LE PETIT-GRIS
fl-’ÉCCRECIL r.UIS.)
Ordre des rongeurs, genre écureuil. (Ccvier.)
On trouve dans les parties septentrionales de l’un et de l’autre continent l’animal que nous donnons ici sous le nom de petit-gris; il ressemble beaucoup à l’écureuil, et n’en diffère à l’extérieur que par les caractères suivants : il est plus grand que l’écureuil ; il n’a pas le poil roux, mais d’un gris plus ou moins foncé; les oreilles sont dénuées de ces longs poils qui surmontent l’extrémité de celles de l’écureuil. Ces différences, qui sont constantes, paraissent suffisantes pour constituer une espèce particulière à laquelle nous avons donné le nom de petit-gris, parce que l’on connaît sous ce même nom la fourrure de cet animal. Plusieurs auteurs prétendent que les petits-gris d’Europe sont différents de ceux d’Amérique; que ces petitsgî is d Lui ope sont des écureuils de 1 espèce commune, dont la saison change seulement la couleur dans le climat de notre Nord. Sans vouloir nier absolument ce dernier fait, qui cependant nenous parait pas assez constaté, nous regardons le petit-gris d’Europe et celui d’Amérique comme le même animal, et comme uneespèce distincte etséparéc deeellede l'écureuil commun : car on trouve dans l’Amérique septentrionale et dans le nord de l’Europe nos écureuils ; ils y sont de la même grosseur et de la même couleur ; c’est-àdire d’un rouge ou roux plus ou moins vif, selon la température du pays; et en même temps on y voit d'autres écureuils qui sont plus grands, et dont le poil est gris ou noirâtre dans toutes les saisons. D’ailleurs la fourrure de ces petits-gris est beaucoup plus fine et plus douce que celle de nos écureuils : ainsi nous cr'oyons pouvoir assurer que ce sont des animaux dont
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m) HISTOIRE xNATüRELLE DU PETIT (î RIS.
les différences étant constantes, les espèces, quoique voisines, ne sont mêlées, et doivent par conséquent avoir chacune leur nom. M. Regnard dit affirmativement que les petits-gris de la Laponie sont les memes animaux que nos écureuils de France : ce témoignage est si positif, qu’il serait suffisant, s’il n’était pas contredit par d'autres témoignages; mais M. Regnard, qui nous a donné d’excellentes pièces de théâtre, ne s'était pas fort occupé d’histoire naturelle, et il n’a pas demeuré assez longtemps en Laponie pour avoir vu de scs yeux les écureuils changer de couleur. Il est vrai que les naturalistes, entre autres M. Linnæus, ont écrit que dans le Nord le poil de l'écureuil change de couleur en hiver. Cela peut être vrai : car les lièvres, les loups, les belettes changent aussi de couleur dans ce climat; mais c’est du fauve ou du roux au blanc que se fait ce changement, et non pas ilu fauve ou du roux au gris cendré. Et, pour ne parler que de l’écureuil, M. Linnæus, dansle Fanna 5um'ca, dit : Æstate ruber, hyeme inemus, il change donc du rouge au blanc, ou plutôt du rouge au blanchâtre; et nous ne croyons pas que cet auteur ait eu de fortes raisons pour substituer, comme il l’a fait, à ce mot incanus celui de cinercus, qui se trouve dans sa dernière édition du Systema naturœ. M. Klein assure au contraire que les écureuils autour de Dantzick, sont rouges en hiver comme en été, et qu'il y en a communément en Pologne de gris et de noirâtres qui ne changent pas plus de couleur que les roux. Ces écureuils gris noirâtre se retrouvent en Canada et dans toutes les parties septentrionales de l’Amérique. Ainsi nous nous croyons fondés à regarder le petit-gris ou, si l'on veut, l’écureuil gris, comme un animal commun aux deux continents, et d’une espèce différente de celle de l’écureuil ordinaire.
D’ailleurs, nous ne voyons pas que les écureuils, qui sont en assez grand nombre dans nos forêts, se réunissent en troupes : nous ne voyons pas qu’ils voyagent de compagnie, qu’ils s’approchent des eaux, ni qu’ils se hasardent à traverser les rivières sur des écorces d’arbres; ils diffèrent donc des petitsgris, non-seulement par la grandeur et la couleur, mais aussi par les habitudes naturelles : car quoique ces navigations des petits-gris paraissent peu croyables, elles sont attestées par un si grand nombre de témoins, que nous ne pouvons les nier.
Au reste, de tous les animaux quadrupèdes non domestiques, l’écureuil est peut-être celui qui est le plus sujet aux variétés, ou du moins celui dont l’espèce a le plus d’espèces voisines. L’écureuil blanc de Sibérie ne parait être qu’une variété de notre éureuil commun. L’écurcuil noir et l’écureuil gris foncé, tous deux de l’Amérique, pourraient bien n’étre aussi que des variétés de l’espèce du petit-gris. L’écureuil de Rarbarie, le palmiste et l’écureuil suisse, dont nous parlerons dans l articlc suivant, sont trois espè ces fort voisines l’une de l'autre.
On a peu d’autres faits sur l’Iiistoirc des petits-gris. Fernandès dit que l’écureuil gris ou noirâtre d’Amérique se tient ordinairement sur les arbres et particulièrement sur les pins; qu’il se nourrit de fruits et de graines, qu’il
HISTOIHK NATIJRIÎLIÆ DU PALMISTE. 567
en fait provision pour I hiver, qu’il les dépose dans le creux d’un arbre où il se relire lui-même pour passer la mauvaise saison; qu'il y fait aussi ses petits, etc. Ces liabiludcs du petit-gris sont encore différentes de celles de l’écureuil, lequel se construit un nid au-dessus des arbres comme font les oiseaux. Cependant nous ne prétendons pas assurer positivement que cet écureuil noirâtre de Fernandès soit le môme que l’écureuil gris de Virginie, et que tous deux soient aussi les mêmes que le petit-gris du nord de l'Europe ; nous le disons seulement comme une chose qui nous paraît être trèsvraisemblable, parce que ces trois animaux sont à peu près de la meme grandeur, de la même couleur et du même climat froid ; qu’ils sont précisément de la même forme, et qu’on emploie également leurs peaux dans les fourrures qu’on appelle petit-t/rü.