‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 154 sur 255 · LA PETITE LOUTRE DE LA GUYANE · texte numérisé non relu

LA PETITE LOUTRE DE LA GUYANE

(le chironecte yapock.)

Ordre des marsupiaux, famille des pédimanes, genre sarigue. (Cuvier. )

Un petit animal nous a été envoyé de Guyane, sous le nom de petite louite d'eau douce de Cayenne; elle nous paraît être la troisième espèce dont parle M. de la Borde. Elle n’a que sept pouces de longueur, depuis le bout du nez jusqu’à l’extrémité du corps : cette petite loutre a la queue sans poil, comme le rat d’eau, longue de six pouces sept lignes, et cinq lignes de grosseur à l’origine, allant toujours en diminuant jusqu a I extrémité qui est blanche, tandis que tout le reste de la queue est brun ; et au lieu de poil elle est couverte d’une peau grenue, rude comme du chagrin \ elle est plate par-dessous et convexe par-dessus. Les moustaches ont un pouce de long aussi bien que les grands poils qui sont au-dessus des yeux; tout le dessous de la tète et du corps est blanc, ainsi que le dedans des jambes de devant. Le dessus et les côtés de la tète et du corps sont marqués de grandes taches d’un brun noirâtre, dont les intervalles sont remplis par un gris jaunâtre. Les taches noires sont symétriciues de chaque côté du corps ; il y a une tache blanche au-dessus de l’œil : les oreilles sont grandes et paraissent un peu plus allongées que celles de nos loutres. Les jambes sont fort courtes ; les pieds de devant ont cinq doigts sans membranes; les pieds de derrière ont aussi cinq doigts, mais avec des membranes.

LE PHALANGER.

(le PUALANGER roux, le PHALANGER TACHETÉ *.)

Orilre des marsupiaux, famille des pédimanes, genre phalanger. (Cuvier.)

Ces animaux, qui nous ont été envoyés mâle et tcmelle sous le nom de rats de Surinam, ont beaucoup moins de rapport avec les rats qu avec les

* Le phalanger regardé comme le mâle par Bulfon, et celui qu il a considéré comme femelle, appartiennent à deux espèces distinctes. Le premier est le phalanger taeheté, et le second le phalanger roux.

356 IIISTOIIIE NATURELLE DU PIIALANUER.

animaux du même climat dont nous avons donne l’histoii c sous les noms de marmose et de cayopoUin. On peut voir par la description très-exacte qu’en a faite M. Daubenton, combien ils sont éloignés des rats, surtout à 1 intérieur. Nous avons donc cru devoir rejeter cette dénomination de rats de Surinam., comme composée, et de plus comme mal' appliquée : aucun naturaliste, aucun voyageur n’ayant nommé ni indique eet animal, nous avons fait son nom, et nous l’avons tiré d'un caractère (]ui ne se trouve dans aucun autre animal ; nous l’appelons phalanyer, parce qiul a les phalanges singulièrement conformées, et que de quatre doigts qui correspondent aux cinq ongles, dont ses pieds de derrière sont armés, le premier est soudé avec son voisin, en sorte que ce double doigt fait la fourche, et ne se sépare qu’à la dernière phalange pour arriver aux deux ongles. Le pouce est séparé des autres doigts et n’a point d’ongle à son extrémité. Ce dernier caractère, quoique remarquable, nest point unique; le sarigue et la marmose ont le pouee de même, mais aucun n’a comme celui-ci les phalanges soudées.

Il paraît que ces animaux varient entre eux pour les couleurs du poil, comme on le peut voir par les figures du mâle et de la femelle. Ils sont de la taille d un petit lapin ou d’un très-gros rat, et sont remarquables par l’excessive longueur de leur queue, l’allongement de leur museau et la forme de leurs dents, qui seule suffirait pour faire distinguer le phalanger de la marmose, du sarigue, des rats, et de toutes les autres espèces d’animaux au.xquelles on voudrait le rapporter.

ADDITIO.NS ET CORUECTIOSS A l’aUTICI.1! DU rUAI.ANCER.

Nous étions mal informés lorsque nous avons dit que les animaux auxquels nous avons donné le nom de phalanger appartenaient au nouveau continent. Un marchand dont je les ai achetés me les avait donnés sous le nom de rats de Surinam, mais probablement il avait été trompé lui-même. M. Pallas est le premier qui ait remarqué cette méprise, et nous sommes maintenant assurés que le phalanger se trouve dans les Indes méridionales et même dans les terres australes, comme à la Nouvelle-Hollande. Nous savons aussi qu’on n’en a jamais vu dans les terres de l’Amérique. M. Banks * dit avec raison que je me suis trompé, et qu’il a trouvé dans la

* « M. Banks parcourant la campagne prit un animal de la classe des opossums ; « celait une femelle, et il prit en outre deux petits : il trouva qu'ils ressemblaient « beaucoup au quadrupède décrit par M. de Bulïon sous le nom de phalanger; mais « ce n’est pas le même. Cet auteur suppose que cette espece est particulière à

lllSTOlUIi NATUlŒLLh: DU POLAïüUCilE. 357

Nouvelle Hollande un animal qui a lant de rapports avec le phalanger, qu’on doit les regarder coinine deux espèces très-voisines.

LE POLATOÜGHE.

(le POLATOeCIlE d'asiéiuqle.)

Ordre des rongeurs, genre écureuil. (Guviek.)

Nous avons mieux aimé conserver à cet animal le nom qu'il porte dans son pays natal, que d’adopter les noms vagues et précaires que lui ont donnés les naturalistes ; ils l'ont appelé rat volant, écureuil volant, loir valant, rat de Pont, rat de Scijthie, etc. Nous exclurons tant que nous pourrons de rHistoire naturelle ces dénominations composées, parce que la liste de la nature, pour être vraie, doit être tout aussi simple qu’elle. Le polatouclie est d'une espèce particulière qui se rapprochesculement par quelques caractères de celles de l'écureuil, du loir et du rat; il ne ressemble à l’écureuil que par la grosseur des yeux et par la forme de la queue, qui cependant n’est ni aussi longue, ni fournie d’aussi longs poils; il approche plus du loir par la ligure du corps, par celle des oreilles qui sont courtes et nues, par

(( l’Amérique, mais il s’est sûrement trompé en ce point ; il est probable que le pha- « langer est indigène des Indes orientales, puisque l’animal que prit M. Banks avait « quelque analogie avec lui par la conforioation extraordinairede ses pieds, en quoi il « diffère de tous les autres quadrupèdes. » Voyage autour du monde, t. IV, page 56. — Je crois que celle critique est juste, et que le phalanger appartient en efl’el aux climats des Indes orientales et méridionales ; mais quoiqu'il ail quelque re.ssemblance avec les opossums ou sarigues, je n’ai pas dii qu’il lut du même genre; j'ai au eon^ traire assuré qu’il différait de tous les sarigues, niarmose.< et cayopollios, par la conformation des pteds, qui me paraissait unique dans celle e.<pèce. Ainsi je ne me suis pas trompé en avançant que le genre des opossums ou sarigues appartient au nouveau, coulinent, et tie se trouve nulle part dans l’ancien. Au reste, l’éditeur du Voyage de M. Cook s’est certainement trompé lui-même en disant que 1 animal trouvé par M. Banks était de la classe des opossums ou sarigues; car le phalanger n’a point de poche sous le ventre *.

* M. de Butlon se trompe lui-même ici. 11. Dcsmarels assure que les plialangcrs femelles sont pourvus d’une poche ventrale.

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