Le creux occupe le milieu de toute la pierre ; ces deux classes ne dilTèrent qu’en grandeur, en couleur, et un peu en figure ; les pierres delà première classe approchent de la figure spliériqne; leur plus petit diamètre est de deux pouces, et le plus grand de quatre. La terre qui les couvre est blanche, et celle qui en remplit le creux encore plus. La partie qui est caillou, est placée entre deux terres, à un doigt su un doigt et demi d’épaisseur. La seconde classe est de petites pierres , grosses au plus comme des noix, ordinairement sphériques, quelquefois sjthéroïdes ou plates, dont le caillou est fort mince , et la terre, tant celle qui les couvre que celle qui en remplit le creux , est d’une couleur roussâtre, comme du calé brûlé ou du tabac d’Espagne ; cette classe est beaucoup moins nombreu.se que l’autre.

M. de Mairan a trouvé quelques-unes de ces inerres qui n’étaient qu’un amas de plusieurs pierres collées ensemble, et renfermées sous une croûte commune. Histoire de l’Académie des Sciences, année 1721, p. 21 et suiv.

(1) Dans les environs de Vauvillicrs et de l’ont-de-Bois , l’on remarque une très-grande quantité de cailloux roulés , de toutes sortes do couleurs , comme dans la plaine de Saint Nicolas en Lorraine : ce sont des fragments de quartz usés par le roulis des eaux , et qui ont formé autrefois les grèves de lu mer. Mémoires de Physique, par M. de Grignon , p. 566. — M. Bowles dit que le pavé de Tolède est composé de pierres i ondes de sable qu’on trouve aux environs. Le terrain , ajoute-t-il , abonde en bancs profonds de petits cailloux non calcaires, de sorte que le Tage fait découvrir quelqnes-iins de ces bancs perpendiculairement coupés de plus de cinquante pieds de hauteur. Voyage de Madrid à Almaden, p. 3 et 4.

(2) J ai amassé, dans les environs de Bourbonne-les-Bains , des cailloux d’une forme ronde plus ou moins parfaite; ils sont presque tous enerovités d’une couche en décomposition... La surface des uns est lisse , on voit des mamelons qui hérissent celle des autres; enfin il y en a qui présentent des enfoncements d’une forme régulière. Tous les cailloux de celte espèce que j’ai cassés, sont veinés de lignes rouges concentriques , tracées circiilaircment plus ou moins régulièrement , ou comme des guillochés. Dans la coupe d’un que j’ai fait polir , on voit que ces linéaments sont d’une couleur rouge vive, que la substance intermediaire est un silex qui est à demi transparent , laiteux dans des endroits , rembruni dans d’autres : il y a lieu de présumer que la couleur de ces zones d’un rouge vif est due à des parties de fer décomposées, qui ont été dissoutes par le fluide qui a formé le caillou qui ressemble en partie à l’agate-onyx, et qui a beaucoup de rapport avec les cailloux d’Égypte dont il n’a pas l’opacité. Mémoires de Physique, par M, de Grignon, p. 33L

Il se trouve des cailloux dans toutes les parties du monde; on en distingue (juelques-uns comme ceux (ri‘.gyple(I), par leurs zones alternatives de jaune et de brun, et par la singularité de leurs herborisations. Les cailloux d’Oldenbourg sont aussi Irès-rcuiarquables : on leur a donné le nom de cailloux œillés, parce qu’ils présentent des taches en forme d’œil.

On a prétendu que les agates, ainsi que les cailloux, renfermaient souvent des plantes, des mousses, etc. ; et l’on a même donné le nom ü' herborisations à ces accidents, et le nom de dendriles aux pierres qui présentent des tiges et des ramifications d’arbrisseaux : cependant cette iilée n’est fondée que sur une apparence trompeuse, cl ces noms ne portent que sur la ressemblance grossière et très-disproiiortionnée de ces ])rétendues herborisations avec les herbes réelles auxquelles on voudiait les comparer; cl dans le vrai, ce ne sont ni des végétations, ni des végétaux renfermés dans la pierre, mais de simples inlillrations d’une matière terreuse ou métallique dans les délits ou petites fentes de sa masse (2) : l’observation et l’expérience en fournissent également des l»reuves (pie M. Mongez a nouvellement rassemblées et mises dans un grand jour (5). Ainsi les agates et les cailloux l'.erboriscs ne sont fiue

(1) .l’aperçus, dit Paul Lucas, sur le bord du Nil , un grand amas de pierres qui attirèrent ma ciiriosilc ; je mis pied à terre, je trouvai des cailloux d’une c.spccc qui me parut avoir quelque chose de particulier; j’en cassai quelques-uns, et ayant remarqué des veines fort singulières, j’en pris un assez grand nombre, et je les emportai dans la barque ; depuis mou retour j’en ai fait tailler quelques-uns, ils sont plus durs que l'agate, ils prrnnent un fort beau polimeul, et sont propres à faire de fort beaux ouvrages. Troisième Voyage de Paul Luc.as eu Turquie, etc., Rouen, f7IO, tome K, p. S,»!!. — Nous fûmes, dit JIniiconys, souper au soleil couciié dans un champ tout rempli de ces cailloux peints an-dedans , ce qui continue jusqu’au Caire; j’en trouvai d’assez achevés et curieux; l’un avait un cœur parfaitement bien fait et grand, qui avait une cicatrice à un ciUc, et l’ayant ouvci t, le cœur navré était peint aux deux côtés; un autre avait de grands ceps de vigne avec les pampres; un autre représentait une tète de mort dedans un lieu enfoncé comme une caverne, avec des llammes on fumées tout autour, et d’antres avaient divciscs figures moins parfaites, mais fort curieuses. Journal des Voyages de Monconys; Lyon, tCio, première partie, p. 2iJ0.

(2) L’on a confondu souvent, et mal à propos, des fils lalqucnx et d’amiante, et des dissolutions métalliques, avec des poils, des mousses, des lichens, qu’on a cru voir dans les agates et les cailloux. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1776, p. 684. — On trouve aux environs de Chàtenuroux plusieurs dendrites ou pierres horborisées; on les lire d’une carrière de moellons située a vingt-cinq ou trente pas de la jâviere d Indre; elles sont a quinze ou vingt pieds de profondeur, et on 1rs y rencontre en très-grande abondance. La pierre se fend aisément par lits ; c’e.st par l’inlerv.ille qui est entre ees lits que la matière colorante s est insinuée, car ce n’c»l qu’eu fendant la pierre qu’on aperçoit l’espèce de peinture qu’elle a formée. Il y en a quelques-unes qu’on aurait bien de la peine à imiter. Histoire de r.\cadémie des Sciences, année 1776, p. Ifi-

(3) On doit attribuer l'origine des hci borisations à des infiltrations. M. Mongez appuie ce sentiment sur ce qu’on a li ouvé des masses d’argile et d’autre matière dont l’intérieur était lierborisé, et qui .se partageaient constamment dans l’endroit de ces herborisations t ainsi le

HISTOIRE NATURELLE

des agates et des railloiix moins solides, plus fêles que les aufres; ce seraient des pierres irisées si la substance du caillou était transparente, et si d’ailleurs ces petites fentes n’élaient pas remplies d’une matière opaque qui intercepte la lumière. Cette matière est moins compacte que la substance de la pierre ; car la pesanteur spécifique des agates et des cailloux herborises n’est pas tout à fait aussi grande que celle de ces mêmes piei-res, qui ne présentent point d’herborisations (1).

On trouve ces prétendues représentations de plantes et d’arbres encore plus fréquemment dans tes pierres calcaires que dans les matières vilreuses; on voit de semblables figures aussi finiment dessinées, mais plus en grand, sur plusieurs pierres communes et calcinables de l’espèce de celles qui se délient facilement et que la gelée fait éclater : ce sont les fentes et les gerçures de ces pierres, qui donnent lieu à ces soi tes de paysages; chaque fente ou délit produit un tableau différent, et dont les objets sont ordinairement répétés sur les deux faces contiguës de la pierre : « La matière colorante des dendrifes, dit 31. Salerne (2), n’est <1 que superficielle, ou du moins ne pénètre pas profondément dans la « pierre : aussi lorsqu’elles ont été exjiosées pendant un certain temps « aux injures de l’air, le coloris des images s’affaiblit insensiblement, et K leurs traits s’effacent à la lin. Un degré de chaleur assez modéré fait « aussi disparaître promptement les herborisations de ces dendrites;

« mais elles résistent sans altérations à l’eau de savon, à l’huile de

silex , tes agates et les pierres horborisées iie devront les diverses flgiires de mousses et Je plantes dont elles sont ornées qu’à une matière déposée par l'iuriltration dans leurs fentes , qui, quoique trcs-diiriciles à apercevoir à l’aide du microscope dans les agates, sont néanmoins sensibles dans les enbydres du Vicentin. En effet , ces petites géodes de calcéiloine perdent facilement par l’ét aporation l’eau qu’elles conliennent. Les placc-t-ou ensuite dans une éponge imbibée d’eau, elles reprennent à la longue le liquide qu’elles .avaient perdu. Celte perte et cette absorption alternalives démontrent l’existence des fentes ou suçoirs ((ui fuient l’œil de l’observateur. Tontes les géodes elles-mêmes qui forment un vide produit par l’évaporation de l’eau de cristallisation contiennent aussi dcslcnlcs,ct on en voit qui, dans leur rupture, montrent l’entrée et l’issue du fluide. On peut donc assurer constamment que les pierres berborisées, de quelque nature qu’elles soient, ont offert aux sucs colorants des fentes capables de les recevoir et de produire l’effet des tubes capillaires.

M. Mongez a fait quelques recherebes sur la nature de ces sucs. Les uns charrient une argile brunâtre tres-atténuée , et leurs traces se décolorent au feu, telles sont les argiles et les marnes berborisées de Cavireau, près d’Orléans, et de Cbàteauroux, en Berry. On en voit de bitumineuses que le feu fait entièrement disparaître. La troisième espèce enfin est due à des chaux martiales, et le pblogistiquc des charbons suffit pour les revivifier. Journal de Physique, mai 1781, p. 587 et suiv.

(1) La pesanteur spéciOque de l’agate orientale est de 251)01 , de l’agate irisée 25533 , de X'agate herborhéc 25981 : la pesanteur spécifique du caillou olivâtre 20067, du caillou taché 25867, du caillou veiné 26122, du caillou onyx 266fi, et du caillou herborUé d’Égypte 256é8. Tables de M. Brisson.

(2) Mémoires des Savants étrangers, tome III. Voyez aussi les Observations de M. l’abbé de Sauvages, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1745.

2ÜI

« tartre par défaillance, a l’esprit volatil du sel ainnioniac, a lespiit-de- « vin. Si au contraire on fait tremper pendant quelque temps une den- «i dritc dans du vinaigre distille, les figures s’effacent en partie, quoique K leurs traces y restent encore d’une manière assez apparente; mais «! l’esprit de vitriol décolore sur-lc-chauq» ces dendrites, et lorsqu'elles « ont séjourné pendant vingt-quatre heures dans cette liqueur, le •< paysage dispai'ait entièrement. » Néanmoins ces acides n agissent pas immédiatement sur les herborisations, et ne les effacent qu’en dissolvant la substance même de la pierre sur laquelle elles sont tracées; car cette pierre dont parle M. Salerne était calcaire, et de nature à être dissoute par les acides.

On peut imiter les herborisations, et il est assez difficile de distinguer les fausses dendrites des véritables : « H est bien vrai, dit 1 historien de « l’Académie, que pour faire perdre à des agates ces ramifications d’ar- « brissaux ou de buissons qui leur ont été données par art, ou, ce qui « est la même chose, effacer les couleurs de ces ligures, il ne faut que <1 ti-cmper les pierres dans de l’eau-forte, et les laisser ainsi à 1 ombre « dans un lieu humide pendant dix ou douze heures; mais il nest pas « vrai que ce soit là, comme on le croit, un moyen sur de reconnaître <c les dendrites artificielles d’avec les naturelles. M. de la Condaminc lit « celte épreuve sur deux dendrites, moins pour la faire que pour sas- « surer encore qu’il n’en arriverait rien; car les deux agates étaient « hors de tout soupçon, surtout par 1 extreme finesse de leuis ïamcaux,

« (pii est ce que l’art ne peut attraper. Effectivement, pendant trois ou « quatre jours, il n’y eut aucun changement : mais par bonheur les <1 dendrites, mises en expérience, ayant été oubliées sur une fenêtre il pendant quinze jours d’un temps humide et pluvieux, M. de la Con- 11 damine les retrouva fort changées; il s était mêlé un peu deau de >1 |)lide avec ce ([ui restait d’eau-forte dans le v'asc : 1 agate où la couu leur des arbrisseaux était la plus faible l’avait entièrement perdue,

.1 hors dans un seul petit endroit; l’autre était partagée en deux par- « lies; celle qui trempait dans la liipieur était effacée, celle qui demeu- <1 rait'à sec avait conservé toute sa netteté et la force des traits de ses .1 arbrisseaux. Il a fallu pour cette expérience de l’oubli, au lieu de Il soin cl d’allcnlion (I). »

11 parait donc que l’acide aérien, ainsi que les autres acides, pénètrent à la longue dans les mêmes petites fêlures qiiiontdonnc passage à la matière des herborisations, et qu’ils doivent les faire disparaître lorsque celte matière est de nature à pouvoir èU-e dissoute par l’action de ces mêmes acides : aussi avons-nous démontré que c est cet aciide aérien, . qui peu à peu décompose la surface des cailloux exposés aux impressions

il) lliatoiredc rAcademie deo Sciences, aiunic 1753, p. 23!.

202 MlSTomE NATÜHELLË

de lair, et qui convertit, avec le temps, toutes les pierres vitreuses en terre argileuse.

POUDINGÜES.

Les cailloux composés d’autres petits cailloux, réunis sous une même enveloppe par un ciment de même essence, sont encore des cailloux qui ne diffèrent des autres fju’en ce qu’ils sont des agrégats des cailloux jirécédemment formés, et qui, se trouvant environnés par des matières vitreuses, forment une masse dont la texture est différente de celle des cailloux produits immédiatement par le suc \ itreux, et composés de couches additionnelles et concentriques. Quelque grossier que soit le ciment vitreux qui réunit ces petits cailloux, leurs agrégats ne laissent pas d’être mis au nombre des poudingues; et même ce nom se prend dans une acception plus étendue, car on nomme poudingues toutes les pierres composées de morceaux d’autres pierres plus anciennes, unis ensemble par un ciment pierreux quelconque, quoique souvent ces petits cailloux des poudingues ne soient pas de vrais cailloux formés par le suintement des eaux, mais simpletnent des fragments de (juartz, de jaspe, et d autres matières vitreuses, dont les morceaux longtemps roulés dans les sables, et arrondis par le frottement, se sont ensuite agglutinés, et réunis les uns aux autres dans ces mêmes sables par l’accession d’un suc ou ciment vitreux plus ou moins pur, ou même d’uusuccalcaire.

Il y a donc des poudingues dont les pierres constituantes et le ciment vitreux qui les lie sont de même essence, presque également compactes, et ces poudingues ont la dureté, la densité, et toutes les autres propriétés du caillou : dans d’autres poudingues, également vitreux et en beaucoup plus grand nombre, les fragments, soit de cailloux proprement dits, soit simplement de pierres roulées, u êlant réunis que par un ciment plus faible ou plus impur, la masse <iui en résulte n’est pas egalement duie et dense dans toutes ses parties, et j>ar conséquent ces poudingues ne reçoivent un poli vif que sur les petits cailloux dont ils sont composés, et leur ciment, quoique vitreux, n’a pas assez de dureté I)Our prendre le même éclat que le caillou qu’il enveloppe j enfin, il y a d’autres poudingues composés de cailloux réunis par un ciment calcaire, ■et d’autres qui sont purement calcaires, n’étant composés que de morceaux de pierre dure ou de marbre, réunis par un ciment spathique ou terreux, comme sont les marbres-brèches (1).

(1) .M. GucUurd duiiae le iiuln de puuJinyuos à toutes les pienes qui soûl formées de eail-

DË8 MINÉRAUX.

Nous avons parlé dos brèches à l’article des marbres : ainsi nous ne ferons ici mention que des poudingues vitreux, tels que ceux qu’on a nommés cailloux d’Écosse ou d’Angleterre, et nous observerons qu’il s’en trouve d’aussi beaux en France. Nous avons déjà cité les cailloux de Rennes (1), et l’on peut y joindre les poudingues de Lorraine et ceux de quelques autres de nos provinces, « Avant d’arriver à Rcmiremont, dit « M. de Grignon (2), l’on rencontre des poudingues rouges, gris et « jaunes; ils sont d’une très-grande dureté, et susceptibles d’un poli « éclatant, » Mais en généraR il y a peu de poudingues dont toutes les parties se polissent également, le ciment vitreux étant presque toujours plus tendre que les cailloux qu’il réunit; car ce ciment n’est ordinairement composé que de petits grains de quartz ou de grès, qui ne sont, pour ainsi dire, qu'agglutinés ensemble : plus ces grains sont gros, plus le ciment est imparfait et friable, en sorte qu’il y a des poudingues qu’on peut diviser ou casser sans efforts ; eeux dont les grains du ciment sont plus fins ou plus rapprochés, ont aussi plus de cohérence; mais il n’y a que ceux dans lesquels les grains du ciment sont Irès-atténués ou dissous, qui aient assez de dureté pour recevoir un beau poli. On peut donc dire que la plupart des |)oudingucs vitreux ne sont que des grès plus ou moins compactes, dans lesquels sont renfermés de petits cailloux de toutes couleurs, et toujours plus durs que leur ciment.

l.a plus grande partie des cailloux qui composent les poudingues sont, comme nous l’avons dit, dos fragments roulés; ou peut en effet observer que ces fragments vitreux sont rar ement anguleux, mais ordinairement arrondis, ou plus ou moins usés et polis sur toute leur surface. Les poudingues nous offrent en petit ce que nous présentent en grand les bancs vitreux ou calcaires qui sont composés des débris roulés de pierres plus anciennes. Ce sont également des agrégats de débris

loiix vitreux ou pierres calcaires, réunies ensemble par un ciment quelconque; il croit, par conséquent, que l’on peut ranger les marbres-brèches avec les poudingues. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1755, page 159.

(1) Les cailloux de llcnnes sont des poudingues qui , par la variété de leurs couleurs, par leur dureté et l’éclat du poli, peuvent être comparés aux cailloux d’Angleterre. » de no sais « même, dit M. Gueltard, si le fond rouge des cailloux de Rennes ne pourrait pas les faire « préférer aux poudingues d’Angleterre, dont le fond de couleur est communément d’un brun » plus ou moins foncé, ce qui les rapproche beaucoup plus des poudingues communs. La cou- « leur rouge des cailloux de Rennes est variée de jaune... Quelquefois il y a de petites inar- « ques entièrement Jaunes, et d’autres qui n’ontqu’uu très-petit pointrougedans leur milieu... y Entre ces cailloux, on en remarque quelquefois de petits, qui sont blancs, qui ont quelque « chose de transparent, et l’air de tenir de la nature du quartz... Outre les cailloux dont le « fond de couleur est rouge, il s’en trouve qui sont verdâtres. Ou trouve, dans d’autres pro- « vinces de la France, des poudingues qui ont encore plus de rapport que les cailloux de « Rennes avec ceux d’Angleterre, mais qui ne prennent pas aussi bien le poli. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17ao, page Ibo.

(2) .Mémoires de Physique, page 585.

HISTOfRE NATURELLE

pins ou moins gros de diverses pierres, et surtout des roches primitives, qui ont été transportés, roules et déposes par les eaux, et qui ont formé des masses plus ou moins dures, selon qu’ils se sont trouvés dans des sables plus ou moins tins et plus ou moins analogues à leur propre substance (t).

La beauté des poudingues dépend non-seulement de la dureté de leur ciment, mais aussi de la \ ivacilé et de la variété de leurs couleurs. Après les cailloux de Rennes, les poudingues de France les plus remarquables et les plus variés par leurs nuances sont ceux qu’on rencontre sur le chemin de Pontoise à Gisors, cl ceux du gué de Lorrey; les cailloux que renfcnnenl ces poudingues sont assez gros, et leur ciment est blanc ou brun.

Au reste, tous les poudingues sont opaques, ainsi que les cailloux, et ce sont avec les grès les dernières concrétions quartzeuses. Nous a\ ons présenté successivement, et à peu près dans l’ordre de leur formation, les extraits cristallisés du quartz, du feld-spalh et du schori, ensuite leurs stalactites dcmi-lransparcnlcs, et enfin les jaspes et les concrétions opaques de toutes ces matières vitreuses. Nous ne pouvons pas suivre la même marche imur les concrétions du mica, parce qu’à l’cxceplion du talc, qui est transparent, et dont nous avons déjà parlé (2), les concrétions de ce cinquième verre primitif sont presque toutes sans transparence.

(1) « Aucun des poudingues, dit M. GucUiird, dont il a été question jusqu’à présent, ne « prendrait peut-être un aussi beau poli qu’une espèce de ce genre de pierre qui se trouve « dans quelques carrières de cailloux de pion e à fusil des cie irons de l’Aigle, en Normandie... U Ils y ont été liés après leur fornialion par une matière semblable à celle dont ils sont faits « eux-mêmes, et qui, les égalant au moins en dureté, doit prendre un poli qui ne doit point O le céder en vivacité à celui qu’on donne à la pierre à fusil... Leur couleur est brune ou » d’un brun noirâtre.

» .Si beau que fût le poli de ce poudingue, il ne le serait peut-être pas encore autant que « celui que prend une pierre de la Rocbcpont-Saint-Tbibault, près Jlaltavcnnc, en Orléanais. « Un défaut de tous les poudingues , excepté ceux de l’Aigle , les cailloux de Rennes et les « brèches, vient de ce que, si dur que soit le ciment qui lie leurs cailloux, il ne l’est pas en- « core autant qu’eux. Le ciment de la Rochcpont-Saint-Thibault est si peu considérable, qu’il <1 semble meme qu il n’y en ail pas, et que. ces cailloux ne soient seulement que dilTérenlcs « grandes taches d’une pierre comjioscc d’une matière ainsi marbrée, et qui s’est durcie. ... » Leur couleur est dos plus simples et des moins variées; un peu de jaune terne sur un fond « brun fuit tout le marbré de celte pierre, qui se trouve en assez grande nsassc. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1755, pages 163 et 166.

(2) Voyez (Théorie de la Terre) les articles dn mica et du talc.

DES MINEKAUX,

STALACTITES ET CONCRÉTIONS Dü MICA.

La première et la plus pure de ces concrélions est le talc (pii u’est formé (pic par de petites parcelles de mica à demi dissoutes, ou du moins assez atténuées pour faire corps ensemble et se réunir en lames minces par leur afiinité. Les micas blancs et colores produisent, par leur agréfjation, des talcs qui présentent les mêmes couleurs, et qui ne différent des micas qu’en ce qu’ils sont en lames plus étendues et plus douces au loucher. Le talc est donc la plus sim])lc de toutes les concrétions de ce verre primitif : mais il y a un grand nombre d’autres substanees micacées dont l’origine est la même, et dont les différences ne proviennent que du mélange de quelques autres matières qui leur ont donné plus de solidité que n’en ont les micas et les talcs jmrs : telles sont les pierres aux(pu“lles on a donné le nom de stéiitites, parce qu’elles ont quelque ressemblance avec le suif par leur poli gras et comme onctueux au toucher. La poudre de ces pierres stéalites, comme celle du talc, s’altacbc à la peau et parait l’enduire d’une sorte de graisse : cet indice, ou plutôt ce caractère particulier, démontre évidemment que le talc domine dans la composition de foutes les stéatites dont les principales variétés sotit les jades, les serpentines, les pierres ollaires, la craie d’Espagne, la pierre de lard de la Chine, et le crayon noir ou la molybdène, auxquelles on doit encore ajouter l’asbeste, l’amiante, ainsi que le cuir et le liège de montagne. Toutes ces substances, quoiqu’on apparence Irés-différentcs entre elles, tirent également leur origine de la décomposition et de l'agrégation du mica : ce ne sont que des moditications de ce verre primitif plus ou moins riissous, et souvent mélangé d’autres matières vitreuses qui, dans plusieurs de ces pierres, ont réuni les particules micacées de plus près qu’elles ne le sont dans les talcs, et leur ont donné plus de consistance et de dureté j car toiutcs ces stéatites, sans même en excepter te jade dans son état de nature, sont plus lendies que les pierres qui tirent leur origine du quartz, du jaspe, du feldspath et du sebori, parce que des cinq verres primitifs, le mica est celui qui, par son essence, a le moins de solidité, et (jue même il diminue celle des substances dans lesquelles il sc trouve incorporé, ou plutôt disséminé.

Toutes les stéatites sont plus ou moins douces an toucher; ce qui prouve qu’elles contiennent beaucoup de parties lalqueuses : niais le talc n’est, comme nous l’avons dit, que du mica atténué (lar limpres sion des éléments humides; aussi lorsqu’on fait calciner du talc (1) ou

(1) Les sléatiles onl beaucoup de rapport avec Icë pion es ollaires ; leur oiicluositc est tulle

Boffon, tOlli. IV.

^06 HISTOIRE NATURELLE

de la poudre de ces pierres stéatites, le feu leur enlève égaleiiienl celle propriélé onclueusej ils deviennenl moins doux au loucher, comme l’élail le mica avanl d’avoir élé alténué par l’eau.

Comme les micas onl été disséminés partout dès les premiers temps de la consolidation du globe, les produits secondaires de ces concrétions et agrégations, sont presque aussi nombreux que ceux de tous les autres verres primitifs; les micas en dissolution paraissent s’ètre mêlés dans les quartz gras, les pétro-silex et les jades dont le poli ou la transparence graisseuse provient des molécules talqueuses qui y sont intimement unies. On les reconnaît dans les serpentines et dans les pierres ollaires, qui, comme les jades, acquièrent plus de dureté par l’action du leu; on les reconnait de même daus la pierre de lard de la Chine et dans la molybdène. Toutes ces stéatites ou pierres micacées, sont opaques et en masses uniformément compactes ; mais les parties talqueuses sont encore plus évidentes dans les stéatites dont la masse n’est pas aussi compacte, et qui sont composées de couches et de lames distinctes, telles que la craie de Brian^^on. Enfin, on peut suivre la décomposition des micas et des talcs jusqu’aux amiantes, asbestes, cuir et liège de montagne, qui ne sont que des tilefs très-déliés, ou des feuillets minces et conglomérés dune substance talqueuse ou micacée, lesquels ne se sont pas réunis en larges lames, comme ils le sont dans les talcs.

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