LE CABIAI
(le CABIAI CAI'ÏBAUE.)
Ordre des rongeurs, genre cabiai. (Cuvier.)
Cet animal d’Amérique n’avait jamais paru en Europe, et c’est aux bontés de M. le duc de Bouillon que nous en devons la connaissance : comme ce prince est curieux d’animaux étrangers, il m’a quelquefois fait l’honneur de
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DU CABIAF. 573
m’appeler pour les voir ; et, par amour pour le bien, il nous en a donné plusieurs : celui-ci lui avait été envoyé jeune, et n’était pas encore tout à lait adulte lorsque le froid l’a fait mourir. Nous avons donc été à portée de le connaître et de le décrire, tant à rexlérieur qu'à l’intérieur. Ce n’est point un cochon, comme l’ont prétendu les naturalistes et les voyageurs; il ne lui ressemble même que par de petits rapports, et en diffère par de grands caractères : il ne devient jamais aussi grand : le plus gros cabiai est à peine égal à un cochon de dix-huit mois; il a la tète plus courte, la gueule beaucoup moins fendue, les dents et les pieds tout différents; des membranes entre les doigts, point de queue ni de défenses; les yeux plus grands, les oreilles plus courtes; et il en diffère encore autant par le naturel et les mœurs, que par la conformation. Il habite souvent dans l’eau, où il nage comme une loutre, y cherche dé même sa proie et vient manger au bord le poisson qu’il prend et qu'il saisit avec la gueule et les ongles; il mange aussi des grains, des fruits et des cannes de sucre. Comme ses pieds sont longs et plats, il se tient souvent assis sur ceux de derrière. Son cri est plutôt un braiement comme celui de l’àne, qu’un grognement comme celui du cochon. Il ne marche ordinairement que la nuit, et presque toujours de compagnie, sans s’éloigner du bord des eaux : car comme il court mal à cause de ses longs pieds et de ses jambes courtes, il ne pourrait trouver son salut dans la fuite; et, pour échapper à ceux qui le chassent, il se jette à l’eau, y plonge, et va sortir au loin, ou bien il y demeure si longtemps qu’on perd l’espérance de le revoir. Sa chair est grasse et tendre; mais elle a plutôt, comme celle de la loutre, le goût d’un mauvais poisson que celui d’une bonne viande : cependant on a remarqué que la hure n’en était pas mauvaise, et cela s’accorde avec ce que l’on sait du castor, dont les parties antérieures ont le goût de la chair, tandis que les parties postérieures ont le goût de poisson. Le cabiai est d'un naturel tranquille et doux; il ne fait ni mal ni querelle aux autres animaux : on l’apprivoise sans peine; il vient à la voix et suit assez volontiers ceux qu’il connaît et qui l’ont bien traité. On ne le nourrissait à Paris qu’avec de l’orge, de la salade et des fruits ; il s’est bien porté tant qu’il a fait chaud. Il parait, par le grand nombre de ses mamelles, que la femelle produit des petits en quantité. Nous ignorons le temps de la gestation, celui de l’accroissement, et par conséquent la durée de la vie de cet animal. Nos habitants de Cayenne pourront nous en instruire ; car il se trouve assez communément à la Guyane aussi bien (pi’au Brésil, aux Amazones et dans toutes les terres basses de l’Amérique méridionale.
ADDITION A l’aUTICLE DU CABIAI.
Nous n’avons que peu de chose à ajouter aux faits historiques, et rien à la description très-exacte que nous avons donnée de cet animal d’Amérique.
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M. de la Borde nous a seulement écrit qu’il est fort commun à la Guyane, et encore plus dans les terres qui avoisinent le fleuve de l’Amazone, où le poisson est très-abondant : il dit que ces animaux vont toujours par couple, le mâle et la femelle, et que les plus grands pèsent environ cent livres. Us fuient les endroits habités, ne quittent pas le bord des rivières, et s’ils aperçoivent quelqu’un, ils se jettent à l’eau, sans plonger comme les loutres, mais toujours nageant comme les cochons ; quelquefois néanmoins ils se laissent aller au fond de l’eau, et y restent même assez longtemps. On en prend souvent de jeunes qu’on élève dans les maisons, où ils s’accoutument aisément à manger du pain, du mil et des légumes, quoique dans leur état de nature ils vivent principalement de poisson. Ils ne font qu’un petit; ils ne sont nullement dangereux, ne se jetant jamais ni sur les hommes ni sur les chiens. Leur chair est blanche, tendre et de fort bon goût. Ce dernier fait semble contredire ce que disent les autres relateurs, que la chair du cabiai a plutôt le goût d'un mauvais poisson que celui d’une bonne viande. Cependant il se pourrait que la chair du cabiai vivant de poisson eût ce mauvais goût, et que celle du cabiai vivant de pain et de grain fût en effet très-bonne.
Au reste, comme nous avons eu à Paris cet animal vivant, et que nous l’avons gardé longtemps, je suis persuadé qu’il pourrait vivre dans notre climat; c’est par erreur que j’ai dit qu’il était mort de froid. J’ai été informé depuis qu il supportait fort bien le froid de 1 hiver, mais que comme on l’avait enfermé dans un grenier, il se jeta par la fenêtre et tomba dans un bassin où il se noya; ce qui ne lui serait pas arrivé s’il n’eût pas été blessé dans sa chute sur les bords du bassin.