‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 74 sur 133 · LE CORAIL · texte numérisé non relu

LE CORAIL

Le corail est, comme l’on sait, de la même nature que les coquilles. Il est produit, ainsi que tous les autres madrépores, astroïtes, cerveaux de mer, etc., parle suintement du corps d’une multitude de petits animaux auxquels il sert de loge, et c’est dans ce genre la seule matière qui ait une certaine valeur. On le trouve en assez grande abondance autour des iles et le long des cèles, dans presque, toutes les parties du monde. L’ile de Corse, qui appartient actuellement à la France, est environnée de rochers et de bas-fonds qui pourraient en fournir une grande quantité, et le gouvernement ferait bien de ne pas négliger cette petite partie de commerce qui deviendrait très-utile pour cette ile. Je crois donc devoir publier ici l’extrait d’un Mémoire qui me fut adressé par le

(1) Voyez la description do cette main, par M. Daub'enton, dans cotte Histoire naturelle.

Ministre on 1773 : oe Méiuoiro, qui contient Je bonnes observations, est de iM. Fraticelli, vice-consul de Naples en Sardaigne.

< 11 y a environ douze ans, dit M. Fraticelli, que les pêcheurs ne « fréquentent point ou fort peu les mers de Corse pour y faire cette Il pèche; ils ne pouvaient point aller à la côte avec sûreté pendant la guerre des Corses, de sorte qu’ils l'avaient presque entièrement aban- « donnée : c’est seulement en 1771 qu’environ quarante Napolitains ou € Génois la firent; et attendu les mauvais temps qui régnèrent cette « année, leur pèche ne fut pas abondante; et, quoique par cette raison U elle eût été médiocre, ils trouvèrent cependant les rochers fort riches Il en corail : ils auraient repris leur pèche en 1772, sans la crainte des Il bandits qui [infestaient l’ile. Ils passèrent donc en Sardaigne, où de- « puis quelques siècles ils font la pèche, ainsi que plusieurs autres na- € tions; mais ils y ont fait jusqu’à présent une pèche médiocre, quoi- « qu’ils y trouvent toujours autant de corail qu’ils eu trouvaient il y a « vingt ans, parce que si on le pèche d’un côté il nait d'un autre : au I* surplus il est à présumer (ju’il faut bien du temps avant que les filets « qu’on jette une fois rencontrent de nouveau le même endroit, quoi- « qu’on pêche sui- le même rocher. D’après les informations que j’ai Il prises, et les observations que j'ai toujours faites, je suis d'avis que le Il corail croît en peu d’années, et qu’en vieillissant il se gâte et devient Il piqué, et que sa tige même tombe, attendu que dans la pêche, on Il prend plus de celui appelé rkaduto (c’est-à-dire tondjé de, la tige), et Il terraglio (c’est-à-dire ramassé par terre et presque pourri), que de Il toute autre espèce. Comme il y a plusieurs qualités de corail, le plus Il estimé est celui qui est le plus gros et de plus belle couleur; il faut Il recevoir pour passable celui qui, quoique gros, commence à être Il rongé par la vieillesse, et qui, par conséquent, a déjà perdu de sa cou- ( leur : si un pêcheur pendant toute la saison de la pêche, prend une Il cinquantaine de livres de corail de cette première qualité, on peut Il dire qu’il a fait une bonne pêche, attendu qu’on le vend depuis sept « jusqu’à neuf piastres la livre, c’est-à-dii‘e depuis trente jusqu’à qua- II rante francs. De la seconde qualité est celui qui, quoiqu’il ne soit pas U bien gros, est cependant entier et de belle couleur, sans être rongé; Il on en pêche peu de celle (jualité, et ou le vend huit a dix francs la I. livre. De la troisième qualité est tout celui qui est tombé de sa lige, Il et qui, ayant perdu sa couleur, est appelé sbumefuto (blanchi) : cette •1 espèce est toujours très-rongéc; et c’est de celle qualité que les pe- II cheurs prennent communément un quintal, payé par les marchands « de Livourne de six francs à deux livres. I.a quatrième qualité est de

celui appelé terraglio (tombé de sa lige depuis très-longtemps, et Il presque pourri), que l’on donne à très-bas prix. D’après ce détail, on Il voit que le corail se perd en vieillissant, et dépérit dans la mer sans Il aucun profit.

Il Depuis la mer de Bonifacio jusqu’au golfe de Valimo, il y a plu-

HISTOIRE NATURELLE

« sieurs rochers riches en corail et assez peu éloignés de terre , mais « aussi de peu d’étendue; le plus considérable est celui appelé la Secca « di Tizzano (écueil de Tizzano, éloigné de terre d’environ trois lieues) : « d’après ce que les pêcheurs en disent, il en a environ huit de circon- « férence. Ce rocher est fort riche en corail, dont la plus grande partie « se trouve de la dernière qualité : on est d’avis que cela provient de la K trop grande étendue du rocher qui fait qu’il s’écoule plusieurs années « avant que l’on rencontre le même endroit où l’on a péché las années « précédentes, en sorte que le corail, qui est fort vieux, se gâte, et < devient pour la plus grande partie terraglio, et qu’il en reste peu de la .( première qualité. Il y a aussi un autre rocher qui est appelé la Secca « grande, qui se trouve entre la Senara, petite ile entre la Sardaigne et « la Corse : on prétend qu’il a onze lieues de circonférence, et qu’il est « beaucouj) plus riche en corail que celui de Tizzano; mais il est moins « fréquenté, attendu son grand éloignement de l’ile. Son corail est aussi « beaucoiq) inférieur à celui du premier rocher : des milliers de pè- « cheurs pourraient faire leur pèche sur ces deux grands rochers sous- « marins, et il s’écoulerait bien des siècles avant de n’y plus trouver de M corail.

« Les avantages que lesdits pêcheurs procuraient , avant l'interdic- « tion de la pêche, à la v ille de Bonifacio et à toute l’ile, étaient d’une « très-grande considération; car, quoiqu’ils vivent misérablement, ils « s’y pourvoient de toutes les denrées nécessaires; chacun en profite, .1 et le plus grand avantage est pour le domaine royal, attendu les droits Il qu’on en retire pour l’importation des denrées de l'étranger.

.1 Comme on fait toujours une pèche médiocre en Sardaigne, quoi- ■I que les pécheurs y trouvent les denrées à très-bon marché, si on ve- « liait à ouvrir la pêche en Corse, et que le di-oit domanial, au moins ■1 pour les premières années, ne fût point augmenté, ils y viendraient « tous, ce qui formerait un objet de trois cents pêcheurs environ, et « par ce commerce on verrait s’enrichir une très-grande partie de l’ile, Il d’autant qu’à présent les denrées y sont en si grande abondance, que « le gouvernement a été obligé de permettre l’exportation des grains : « alors tout resterait dans Tile, et lui procurerait les plus grands avan- « tages, »

Le corail est aussi fort abondant dans certains endroits autour de la Sicile. M. Brydone décrit la manière dont on le pêche, dans les termes suivants ; <i La pèche du corail , dit-il, se fait surtout à Trapani : on y •1 a inventé une machine qui est très-propre à cet objet; ce n’est qu’une <1 grande croix de bois, au centre de laquelle on attache une pierre Il dure et très-pesante, capable de la faire descendre et maintenir au « fond ; on place des morceaux de petit filet à chaque membre de la >1 croix qu’on tient horizontalement en équilibre au moyen d’une corde,

« et qu’on laisse tomber dans l’eau ; dès que les pêcheurs sentent qu’elle •1 louche le fond, ils lient la corde aux bateaux, ils rament ensuite sur

des minéraux.

« les couclies de corail ; la grosse pierre détache le corail des rochers , .1 et il tombe sur-le-champ dans les lilels. Depuis cette invention , la < pêche du corail est devenue une branche importante de commerce « pour l’île de Sicile (I). »

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