‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 61 sur 133 · SERPENTINE · texte numérisé non relu

SERPENTINE

Ce nom de serpentine vient de la variété des petites taches que ces pierres présentent lorsqu’elles sont polies, et qui sont assez semblables aux taches de la peau d’un serpent : la plupart de ces pierres sont pleinement opaques; mais il s’en trouve aussi qui ont naturellement une demi-transparence, ou qui la prennent lorstiu’elles sont amincies. Ces serpentines demi-transparentes ont plus de dureté (pie les autres, et ce sont celles qui approchent le plus du jade par ces deux caractères de demi-transparence et de dureté (1); d’ailleurs elles diffèrent des autres serpentines , et ressemblent encore au jade olivâtre par leur couleur verdâtre, uniforme, sans taches et sans mélange d’autres couleurs, tandis qu’il y a des taches en grand nombre et de couleurs diverses dans toutes les serpentines opaques. Celles qui sont demi-transparentes, étant plus dures que les autres, reçoivent un beau poli, mais toujours un peu gras comme celui du jade; elles sont assez rares, et les naturalistes qui ont eu occasion de les observer en distinguent deux sortes, toutes deux à demi transparentes lorsqu’elles sont réduites à une petite épaisseur : l’une parait composée de tilaments réunis les uns contre les autres, et présente une cassure fibreuse; on l’a trouvée en Saxe prés de Zœhlitz, où elle a été nommée pierre néphrétique, à cause de sa grande ressern-

(t) La pierre serpentine, dit M. Pott, dont on fait au tour tant de mortiers et de vases à broyer, acquiert une extrême dureté au feu; elle est même remarquable par sa noirceur ou son vert foncé , et l’on peut la regarder comme une sorte singulière de pierre ollaire • en la calcinant dans un vaisseau fermé, elle jaunit considérablement.... La pierre néphrétique { ou le jade), que les anciens ont prise communément pour une espèce de ja.spc vert, doit aussi être rapportée à la nôtre, puisque ce n’est au fond qu’une espèce singulière de stéatilc , plus ou moins transparente et verte, mais qui surpasse de beaucoup toutes les autres en dureté. Que la principale partie de sa terre soit stéatilique, c’est ce qu’on ne saurait contester en voyant la manière dont elle se durcit au feu , qui va jusqu’à la rendre propre à jeter des étincelles, Mémoires do l’Académie de Berlin, année 1747, p. 69.

Llance avec le jade verdâtre qui porle aussi ce nom (1) ; l’aulre se trouve en Suède, et ne présente pas de fibres, mais des grains dans sa cassure.

Les serpentines opaques et tachées sont bien plus communes que ces serpentines demi-transparentes, de couleur uniforme ; presque toutes sont, au contraire, marquetées ou veinées et variées de couleurs différentes; elles ont des taches de blanc, de gris, de noir, de brun, de vert et de rougeâtre : quoique plus tendres que les premières, et même moins dures que le marbre, elles se polissent assez bien ; et coimne elles ne font aucune effervescence avec les acides, on les distingue aisément des beaux marbres avec lesquels on pourrait les confondre par la ressemblance des couleurs et par leur poli. D’ailleurs, loin de se calciner au feu comme le marbre, toutes les serpentines s’y durcissent et y résistent même plus qu’aucune autre pierre vitreuse ou calcaire; on peut en faire des creusets comme l'on en fait avec la molybdène, qui, quoique moins dure que les serpentines, est, au fond, de la même essence, ainsi que toutes les autres stéatites.

« A deux lieues de la ville de Grenade, dit M. Bowlesjse trouve « la fameuse carrière de serpentine , de laquelle on a tiré les belles « colonnes pour les salons de Madrid, et plusieurs autres morceaux « qui ornent le palais du roi. Celte serpentine prend un très-beau Il poli (2). >•

Nous ne connaissons point de semblables carrières en France; cependant M. Guettard a observé que les rivières de Cervières et de Guii en Dauphiné, entraînent d’assez gros morceaux de serpentine, et qu'il s’en trouve même dans la vallée de Souliers, ainsi que dans plusieurs autres endroits de cette province : on en voit de petites colonnes dans l'église des Carmélites à Lyon (3).

(1) On la trouve à Zœblitz, eti Saxe, à Sahlberg, en Suède, dans quelques endroits en Espagne et en Corse. o La serpentine, dit M. Demeste , est plus dure et d’un tissu beaucoup

» plus fin que la pierre de Côme , ce qui la rend susceptible d'un assez beau poli ; aussi en « fait-on differents vases et mémo des ornements. On en trouve encore de la verte, qui est « demi-transparente, et qu’on prendrait, à la beauté du poli, pour du jade ou du jaspe vert. « Le fond de cette pierre est ordinairement verdâtre ou jaunâtre, quelquefois cendré avec des » taches vertes differemment nuancées, et rarement rougeâtres. Le fer qui la colore y est dans « un état de chaux imparfaite, puisqu’il conserve la propriété de faire changer la direction de K l’aiguille aimantée.... 11 est même assez ordinaire d’y rencontrer des cristaux octaèdres de

« mine de fer noirâtres, attirablcs â l’aimant La serpentine contient aussi quelquefois du

c. mica, et même des veines d’asbeste ou d’amiante. Les Florentins nomment joiro celle qui « est mêlée de schorl et de mica.» Lettres de M. Demeste, etc., tome !, p. 843.— » La pierre, « dit Rf. Gnettard , à laquelle on attribue la vertu de guérir la colique néphrétique, se trouve « dans le pays des Grisons, au-dessus de la montagne d’isette , proche Ta.'(rcn-Kastcn, et sur » la montagne ^eptinc. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1782, p. 324.

(2) Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowics, p. 424.

(3) Mémoires sur la Minéralogie du Dauphiné, tome 1, p .26 et 50.

HISTOIRE NATURELLE

En Ifalîc, Ips pins grands niorroaux de serpentine que l’on connaisse sont deux colonnes dans l’église de Saint-Laurent à Rome. La pierre aj)pelce (jabro par les Florentins est une sorte de serpentine : « Il y a, « dit iM. Faujas de Saint-Fond, des gabios verdâtres ou jaunâtres avec « des lâches d'un veit j/lus ou moins foncé; d'aulres sont chargés de « taches rougeàlies demi-lransparcntes, sur un fond verdâtre : on re- « marque dans plusieurs gabros des micas de dilîérentes couleurs... « J’ai dans ma collection un très-beau gabro d’Ilaliu, d’une consistance Il dure, d’un poli gras, mais très-éclalant, mêlé de diverses nuances U d’un rouge très-vif sur un fond noir verdâtre, dans lequel on voit de Il petites lames de mica traverser le vert (I). » Cette pierre est si commune aux env irons de Florence, que l’on s’en sert pour paver les rues, comme pour orner les maisons et les églises; il y en a de très-beaux morceaux dans celle des Chai treux à trois milles de Floi-cnce (2).

En comparant les densités du talc avec celles des micas et des serpentines, nous verrons ; 1“ qu’il n’y a que les micas noirs et la serpentine fibreuse dont la pesanteur spécifique soit plus grande que celle du talc (5); 2"' que tous les autres micas sont un peu moins denses que le talc (4) ; 5" que toutes les serj)enlines, à l’exception de la fibreuse, sont

(1) Ucclicri lies sur les Volcans éteints, p. 2SÜ et 2Sf.

(2) Les espèces de serpentines ou de gabro des environs d’In)|ii'uneta, sont blanclics, rouges, jaunes , noires , vertes, d’une seule couleur ou de plusieurs ensemble; il y en a de jaunes mêlées de rouge, de noires et rouges, vertes et jaunes; toutes ces serpentines sont fermes, coinpaclcs et traversées par de petites veines d’asbeste; elles cou tiennent un mict verdâtre, argenté, gras ou talqucux, cubique comme la blende eornéc, qui se réduit , en la râclanl avec un couteau, en une farine grasse. J’observai dans les fentes perpendiculaires de ce gabro, qui peuvent avoir depuis un travers de main jusqu’à une demi-aune de large, les variétés de terres suivantes :

1° De la terre ollaire molle et lâclic; 2“ la même terre de couleur verte; 3' de la pierre ollaire ou serpentine compacte, blanche, qui parait être formée par rendurcissement de la terre blanche du n" f ; cette pierre est ou entièrement endurcie ou encore grasse au loucher, et facile .à racler comme lu craie de Briançon ; i» de la pierre ollaire verte et blanche comi)acte, formée par lu terre ollaire molle et verte du u" 2, variée comme celle du numéro précédent; 3“ du gabro ou de lu pierre ollaire filamciileusc comme l’amianle, dont les stries sont plus ou moins fines ; sa couleur est blanche ou verte : un ne saurait piendrc à lu vue les serpentines striées que pour l’amiante non mûr, si j’ose parler ainsi. Entre les filaments de la pierre ollaire ou de'la serpentine à grosses stries, il y a des veines de spath calcaire blanc, dont la superficie est pareillement rayée , ce qui provient des impressions de la sei pentinc filamenteuse qui l’environne. Ce sjialh calcaire fait effervescence avec les acides; mais quelquefois, et dans le même morceau, il a acquis un tel degré de dureté qu’il est presque de la nature du spath dur ou feldspath, de manière qu’il ne se laisse point racler avec le couteau; 6" de l’amiante blanc plus ou moins fin, qui se rajipioehe de l’asbeslc ; 7" de l’amiante vert, mais plus rare que le blanc; 8“ de la terre d’amiante blanche, sèche, provenant de ramianlc blanc détruit. Lettres sur la Minéralogie, par M. Fcrher, p. é08 jusqu’à iH.

(3) Pesanteur spécifique du talc de Moscovie 27917 , du mica noir 2!K)0i, de la serpentine demi-transparente llhieuse 29900. Tables de M. Brisson.

(4) Pesanteur spécifique du talc de Moscovie 27917 , du mica blanc 27044 , du mica jaune 2634ti Idouj ibidem.

moins denses que le (aie et les mieas(l).On pourrait donc en inférer que dans la serpentine fibreuse et dans le mica noir les parties micacées sont plus rapprochées et plus intimement unies que dans les autres serpentines et micas, ou plutôt on doit penser (lu’il est entré dans leur composition une certaine quantité de i)arties de scliorl ou de fer qui leiy aurait donné ce surplus de densité : je dis de fer. parce que la partie verte de ces serpentines étant réduite en poudre, est altirable à l’aimant ; ce fer y est donc dans le même état que le sablon magnétique de la platine, et non pas eu état de chaux.

PIERRES OLLAIRES.

Cette dénomination est ancienne^ et parait bien appliquée à ces pierres dont on peut faire des mai mitcs et d'autres vases de cuisine; elles ne donnent aucun goût aux comeslibles que l’on y fait cuire; elles ne sont mêlées d’aucun autre métal que de fer, qui, comme l’on sait, n’est pas nuisible à la santé : elles étaient bien connues et employées aux mêmes usages dès le temps de Pline; ou peut les reconnailre par sa description pour les mêmes,. ou du moins pour semblables à celles que l’on tire aujourd’hui du pays des Grisons, et qui portent le nom de pierres de Corne (2), parce qu’on les travaille et qu’on en fait commerce dans cette

(1) Pesanteur spécifique de la serpentine d’rtalic ou gabro des Florentins 24393, de la serpentine opaque taclice de noir cl de blanc 257C7, de la serpentine opaque lacbée de noir et de gris 22C43 , de la serpentine opaque veinée de noir et d’oiivatre 2u939 , de In serpentine demitransparente 23803, Tables de M. llrisson,

^2) Celle qu’on trouve cbea les Grisons , dit M. Poil , est extrêmement connue : c’est celle que Pline, et après lui Sealiger et Gessner ont nommée Pierre de tome. Ce n’csl pourtant pas de Côme, mais de Plurium (Pleurs) ville silticc auprès du lac de Côme, qu’elle vient; mais les vases qu’on en fait se portent ensuite à Côme, comme à la foire la plus célèbre qui soit dans le voisinage.... » ün fait avec la pierre de Côme, suivant Sealiger, des chaudières si minces . qu’elles semblent presque du métal battu; c’est en creusant la pierre en riebors qu’on lui « donne la forme de chaudière, et ils le font avec tant de dextérité qu’ils détaelicnl uncenve- . loppc, puis une autre, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste que les „ pots les plus petits qu’il soit possible, ensuite do quoi ils portent tous ces vases aux foires „ l’un dans l’autre, et tellement contigus qu’ils ne semblent faire encore qu’une seule masse. » Burnet confirme la même chose dans son Voyage de Suisse, ajoutant » qu’ils delaehcnt ces . vases les uns des autres par le moyen d’une meule à eau, à laquelle des couteaux sont atta- * chés. Il dit aussi qu’on cuit les aliments beaucoup plus vite dans ces pots que dans des pots U de métal, que le fond et le bas y demeurent beaucoup plus chauds, que les viandes y ont I un goût plus savoureux, que le leu n’y fait point do fentes, et que s’ils viennent à se casser, ü OH peut les recoudre aisément avec un fil de fer. ■> Il y a auprès de Plurium (Pleurs) ville

HISTOIRE NATURELLE

petite ville de I Italie, La cassure de celte pierre de Cdnie n’est pas vitreuse, niais écailleuse. Sa substance est semée de particules brillantes ( e niica; elle n’a que peu de dureté et se coupe aisément; on la travaille au ciseau et au tour; elle est douce au loucher, et sa surface polie est d’un gris mêlé de noir. Cette pierre se trouve en petits bancs sous des rochers vitreux beaucoup plus durs, en sorte qu’on en exploite les carrières sous terre en suivant ce lit de pierre tendre (I), comme

(les Grisons, une montagne toute remplie de cette pierre, qu’on en tirait en si grande quantité ([ue cela faisait, au rapport de Scheuchzer, un profit de soixante mille ducats par au; mais il y a toute apparence que c’est en continuant imprudemment à ercuser cette montagne pendant tant de siècles, qu’on a attiré à la ville la catastrophe par laquelle elle fut ensevelie sous la montagne en t6l«; car, suivant Gulerus, cette montagne qui s’appelle Conio, avait été travaillée et creusee sans interruption, depuis la naissance de Kotre-Seigneur. Néanmoins Scheuchzer dit qu’on trouve encore aujourd’hui de semblahlcs pierres, surtout aux environs < e Chiavennc, et dans la vallée de Verzaclie, et qu'on en fait au tour divers vases, des pots, des ecritoires, etc., qui sont d’une couleur cendrée ou verte, ayant d’ahord beaucoup moins de consistance que quand ils ont durci pendant (luclquc temps à l’air, mémoires de l’Académie de Berlin, année 17^7, pages ü9 et suivantes.

(1) C’est à celte pierre qu’on doit rapporter le passage suivant : » Il ne faut pas oublier de « vous parler ici de je ne sais quels pots de pierre, dont non-seulement ils se servent en ce « pays-la. mais qui sont communs dans toute la Lombardie, et qu’on appelle lavégc. La pierre « dont ils les font est une pierre huileuse, mais surtout si écailleuse, que si vous la touchez « Il s’attache de l’écaille à vos doigts, et c’est au fond une espèce d’ardoise dont ils ont trois « rames, l’une auprès de Chiaveiine, l’autre est en la Valleline, et la troisième est chez les « Grisons... Pour mettre cette pierre en œuvre et pour en faire des pots, ils commencent par « la tirer de la mine en la levant en petits blocs, d’environ un pied et demi de diamètre et « d’epaisseur un pied et quelque chose, après quoi ils les portent à un moulin d’eau, où par » le moyen d’une roue qui fait jouer quelques ciseaux , et cela avec une si grande facilité que « celui qm mène l’ouvrage, peut détourner sa roue de l’eau quand il lui plaît: d’abord la « grosse croûte en est ôtée, puis elles sont polies, tant qu’enfin en appliquant sur diverses .. lignes de chacune d’elles le ciseau on en enlève un certain nombre de pots, dont les uns « sont grands et les autres petits, scion que la circonférence , en approchant du centre va . I^aujours en diminuant ; c’est ainsi que se fait le corps du pot, qui ensuite de cela est garni « d anses et des autres accompagnements qui lui sont nécessaires pour être en état de servir « a,,rès quoi 11 est porté dans la cuisine. Au reste, on remarque que ces pots de pierre bouil- » huit plus tôt <iuc les pots de métal, comme aussi que les pots de métal transmettent leur « chaleur i la liqueur qu’ils contiennent, qu’ils en conservent trè.s-peu pour eux-mêmes . jusque-la quoi, peut y arrêter la main sans se brûler, tandis que ces pots de pierre qui .. sont deux fois aussi épais que les autres demeurent toujours extraordinairement chauds •

» on remarque aussi de ces pots, qu’ils ne donnent aucun mauvais goût à la liqueur qui y « bout, et ce qui plaît fort aux ménagers, qu’ils ne sc cassent jamais au feu; il n’y a que la . chute qui la brise, et encore y a-t-il du remède quand cela arrive; car si vous voulez prendre « la peine do les raccommoder, leurs parties sc rassemblent facilement, et par le moyen du fil » dVchal .se lient si bien les unes aux autres, qu’il ii’y reste de troux que ceux que le fil » d archal a faits, mais qu’il a remplis en même temps. Il serait à souhaiter que ces pots se .. nssent aussi lacilement (,u’ils sc refont, mais ce n’est pas cela... On a beaucoup de peine à « tirer la pierre de la mine dont l’ouverture n’a pour l’ordinaire que trois pieds de hauteur . ceux qu, y travaillent sont obligés de se couler sur le ventre près d’un demi-mille, et après

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l’on suivrait une veine de charbon de terre. On tranche à la scie les blocs que l’on en tire, et l’on en fait ensuite de la vaisselle de toutes formes; elle ne casse point au feu. et les bons économes la préfèrent à la faïence et à la poterie. Comme toutes les autres pierres ou terres, elle s’échauffe et se refroidit plus vite que le cuivre ou le fer; et lorsqu’on lui fait subir l’action d’un feu violent, elle blanchit et se durcit au point de faire feu contre l’acier.

Toutes les autres pierres ollaires ont à peu près les mômes propriétés et ne diffèrent de la pierre de Côme que par la variété de leurs couleurs : il y eu a dans lesquelles on distingue à la fois du blanc, du noir, du gris, du vert et du jaune; d’autres dans lesquelles les paillettes de mica et les petites lames lalqucuses sont plus nombreuses et plus brillantes : mais toutes sont opaques, tendres et douces au toucher; toutes se durcissent à Pair et encore plus au feu ; toutes participent de la nature du talc et de l’argile, elles en réunissent les propriétés, et peuvent être regardées comme l’une des nuances par lesquelles la nature passe du dernier degré de la décomposition des micas au premier degré de la composition des argiles et des schistes.

La densité de la pierre de Côme et des autres pierres ollaires est considérablement plus grande (jue celle de la plupart des serpentines, et encore plus grande que celle du talc (1); ce qui me fait présumer qu’il est entré des parties mélalliqiies, et particulièrement du fer dans leur composition, ainsi que dans la serpentine fibreuse, et dans le mica noir qui sont beaucoup plus pesants que les autres ; on en a même acquis la preuve ; car après avoir pulvérisé des pierres ollaires, M. Polt et d’autres observateurs en ont tiré du fer par le moyen de l’aimant. Ce fer était donc dans son état magnétique lorsqu’il s’est mêlé avec la matière de ces pierres, et ce fait nous démontre encore que toutes ces pierres serpentines et ollaires ne sont que de seconde et même de troisième formation, et qu’elles n’ont été produites que par les détriments et les exfoliations des talcs et des micas mêlés de particules de fer.

Ces pierres lalqueuscs se trouvent non-seulement dans le pays des Grisons, mais dans plusieurs autres endroits de la Suisse (2) ; et il est à

avoir coupé la pierre, de la rapporter en cette posture sur leurs hanches, une chandelle alta- « chée au front; il est vrai qu’ils ont des coussins sur les hanches, qui empêchent qu’ils ne soient offensés de la dureté de la pierre; mais q..»nd il n’y aurait que la pesanteur de la . pierre, ils doivent êti e extrêmement incommodés de leur travail ; car ces sortes de pierres „ pèsenl’ordinairementdeux cents. Voyages en France, etc., parBurnet; Kolterdam, 1687, pa'^os Pt.

(1 ) ïrfîi posaitloui* (le la pierre de Corne est de 28729 j celle de la pierre ollairc fenil-

letée de Suè.le est de 28631 , celle du talc de Moscovie n’est que de 27917 ; celle de la plupart des serpentines est entre 22 et 26000.

(2) 1 Dans le pays des Grisons , les pierres talqueuscs, dit M. Guettard, se rencontrent fré-

HkSTOTRE NATURELLE

présumer qu'on en Irouverait dans le voisinage de la plupart des grandes montagnes vitreuses de l’un et de l’autre continent (I) : on en a trouvé

(1 quemment vers les sources Ju Bas-IUiiii ; il y (mi a dont le fond est Idane, et les paillettes « dorées ou argcutccs; à Janiiico, le talc est lilanc, à Blilinicr , il est de la mêrac couleur, et U la pierre a des veines d’un brun foncé; à Soglio et sur le mont Bcrgetta, il est blanc, et d’un U blanc tirant sur le vert; enfin , on en voit dans quelques autres endroits où il est vert et à B demi-transparent; cette pierre, suivant M. Seheucbzer, est celle que Pline nomme pferv-e » de Corne, ville où l'on apportait les vaisseaux fabiiqués de cette pierre, pour les envoyer B dans toute l'Italie; elle venait d’üscion pirès de Chiavonne, et on y en tire encore aujour- B d’hui... Il y en a encore proche Pleurs, dans les endroits appelés Vafife et Cassetto, dans B le comté de cette ville , au pied de la montagne de Loro, au-dessus des bains do Masseno et a dans la vallée de Malanga , tous endroits de la Valteline.... Il y en a encore dans la vallée de B Verzasea, dans la préfecture de Locarno, dans le Valais, entre Visp et Slalden. Cette pierre « n’est pas la même dans tous ces endroits; celle qui se tire près de Chiavenne est grise, dans a le comte de Pleurs et à \ iso , elle est d’un vcj t noirâtre avec des taches blanches, et on en a fait usage pour les fourneaux, même pour ceux où l’on entretient un feu continuel ; elle est B plus blanche et plus tendre dans la vallée de Verzasea. Les différences de couleur et de dureté B dans cette pierre la rapprochent beaucoup de celle du Canada, que j’ai dit être une pierre

U ollaire, et si elle en diffère, ce n’est certainement qu’en très-peu de chose La montagne

B Boyalc et plusieurs autres endroits de la Suisse ont une pierre talqueusc cendrée, qui se lève B par tables; celle que j’ai examinée, et qui était de la montagne Boyalc, était composée de B paillettes de moyenne grandeur, d’un beau blanc argenté, et liées par une matière spatheusc B ou quartzeuse ; l’autre pourrait bien êtic un schiste puisqu’elle se lève par tables... Le can- B tou de Zurich ne manque pas de pierres talqucuscs , dont le fond est rougeâtre, mêlé de B parties de talc dorées ou argentées ; une de cette nature que j’ai vue , et qui se trouve , sui- B vaut âl. Cappeller, dans plusieurs endroits de la Suisse, était par lits d’une ou deux lignes B entrecoupes par des lits de talc plus minces et d’un rouge cuivi cux. Les cm irons de Zurich B en ont une qui est employée dans les bâtiments, et qui a du talc cendré; proche Skenen,cn B Tennaker, ce talc est blanc... On trouve des blocs de talc d’un jaune d’or ùBulach. » Jlémoires de l’Académie des Sciences, année 17îi2, |). 32S et suiv.

(I) M. Guettard croit qu’on trouverait dans le Canada, un grand nombre de pierres qui pourraient être travaillées comme les pierres ollaires ; il cite celle, qui se trouve au cap Tourmente, à dix lieues de Québec, au nord du fleuve Saint-Laurent ; une autre au cap aux Oies proche la baie Saint-l’aul, au nord du meme fleuve; d’autres dons les montagnes de la baie des Châteaux, eûtes do Labrador, au nord de l’ilc de Terre-Neuve, et au sud-ouest des terres du Groenland, sur les bords de la mer. Idem, pages 202 et suivantes.—» J’ai vu, dit M. Pott,

a une pierre ollaire assez dure, qui vient do Pensylvanie L’Allemagne en possède aussi.

B La contrée de Barculh, en Fianconic, en fournit assez abondamment pour qu’elle se répande B de là presque par toute rAlIcmague : on l’appelle sur les lieux Sc/imeenitein ou Mealbatz,

B mais coupée en petits bâtons oblongs, les marchands la nomment craie d'Espagne. Gaspard B Bru.schius est le premier qui en ait fait mention il y a déjà près de deux cenis ans. Thiersa cbeim, dit cet auteur, est un bourg situé sur la rivière de Titterbach, à un demi-mille B d’Artzbourg, moitié chemin entre Égra et Wiindsidel. Il se fait tous les ans, dans cet endroit, a une quantité prodigieuse de petites boules à jouer jiour les enfants, et même de boulets a pour les canons de fonte. La matière en est une terre tenace et fraîche, que les habitants

B nomment schmeerstein , cl qu’ils creusent parleur à l’entour de leur bourg Ils la font

« durcir au feu, et en envoient de pleins chariots à Nui’cmberg, d’où le débit s’en fait par toute B l’Allem.aguc.... »

Bruekmanu, parlant de la meme matière, dit qu’on en faitdes boites à poudre, des cruches,

noii-seulemenl en Italie et en Suisse, mais en Feance, dans les montagnes de l’Auvergne (1) J il y en aussi dans quelques provinces de l’Allemagne (2), et les rclateurs nous assurent qu’on en a rencontré en Norwége et en Groenland (3). Ces pierres sont aussi très-communes dans

des Ijeuri’icres, dos tasses pour le thé cl le café, en la préparant au feu : qu’il se trouve dans celte pierre des dcndrites où la figure de l’arbre se conserve au feu. Mémoires de l’Académie de Berlin, année I7i4, pages 57 et suivanles.

(1) De toutes les pierres glaiseuses, la plus singulière est celle de Salvcrt, qui est mie vraie sléatile ou pierre ollaire, qui peut s’employer comme celle de Corne, pour faire des vaisseaux propres h aller au feu ; suivant M. Dutour, celte pierre est douce et comme grasse au loucher, assez pesante, de couleur de cendre et susceptible d’étre sciée; exposée au feu elle blaucliit et exhale une odeur semblable à celle qu’cxliale de la pâle mise sur des charbons ; elle y durcit, s’imbibe dans l’eau ; détrempée avec l’cnu on la pétrit aisément; elle est composée d'un peu de sable vitrifiahie mêlé avec beaucoup de terre pétrissable ou d’argile. M. Dutour en a fait quelques vases au tour, cl il s’aperçut que l’eau suintait à travers un de ces vases, parce qu il y avait de petites fentes qui disparurent peu de temps apres que l’eau fut versée, cl que celle qui était engagée dans les fentes cul achevé de s’évaporer ; mais ce vase plongé dans l’huile d’olive, et porté ensuite dans un four de boulanger pendant la cuisson du pain, les fentes disparurent pour toujours. Pline attribue à l’huile d’olive la propriété d’endurcir les vases de la pierre de Siphne. Les chaudières de pierre que l’on fait à Côme en Italie sont enduites, avant (luc d’en faire usage, d’une pâte faite avec de la farine, du vin et des œufs.

Lastéatite de Salvcrt est bonne pour détacher ; celte pierre convient avec celle de Barculh, dont parle M. Polt. On ne connaissait [loint cotte pierre en France, à ce que je crois, avant qucM. Dutour l’eût decouverte ; il dit que la pierre des Calumets du Canada est du même genre ; il en a vu une qui est d’un beau rouge. La chaîne des pierres glaiseuses de l’Auvergne est intermédiaire au pays des pierres calcaires et à ceux des pierres vitriliabics. 31. Giieltard, âlémoires de l’Académie des Sciences, année 1759.

(2) Mylius fait mention d’uuc semblable pierre ollaire que l’on trouve en Saxe, dans la forêt de Schmied-fcld auprès de Subi, qui d’abord est molle, mais qui étant mise au feu prend la dureté du verre.

(3) 11 ne manque pas non plus, dit 31. Poil , de stéalites en Norwégc , comme on en peut juger par ce va.se de pierre de talc de Norwégc , épais , pesant , d’une couleur cendrée, avec une anse de fer, dont parle le Musœum Wormianum, ajoutant que c’est dans de semblables pots que les Norwegiens cuisent leurs viandes, parce qu’ils soutiennent fort bien la violence du feu, cl que la pierre dont ils sont faits étant originairement molle, se laisse creuser et reçoit toutra sortes de figures, jusque-là qu’ils bâtissent des fourneaux avec des lames compactes de cette pierre, .l’avais aussi appris par la mission <lc Groënland de M. Egcdc , qu’il s’y trouve une pierre de celle espèce d’une couleur mélangée : je l’appelle pierre molle, weiehHein. Elle est abondante en Groenland, et les habitants enfoui des chamlrons et des lampes, quoique l’auteur même veuille faire pa.ssci' ces vases pour être de marbre. Mémoires de l’Académie de Berlin, cités ci-de.ssus. - Dans le Groenland, on trouve en plusieurs endroits, et surtout à Balsriver, une pierre tendre dont on fait de la vais.sclle; elle est rayée de plusieurs veines, et on l’appelle comimiuén.enl weiehMeiu ; elle se trouve en veines étroites et profondes entre les ro(dicrs, et la meilleure est celle qui est d’un beau vert de mer, rayée de rouge, de jaune et d’autres couleurs; mais ces raies ont rarement quelque transiiarcnce ; cette pierre, quoique fort tendre, est compacte et Ircs-pcsanlc. Comme on ne la trouve point en couches, et qu’elle ne peut s’enlever ni par écailles, ni pur feuilles, il est dillicile de la tailler en quartiers, sans qu’elle se réduise en gi umcaux ; elle est douce et grasse au loucher, comme le suil ou le savon ;

HISTOIRE NATURELLE

quelques Iles de rArcliipel, où il parait qu’on les emploie depuis longtemps à faire des vases et de la vaisselle (J).

On pourrait se persuader, en lisant les citations que je viens de rapporter en notes, qu’il est nécessaire d’emploj'er de l’huile pour donner aux pierres ollaires de la dureté et plus de solidité, d’autant que Théophraste et Pline ont assuré ce fait comme une vérité; mais M, Pott a démontré le premier, que cet endurcissement des i)ierres ollaires se faisait également sans huile et par la seule action du feu. Cet habile chimiste a fait une longue et savante dissertation sur ces pi(.'rres ollaires et sur les stéalites en général (2); il dit avec raison qu’elles offrent un grand nombre de variétés (3) : il indi(iue les principaux endroits où on les trouve, et il obsei-veque c’est pour l’ordinaire vers la surface de la terre quon rencontre cette matière, et qu elle ne se trouve guère à une grande profondeur. En effet, elle n’est pas de [)reuiière, mais de seconde et peut-être de troisième formation; caria composition des serpentines et des pierres ollaires exige d’abord l’atténuation du mica en

étitnt frottée d’Iiuile, elle a le Inis.mt et le poli du marbre; clic ne devient point poreuse à l’air, et prend de la consistance au feu : les Groënlandais en ont même des ustensiles cl des lampes; ou en envoie de la vaissolle en Danemarek, et la cuisine que l’on y fait est saine et de bon goût. M. Cranta lui donne la prcfcrence sur celle du lac de Côme. Histoire générale des Voyages, tome XIX, page 28.

(1) On trouve dans l’île de Sifanto, appelée anciennement Sip/mas, une espèce de picire qu’on peut tourner et creuser facilement, de sorte qu’on en fait des pots et de la vaisselle pour cuire les aliments et les servir sur table. Ce qu’elle a de plus singulier, c’est qu’elle devient dure et noire en la frottant avee l’huile chaude, bien qu’elle soit naturellement fort tendre et fort molle. Description de l’Arcbipel, par Dapper. Amsterdam, 1703, page 357.

(2) Voyez les Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747, depuis la page 57 jusqu’à la page 78.

(3) « Les espèces diffèrent en couleurs , dit M. Pott, il y en a de jaunes, de cendrées, de U blanchâtres, avec quelques veines mélangées par-ci par-là : l’espèce blanchâtre est la seule

« qu’on appelle craie d’Espagne » Le célèbre Cramer, en rccoinraandant un fourneau d’une

espèce singulière, dit o Sa matière est une pierre légère et molle, qu’on nomme pierre ollaire, .< mais qui est pourUuit [dus légère et d’une autre nature que la pierre ollaire de Pline et celles O d’Appenzcll et de Chiavenne de Suisse, que Scbeuchzcr a fait connaître dans sa description. « On en creuse en abondance eu Hesse, ou plutôt dans le comté de Nassau , aussi bien qu’en « Thuringe, pas loin d’Ilmcnaii, où l’on s’en sert principalement pour bâtir les maisons, parce • qu’elle peut être fendue et sciée, a

11 s’en trouve aussi, quoique plus rai’cment, dans les mines de Saxe, on l’y appelle speckslein; elle est uu peu plus dure que la craie d’Espagne ordinaire, néanmoins do même genre, de couleur blanche , rouge ou verdâtre, et quelquefois parsemée de taches pourprées et hlanehes. J’en ai reçu du duché de Magdebourg, une espèce de couleur brune, mais elle s’est fondue à la seule ardeur du feu, à cause de la grande quantité de fer qui s’y trouve mêlée.

Il y en a une espèce jaune et rayée comme le marbre, qu’on creuse auprès de la ville de

Neiss, en Silésie, quoique assez rarement J’ai compris, pui- les lettres d’un ami, qu’on en

rencontrait encore en Silésie, comme autour de Hisscheberg, de Leiguitz. de Goldberg et de Slrige, aussi bien ejue dans les montagnes de Slyric et du Tyrol. Mémoires de l’Académie de Jk’l'liu , année 1747.

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lames ou en filets lalqueiix, el ensuite leur formation suppose le mélange et la réunion de ces parties talqueuses avec un ciment ferrugineux, qui a donné la consistance et les couleurs à ces pierres.

M. Pott, après avoir examiné les propriélés de ces pierres, en conclut qu'on doit les rapporter aux argiles, parce qu’elles se durcissent au feu; ce qui, selon lui, n’arrive qu’aux seules argiles. Il avoue que ces pierres ne se délaient pas dans l’eau coniine l’argile, mais que néanmoins en les pulvérisant et les lavant, « elles se laissent en quelque sorte tra- « vailler à la roue à potier, et que, réduite en pâte avec de l’eau, cette K pâte se durcit au feu (1). » Nous observerons néanmoins que ce n’est pas de l'argile, mais du mica ([ue ces pierres tirent leur origine et leurs principales propriélés, et que, si elles contiennent de l’argile, ce n’est qu’en petite quantité, el toujours beaucoup moins qu’elles ne conlienncul de mica ou de talc; seulement on peut passer par degrés des sléatites à l’ardoise, qui conlient au contraire beaucoup plus d’argile que de mica, et qui a plusieurs propriétés communes avec elle. Il est vrai que les ardoises, et même les argiles molles qui sont mêlées de talc ou de mica, sont, comme les sléatites, douces et savonneuses au loucher, qu’elles se durcissent au feu, el que leurs poudres ne reprennent jamais autant de consistance que ces matières en avaient auparavant : mais cela prouve seulement le passage de la matière lal(|ueuse à l’argile, comme nous l’avons démontré pour le quartz et le grés; et il eu est de même des autres verres primitifs et des matières (jui en sont composées, car toutes les substances vitreuses peuvent se réduire avec le temps en terre argileuse.

MOLYBDÈNE.

La molybdène est une concrétion talqueuse, plus légère que les serpentines et pierres ollaires, mais (|ui, comme elles, prend au feu plus de dureté, et même de densité (2). Sa couleur est noirâtre et semblable à celle du plond) exposé à l’air, ce qui lui a fait donner les noms de plombagine et de mine de plomb; cependant elle n’a rien de commun que la couleur avec ce métal, dont elle ne contient pas un atome : le fond de sa substance n’est que du mica atténué ou du talc très-fin, dont les parties, rapprochées par l’intermède de l’eau, ne se sont pas réunies d’assez

(1) Mémoires de l’Académie de Berlin, année {HT.

(2) La pesanteur spécifique de la molybdène du diiclié de Cumberland est de 20891 j et lorsqu’elle a subi l’action du feu, sa pesanteur est de 23000.

IIISTOlUE NATUUELLE

près pour formel' une malicre aussi compacle et aussi dure que celle de scrpenlines, mais qui- du rosie est de la même essence, et nous présente tous les caractères d’une concrétion lalqueuse.

Les chimistes récents ont voulu séparer la plombagine de la molybdène, et les distinguer en ce que la molybdène ne contient point de soufre, et que la plombagine, au coniraire, en fournit une quantité sensible. Il est bien vrai que la niol\bdènc ne contient point de soufre : mais quand même on trouverait dans le sein de la terre de la molybdène niéléc de soufre, ce ne serait pas une raison de lui ôter son nom pour lui donner celui de plonibagine ; car cette dernière dénomination n’est fondée que sur un rapport suiierliciel , et qui peut induire en errcui', iniisque celte plombagine n’a rien de commun (jue la couleur avec le plomb. J’ai fait venir de gros et beaux morceaux de molybdène du duebé de Cumberland J et ra5'anl comparée avec la molybdène d’Allemagne, j’ai reconnu que celle d’Angleterre était plus pure, plus légère et plus douce au loucber (1); le jirix en est aussi très-différent, celle de Cumberland est dix fois plus chère à volume égal: cependant ni l’une ni l’autre de ces molybdénes, réduites en poudre et mises sur les charbons ardents, ne répandaient rôdeur de soufre; mais ayant mis à la même épreuve les ci'ayons qui sont dans le commerce, et qui me paraissaient être de la même substance, ils ont tous exhalé une assez forte odeur sulfureuse; cl j’ai été informé que, pour épargner la matière de la molybdène, les Anglais en mêlaient la poudre avec du soufre avant de lui donner la forme de crayon : on a donc pu |)rendre cette molybdène artificielle et mêlée de soufre, pour une matière différente de la vraie molybdène, et lui donner en consécpiencc le nom de plombagine. IM. Scbecle, qui a fait un grand nombre d’expériences sur cette matière, convient que la plombagine pure ne contient point de soufre, et dès lors celle plombagine pure est la même que notre molybdène ; il dit avec raison qu’elle résiste aux acides, mais que, par la sublimation avec le sel ammoniac, elle donne des fleurs martiales (2). Cela me semble incb’quer que le fer entre dans sa composition, et que c’est à ce métal qu’elle doit sa couleur noirâtre.

Au reste, je ne nie pas qu’il ne se trouve des molybdénes mêlées de pyrites, et qui dès lors exhalent au feu une odeur sulfureuse; mais malgré la confiance que j'ai aux lumières demonsavanlamiM.de

(1) La pesanteur spécifique ilc la mob bilèiic d’.Ulcmagiic est de 224Ü6, tandis que celle de Cunilicrland n’est que de 20891 .

(2) Expériences sur la mine de ploinb ou plonibagine. par M. Scbeclc, Journal de l’bysiquc, février 1782. — Je remarquerai que ceci avait dejii été observé par M. Polt, qui a prouvé que le crayon noir ou molybdène est toujours ferrugineux, » eu ce que , dit-il , si ou le mêle avec » du sel ammoniac, il donne des fleurs martiales, et que quand le feu l’a dégagé des parties >1 grasses qui renvironnent, il est attiré par l’aimant, sans parler de beaucoup d’autres expé-

iienees qu'on peut voir dans les AJiSvellunca Dvrulinoiiniu, tome VI, p. 2'J. «

.Moi'veau , je ne vois pas ici déraison snffisanic pour être de son avis, cl regarder la plombagine comme une matière tonte différente de la molybdène. Je donne ici copie de la leltre qn’il m’a écrile à ce sujet (1), dans laquelle j’avoue que je ne comprends pas pourquoi cet habile chimiste dit que la molybdène est mêlée de soufre, tandis que M. Scheele assure le contraire, et qu’en clfct elle n’en répand pas l’odeur sur les charbons ardents.

Je persiste donc à [)enser que la molybdène pure n’est composée (|ue de particules tahincuses mêlées avec une argile savonneuse , et teintes par une dissolution ferrugineuse : cette matière est tendre, et donne sa couleur plombée et luisante à toutes les matières sur lesciuellcs on la frotte ; elle résiste plus qu’aucune autre à la violente action du feu : elle s’y durcit, et l’on en fait de grands creusets pour l’iisage des monnaies. J'ai moi-même fait usage de plusieurs de ces creusets qui résistent trèslongtemps à l'action du plus grand feu.

On trouve de la molybdène plus ou moins pure en Angleterre, en Allemagne, en Espagne (2); et je suis persuadé qu’en faisant des recherches en France, dans les contrées de granit et de grès, on en pourrait ren-

(1) U .le ne doute pas qu’on ne fasse des mélanges avec du soufi'e pour des crayons, cl que O ce que l’on m’avait autrefois vendu en masse pour de la molybdène ne fût un de ces iiiélau- « ges ; mais je ne puis plus douter maintenant de ce que j’ai vu dans mes propres expériences a sur des morceaux qui tenaient à la roche quartzeuse, comme celui que vous avez tenu venant « de Suède, et qui par conséquent ne peuvent être des compositions artificielles : or, de .vept « échantillons, tous IcnanI au rocher, que j’ai éprouvés, et qui sc trouvent ici dans les cabinets a de M. de Chamblanc et de M. de Saint-Méinin, quatre se sont trouvés être de la molybdène, « et trois de la plombagine. Il est facile de les confondre à la vue, mais il est tout aussi facile U de les distinguer par leurs principes constituants, car il n'y a rien de si dillêrent. La molyh- » dène est composée de soufre et d’un acide particulier, la plombagine est un composé de gaz « méphilique et de feu fixe, ou phlogislique avec un cinq-ecnt-soixanlc-scizième de fer. .l’ai O fait en dernier lieu le foie de soufre avec les quatre molybdcncs dont je vous ai parlé; et O pour la plombagine, j’avais déjà répété au cours de l’année dernicre loutcs les expériences » de M. Scheele, que je m’étais fait traduire, et dont la traduction a été imprimée dans le « Journal de l’hysique de février dernier. Ce qui me persuade que cette distinction entre la n plombagine et la molybdène est présentement au.ssi connue des Anglais que des Suédois et « des Allemands, c’est que M. Kirwnn,de la Société roy.ale de Londres, m’écrivit peu de temps « après, que j’avais rendu un vrai service aux chimistes français, en publiant ce morceau dans « leur langue, parce qu’ils ne paraissaient pas au courant des travaux des étrangers. » Leltre de M. de Morveau à M. de Bulfon, datée de Dijon, li décembre 1782.

(2) « Nous partîmes de Cazclla (en E.spagne) et arrivâmes à un petit village nommé le Real » de Monaslcrio; à une demi-lieue de là je découvris une mine de plomb à crayonner, qui

est une espèce de molybdène , non de la véritable, cclle-ci ne se trouve que dans les bancs « de pierre de grès, mêlée quelquefois avec le granit. Le terrain est idcrrcux et produit de O bons chênes, etc.... Je ne sais quel nom donner à celle matière en notre langue, parce que « je crois qu’on ne la connaît point ; en terme d’iiistoirc naturelle on l’appelle nmhjbdœnu ni- « (jricu fdhrilis. C’est une substance noirâtre, de couleur de plomb, cassaulo, micacée, et O douce au taet comme le savon. Dans le commerce, les Français la nomment crayon d’An- 0 gicterre, parce que dans la province de Cumberland il y a une mine de molybdène avec acrt'o.x, lom, iv. Il)

HISTOIRE NATURELLE

contrer, comme Ton y trouve en effet d’autres concrétions du talc et du mica : cette matière, au prix (|ue la vendent les Anglais, est assez chère pour en faire la recherche, d’autant que l’exportation en est prohibée avant qu’elle ne soit réduite en crayons fins et grossiers, qu’ils ont soin de toujours mélanger d’une plus ou moins grande quantité de soufre.

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