TERRE D’OMBRE
On peut regarder la terre d’ombre comme une tei-re bitumineuse à laquelle le fer a donné une forte teinture de brun ; elle est plus légère que l’ocre, et devient blanche au feu, au lieu que l’ocre y prend ordinairement une couleur rougeâtre ; et c’est probablement pai-ce que cette ferre d’ombre ne contient pas, à beaucoup près, une aussi grande quantité de fer : il parait même que ce métal ne lui a donné que la couleur, qui quelquefois est d’un brun clair, et d’autres fois d’un brun presque noir. Celle dernière porte dans le commerce le nom de terre de Colo- Î/Me(l), parce qu’elle se trouve en assez grande quantité aux environs de cette ville; mais il y en a aussi dans d’autres provincesde l’Allemagne (2),
des eaux maritales chaudes ou froides , vitrioliques ou acidulés ; 2° l'ocre martiale rouge , qui scmlilc devoir au feu sa couleur , puisqu’il suffit d’exposer au feu l’ocre martiale jaune pour lui faire prendre une très-belle couleur rouge; 3» l’ocre martiale noire , ou clhiops martial natif, qui n’est autre chose qu’une chaux de fer imparfaite; on la trouve, soit dans la vase des marais, soit à la surface des mines de fer spathiques eu décomposition; 4» enfin l’oci'e martiale bleue qui porte aussi le nom de bleu de Prusse natif , quoiqu’elle dilTère à plusieurs égards du bleu de Prusse artificiel : celle ocre se trouve quelquefois dans les tourbières , et sa couleur bleue peut provenir de l’alcali des substances végétales dont la tourbe est composée.
Toutes ces ocres martiales, sans en excepter la dernière, se trouvent à llio, dans l’ile d’Elbe, aux environs de la montagne où l’on exploite , à ciel ouvert , la raine du fer grise à facettes brillantes, dont cette montagne est presque on entier composée. Cristallographie, par iVI. lloraé de Lisic, tome 111, p. 2!)îi.
(1) Celle terre ne s’imbibe pas facilement d’eau ; elle est d’un brun presque noirâtre, et répand une odeur bitumineuse, fétide et désagréable; on lu nomme coimnuiiéinent ferre rfe Cologne, parce qu’elle nous vient de cette ville; elle est fort utile aux teinturiers et aux peintres. Minéralogie de Bomare, tome I, p. 72.
(2) Le docteur Gustave-Casimir Gahcrliep dit qu’étant descendu dans une caverne, près de in petite ville de Frcyeiiwald, il y trouva deux es]icces de terres différentes; l’une, qui ressemble parfaitement à la terre de Cologne dont se servent les peintres, répand, en brûlant, beaucoup de fumée, mais qui est sans odeur , et scs cendres sont blanches ; l’autre esjièee de terre n’csl pas lort dillércnte de la preniicre quant à la couleur, ipii est cependant un peu moins noire, et qui tire sur le rougeâtre ; mais elle est plus légère et pins friable, et se réduit
et M. Monnet en a découvert en France (1) , qui parait être de la même nature, et pourrait servir aux peintres , comme ta terre de Cologne, dont ils font grand usage.
ÉMERIL.
J1 y a deux sortes d’émerils, l’un attirahle et l’autre insensible à l’aimant. Le premier est un quartz ou un jaspe mêlé de particules ferrugi-
eii poussière lorsqu’elle est sèche. Elle s’enflamme très-facilement, et lorsqu’on la brûle à l’air libre, elle se convertit en cendres en parties jaunâtres et en parties rougeâtres , en répandant beaucoup de fumée. La première a au contraire plus de densité et de consistance , et se lève en plus grosses mottes : nous observâmes encore que la terre de la seconde espèce ne s’éteignait point lorsqu’elle avait commencé de brûler, et qu’elle exhalait une odeur qui approchait beaucoup de celle du charbon de terre ou de jais enflammés... J’ai tiré de celte terre une assca grande quantité de liqueur spiritueuse ou de gaz incoercible, qui s’enflammait lorsque j’approchais une chandelle allumée des jointures liitces des vaisscuu.x, et dont la flamme, qui était d’un bleu clair, ne sentait point le soufre, mais plutôt le succiu; j’en tirai aussi un peu d’esprit d’une odeur forte, d’une couleur rougeâtre, et un peu d’huile volatile aussi pénétrante que celle de pétrole : il s’est de plus élevé beaucoup de fleurs qui ressemblaient par leur couleur à celles du soufre, mais qui furent dissoutes par l’huile épaisse qui monta ensuite. Collection académique, partie étrangère, tomo VI, p. 54S etsuiv.
(1) « Dans une de mes courses lithologi<|ucs , dit M. Monnet, je découvris près du hameau U appelé la Curée, dans la paroisse de Mandagoul, une mine do terre d'ombre, nom qu’on lui a donne dans le coiumcrce. Cette terre est fort en usage dans la peinture pour les bâtiments, » je veux dire pour peindre les portes, les murs, etc., soit eu détrempe, soit à l’huile, et leur « donner une couleur hrune tirant quelquefois sur le jaune. Cette mine se trouve auprès « d’une petite rivière dans une châtaigneraie ; elle n’a qu’un demi-pied d’épaisseur, et que U trois ou quatre pieds de bonne terre au-dessus. La partie de cette mine, qui est à découvert » au bas d’un ravin, s’étend horizontalement à plusieurs toises : celte terre d’ombre est d’une « couleur brune tirant sur le jaune j elle est pesante, prenant un peu à la langue quand on la « goûte, sans donner cependant aucune marque de stypticité, et toujours humide comme la • boue épaisse j j’en fis tirer quelques quintau.x, elle s’est vendue chez 1 épicier sans dilliculte, « j’en ai moi-même employé beaucoup aux portes de ma maison, à I huile de noix cuite et en « détrempe, l’ayant auparavant fait passer par un tamis de soie.
U J’ai reconnu, par les épreuves chimiques, que celle terre d ombre n est uniquement que .. du fer dépouillé de sou phlogistique ; la pierre d’aimant présentée au-dessus n’en attire « aucune parcelle ; elle ne fait aucune ellervo-scence avec les acides ; exposée à l’action du feu » dans un creuset d’essai couvert , avec parties égales de flux noir et de corne de cerf râpée. Il j’en ai retiré du fer pur : celte terre ressemble assez bien parla couleur au safran de mars I. des boutiques, qu’on prépare en exposant la limaille de fer à la rosée, ou en l’humectant avec « de l'eau de pluie
a Cette terre d’ombre pourrait éti'c placée avec les ocres ; j’y trouve seulement celte dilfé-
HISTOIRE NATURELLE
lieuses et magnétiques : l’émeril rouge de Corse et l’cmeril gris , qui sont attirables à l’aimant, peuvent être mis au nombre des mines primordiales formées par le feu primitif. La seconde sorte d’éincril, et c’est la plus commune, n’est point attirablc à l’aimant, quoiqu’elle contienne l)cut-êlre plus de fer que la première : le fond de sa substance est une matière quarlzeuse de seconde formation : il a tous les caractères d’un grès dur mêlé d’une quantité de fer qui en augmente encore la dureté : mais ce métal était en dissolution, et avait perdu sa vertu magnétique lorsqu’il s’est incorporé avec le grès, puisque cet émeril n’est point altirable à l’aimant; la matière quarlzeuse au contraire n’était pas dissoute, et se présente dans cette pierre d’émeril, comme dans les autres grès, en grains plus ou moins fins , mais toujours anguleux , tranchants , et très-rudes au loucher. Le fer est ici le ciment de nature qui les réunit, les pénètre, et donne à cette pierre plus de dureté qu’aux autres grès ; et cette quantité de fer n’est pas considérable ; car de toutes les mines ou matières ferrugineuses, l’émeril est celle qui rend le moins de métal. Comme sa substance est quartzeuse, il est très-réfractaire au feu, et ne peut se fondre qu’en y ajoutant une grande quantité de matière calcaire, et en lui faisant subir l’action d’un feu très-violent et longtemps soutenu. Le produit en métal est si petit qu’on a rejeté l’émeril du nombre des mines dont on peut faire usage dans les forges; mais son excessive dureté le rend plus cher et plus précieux que toutes les autres matières ferrugineuses; on s’en sert pour entamer et polir le verre , le fer et les autres métaux (1).
<1 rence, que les véritables ocres sont toutes d’un jaune tirant sur le rouge, et la terre d’om- « bre dont je parle ici n’est pas fort colorée : l’eau, par le concours de l’air, peut lui donner O cette nuance de couleur; mais je puis assurer que je n’ai jamais obtenu un beau safran de « mars bien jaune ou d’un beau rouge sanguin, qu’il n’ait été l’ouvrage de la calcination dans « les vaisseaux ouverts ou fermés : les terres d’ombre, les ocres, n’étant que des cliaux ferru- « gineiises dépouillées de phlogistique, ont une parfaite identité avec le safran de mars; je « pense que celles qui sont extrêmement colorées en jaune et en rouge pourraient être l’ou- « vrage de quelque feu souterrain, et non les autres, comme celle dont j’ai parlé, qui n’est « assurément pas l’ouvrage du feu. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1768, pages BÆ7 et 348.
(1) On le pulvérise par le moyen de certains moulins faits exprès; cet émeril pulvérisé sert à polir les armes, les ouvrages de fer cl d’acier, et même les glaces..... On s’en sert encore pour couper le verre, comme fait le diamant, pour tailler, nettoyer, adoucir le marbre, etc... On appelle la matière ou l.i boue qui tombe des meules des lapidaires polée d’émeril, parce qu’elle contient beaucoup d’émeril, cl qu’on la fait sécher pour servir au poliment des pierres tendres, telles que l’albâtre. Minéralogie de Bomare, tome II, page 132.— L’émeril est si dur, que pour le mettre en poudre, l’on est obligé de se servir de moulins ou de machines d’acier, inventées à cet effet. Le peu de métal que contient l’énicril n’est point attirable à l’aimant : il durcit au feu, et ne peut se fondre sans un flux très-puissant ; mais ce n’est point pour le tirer en métal qu’on exploite l’émeril ; car on n’en tirerait que difficilement très-peu de fer ; c’est à cause de sa propriété pour les arts ; divers ouvriers s’en servent, ou pour dégrossir ou pour polir les ouvrages des verreries et les métaux, tels que les armes d’acier bt les glaces, pour
DES MINÉHAÜX.
ftiZt
L’émeril est communément d’un l)run pins ou moins foncé; mais, comme nous venons de le dire, il y en a du gris, et du plus ou moins rougeâtre. Celui de l’ile de Corse est le plus rouge, et quelcpies ininéralügisles l’ont mis au nombre dés jaspes.
On ne trouve l’émcril qu’en certains lieux de l’ancien et du nouveau continent : on n’en connait point en France, quoiqu’il y en ait en grande (piantité dans les lies de Jersey et de Guernesey (1); il se présente fcn masses solides d'un gris obscur. On en trouve aussi en Anglelerre. en Suède, en Pologne, en Espagne (2), en Perse, aux Indes orienlales (3), et en Américjuc, particulièrement au Pérou. Bowles et quelques autres naturalistes assurent que dans les cmerils d’Espagne et du Pérou, il y en a qui contiennent une quantité assez considérable d’or, d'argent et de cuivre; mais je ne suis pas informé si l’on a jamais travaillé cette matière pour en tirer avec profit ces métaux.
taillfer, nettoyer et adoucir quantité de matières précieuses. On appelle potée ou boue d'émèril, la substance qui se trouve au fond de l’auge des lapidaires, qui emploient l’émeril. Minéralogie de Ilomare, tome II, p. 1S2; Dictionnaire d’IIistoire Naturelle, article Fer.
(t) Les mines d’émèril de Jersey et de. Guernesey donnent un minerai grisâtie cl solide; celui d’Espagne est également grisâtre, mais lamclleux : celui du l’crou est rougeâtre, brunâtre, tendre, graveleux, plein de paillettes de mica, et parsemé de petits points d’or, d’ai gcnt on de enivre ; ce qui le fait nommer émerü d’or, éineril d’argent, émerit de. cuivre ; on ne voit cette sorte d’émeril que dans les plus riches cabinets où il y a des droguiers complets. L’émeril noirâtre est aussi fort rare; il est orné de points pyriteux : on le trouve en Pologne et en Angleterre. Minéralogie de Bomarc, tome II, page Iii2.
(2) La montagne où se trouve l’éineiâl (à quelques lieues d’Almadcn), est de pierre de grès mêlé de quartz ; la mine est noirâtre ; elle est très-dure, fait feu sous le briquet, et elle est composée d’nn fer réfractaire. Les Maures travaillaient cette mine d’émèril plutôt, je crois,
pour en tirer l’or qu’elle contient que pour autre cbo.se J’ai trouvé en Espagne deux
espèces d’émeril, l’une en pierre ferrugineuse, cl l’autre cii sa! le chargé de fer. Ilistoirc Naturelle d’Espagne, par Guillaume Bowles, ]iage 5.’).— Il y a en Espagne de cinq sortes d’émeril : la première est celui de Iteinosa, d’un grain fort gros; la seconde se trouve au pied de Gnadarrama, et est d’un grain très-fin ; on s’en sert à Suint-Ildephonsc pour polir les cristaux; la troisième se trouve à Alcoccr d’Estramadurc, et n’a point de grains apparents, car, en le rompant, on voit que l’intérieur est aussi lisse que riicmatitc, il contient un peu d’or; la quatrième est une sorte de substance marbrée avec du quartz, et sc trouve dans le pays de Molina d'AriMgon cl en Eslramndùre; il contient aussi de l’or, mais en très-petite qiiaïuité; la cinquième sorte sc trouve dans plusieurs terres d’Espagne, «t surtout dans celles qlli sont cultivées, de la seigneurie de Molina, entre Tortuera et Milmarcos ; il est en pierres détachées noirâtres et pesantes, qui sont peut-être les débris de quelques grandes masses ; en les écrasant, clics donnent une poudre composée de particules dures , âpres et mordantes. Idem, page 06^.
(5) L’émeril qui sc trouve vers Niris en Perse est assez dur ; mais il perd sa dureté à mesure qu’on le broie menu, au contraire de celui des Indes, qui plus il est menu, plus il tranche et plus il a de forte, cl c’est polirquoi il est beaucoup pins estimé. Voyages de Chardin en Perse; Amsterdam, 1711, tome 11, page 23.
Histoire naturelle
VOLFRAN.
La plus pesante des concrétions du fer, produites par l’intermède de i eau, est le v'oifran; sa pesanteur provient de l’arsenic qui s’y troiiv'e mêlé, et surpasse de beaucoup celle de toutes les ocres, et même celle des pyrites ferrugineuses et des marcassites arsenicales. La pyrite arsenicale, qui en approche le plus par la densité, est le mispickel, qui contient aussi plus d’arsenic que de fer. Au reste, le volfran est aussi dur que dense; cest un schorl mêlé d’arsenic et d’une assez grande quantité de fer; et ce qui prouve que ce fer a été décomposé par l’eau, et que le volfran a été formé par l’intermède de ce même élément, c’est qu il n est point attirable à l’aimant. Il se trouve en masses solides d’un noir luisant; sa texture est lamelleuse, et sa substance très-compacte. Cependant il y a des volfrans plus ou moins denses et plus ou moins durs les uns que les autres; et je pense avec M, Romé de Lisie, qu’on doit regarder comme un volfran le minéral auquel les Suédois ont donné le nom de tungstein, quoiqu’il soit blanc, jaune ou rougeâtre, et qu’il diffère du volfran noir par sa densité, c’est-à-dire par la quantité de fer ou d’arsenic qu’il contient (I).