LE IIARBARESQUE ET LE SUISSE
(L'ÉCimiîUn. PALMISTE. — L’ÉCUliEllll. nvaBAIlRSQUE. l.’ÉCIjREDIL SUISSE.)
Ordre des rongeurs, genre écureuil. (Cuvieu.)
Le palmiste est de la grosseur d’un rat ou d’un petit écureud; il passe sa vie sur les palmiers, et c’est de là qu’il a tiré son nom : les uns l’appellent rat-palmiste, et les autres l’ecwreMi/ des palmiers; et comme il n’est ni écureuil, ni rat, nous 1 appellerons simplement Il a la tète à peu près de la
même forme que celle du campagnol, et couverte de même de poils hérissés. Sa longue queue n’est pas traînante comme celle des rats; il la porte droite et relevée verticalement, sans cependant la renverser sur son corps comme fait l’écureuil : elle est couverte d’un poil plus long que celui du corps, mais bien plus court que le poil de la queue de l’écureuil. Il a sur le milieu du dos, tout le long de l’épine, depuis le cou jusqu’à la queue, une bande blanchâtre accompagnée de chaque côté d’une bande brune, et ensuite d’une autre bande blanchâtre. Ce caractère si marqué, par lequel il paraît qu’on pourrait distinguer le palmiste de tous les autres animaux, se trouve à peu près le même dans l’écureuil de Barbarie et dans l’écureuil suisse, qu’on a aussi appelé écureuil de terre. Ces trois animaux se ressemblent à tant d’égards,
que M. Ray a pensé qu’ils ne faisaienl tous trois qu’une seule et même espèce; mais si l’on fait ailenlion {|ue les deux premiers, c’est-à dire le palmiste et l'écureuil de Barbarie, que nous appelons barbaresque. ne se trouvent que dans les climats chauds de l'ancien continent; qu’au contraire le suisse ou l’écureuil suisse décrit par Linnée, Catesby et Edwards, ne se trouve que dans les régions froides et tempérées du Nouveau-Monde, on jugera que ce sont des espèces différentes; et en effet, en les examinant de plus près, on voit que les bandes brunes et blanches du suisse sont disposées dans un autre ordre que celles du palmiste; la bande blanche qui s’étend dans le palmiste, le long de l’épine du dos, est noire ou brune dans le suisse; les bandes blanches sont à côté de la noire, comme les noires sont à côté de la blanche dans le palmiste; et d’ailleurs, il n’y a que trois bandes blanches sur le palmiste, au lieu qu’il y en a quatre sur le suisse. Celui-ci renverse sa queue sur son corps, le palmiste ne la renverse pas; il n’habile que sur les arbres, le suisse se tient à terre et c’est cette différence qui l’a fait appeler écureuil de terre; enfin, il est plus petit que le palmiste : ainsi l’on ne peut douter (jue ce ne soient deux animaux différents.
A l'égard du barbaresque, comme il est du meme continent, du même climat, de la meme grosseur et à peu près de la même figure que le palmiste, on pourrait croire (ju’ils seraient tous deux de la même espèce et qu'ils feraient seulement variété dans cette espèce. Cependant on comparant la description et la figure du barbaresque ou écureuil de Barbarie, donnée par Caius et copiée par Aldrovande et Johnston, avec la description et la figure que nous donnons ici du palmiste, et en comparant ensuite la figure et la description de ce même écureuil de Barbarie, donnée par Edwards, on y trouvera des différences très-remarquables et qui indiquent assez que ce sont des animaux différents : nous les avons tous deux au Cabinet du Roi aussi bien que le suisse. Le barbaresque a la tête et le chanfrein plus arqués, les oreilles ydus grandes, la queue garnie de poils plus touffus et plus longs, que le palmiste; il est plus écureuil que rat, et le palmiste est plus rat qu’écureuil par la forme du corps et de la tète. Le barbaresque a quatre bandes blanches, au lieu que le palmiste n’en a que trois; la bande blanche du milieu se trouve dans le palmiste sur l’épine du dos, tandis que dans le barbaresque il se trouve sur la même partie une bande noire mêlée de roux, etc. Au reste, ces animaux ont à peu près les mêmes habitudes et le même naturel que l’écureuil commun; comme lui, le palmiste et le barbaresque vivent de fruits, et se servent de leurs pieds de devant pour les saisir et les porter à leur gueule; ils ont la même voix, le meme cri, le même instinct, la même agilité; ils sont très-vifs et très-doux; ils s apprivoisent fort aisément, et au point de s'attacher à leur demeure, de n’en sortir que pour se promener, d'y revenir ensuite d’eux-mèmes sans être appelés ni contraints; ils sont tous deux d'une très-jolie ligure; leur robe, rayée de blanc, est plus belle que celle de l'écureuil ; leur taille est plus petite, leur corps est plus léger, et leurs mouvements sont aussi prestes. Le palmiste et le barbaresque
IJISTOIKIÎ NATURELLE DU COQUALLIN. 5G9
se tiennenl, comme l'écureuil, au-dessus des arbres; mais le suisse se lient à terre et s’y pratique, comme le mulot, une retraite impénétrable à l’eau : il est aussi moins docile et moins doux que les deux autres; il mord sans ménagement, à moins qu’il ne soit entièrement apprivoisé. Il ressemble donc plus aux rats ou aux mulots (ju’aux écureuils, par le naturel et par les moeurs.
ADDITION A l’auTIOLË DU PALMISTE.
Nous avons dit que cet animal passait sa vie sur les palmiers, et qu’il se trouvait principalement en Barbarie; on nous a aussi assuré qu’on le trouve très-communément au Sénégal, dans le pays des nègres Jalofes, et dans les terres voisines du Cap-Vert. Il fréquente les lieux découverts et voisins des babilaiions; et il se lient encore plus souvent dans les buissons à terre, que sur les palmiers. Ce sont de petits aniiqaux très-vifs; on les voit, pendant le jour, traverser les cbemins pour aller d’un buisson à l’autre; et ils demeurent à terre aussi souvent au moins que sur les arbres.
LE COQUALLIN.
(l’ÉCUBEUIL COQUALLIN.)
Ordre des rongeurs, genre écureuil. (Cuvier.)
J’ai reconnu que cet animal, qui nous a été envoyé d’Amérique, sous le nom ^'écureuil orangé, était le même que Fernandès a indiqué sous celui de Quauqtcallotquapaclili ou CoztiocatequaUin; mais, comme ces mots de la langue mexicaine sont trop difficiles à prononcer pour nous, j’ai abrégé le dernier et j’en ai fait coquallin, qui sera dorénavant le nom de cet animal. Ce n’est point un écureuil, quoiqu’il lui ressemble assez par la figure et par le panache de la queue; car il en diffère non-seulement par plusieurs caractères extérieurs, mais aussi par le naturel et les moeurs.
Le eoquaHin est beaucoup plus grand que l’écureuil ; indupîam fere crescit magnitudinem, dit Fernandès. C'est un joli animal et très-remarquable par ses couleurs : il a le ventre d’un beau jaune, et la tête, aussi bien que le corps, variés de blanc, de noir, de brun et d'orangé. Il se couvre de sa queue comme l’écureuil; mais il n'a pas, comme lui, des pinceaux de poil à l’extrémité des oreilles. Il ne monte pas sur les arbres; il habite, comme l’écureuil de terre, que nous avons appelé suisse, dans des trous et sous les racines des arbres; il y fait sa bauge et y élève ses petits : il remplit aussi son domicile de grains et de fruits pour s’en nourrir pendant l’hiver; il est défiant et rusé, et même assez farouche pour ne jamais s’apprivoiser.
11 parait que le coquallin ne se trouve que dans les parties méridionales de l’Amérique. Les écureuils blonds ou orangés des Indes orientales sont bien plus petits, et leurs couleurs sont uniformes; ce sont de vrais écureuils qui grimpent sur les arbres et y font leurs petits, au lieu que le coquallin et le suisse d'Amérique se tiennent sous terre comme les lapins, et n’ont d’autre rapport avec récurcuil que de lui ressembler par la figure.