‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 75 sur 133 · PÉTRIFICATIONS ET FOSSILES · texte numérisé non relu

PÉTRIFICATIONS ET FOSSILES

Tous les corps organisés , surtout ceux qui sont solides , tels que les bois et les os, peuvent se pétrifier en recevant dans leurs porcs les sucs calcaires ou vitreux; souvent meme à mesure que la substance animale ou végétale se détruit, la matière pierreuse en prend la place ; en soi le que, sans changer de forme, ces bois et ces os se trouvent convei tis en pierre calcaire, en marbres, en cailloux, en agates, etc. Lon reconnaît évidemment, dans la plupart de ces pétrifications, tous les traits de leur ancienne organisation, quoiqu’elles ne conservent aucune partie de leur première substance; la matière en a été détruite et remplacée successivement par le suc pélritianl auquel leur texture, tant intérieure qu ex lérieure, a servi démoule, en sorte que la forme domine ici sur la matière au point d'exister après elle. Celte opération de la nature est le grand moyen dont elle s’esl servie, et dont elle se sert encore pour conserver à jamais les empreintes des êtres périssables : cest en effet pai ces pétrifications que nous reconnaissons ses plus anciennes productions, et ipic nous avons une idée de ces especes maintenant anéanties, dont l’existence a précédé celle de tous les êtres actuellement vivants ou végétants; ce sont les seuls monuments des premiers âges du monde : leur forme est une inscription authentique qu’il est aisé de lire en la eomi)arant avec les formes des corps organisés du même genre; et comme on ne leur trouve point d’individus analogues dans la nature vivante, on est forcé de rapporter l’existence de ces espèces actuellement perdues aux temps où la chaleur du globe était plus grande, et sans doute nécessaire à la vie et a la propagation de ces animaux et

végétaux qui ne subsistent plus. . , , • .

C’est surtout dans les coquillages et les poissons, premiers habitants du globe , que l’on peut compter un plus grand nombre d’espèces qui ne subsistent plus; nous n'entreprendrons pas d’en donner ici l’énumération qui, quoique longue, «erait encore incomplète : ce travail sur la

(t) Voyage en Sicile, par M. Brydone, tome II, p. 264 et 26S.

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vieille nature exigerait seul plus de temps qu’il ne m’en reste à vivre, et je ne puis que le recommander à la postérité; elle doit rechercher ces anciens titres de noblesse de la nature avec d’autant plus de soin qu’on sera plus éloigné du temps de son origine. En les rassemblant et les comparant altentivement, on la verra plus grande et plus forte dans son printemps qu’elle ne l’a été dans les âges subsé(|uents : en suivant ses dégradations, on reconnaîtra les pertes qu’elle a faites, et l’on pourra déterminer encore quelques époques dans la succession des existences qui nous ont précédés.

Les pétrifications sont les monuments les mieux conservés, quoique les plus anciens de ces premiers âges ; ceux que l’on connaît sous le nom de fossiles apparliennent à des temps subséquents; ce sont les parties les plus solides , les plus dures , et particuliérement les dents des animaux qui se sont conser\ées intactes ou peu altérées dans le sein de la terre. Les dents de requin que l’on connaît sous le nom de glossopètres, celles d’hippopotame, les défenses d’éléphant et autres ossements fossiles, sont rarement pétrifiés; leur état est plutôt celui d’une décomposition plus ou moins avancée : l’ivoire de l’éléphant, du morse, de Thippopotame, du narwal, et tous les os dont en général le fonds de la substance est une terre calcaire, reprennent d’abord letir première nature , et se convertissent en une sorte de craie ; ce n’est qu’avec le temps, et souvent par des circonstances locales et particulières, qu’ils se pétrifient et reçoivent plus de dureté qu’ils n’en avaient naturellement. Les turquoises sont le plus bel exemple que nous puissions donner de ce.s pétrifications osseuses, qui néanmoins sont incomplètes; car la substance de l’os n’y est pas entièrement détruite et pleinement remplacée par le suc ^ itreux ou calcaire.

Aussi trouve-t-on les turquoises, ainsi que les autres os et les dents fossiles des animaux, dans les premières couches de la terre à une petite piofondeur, tandis que les coquilles pétrifiées font souvent partie des derniers bancs au-dessous de nos collines, et que ce n’est de même qu’à de grandes profondeurs que l’on voit, dans les schistes et les ardoises, des empreintes de poissons, de crustacés et de végétaux, qui semblent nous indiquer que leur existence a précédé, même de fort loin , celle des animaux terrestres : néanmoins leurs ossements conservés dans le sein de la terre, quoique beaucou]) moins anciens que les pétrifications des coquilles et des poissons, ne laissent pas de nous présenter des espèces d’animaux quadruiièdes qui ne subsistent plus; il ne faut pour s’en convaincre que comparer les énormes dents à pointes mousses, dont J’ai donné la description, avec celles de nos plus grands animaux actuellement existants : on sera bientôt forcé d’avouer que l’animal d’une grandeur prodigieuse, auquel ces dents appartenaient, était d’une espèce colossale, bien au-dessus de celle de l’éléphant; que de même les très-grosses dents carrées que j’ai cru pouvoir comparer à celles de riiippopotame sont encore des débris de corps démesurément

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gigantesques , dont nous n’avons ni le modèle exact, ni n’aurions pas même l’idée, sans ces témoins aussi authentiques qu’irréprochables. Ils nous démontrent non-seulement l’existence passée d’espèces colossales, différentes de toutes les espèces actuellement subsistantes, mais encore la grandeur gigantesque des premiers pères de nos espèces actuelles; les défenses d’éléphant de huit à dix pieds de longueur, et les grosses dents d’hippopotame dont nous avons parlé, prouvent assez que ces espèces majeures étaient anciennement trois ou quatre fois plus grandes, cl que probablement leurs forces et leurs autres facultés étaient en proportion de leur volume.

Il en est des poissons cl coquillages comme des animaux terrestres; leurs débris nous démontrent l’excès de leur grandeur : existe-t-il en effet aucune espèce comparable à ces grandes volutes pétrifiées, dont le diamètre est de plusieurs pieds et le poids de plusieurs centaines de li- M-es? Ces coquillages d’une grandeur démesurée n’existent plus que dans le sein de la terre, et encore n’y existent-ils qu’en représentation; la substance de l’animal a été détruite, et la forme de la coquille s est conservée au moyen de la pétrilicalion. Ces exemples snflisent pour nous donner une idée des forces de la jeune nature : animée d’un feu plus vif que celui de notre température actuelle, ses j)roductions avaient plus de V ie, leur dévelo|)pemenl était plus ra[)ide et leur extension plus grande; mais à mesure que la terre s'est refroidie, la nature vivante s’est raccourcie dans ses dimensions ; et non-seulement les individus (les espèces subsistantes se sont rapelissés, mais les premières csi)èces, (|ue la grande chaleur avait produites, ne pouvant plus sc maintenir, ont péri pour jamais. Et combien n’en périra-t-il pas d’autres dans la succession des temps, à mesure que ces trésors de feu diminueront par la déperdition de celte chaleur du globe (|ui sert de base à notre chaleur vitale et sans laquelle tout être vivant devient cadavre, et toute substance organisée devient matière brute!

Si nous considérons en particulier celle matière brute (|ui provient du détriment d(!S corps organistes, l’imagination sc trouve écrasé'c par le poids de son volume immense, cl l’esprit plus qu’épouvanté par le temps prodigieux tju’ou est lorcé de siqvposer pour la succession des innombrables générations qui nous sont attestées par leurs débris et leur destruction. Les pétrifications qui ont conservé la forme des productions du vieil Océan ne font pas des unités sur des millions de ces mêmes corps marins qui ont été réduits en pondre, et dont les délriinenls accumulés par le mouvement des eaux ont foiané la masse entière de nos collines calcaires, sans conqjter encore loules les petites masses pétrifiées ou minéraliséiis (|ui se trouvent dans les glaises ou dans les terres limoneuses : sera-t-il jamais possible de reconnaitre la durée du du temps employé à ces grandes constructions, et de celui qui s’est écoulé depuis la pétrification de ces ('chanlülons de l’ancienne nature? On ne peut (|u’en assigner des limites assez déterminées entre l’époque

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de l’occupalioH des eaux et celle de leur reiraite; époque dont j’ai sans doute trop resserré la durée pour pouvoir y placer la suite de tous les événements qui paraissent exiger un plus grand emprunt de temps, et qui me sollicitaient d’admettre plusieurs milliers d’années de plus entre les limites de ces deux époques.

L’un de ces plus grands événements est l'abaissement des mers, qui, du sommet de nos montagnes, se sont peu à peu déprimées au niveau de nos plus basses terres. L’une des principales causes de cette dépression des eaux est, comme nous l’avons dit, l’alTaissemcnt successif des boursoiillures caverneuses formées par le feu primitif dans les premières couches du globe, dont l’eau aura percé les voûtes et occupé le vide ; mais une seconde cause peut-être plus efficace, quoique moins apparente, et que je dois raiipeler ici comme dépendante de la formation des corps marins, c’est la consommalion réelle de l’immense quantité d'eau qui est entrée, et qui chaque jour entre encore dans la composition de CCS corps pierreux. On peut démontrer celle présence de l’eau dans toutes les matières calcaires; elle y réside en si grande (juanlilé qu’elle en constitue souvent plus d’un quart de la masse; et cette eau, incessamment absorbée par les générations successives des coquillages et autres animaux du même genre, s’est conservée dans leurs dépouilks, en sorte (|ue toutes nos monlagnes et collines calcaires sont réellement composées de plus d’un (piarl d'eau. Ainsi le volume apparent de cet élément, c’est-à-dire la hauteur des eaux, a diminué en pi oporlion du quart de la masse de toutes les montagnes calcaires, puisque la quantité réelle de l’eau a souffert ce déchet par son incorporation dans toute matière coquilleuse au moment de sa formation; et plus les coquillages et autres corps marins du même genre se multiplieront, plus la quantité de l’eau diminuera, et plus les mers s’abaisseront. Ces corps de substance coquilleuse et calcaire sont en effet l’intermède et le grand moyen que la nature emploie pour convertir le licpiide en solide : l’air et l’eau que ces corps ont absorbés dans leur formation et leur accroissement y sont incarcérés et résidants à jamais ; le feu seul i)eut les dégager en réduisant la pierre en chaux, de sorte que, pour rendre à la mer toute l’eau qu’elle a perdue par la l'.i’oduclion des substances coquilleuses, il faudrait supposer un incendie généi-al, un second état d’incandescence du globe dans lequel toute la matière calcaire laisserait exhaler cet air fixe et cette eau, qui font une si grande partie de sa substance.

La quantité réelle de l’eau des mers a donc diminué à mesure que les animaux à coquilles se sont multipliés, et son volume apparent, déjà réduit par cette première cause, a dû nécessairement se déprimer aussi par l’alTaisscment des caveines, (jui, recevant les eaux dans leur profondeur, en ont successivement diminué la hauteur; et celte dépression des mers augmenlera de siècle en siècle, tant que la terre éprouvera des secousses et des affaissements inlérieuis, et à mesure aussi qu’il se formera do nouvelles matières calcaires par la multiplication de Ces uni-

niau\ marins revêtus de matière coquilleiise : leur nombre est si grand, leur pullulation si prompte, si abondante, et leurs dépouilles si volumineuses, qu’elles nous préparent au fond de la mer de nouveaux continents, surmontés de collines calcaires, que les eaux laisseront à découvert pour la postérité comme elles nous ont laissé ceux que nous babituns.

Toute la matière calcaire ayant été primitivement formée dans l’eau, il n’est pas surprenant qu’elle en contienne une grande quantité : toutes les matières vitreuses, au contraire, qui ont été produites par le feu, n’en contiennent point du tout; et néanmoins c’est par l’intermède de l’eau que s'opèrent également les concrétions secondaires et les pétrifications vitreuses et calcaires : les coquilles, les oursins, les bois convertis en cailloux, en agates, ne doivent ce changement qu’à l’inliltration d’une eau chargée du suc vitreux, lequel prend la place de leur première substance à mesure qu’elle se détruit. Ces pétrilications vitreuses quoique assez communes, le sont cependant beaucoup moins que les pétrifications calcaires; mais souvent elles sont plus parfaites, et présentent encore plus exactement la forme tant extérieure qu’intérieure des corps, telle qu’elle était avant la pétrification : cette matière vitreuse, plus dure que la calcaire, résiste mieux aux chocs, aux frottements des autres corps, ainsi qu’à l’action des sels de la terre, et à toutes les causes qui peuvent altérer, briser, et réduire en poudre les pétrifications calcaires.

Une troisième sorte de pétrification qui se fait de même par le moyen de l’eau, et (ju’on peut regarder comme une minéralisation, se présente assez souvent dans les bois devenus pyi iteux, et sur les coquilles recouvertes, et quelquefois pénétrées de l’eau chargée des parties ferrugineuses que contenaient les pyrites ; ces |iarticules métalliques prennent peu à peu la place de la substance du bois qui se détruit, et, sans en altérer la forme, elles le changent en mines de fer ou de cuivre. Les poissons dans les ardoises, les coquilles et particulièrement les cornes d’Ammon dans les glaises sont souvent recouverts d’un enduit pyriteux qui présente les plus belles couleurs; c est à la décomposition des pyrites contenues dans les argiles et les schistes quon doit rapporter cette sorte de. minéralisation, (jui s’opère de la même manière et par les mêmes moyens que la pétrification calcaire ou vitreuse.

Lorsque l’eau chargée de ces particules calcaires, vitreuses ou métalliques, ne les a pas réduites en molécules assez ténues pour pénétrer dans l’intérieur des corjrs organisés, elles ne peuvent que s’attacher à leur surface et les envelopper d’une incrustation plus ou moins épaisse : les eaux qui découlent des montagnes et collines calcaires forment pour la plupart des incrustations dans leurs tuyaux de conduite, et autour des racines d’arbres et autres corps qui résident sans mouvement dans l’étendue de leur cours; et souvent ces corps incrustés ne sont pas pétrifiés : il faut pour opérer la pétrification, non-seulement plus de temps, mais

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plus d'atlénuation dans la matière, dont les molécules ne peuvent entrer dans rinlérieur des corps et se substituer à leur première substance que quand elles sont dissoutes et réduites à la plus grande ténuité. Pai‘ exemple, ces belles |)ierrcs nouvellement decouvertes, et auxquelles on a donné le nom impropre de marbres opalins, sontplulét des incrustations ou des concrétions (jue des pétrifications, puisqu'on y voit des fragments de burgos et de moules de Magellan avec leurs couleurs : ces coquilles n étaient donc pas dissoutes lorsqu’elles sont entrées dans ces marbres; elles n’étaient que brisées en petites parcelles qui se sont mêlées avec la poudre calcaire dont ils sont composés.

I.c suc vitreux, c’esl-a-dirc Teau chargée de particules vitreuses, forme rarement des incrustations, même sur les matières qui lui sont analogues; l’émail quartzeux qui revêt certains blocs de grés est un exemple de ces incrustations : mais d’ordinaire les molécules du suc vitreux sont assez atténuées, assez dissoutes pour pénétrer l’intérieur des corps, et piendrc la jjlace de leur svibstance à mesure qu’elle sc détruit ; c'est là le vrai caractère (|ui distingue la pétrification, tant de l’incrustation, qui n’est qu un re^’ètcment, que de la concrétion, qui n’est qu une agrégation de parties plus ou moins fines ou grossières. Les matières calcaires et métalliques forment au conti’aire beaucoup plus de concrétions et d’incrustations que de pétrifications ou minéralisations, parce que l’eau les détache en moins de temps, et les transporte en plus grosses parties que celles de la matière vitreuse, qu’elle ne |ieut atta- (fiier et dissoudre que par une action lente et constante, attendu que cette matière, par sa dureté, lui résiste plus que les substances calcaires et métalli(|ues.

Il y a peu d’eaux qui soient absolument j>ures ; la plupart sont chargées d’une certaine quantité de parties calcaires, gypseuses, vitreuses ou métalliques : et quand ces particules ne sont encore que réduites en poudre palpable, elles tombent en sédiment au fond de l’eau, et ne peuvent former que des concrétions ou des incrustations grossières; elles ne pénètrent les autres corps qu’autanl qu’elles sont assez atténuées pour être reçues dans leurs porcs, et, en cet état d’atténuation, elles n altèrent ni la linqjidilé ni même la légèreté de l’eau (jui les contient et qui ne leur sert que de \éhicule : néanmoins ce sont souvent ces eaux si pures en apparence, dans lesquelles se forment en moins de temps les pétrifications les plus solides. On a exemi)lc de crabes et d’autres corps pétrifiés en moins de quelques mois dans certaines eaux, et particuliérement en Sicile prés des côtes de .Messine; on cite aussi les bois convertis en cailloux dans certaines rivières, et je suis persuadé qu’on pourrait j)ar notre art imiter la nature, et i)étrifier les corps avec de l’eau convenabicment chargée de matière pierreuse : etcct art, s’il était porté à sa perfection, serait ])lus précieux pour la postérité (jue l’art des embaumements.

Mais çest plutôt dans le sein de la terre (pie dans la mei', et surtout

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dans les couches de malicre calcaire, (lue s’opère la pélrilicatioii de ces crabes et autres crustacées (1), dont (iticlqucs-uns , et nolaniiiient les oursins, se trouvent pétriliés en cailloux, on plutôt en i)ierres à fusil placées entre les bancs de pierre tendre et de craie (2). On trouve aussi des poissons pétrifiés dans les matières calcaires (3) : nous en a\ ons deux

(1) Les crabes pétrifiés de la côte de Coromandel sont les memes que ceux de France , d’Italie et d’Amérique. H y a de ces crabes dans le territoire de Vérone, et quelques-uns sont remplis de mines de fer : ceux de Coromandel contiennent aussi une terre fcri ugineuse. Tous ces crabes pétriliés sont ordinairement mutilés ; il leur manque souvent des pattes ou des antennes, ce qui prouve qu’ils ont été violentés par le frottement ou l’éboulcment des terres avant d’etre pétrifiés. Traité des Pétrifications, iu-<l° j Paris, I7i2, p. HO et suiv.

(2) Ou trouve, sur les rivages de la mer de Lubeck, plusieurs liérissons de mer eliati''és en cailloux ou pierres à fusil que les vagues y amènent eu les enlevant des couebes de pierre à chaux qui bordent ces mcrs-là, ainsi (pie colles d'Angleterre et de France, vers le Pas-de-Calais. Idem, ibidem.

(ô) L’on trouve des poissons pétrifiés en Italie, dans dos pierres blaucbàtrcs de Uolca, dans le Véronais; on en trouve en Suisse, cuire des pierres semblables; à Veningen, près du lac de Constance, cl dans les ardoises noires d’une montagne du canton de Claris.

L’Allemagne fournit aussi quantité de poissons dans une espèce de marbre ou de pierre à chaux grisâtre , à Uupin , à .Anspach , à Pappenheim , à EichslicJ , à Eyslettcu , et dans les ardoises métalliques d’EisIcbcn , d’isenaeh, d’Osterode , de Franckenberg , d’Ilmcnau et ailleurs. I

On trouve encore des poissons dans des plaques d’ardoise blanchâtre de Wasch , en llohème.

Le squelette presque entier d’un crocodile (voyez Bibliolhèiiue anglai.se, tome VI, p. fOU et suivantes ), et le sipieicttc d’un poisson du Cabinet de M. le chevalier Sloane... trouvés dans la province de Nottingham , et (|u’on croit venir des carrières de Fulbcek , prouvent sullisammcnt que l’Angleterre n’est pas destituée de semblables curiosités.

Tous ceux qui aiment à lire les livres de voyages n’ignorent pas que l’on trouve des poissons dans des pierres grisâtres .sur une montagne de Syrie, à quelques lieues de Tripoli, de même (pie sur une montagne de la Chine, près d’une petite ville nommée Yen-hiaug-hien, du territoire de Fnug-siaiig-fou.

De tous les poissons dont j’ai parlé , il n’y en a point ([u’on ne puisse regarder comme absolument pétrifiés , excepté ceux qu’on trouve dans les ardoises noires de Claris et dans les ardoises métalliques des mines d’Allcmignc. La raison do cela est que les molécules qui ont formé celle sorte d’ardoise se .sont si bien insinuées dans la substance des poissons, qu’elle en a été absorbée , de sorte néanmoins qu’ayant (larfailcment bien retenu la forme des poissons, on peut les appeler, si l’on veut, des poissons pélri/iés o;i im’lallifiôs.

Il n’en est pas de même des poissons qui sont renfermés entre des pla(iues de pierre gi isâlre : ceux-ci ont été simplement séchés, ciiibaumés et durcis, à peu près comme s’ils avaient été métamorphoses en une espèce de corne fort dure , telle que l’est la substance des plantes marines (ju’on nomme cornées ou cornucuscs.

La substance des poissons qui ont subi ce changement , jointe à leur couleur , les fait trèsbien distinguer de la substance de la pierre qui les rcnfci me ; la plupart sont d’une couleur rougeâtre; d’autres sont d’un jaune luisant , d'aulres sont d’un brun plus ou moins foncé , d’autres enfin sont noirs ; mais celte n(jirceur vient d’un suc bitumineux , (|ui forme dans plusieurs pierres des ligures de petits arbrisseaux qu’on appelle dcndrilcs. El quant aux poissons qui sont 1 eiiferinés entre des plaques d’ardoises iiictalliques, il y en a (|ui sont simplement uuiro.v, loin. iv. 18

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au Cabinet du Roi, dont le premier parait être un saumon d’environ deux pieds et demi de longueur, et le second, une truite de quinze à seize pouces, très-bien conservés; les écailles, les arêtes, et toutes les parties solides de leurs corps, sont pleinement pétrifiées en matière calcaire. ftlais c’est surtout dans les schistes, et particuliérement dans les ardoises que l’on trouve des poissons bien conservés; ils y sont plutôt minéralisés que pétrifiés; et en général ces poissons dont la nature a conservé les corps sont plus souvent dans un état de dessèchement que de pétrification.

Ces espèces de reliques des animaux de la terre sont bien plus rares que celles des habitants de la mer, et il n’y a d’ailleurs que les parties solides de leur corps, telles que les os et les cornes, ou plutôt les bois de cerf, de renne, etc., qui se trouvent quelquefois dans un état imparfait de pétrification commencée : souvent même la forme de ces ossements ne conserve pas ses vraies dimensions ; ils sont gonflés par l’interposition de la substance étrangère qui s'est insinuée dans leur texture, sans que l’ancienne substance fût détruite; c’est plutôt une incrustation intérieure qu’une véritable pétrification. L’on peut voir et reconnaitre aisément ce gonflement de volume dans les fémurs et autres os fossiles d’éléphant, qui sont au Cabinet du Roi : leur dimension en longueur n’est pas proportionnelle à celles de la largeur et de l’épaisseur.

de la couleur de l’ardoise , au lieu que d’aulrcs ont des écailles qui reluisent comme si elles étaient d'or, d’argent ou de quelque autre métal, ainsi qu’il est arrivé aux cornes d’ Amman, dont on a parlé dans la troisième partie de ce Recueil.

Tous CCS poissons ont subi , autant que les circonstances l’ont pu permettre , plusieurs dérangements accidentels , pareils à ceux des crustaecs et des testaeés , qui ont été renfermes dans des bancs de rochers et dans des couches de terre.

En général , tous ces poissons ont eu la tête écrasée , plusieurs l’ont perdue ; d’autres ont perdu la queue : les nageoires et les ailerons ont été transposés dans quelques-uns; d’autres ont été courbés en arc. On en trouve plusieurs dont une partie du corps a été séparée do l’autre ; il y en a dont il ne reste que le squelette ; d’autres u’out lais.sé que des fragments. L’on rencontre souvent des plaques qui renferment plus d’un poisson diversement situés, et quelquefois c’est un amas bizarre d’arclcs et d’autres fragments de differents poissons que l’on y trouve.

Ces irrégularités ne peuvent être attribuées qu’aux mouvements de l’eau qui enveloppe ces poissons , à la rencontre des divers corps ([ui nageaient ensemble , et aux divers efforts réciproques des couches à mesure qu’elles se condensaient, etc.

Ajoutez à cela que les poissons dont nous parlons sont d’autant mieux marqués qu’ils sont plus gros ; qu’il y en a dont les vertèbres sont comme cristallisées , et d’autres dans la place de la moelle desquels on trouve de petites cristallisations, et que, nonobstant toutes ces variations, l’on ne peut douter que ce n’aient été de vrais poissons de mer et de rivière, parce que plusieurs savants en ont reconnu diverses espèces , comme des brochets , des perches , des truites, des harengs, des sardines, des anchois, des ferrats, des turbots, des têtus, des dorades, qu’on appelle rougets eu Languedoc; des anguilles, des saluz ou silurus , des guaperva du Brésil, des crocodiles. J’ai vu un poisson volant dans une pierre de Bolca, dans le Cabinet de M. Zanniehelli, à Venise. Traité des Pétriliealious, in-4o j Paris, 1712, p. 1 10 et suiv.

Je le répète, c’est à regret que je quitte ces objets intéressants, ces précieux monuments de la vieille nature, que ma propre viellesse ne me laisse pas le temps d’examiner assez pour en tirer les conséquences que j’entrevois, mais qui n élant fondées que sur des aperçus, ne doivent pas trouver place dans cet ouvrage, ou je me suis fait »ine loi de ne présenter que des vérités appu)'ées sur des faits. D’autres viendront après moi, qui pourront supputer le temps nécessaire au plus grand abaissement des mers, et à la diminution des eaux parla multiplication des coquillages, des madré|)ores et de tous les corps pierreux qu’elles ne cessent de produire; ils balanceront les pertes et les gains de ce globe dont la chaleur propre s’exhale incessamment, mais qui reçoit en compensation tout le feu qui réside dans les détrimcnls des corps organisés; ils en concluront (pie si la chaleur du globe était loujours la même, et les générations d’animaux et de végétaux toujours aussi nombreuses, aussi promptes, la quantité de l’élément du feu augmenterait sans cesse; et qu’entin au lieu de finir par le froid et la glace, le globe pourrait périr par le feu. Ils compareront le temps qu’il a fallu pour que les détriments combustibles des animaux et végétaux aient été accumulés dans les pre miersàges, au point d'entretenir pendant des siècles le feu des volcans; ils compareront, dis-je, ce temps avec celui qui serait nécessaire pour qu’à force de multiplications des corps organisés, les j)remicres couches de la terre fussent entièrement composées de substances combustibles; ce qui dès lors pourrait produire un nouvel incendie général, ou du moins un très-grand nombre de nouveaux volcans. Mais ils verront en même temps que la chaleur du globe diminuant sans cesse, cette liu n’est point à craindre, et que la diminution des eaux, jointe à la multij)lication des corps organisés, ne pourra que retarder de quelques milliers d'années l’envahissement du globe entier par les glaces, et la mort de la nature par le froid.

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