‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 155 sur 255 · HISTOIRE NATURELLE DU POLATOUCIIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE DU POLATOUCIIE

les poils de la (jueue ([ui sont de la lïicme forme et de la même grandeur que ceux du loir; mais il n’est pas comme lui sujet à rengourdissement par 1 action du froid. Le polatouclie n’est donc ni écureuil, ni rat, ni loir, quoiqu il participe un peu de la nature de tous trois.

M. Klein est le premier qui ait donné une description exacte de cet animal dans les Transactions philosophiques, année 1733. Il était cependant connu longlemps auparavant; on le trouve également dans les parties septentrionales de l’ancien et du nouveau continent; il est seulement plus commun en Amérique qu en Europe, où il ne se trouve que rarement et dans quelques provinces du Nord, telles que la Lithuanie et la Russie. Ce petit animal habite sur les arbres comme récurcuil ; il va de branche en branche; et lorsqu’il saute pour passer d’un arbre à un autre ou pour traverser un espace considérable, sa peau qui est lâche et plissée sur les cotés

U corps se tire au dehors, se bande et s’élargit par la direction contraire des pattes de devant qui s’étendent en avant et de celles de derrière qui setendent en arrière dans le mouvement du saut. La peau ainsi tendue et tiré en dehors de plus d’un pouce augmente d’autant la surface du corps sans en accroître la masse, et retarde par conséquent l’accélération de la chute, en sorte que d’un seul saut l'animal arrive à une assez grande distance : ainsi ce mouvement n’est point un vol comme celui des oiseaux, ni un voltigement comme celui des chauves-souris, qui se font tous deux en Irappant l’air par des vibrahons réitérées : c’est un .simple saut dans lequel tout dépend de la première impulsion dont le mouvement est seulement prolongé et subsiste plus longtemps, parce que le corps de l’animal présentant une plus grande surface à l’air, éprouve une plus grande résistance et tombe plus lentement. La mécanique du jeu de cette extension singulière de la peau, qui n’appartient qu’au polatouclie, et qui ne se trouve dans aucun autre animal : ce seul caractère suRirait donc pour le distinguer de tous les autres écureuils, rats ou loirs; mais les choses môme les plus singulières de la nature sont-elles jamais uniques? Devrait-on s’attendre' à trouver dans le même genre un autre animal avec une pareille peau, et dont les prolongements s’étendent non-seulement d’une jambe à l’autre, mais de la tète à la queue? Cet animal, dont la figure cl la description nous ont été données par Seba sous le nom ^'écureuil volant de Virginie, parait assez différent du polatouclie pour constituer une autre espèce : cependant nous ne nous presserons pas de prononcer sur sa nature; il est probable que cesl un animal dont l’espèce est réellement existante et différente de celle du polatouclie; mais ce pourrait être aussi une simple variété dans cette espèce, et peut-être enfin n’est-cc qu’une production accidentelle ou une monstruosité, car aucun voyageur, aucun naturaliste n’a fait mention de cet animal : Seba est le seul qui l'ail vu dans le cabinet de Vincent, et je me défie toujours de ces descriptions faites dans des cabinets, d'après des animaux que souvent on ajuste pour les rendre plus extraordinaires.

Nous avams vu et gardé longtemps le polatouclie vivant; ij a été bien

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indiqué par les voyageurs. Sagard Thcodat, Jean de Laët, Fernandès, la Hontan, Denys, en ont tous fait mention, ainsi que MM. Catesby, Dumont, le Page de Pratz, etc., et MM. Klein, Seba et Edwards en ont donné de bonnes descriptions avec la figure. Ce que nous avons vu nous-mêmes de cet animal s’accorde très-bien avec ce qu’ils en disent : communément il est plus petit que l'écureuil ; celui que nous avons eu ne pesait guère que deux onces, c’est-à-dire autant qu’une chauve-souris de la moyenne espèce, et l’écureuil pèse huit ou neuf onces. Cependant il y en a de plus grands : nous avons une peau de polatouche, qui ne peut provenir que d’un animal plus grand que le polatouche ordinaire.

L.e polatouche approche, en quelque sorte, de la chauve-souris par cette extension de la peau qui, dans le saut, réunit les jambes de devant à celles de derrière, et qui lui sert à se soutenir en l’air : il paraît aussi lui ressembler un peu par le naturel, car il est tranquille et, pour ainsi dire, endormi pendant le jour; il ne prend de l’activité que le soir. 11 est très-facile à apprivoiser; mais il est en même temps sujet à s’enfuir, et il faut le garder dans une cage ou l’attacher avec une petite chaîne. On le nourrit de pain, de fruits, de graines ; il aime surtout les boutons cl les jeunes pousses du pin et du bouleau; il ne cherche point les noix elles amandes comme les écureuils. Il se fait un lit de feuilles, dans lequel il s’ensevelit et où il demeure tout le jour; il n’en sort que la nuit et quand la faim le presse. Comme il a peu de vivacité, il devient aisément la proie des maries et des autres animaux qui grimpent sur les arbres : aussi l’espèce subsistante estelle en très-petit nombre, quoiqu’il produise ordinairement trois ou quatre petits.

LE TÂGUAN

ou GRAND ÉCUREUIL VOLANT,

(l.R rOCATOUCIlE TAGUAN.)

Onlre des rongeurs, genre écureuil. (Cuviiîb.)

Nous avons dit qu’il existe de plus grands polatouches que ceux dont nous avons donné la description, et que nous avions au Cabinet une peau qui ne peut provenir que d'un animal plus grand que le polatouche ordi naire

M. Daubenton a fait la description de celte peau. Elle a en effet cinq pouces et demi de long, tandis que la peau du polatouche ordinaire n’a guère que quatre |)ouces de longueur j mais cette différence n’est rien en comparaison de celle qui se trouve, pour la grandeur, entre notre polatouclie et le taguan des Indes orientales, dont la dépouille a été envoyée de Mahé à S. A. S. monseigneur le prince de Condé, qui a eu assez de bonté pour me la faire voir et en conférer avec moi. Ce grand écureuil volant, conservé dans le très-ricite cabinet de Chantilly, a vingt-trois pouces de longueur, depuis le bout du nez jusqu'à l’extrémité du corps. Il se trouve nonseulement à Mallé, mais aux îles Philippines, et vraisemblablement dans plusieurs autres endroits des Indes méridionales. Celui-ci a été pris dans les terres voisines de la eotc du Malabar : c'est un géant en comparaison du polatouche de Russie et même de celui d’Amérique, car communément ceux-ci n’ont que quatre pouces et demi ou cinq pouces tout au plus. Néanmoins le taguan ressemble pour la fornic au polatouche dont il a les principaux caractères, tels que le (trolongement de la peau qui est tout à fait conforme; mais, comme il en diffère excessivomcnl’par la grandeur et assez évidemment par d'antres caractères que je vais indiquer, on doit en faire une espèce séparée de celle du polatouche, et c'est par cette raison que nous l’avons indiqué par le nom de tarjuan qu’il porte aux îles Philippines, selon le témoignage de (|uclques voyageurs.

Le taguan diffère donc du polatouche : 1° par la grandeur, ayant vingttrois pouces de long^ tandis que le polatouche n en a pas cinq ; 2" par la queue, qui a près de vingt et un pouces, tandis <}ue celle du polatouche n’a guère que trois pouces et demi ; d’ailleurs la queue n’est [loint aplatie comme celle du polatouclie, mais de forme ronde, assez semblable à celle du chat, et couverte de longs poils brun noirâtre. 3'‘ Il parait que les yeux et les oreilles de ce grand écureuil volant sont placés et enfoncés comme ceux du polatouche, et que les moustaches noires sont relativement les mêmes ; mais la tète de ce grand écureuil volant est moins grosse à proportion du corps que celle du polatouche. 4» La face est toute noire ; les côtés de la tète et des joues sont mêlés de poils noirâtres et de poils blancs; le dessus du nez cl le tour des yeux sont couverts des mêmes poils noirs, roux et blancs. Derrière les oreilles sont de grands poils d im brun musc ou minime, qui couvrent les côtés du cou, ce qui ne se voit |»oitit sur le polatouche. Le dessus de la tète et de tout le corps, jusques auprès de la queue, est jaspé de poils noirs et blancs où le noir domine; car le poil blanc est noirâtre à son origine, et ne devient blanc qu’à un tiers de distance de son extrémité. Le dessous du corps est d’un blanc gris terne, t!t cette couleur s’étend jusque sous le ventre. 3" Le prolongement de la peau est couvert au-dessus de poils d’un brun musc, et en dessous de poils cendrés et jaunâtres. Les jambes sont d’un roux noir qui se réunit au-dessus de la queue, et rend la partie supérieure de la queue brune. Cette nuance de brun augmente imperceptiblement jusfiu'ou noir, qui est la couleur de l’exlrémilé de la queue. G” Les

DU TAGUAN. 3G1

pieds de ce grand écureuil volant ont le même nondire de doigts que eeux du polalouelic; mais ces doigts sont couverts de poils noirs, tandis que ceux du polalouclie le sont de poils blancs. Les ongles sont courbes et assez minces, et leur empattement est large et croebu à l extrémité, comme dans les chats. Ces rapports et celui de la ressemblance de la queue ont fait donner à cet animal la dénomination de chai volant, par ceux qui I avaient apporté. Au reste, le plus grand ongle des pieds de devant avait cinq lignes et demie de longueur, et le plus grand ongle des pieds de derrière cinq lignes seulement, quoiqu'il soit d'une forme plus allongée que ceux de devant.

On peut voir la figure de cet animal rare que M. de Seve a dessiné aussi parfaitement que l’état de sa dépouille pouvait le permettre. Nous lui avons donné le nom de taguan, en conséquence dun passage que nous avons trouvé dans les voyageurs, et que je dois rapporter ici :

« Les îles Philippines sont le seul endroit ou 1 on voie une espèce de chats volants, de la grandeur des lièvres et <le la couleur des renards, auxquels les insulaires donnent le nom de taguan. Ils ont des ailes commodes chauvessouris, mais couvertes de poil, dont ils se servent pour sauter d un arbre à l’autre, à la distance de trente palmes. »

Après avoir rédigé cet article, l'ouvrage de M. Vosmacr, qui contient la description de quelques animaux (juadrupèdes et de quelques oiseaux, m’est tombé entre les mains. J’y ai vu avec plaisir la description de ce grand écureuil volant et quel(|ucs notices au sujet du polatouche ou petit écureuil volant.

M. Vosmaër dit qu'il a vu deux petits polatouches vivants, mais qu ils n'ont pas vécu longtemps à la ménagerie de S. A. S. monseigneur le prince d’O range.

U Ils dormaient, dit-il, presque toute la journée. Quand on les poussait vivement, ils faisaient bien un petit saut comme pour voler; mais ils s’esquivaient d’abord avec frayeur, car ils sont peureux. Ils aiment beaucoup la clialcur, et si on les découvrait, ils se fourraient au plus vite sous de la laine qu'on leur donnait pour se coucher- Leur nourriture était du pain trempé, des fruits, etc., qu’ils mangeaient de la même façon que les écureuils avec leurs pattes de devant et assis sur leur derrière. A ra|)procbe de la nuit on les voyait plus en mouvement. La ditfércnee du climat influe certainement beaucoup dans le changement de nature de ces petits animaux, qui paraissent fort délicats. »

Ce que je viens de citer d'après M. Vosmacr est très-conforme à ce que j'ai vu moi-mème sur plusieurs de ces petits animaux. J en ai encore actuellement un ( 17 mars 1773) vivant dans une cage, au fond de laquelle est une petite cabane faite ex|»rès. 11 se tient tout le jour fourré dans du coton, et n’en sort guère que le soir pour prendre sa nourriture. II a un très-petit cri, comme une souris, qu'il ne fait entendre que quand on le force à sortir de son colon; il mord même assez serré, (pioique scs dents soient très-petites.

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Son poil est de la plus grande linesse au louelicr. On a de la peine à lui faire étendre ses membranes, il faut pour cela le jucher haut et l’obliger à tomber, sans quoi il ne les développe pas. Ce qu’il y a de plus singulier dans cet animal, c’est qu’il paraît extrêmement frileux, cl je ne conçois pas comment il peut sc garantir du froid pendant l’Iiiver dans les climats septentrionaux, puisqu’en France, si on ne le tenait pas dans la chambre, et qu’on ne lui donnât pas de la laine ou du coton pour se coucher et même pour s’envelopper, il périrait en peu de temps.

A l'égard du taguan ou grand écureuil volant, voici ce ([u’en dit M. Vosmaër :

« Le polatouclie décrit par M. de Biiffon a sans contredit une grande conformité avec celui-ci; il a les membranes pareilles au polalouchc, non pas pour voler, mais pour se soutenir en l’air quand il saute de branche en branche.

« Le grand écureuil volant que je décris * ne m’a été envoyé qu’en peau desséchée. M. Allamand a donne une description abrégée de cet animal, d’après un sujet femelle, conservé à Leyde dans le cabinet de l’Académie.

« Valentin est le premier qui en ait parlé; il dit qu’il sc trouve dans l’île de Gilolo. 11 appelle ces animaux des civettes volantes; il dit qu’ils ont de fort longues queues à peu près semblables .à celles des guenons. Lorsqu’ils sont en repos on ne voit point leurs ailes ; ils sont sauvages et peureux; ils ont la tète rousse avec un mélange de gris foncé; les ailes ou plutôt les membranes, couvertes de poils en dedans et en dehors. Ils mordent fortement et sont en état de briser trcs-faeilcmenl une cage de bois dans une seule nuit; quelques-uns les appellent des smyes volants. Ils se trouvent aussi à l'ilc de Ternate, où l’on prit d’abord cct animal pour un écureuil , mais il avait la tète plus effilée et ressemblait davantage à un coescoes, ayant le poil gris depuis le museau, avec une raie noire le long du dos jusqu’au derrière. La peau était adhérente au corps et s’étendait; elle est garnie d’un poil plus blanc par dessous et blanc comme celui du ventre. Lorsqu'il saute d’un arbre à l’autre, il étend ses membranes et il paraît comme s’il était aplati.

« Dans l’ouvrage de M. l’abbé Prévost, on trouve un passage reîatif à cet animal, qu’il dit, d’après les Lettres édifiantes, se trouver aux îles Philippines, où on l’appelle taguan.

« .J’ai vu quatre pièces relatives à cet animal, l’une au cabinet de Leyde,

I autre au cabinet de M. Mccicren à la Haye, tous deux femelles, de couleur châtain clair sur le corps, plus foncé sur le dos, et le bout de la queue noirâtre. La dilTérence de sexe se connaissait à six petits mamelons placés à distance égale en deux rangs à la poitrine et au ventre. Les deux mâles

* Ce nom me paraît plus propre que celui de chat volant, suus lequel cet animal nous est autrement connu. La tête, les dents et les griffes, ont plus de rapport avec les écureuils que n’en a la simple queue velue, qui est particulière au chat. L’épilhctc de volant convient d’ailleurs assez à cause du grand saut que fait l’atiimal.

DU ÏAGUAN. 303

étaient dans le cabinet de S. A. S. monseigneur le prince d’Orange. » Voici la description que M. Vosmacr donne de cet animal :

Dimensions prises à la mesure du Rhin.

Longueur du corps de l’<Tnimal ISO

Largeur du corps, les membranes étendues, prise auprès des pieds de

devant 0 4 3 0

Largeur du corps, les meml)rànes étendues, prise auprès des pieds de

derrière OSjO

Longueur de la queue jusqu’à l’extrémité du poil 18 0

Les pieds de devant étant écartés, la ligne de distance entre le bout des

ongles d’un côté à l’autre donne 106

El celle des pieds de derrière 130

La tête est plus pointue que celle d'un écureuil.

« Les oreilles petites, pointues, couvertes en dehors d’un poil brun elair très-court et très-fin; les yeux sont surmontés de deux longs poils d’un brun fauve; les paupières paraissent sans poils. Il y a des deux côtés du museau plusieurs poils en moustaches, longs, noirs et très-raides. Le nez est sans poils; les dents sont comme celles des écureuils au nombre de deux en dessus, et deux en dessous, d’un jaune foncé; les intérieures sont fort longues; les dents molaires se trouvent aussi au fond du museau.

« Ses pieds de devant et de derrière, surtout ceux-ci, sont comme cachés sous la peau à voler, qui les recouvre presque jusqu’aux pattes, dont les antérieures sontdivisées en quatre doigts tout noirs, les deux du milieu plus longs que les autres, surtout le troisième. Celles des pieds postérieurs sont aussi noires, et ont cinq doigts, quatre desquels sont d’égale longueur; mais le einquième, qui est l intcrieur, est beaucoup plus court, et ne parait que comme un simple appendice. Les onglets sont fort grands et aigus, noirs en devant, blancs en dessous, et larges à leur origine. Les articulations de ces doigts sont semblables à celles des écureuils.

« La peau à voler, qui, dans notre figure, se montre étendue entre les pieds de devant et ceux de derrière, est le plus mince au milieu, où elle a environ quatre pouces de largeur de chaque côté, et ne passe pas l’épaisseur du fin papier des Indes. Ailleurs elle est cependant aussi fort mince, d’un tissu clair, et garnie de petits poils châtains. Près des pieds de devant et de derrière elle devient plus épaisse ou s’élève en forme de coussinet, plus large aux cuisses, et allant en se rétrécissant vers l’extrémité des pattes. Celle partie est couverte de poils bruns et noirs, lort serrés. Sur les pattes de devant elle paraît lâche et pend auprès ou par-dessus comme un lambeau qui est rond et revêtu de poils drus. Les bords extérieurs de cette peau sont courbés d'une lisière épaisse de poils noirs et gris.

« La partie supérieure de la tête, le dos et l’origine de la queue sont

ôci msTOiuï!: natirclle du tacuan.

garnis de poils drus, assez longs, noirs à leur parlie inférieure, et les sonimilés OH exlrcmités, pour la pluparl, d'un blanc grisâtre.

« Les poils de la queue sont noirs, plus gris vers le corps, et disperses de façon que la queue parait être ronde.

« Les joues à côte de la tête, sont d'un gris brun; le gosier d’un gris blancbàtrc clair, ainsi que la poitrine, le ventre et en dessous vers la queue, l.,a peau à voler a aussi en dessous des poils gris, mais fort clair semés. »

ADDITION V I.’aUTICLE DU TACUAN.

Je dois mentionner ici un taguan qui, quoique beaucoup plus petit que celui dont la dépouillecst conservée dans le cabinet de S. A. S. monseigneur le prince de Condé, me parait néanmoins être de la même es|)ècc. Il a été envoyé des côtes du Malabar à M. Aubry, curé de Saint-bonis, et il est maintenant au Cabinet du lîoi. 11 n'a que iiuinze pouces neuf lignes de longueur, ce qui ne fait que les deux tiers de la grandeur de celui de monseigneur le prince de Condé; mais aussi est-il évidemment beaucoup plus jeune, car a peine voit-on les dents molaires hors des gencives. Il a, comme les écureuils, deux dents incisives en haut et deux en bas; la tète parait être petite à proportion du corps; le nez est noir ; le tour des yeux et les mâchoires sont noirs aussi, mais mêlés de quelques poils fauves. Les joues et le dessus de la tête sont mêlés de noir et de blanc; les plus grands poils des moustaches sont noirs et ont un pouce dix lignes de longueur; les oreilles sont, comme dans les écureuils, garnies de grands poils noirâtres qui ont jusqu’à quatorze lignes de longueur; derrière les oreilles, les poils sont d’un brun marron, et ils ont plus de longueur que ceux du corps. Le dessous du cou est d uri fauve foncé, mélangé de noir; les bras ou jambes de devant jusqu’au poignet où commence le prolongement de la peau, sont, ainsi que cette peau elle-même, d’un noir mélangé de fauve; le dessous de cette peau est d’une couleur cendrée, mêlée de fauve et de brun. Tout le poil de dessous le corps, depuis le sommet de la tête jusqu’à la queue, est jaspé de noir et de blanc, et cette dernière couleur domine en quelques endroits; la longueur de ce poil est d’environ un pouce. Les cuisses, au-dessous du prolongement de la peau, sont d’un fauve où le noir domine; les jambes et les pieds sont noirs. Les ongles qui ont cinq lignes de longueur sont assez courts. Le dessous du corps est d’un blanc gris qui s’étend jusque sous le cou. La queue, longue d’un pied cinq pouces, est garnie de longs poils qui ont dix-huit lignes de longueur; ce poil est d'un gris noir à l’origine de la queue, et devient toujours plus noir jusqu’à l’extrcmilé.

En comparant cette description et la ligure de ce taguan avec celle du

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taguan du cabinet de Chanlilly, on n’y trouvera qu’une seule différence qui d’abord pourrait paraître essentielle : c’est que les oreilles de ce grand taguan ne paraissent pas garnies de poils, au lieu que celles de celui-ci en sont très-bien fournies; mais cette différence n’est pas réelle, parce que la tète du taguan de Chantilly avait été maltraitée et même mutilée, tandis que celui-ci a été soigneusement conservé, et est arrivé des Indes en très-bon état. On doit donc s’en rapporter, pour la connaissance exacte de cet animal, à cette dernière figure, plutôt qu’à la première.

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