JADE
Le jade est une pierre talqueuse qui néanmoins, dans l’état où nous la connaissons, est plus dense (1) et plus dure (2) que le quartz et le
que lorsqu’on les touche, elles produisent la meme sensation qn’occasionne une pierre enduite d’une légère couche d’imile. Lorsque ces pierres sont calcinées, elles deviennent rudes au toucher, solides et composées de petits feuillets opaques et brillants, elles prennent alors le nom de tahitc On trouve de ces tnlcUes micacées dans les environs du Vésuve et de l’an-
cien cratère du volcan d’Alhano, près de Rome, qui est aujourd’hui un lac nommé Laÿo di Castello, parce qu’il est situé près de Castelgandolfe. Lettres de M. Dcmcsle tome I pageB«. ’ ' ’
(1) La pesanteur spécifique du jade blanc est de 29b'02 ; celle du jade vert de 200(50, et du jade olivâtre de 29829; tandis que celle du quartz le plus pesant n’est que de 26U(i, et celle de tous les jaspes n’est que de 20 ou 27000. Voyez Tables de M. Brissou.
(2) M. Polt. dans sa Lithogéognosie, tome 11, dit expressément que le jade ne fait point feu contre l’aci^; mais je puis assuéer qu’ayant fait cette épreuve sur du jade vert et du jade blanc, il m’a paru que ces jiicrres étincelaient autant qu’aucune autre pierre vitreuse ; il est vrai que, connaissant leur grande dureté, je me suis servi de limes au lieu d’acier pour les choquer ut en tirer des étincelles.
jaspe , mais qui me parait ii’avoir acquis celte densité et cette grande dureté que par le moyen du feu. ('.oiume le jade est demi-transparent loi squ’il est aminci, ce caractère l’éloigne moins des quartz que des jaspes, qui tous sont pleinement opaques, et l’on ne doit pas attribuer l’excès de sa densité sur celle du quartz, aux parties métalliques dont on pourrait supposer qu’il serait imprégné; car le jade blanc, auquel le mélange du métal n’a pas donné de couleur, pèse autant que les jades colorés de vert et d’olivàlre, et tous pèsent spécifiquement plus que le quartz; il n’y a donc que le mélange du scliorl qui aurait pu produire cette augmentation de densité : mais dans cette supiiosition , le jade aui’ait acquis par ce mélange du schorl un certain degré de fusibilité; et cependant M. d’Arcet, qui a fait l’analyse chimique du jade, n’a pas observé cette fusibilité; il dit seulement que le jade contient du quartz; qu’il picnd au feu encore plus de dureté qn’il n’en avait auparavant; qu’il y change de couleur, et que de vert ou verdâtre, il devient jaune ou jaunâtre. Mais M. Dcmesle assure que le jade se boursoufle à un feu violent, et qu’il se vitrifie sans aucun intermède. Ces faits paraissent opposés, et néanmoins peuvent se concilier : il est certain que le jade, quoique très-dur, se durcit encore au feu; et cette propriété le rapproche déjà des serpentines et autres pierres talqueuses, qtii deviennent d’autant plus dures (|u’ellcs sont plus violemment chauffées; cl, comme il y a des ardoises et des schistes dont la densité approche assez de celle du jade (1), on pourrait imaginer que le fond de la substance de cette pierre est un schiste qui, ayant été pénétré d’une forte ([uanlité de suc quartzeux, a acquis celle demi-transparence, et pris autant et plus de durelé que le quartz même; et si le jade se fond et se vitrifie sans intermède, comme le dit M. Demeste, on pourrait croire aussi qu’il est entré du schorl dans sa composition , et que c’est par ce mélange qu’il a acquis sa densité et sa fusibilité.
Néanmoins le poli terne, gras et savonneux de lous les jades, ainsi que leur endurcissement au feu, indiquent évidemment que leur subslauce n’est composée que d'une matière talqueuse, dont ces deux qualités sont les principaux caractères; et les deux autres propriétés par lesquelles on serait en droit de juger de la nature du jade , c’est-à-dire sa dureté cl sa densité, pourraient bien ne lui avoir pas été données par la nature, mais imprimées par le secours de l’art, et principalement par l’aclion du feu, d'aulaut que jusqu’ici l’on n’a pas vu des jades dans leurs carrières ni même en masses brutes, et qu’on ne les connail qu’en morceaux travaillés. D’ailleurs le jade n’est pas, comme les autres produits de la nature, universellement répandu ; je ne sache pas qu’il y en ait en Europe ; le jade blanc vient de la Chine, le vert de l’Indostan, et l’olivâtre de rAmérique méridionale (2). Nous ne connaissons
(1) La pesanteur spécifique du scliisle qui couvre les bancs d’ardoise est de 2Si76
(2) La rivière de Topayos qui descend des mines du Brésil est habitée par des Indiens ; les
mSïOniE NATURELLE
que ces trois sortes de jades, qui, quoique produits ou travaillés dans des régions si éloignées les unes des autres, ne diffèrent néanmoins que parles couleurs. Il s’en trouve de même dans quelques autres contrées des deux Indes (1), mais toujours en morceaux isolés et travaillés. Cela seul suffirait pour nous faire soupçonner que cette matière, telle que nous la connaissons, n’est pas un produit immédiat de la nature ; et Je me persuade que ce n’est qu’après l’avoir travaillée qu’on lui a donné, par le moyen du feu, sa ti'és-grandc dureté; car, de toutes les i)icrres vitreuses, le Jade est la plus dure, les meilleures limes ne l’entament l)as, et l’on prétend qu’on ne peut le tra\ailler qu’avec la poudre de diamant : néanmoins les anciens Américains en avaient fait des haches, et sansdoule ils ne s’étaient pas servis de poudre de diamant pour donner au Jade cette foiune tranchante et régulière. J’ai vu plusieurs de ces haches de Jade olivâtre de différentes grandeurs; J’en ai vu d’autres morceaux travaillés en forme de cylindre, et percés d’un bout à l’autre, ce qui suppose l’action d’un instrument ])lus dur que la pierre : or, les Américains n’avaient aucun outil de fer, et ceux de notre acier ne peuvent percer le Jade dans l’état où nous le connaissons; on doit donc penser qu’au sortir de la terre le Jade est moins dur que quand il a perdu toute son humidité par le dessèchement à l’air, et que c’est dans cet état humide que les sauvages de l’Amérique l’ont travaillé (2). On fait, dans l'Lidostan, des tasses et d’autres vases de Jade vert; à la Chine on sculpte en magots le Jade blanc, l'on en fait aussi des manches de sabre ; et partout ces pierres ouvragées sont à bas prix : il est donc certain qu’on a trouvé les moyens de creuser, figurer et graver le Jade avec peu de travail, cl sans se servir de poudre de diamant.
Le Jade vert n’a pas plus de valeur réelle que le Jade blanc, et il n’est estimé que par des propriétésimaginaires, comme de préserver ou guérir de la pierre, de la gravcllc, etc ; ce qui lui a fait donner le nom de
Portugais y ont des forts, et c’est cliez les Topayos qu’on trouve aujourd’hui plus facilement ([u’aillcurs de ces pierres vertes, connues sous le noindcpîWTes des Amadoues, dont on ignore l’origine, et qui ont etc longtemps recherchées pour la vertu qu’on leur attribuait de guérir de la pierre, de la colique néphrétique cl de l’épilepsie. Elles ne dillcrcnl ni en dureté ni en couleur du jade oriental ; elles résistent à lu lime, et l’on a peine à s’imaginer comment les anciens habitants du pays ont pu les tailler et leur donner dilTérentcs ligures d’animaux, m. de La Condaminc observe que ces pierres vertes deviennent plus rares de jour en jour, autant parce ipie les Indiens, qui en font grand cas, ne s’eu défont pas volontiers, que parce qu’on en fait passer un fort grand nombre en Europe. Histoire générale des Voyages, tome XIV, pages d-2 et i5.
(I) ün nous assure qu’il y a du jade vert à Sumatra, clM. de La Comlamine dit (|u’on trouve du jade olivâtre sur les cotes de la mer du Sud, au Pérou, aussi bien que sur les terres voisines delà rivière des .Amazones.
i2) Seyfried raconte qu’on trouve auprès du llcuvc des Amazones une terre verdâtre qui est tout à fuit molle sous l’eau mais (jui, étant à l’air, acquiert la dureté du diamant. .Mémoiies de 1 -Vcadéniie de Berlin, année 1747.
pierre néphrétique. Il serait difficile de deviner sur (inel fondement les Orientaux et les Américains se sont également et sans communication, infatués de l’idée des vertus médicinales de cette pierre : ce préjugé s’est étendu en Europe, et subsiste encore dans la tête de plusieurs j*erson nés ; car on m’a demandé souvent à emprunter quelques-unes de ces pierres vertes pour les appliqueiq comme amulettes, sur l’estomac et sur les reins; on les taille même en petites plaques un peu courbées, pour les rendre plus pi opres à cet usage.
Les plus grands morceaux de jade que j’aie vus n’a\ aient que neuf ou dix pouces de longueur; et tous, grands et petits, ont été taillés et figurés. Au reste, nous n’avons aucune connaissance précise sur les matières dont le jade est environné dans le sein de terre, et nous ignorons quelle peut être la forme (ju’il affecte de préférence. Nous ne pouvons donc qu’exhorter les voyageurs éclairés à observer cette pierre dans le lieu de sa formation : ces observations nous fourniraient plus de lumières que l’analyse chimique sur son origine et sa composition.
En attendant ce supplément à nos connaissances, je crois qu’on i^eut présumer avec fondement que le jade, tel que nous le connaissons, est autant un prodiut de l'art que de la nature; que quand les sauvages l'ont travaillé, percé et figuré, c’était une matière tendre qui n’a acquis sa grande dure'é et sa |)leiue densité, que par I action du feu auquel ils ont exposé leurs bâches et les auti-es morceaux qu’ils avaient percés ou gravés dans leur état de mollesse ou de moindre dureté. J’appuie cette présomption sur plusieurs raisons et sur quelques faits.
1° J’ai vu une petile hache de jade olivâtre, d’environ quatre pouces de longueur sur deux pouces et demi de largeur, et un pouce d’épaisseur à la base, venant des terres voisines de la rivière des Amazones, et cette hache n’avait pas à beaucoup pi-ès la dureté des autres haches de jade; on ])ouvait rentamer au couteau, et dans cet état elle n’aurait pu scr\ ir à l’usage aiupiel sa forme de hache démontrait qu’elle était destinée : je suis persuadé qu’il ne lui manquait que d avoir été chaufléc, et que i)ar la seule action du feu elle serait devenue aussi dure que les autres morceaux de jade qui ont la meme forme; les expeiiences de M. d’Arcet confirment cette présomption, puisqu’il a reconnu qu’on augmente encore la dureté du jade en le chauftant ;
T Le poli gras et savonneux du jade indique que sa substance est imprégnée de molécules talqueuscs qui lui donnent cette douceur au toucher, et ceci se confirme par un second rapport entre le jade et les pierres talqueuscs, telles que les serpentines et pierres ollaires, qui toutes sont molles dans leurs carrières, et qui prennent a lair, et surtout au feu, un grand degré de dureté ;
3» Comme le jade se fond, suivant M. Demeste, à un feu violent, et (jne les micas et le talc peuvent s’y fondre de même et sans intermède, je serais porté à croire que cette pierre pourrait n’être composée que de quartz mêlé d’une assez grande quantité de mica ou de talc pour deve-
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nir fusible, ou que si le seul mélange du laie ne peut produire celte fusibilité du jade, on doit encore y supposer une certaine quantité de schorl qui aurait augmenté sa densité et sa fusibilité.
Enfin nous nous rapiu'ochcrons de l’ordre de la nature, autant qu’il est, possible, en regardant le jade comme une matière mixte et formant la nuance entre les pierres quaiTzeuses et les terres micacées ou talqueuses dont nous allons traiter.