‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 143 sur 255 · LE PETIT GRIS · texte numérisé non relu

LE PETIT GRIS

A.E.TIeIavau ft C’” P)ruxelles.

DÜ SAHIGUE, OU OPOSSUM. 535

Aîoire snt iirijp^ ou l'on vent l’opossuni de Tyson, est le même animal «jiic le grand pliil, nuire orientai de Seba, vol. I, page ô{) . Pon iven

saurait douter, puisque de tous les animaux dont Scita donne les figures et auxquels il applique le nom de philandre, d’opossum ou de carigueya, celuici est le seul qui ail les deux caractères de la bourse sous le ventre et des pouces de derrière sans ongle, üe même l’on ne peut douter que notre sarigue, qui est le même que le grand philandre oriental de Seba, ne soit un animal naturel aux climats chauds du Nouveau-Monde; car le.s deux .sarigues que nous avons au Cabinet du Roi nous sont venus d'Amérique : celui que I yson a disséqué lui avait été envoyé de Virginie. M. de Chanvallon, correspondant de l’Académie des sciences à la Martinitpic, qui nous a donné un jeune sarigue, a reconnu les deux autres pour de vrais sarigues ou opossums de rAmérique. Tous les voyageurs s'accordent à dire que cet animal se trouve au Brésil, à la Nouvelle-Espagne, à la Virginie, aux Antilles, etc., et aucun ne dit en avoir vu aux Indes orientales ; ainsi Seba s'est trompé lorsqu il l’a appelé philandre oriental, puisqu’on ne le trouve que dans les Indes occidentales. Il dit que ce philandre lui a été envoyé d'Amboine sous le nom de cocscoes avec d'autres curiosités; mais il convient en même temps qu’il avait été apporté à Amboine d'autres pays plus éloignés. Cela seul sulTiraitpour rendre suspecte la dénomination de philandre oriental, car il est très-possible que les voyageurs aient transporté cet animal singulier de rAmérique aux Indes orientales : mais rien ne prouve qu’il soit naturel au climat d’Amboine, et le passage même de Seba, que nous venons de citer, semble indiquer le contraire. La source de cette erreur de fait, et même celle du nom coescoes, se trouve dans Pison, qui dit qu'aux Indes orientales, mais à Amboine seulement, on trouve un animal semblable au sarigue du Brésil, et qu'on lui donne le nom de couscous. Pison ne cite sur ccla ni autorité ni garants ; il serait bien étrange, si le fait était vrai, que Pison assurant positivement que cet animal ne se trouve qu'à Amboine dans toutes les Indes orientales, Seba dit au contraire que celui qui lui a été envoyé d Amboine n’en était pas natif, mais y avait été apporté de pays plus éloignés. Cela seul prouve la fausseté du fait avancé par Pison, et nous verrons dans la suite le peu de fond que l’on peut faire sur ce qu'il a écrit au sujet de cet animal. Seba, qui ignorait donc de quel pays venait son philandre, n a pas laisse de lui donner I épithète d oriental : cependant il est certain que c’est le même animal que le sarigue des Indes occidentales; il ne faut, pour s’en assurer, que comparer sa figure, pl. 59, avec la nature. Mais ce qui ajoute encore à l’erreur, c’est qu’en même temps que cet auteur donne au sarigue d’Amérique le nom de grand philandre oriental, il nous présente un autre animal, qu’il croit être différent de celui-ci, sous le nom de philandre Æ Amérique {pl. 56, figures 1 cl 2) et qui cependant, selon sa propre description, ne diffère du grand philandre oriental qu'en ce qu’il est plus petit et que la tache au-dessus des yeux est plus brune ; différences, comme l’on voit, très -accidentelles et trop légères pour fonder deux especes

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distinctes; car il ne parle pas d'une autre différence qui serait beaucoup plus essentielle, si elle existait réellomcnl, comme on la voit dans la figure : c’est que ce philandre d’Amérique {Scba, j)l. 36, fig. 1 et 2) a un ongle aigu aux pouces des pieds de derrière, tandis que le grand philandre oriental (Seba, pl. 39) n’a point d’ongle à ces deux pouces. Or, il est certain que notre sarigue, qui est le vrai sarigue d'Amérique, n’a point d’ongle aux pouces de derrière. S’il existait donc un animal avec des ongles aigus à ces pouces, tel que celui de la planche 36 de Scba, cet animal ne serait pas, comme il le dit, le sarigue d'Amérique. Mars ce n’est pas tout : cet auteur donne encore un troisième animal sous le nom de philandre oriental (pl.âS, fig. 1), duquel au reste il ne fait nulle mention dans la description des deux autres, et dont il ru! paile que d’après François Valenlin, auteur qui, comme nous l’avons dtqà dit, mérite peu de confiance; et ce troisième animal est encore le même que les deux premiers. Il nous parait donc que ces trois animaux des planches de Seba n’en font qu’un seul. Il y a toute apparence que le dessinateur, peu attentif, aura mis un ongle pointu aux pouces des pieds de derrière comme aux potices des pieds de devant et aux autres rloigls dans les figures des planches 56 et 58, et que, |)Ius exact dans le dessin de la planche 39, il a représenté les pouces des pieds do derrière sans ongle, et tels qu’ils sont en effet. Nous .sommes doue persuadés que ces trois animaux de Seba ne sont que trois individus de la même espèce; que cette espèce est la même que celle de notre sarigue; que ces trois individus étaient seulement de différents âges, puisqu’ils ne diffèrent entre eux que par la grandeur dti corps et par quelques nuances de couleur, principalement par la teinte de la tache au-dessus des yeux, qui est jaunâtre dans les jeunes sarigues, tels que celui de \o planche 56 de Seba, fig. 1 et 2, et qui est plus brune dans les sarigues adultes, tels que celui de \etplanche 59; différence qui d’ailleurs peut provenir du temps plus ou moins longs que l’animal a été conservé dans l’esprit-de-vin, toutes les couleurs du poil s’affaiblissant avec le temps dans les liqueurs spiritueuses. Seba convient lui-même que les deux animaux de ses planches 36, fig. 1 et 2, et 38, fig. 1, ne différent que par la grandeur et par quelques nuances de couleur; il convient encore que le troisième animal, c’est-à-dire celui de la planche 39, ne diffère des deux autres qu’en ce qu'il est plus grand, et que la tache au-dessus des yeux n’est pas jaunâtre, mais brune. 11 nous parait donc certain que ces trois animaux n’en font qu’un seul, puisqu’ils n’ont entre eux que des diff’érenees si petites tpi’on doit les regarder comme de très-légères variétés, avec d'autant plus de raison et de fondement, que l'auteur ne fait aucune mention du seul caractère par lequel il aurait pu les distinguer, c'est-à-dire de cet ongle pointu aux pouces de derrière, qui se voit aux figures des deux premiers et qui manque au dernier. Son seul silence sur ce caractère prouve que cette différence n’existe pas réellement, et que ces ongles pointus aux pouces de derrière, dans les figures des planches 36 et 38, ne doivent être attribués qu’à l'inattention du dessinateur.

DU SAiiiGUU, OU opossuf^r. rws

fc Sebîi ilU que, selon Frane(»is Valenlin, ee phi la mire, planche 38 est de « la plus grande espèce qui se voit aux Indes orientales, et surtout chez les « iVlalayes, où on l’appelle Pelandor Aroé, c’est à-dire d’Aroé, quoique « Aroé ne soit pas le seul lieu où se trouvent ces animaux,* qu’ils sont com- « muns dans l'ile de Solor; qu’on les élève meme avec les lapins auxquels « ils ne font aucun mal, et qu’on en mange également la chair que les ha- « bitants de cette Ile trouvent excellente, etc. » Ces faits sont très-douteux pour ne pas dire faux. Premièrement, le philandre, pfoncAe 38, n’est pas le plus grand des Indes orientales, puisque, selon l’auteur même, celui de la planche 59, qu’il attribue aussi aux Indes orientales, est plus grand. En second lieu, ce philandre ne ressemble point du tout à un lapin, et par conséquent il est bien mal nommé lapin d'Aroé. Troisièmement, aucun voyageur aux Indes orientales n’a fait mention de cet animal si remarquableaucun n’a dit qu’il se trouve ni dans l'ile de Solor, ni dans aucun autre endroit de l’ancien continent. Seba lui-mème paraits'apercevoir non-seulement de l’incapacité, mais aussi de l’infidélité de l’auteur qu il cite : Cufuseguidern rei, dit-il, sil penes autorem. At mirum tnmen est qmd I). Valentinun phüandri formam haud ila descripseril proul se habel et uli nos ejus icônes ad vicuni factas preer/ressis tahuUs exhiOuimus. {Volume /, par/e 61.) Mais pour achever de se démontrer à soi-mème le peu de confiance que mérite en effet le témoignage de cet auteur, François Valentin, ministre de l'église d'Amboise, qui cependant a fait imprimer en cinq volumes in-folio I Ffistoire naturelle des Indes orientales, il suffit de renvoyer à ce que dit Arlédi au sujet de ce gros ouvrage, et aux reproches que Seba même lui fait avec raison sur l’erreur grossière qu’il commet, en assurant « que la poche de « l'animal dont il est question est une matrice dans laquelle sont conçus les « petits, et qu’après avoir lui-mcrnc disséqué le philandre, il n’en a pas « trouvé d’autre; que si cette poche n’est pas une vraie matrice, les mamelles « sont, à l’égard des petits de cet animal ce (pie les pédicules sont aux « fruits; qu ils restent adhérents à ces mamelles jusqu’à ce qu’ils soient « mûrs, et qu'alors ils s’en séparent, comme le fruit (piitte son pédicule « lorsqu’il a acquis toute sa maturité, etc. » Le vrai de tout ceci, c’est que Valentin, qui assure que rien n’est si commun que ces animaux aux Indes orientales, et surtout à Solor, ny en avait (jeut-étre jamais vu; que tout ce (|u'il en dit, et jusqu’à ses erreurs les plus évidentes, sont copiées de Pison et de Maregrave, qui tous deux ne sont eux-mcmes,à cet egard, que les copistes de Ximénès, et qui se sont trompés en tout ce qu'ils ont ajouté de leur fonds; car Maregrave et Pison disentexpressément et affirmativement, ainsi que Valentin, que la poche est la vraie matrice où les petits du sarigue sont conçus. Maregrave dit qu’il en a disséqué un, et qu'il n'a point trouvé d’autre matrice à l’intérieur; Pison renchérit encore sur lui en disant qu’il en a disséqué plusieurs, et qu’il n’a jamais trouvé de matrice à l’intérieur; et c’est là où il ajoute l’assertion, tout aussi mal fondée, que cet animal se trouve à Amboine. Qu’on juge maintenant de quel poids doivent

aa.

r)5fi HISTOIRE NATURELLE

être ici les aiilorités de Maregrave, de Pison el de Valentin, et s il serait raisonnable d'ajouter foi au témoignage de trois hommes dont le premier a mal vu, le second a amplifie les erreurs du premier, et le dernier a copie les deux autres.

Je demanderais volontiers pardon à mes lecteurs de la longueur de cette discussion critique; mais lorsqu’il s’agit de relever les erreurs des autres, on ne peut être trop exact ni trop attentif, même aux plus petites choses.

JL Rrisson, dans son ouvrage sur les Quadrupèdes, a enlicrement adopté ce qui se trouve dans celui de Seha : il le suit ici à la lettre, soit dans ses dénominatiotis, soit dans ses descriptions, et il parait môme aller plus loin que son auteur, en faisant trois espèces réellement distinctes des trois philandres, planches 'ôG, 38 et 59 de Scha; car s'il eût recherché l’idée de cet auteur, il eût reconnu qu’il ne donne pas ses trois philandres pour des espèces réellement différentes les unes des autres. Seha ne se doutait pas qu'un animal des climats chauds de l'Amérique ne dût pas se trouver aussi dans les climats chauds de l'Asie; il qualifiait ces animaux d’Orientaiix ou d’Américains, scion qu'ils lui arrivaient de l’un ou de l’autre continent; mais il ne donne pas ses trois philandres pour trois espèces distinctes et séparées; il parait clairement qu’il ne prend pas à la rigueur le mot d’espèce, lorsqu’il dit, parje 61 : « C'est ici la plus grande espèce de ces animaux, a et qu’il ajoute : « Cette femelle est parfaitement semblable (simülmia) aux femelles « des philandres d'Amérique; elle est seulemcut plus grande, et elle est « couverte sur le dos de poils d’un jaune plus foncé. j> Ces différences, comme nous l'avons déjà dit, ne sont que des variétés telles qu’on en trouve ordinairement entre des individus de la même espèce à différents âges ; ci dans le fait, Seha n’a pas prétendu faire une division méthodique des animaux en classes, genres et espèces; il a seulement donné les figures des différentes pièces <le son Cabinet, distinguées par des numéros, suivant qu'il voyait quekiues différences dans la grandeur, dans les teintes de couleur ou dans l’indication du pays natal des animaux qui composaient sa collection. Il nous paraît donc que sur cette seule autorité de Seha, M. Brisson n’élail pas fondé à faire trois espèces différentes de ces trois philandres, d’autant plus qu’il n’a pas même employé les caractères distinctifs exprimés dans les figures, et qu’il ne fait aucune mention de la différence de l’ongle qui se trouve aux pouces des pieds de derrière des deux premiers cl qui manque au troisième. JL Brisson devait donc rapportera son n° 3, c’est-àdire à son philandre d’Amhoinc, page 289, toute la nomenclature qu’il a mise à son philandre n" 1, page 276, tous les noms cl synonymes qu’il cite ne convenant qu’au philandre n” 3, puisque c’est celui dont les pouces des pieds de derrière n'ont point d'ongle. R dit en général que les doigts des philandres sont onguiculés, et il ne fait sur cela aucune exception; cependant le philandre qu'il a vu au Cabinet du Roi, et qui est notre sarigue, n’a point d’ongle aux pouces des pieds de derrière, et il parait que c est le seul qu il ait vu, puisqu’il n’y a dans son livre que le n° 1 qui soit précédé de deux

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