‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 160 sur 255 · LE FAC/V · texte numérisé non relu

LE FAC/V

(rr. PACA FACVR.)

Ordre des rongeurs, famille des lièvres, genre cabiai. (Cuviku.)

Le paca est un animal du Nouveau-Monde, qui se creuse un terrier comme le lapin, auquel on l’a souvent comparé, et auquel cependant il ressemble très-peu : il est beaucoup plus grand que le lapin, et même que le lièvre; il a le corps plus gros et plus ramassé, la tête ronde

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et le museau court; il est gras et replet, et il ressemble -plutôt par la forme du corps, à un jeune cochon, dont il a le grognement, l’allure et la manière de manger; car il ne se sert pas, comme le lapin, de ses pattes de devant pour porter à sa gueule, et il fouille la terre, comme le cochon, pour trouver sa subsistancc.il habite le bord des rivières, et ne se trouve que dans les lieux humides et chauds de l’Amérique méridionale. Sa chair est trèsbonne à manger, et si grasse qu'on ne la larde jamais ; on mange même la peau, comme celle du cochon de lait : aussi lui fait-on continuellement la guerre. Les chasseurs ont de la peine à le prendre vivant, et quand on le surprend dans son terrier, qu’on découvre en devant et en arrière, il se défend et cherche même à se venger en mordant avec autant d'acharnement que de vivacité. Sa peau, quoique couverte d’un poil court et rude, fait une assez belle fourrure, parce qu’elle est régulièrement tachée sur les cotés. Ces animaux produisent souvent et en grand nombre : les hommes et les animaux de proie en détruisent beaucoup, et cependant I espèce en est toujours à peu près également nombreuse : elle est naturelle et particulière à l’Amérique méridionale, et ne se trouve nulle part dans 1 ancien continent.

ADDITION A i/aIITICLE DU PACA**.

Comme nous n'avons donné que la ligure dessinée sur un très-jeune paca qui n’avait pas encore pris la moitié de son accroissement, et qu’il nous est arrivé un de ces animaux vivant qui était déjà plus grand que celui que nous avons décrit, je l’ai fait nourrir dans ma maison, et depuis le mois d’aoùt dernier 1774, jusqu’à ce jour 28 mai 1775, il n’a cessé de grandir assez considérablement. Le sieur Trécourt a rédigé avec exactitude des observa lions sur sa manière de vivre ; et je vais en donner ici l’extrait.

On a fait construire pour cet animal une petite loge en bois, dans laquelle il demeurait assez tranquille pendant le jour, surtout lorsqu’on ne le laissait pas manquer de nourriture. Il semble même affectionner sa retraite tant que

* Hoc genus animaliura pilis et voce porcellum référant, dentibus et figura capitis, et etiara magnitudine cuniculum auribus miirem : suntquc singularia et sui generis. Ray, Synops. Quadrup., pag. 227. Il est certain, comme le dit Ray, que cet animal est de son genre; il aurait pu ajouter qu’il ressemble eneore au cochon de lait par la forme du corps, par le goût et la blancheur de la chair, par la graisse et par 1 épaisseur de la peau ; et il aurait dû dire qu’il a le corps plus gros, plus grand et plus rond que le lapin.

'* Le paca dont il est question dans cet article constitue une espece différente du précédent, ainsi que l'a fait connaitre M. F. Cuvier. Ce zoologiste l’a désigné sous la dénomination partieulicre de paca bkun.

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le Jour dure, car il s y retire de lui-niêine a[irès avoir mangé; mais dès que la nuit vient, il marque le désir violent qu'il a de sortir en s'agitant continuellement, et en décliirant avec les dents les barreaux de sa prison; chose qui ne lui arrive jamais pendant le jour, à moins que ce ne soit pour faire ses besoins : car non-seulement il ne fait jamais, mais même il ne peut souffrir aucune ordure dans sa petite demeure; il va pour faire les siennes au plus loin qu'il peut. Il jette souvent la paille qui lui sert de litière dès qu'elle a pris de l’odeur, comme pour en demander de nouvelle; il pousse cette vieille paille dehors avec son museau, et va chercher du linge et du papier pour la remplacer. Sa loge n’était pas le seul endroit qui parût lui plaire, tous les recoins obscurs semblaient lui convetiir; il établissait souvent un nouveau gîte dans les armoires qu’il trouvait ouvertes, ou bien sous les fourneaux de l’office et de la cuisine ; mais auparavant il s’y préparait un lit, et quand il s’était une fois donné la peine de s’y établir, on ne pouvait que par force le faire sortir de ce nouveau domicile. La propreté semble être si naturelle à cet animal, qiii était femelle, que lui ayant donné un gros lapin mâle, dans le temps qu'elle était en chaleur, pour tenter leur union, elle le prit en aversion au moment qu'il fit ses ordures dans leur cage commune. Auparavant elle l’avait assez bien reçu pour en espérer quelque chose; elle lui faisait même des avances très-marquées en lui léchant le nez, les oreilles et le corps ; elle lui laissait même presque toute la nourriture, sans chercher à la partager; mais dès que le lapin eut infecté la cage, elle se relira sur-le-ehamp dans le fond d’une vieille armoire, où elle se fit un lit de papier et de linge, et ne revint à sa loge que quand elle la vil nette et libre de 1 hôte malpropre qu’on lui avait donné.

Le paca s accoutume aisément à la vie domestique; il est doux et traitable tant quon ne cherche point à l’irriter; il aime qu’on le flatte, et lèche les mains des personnes qui le caressent; il connail fort bien ceux qui prennent soin de lui, et sait parfaitement distinguer leur voix. Lorsqu’on le gratte sur le dos, il s’étend et se couche sur le ventre; quelquefois même il s’exprime par un petit cri de reconnaissance, et semble demander que l’on continue. Néanmoins, il naime pas quon le saisisse pour le transporter, et il fait des efforts très-vifs et irès-réitérés pour s’échapper.

Il a les muscles très-forts et le corps massif : cependant il a la peau si sensible, que le plus léger attouchement suffit pour lui causer une vive émotion. Cette grande sensibilité, quoique ordinairement accompagnée de douceur, produit quelquefois des accès de colère, lorsqu’on le contrario trop fort ou qu’il se présente un objet déplaisant : la seule vue d’un chien qu’il ne connaît pas le met de mauvaise humeur. On l’a vu renfermé dans sa loge, en mordre la porte et faire en sorte de l’ouvrir, parce qu’il venait d’entrer un chien étranger dans la chambre. On crut d'abord qu’il ne voulait sortir que pour faire ses besoins; mais on fut assez surpris lorsqu’étant mis en liberté, il s’élança tout d'un coup sur le chien, qui ne lui faisait aucun mal, et le mordit assez fort pour le faire crier : néanmoins, il s’est accoutumé

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en peu de jours .ivcc ec même chien. Il traite de même les gens qu’il ne connaît pas et qui le contrarient, mais il ne mord jamais ceux qui ont soin de lui. Il n’aime pas les enfants, et il les poursuit assez volontiers. Il manifeste sa colère par une espèce de claquement de dents, et par un grognement qui précède totijours sa petite fureur.

Cet animal se tient souvent debout, c’est-à-dire assis sur son derrière, et quelquefois il demeure assez longtemps dans cette situation; il a l’air de se peigner la tête et la moustache avec ses pattes, qu’il lèche et humecte de salive à chaque fois ; souvent il se sert de ses deux pattes à la fois pour se peigner; ensuite il se gratte le corps jusqu’aux endroits où il peut atteindre avec ces mêmes pattes de devant; et pour achever sa petite toilette, il se sert de celles de derrière, et se gratte dans tous les autres endroits qui peuvent être souillés.

C'est cependant un animal d’une grosse corpulence et qui ne paraît ni délicat, ni leste, ni léger ; il est plutôt pesant et lourd, ayant à peu prés la démarche d’un petit cochon. Il court rarement, lentement et d’assez mauvaise grâce; il n’a de mouvements vifs que pour sauter, tantôt sur les meubles et tantôt sur les choses qu’il veut saisir ou emporter. Il ressemble encore au cochon par sa peau blanche, épaisse et qu’on ne peut tirer ni pincer, parce qu’elle est adhérente à la chair.

Quoiqu’il n’ait pas encore pris son entier accroissement, il a déjà dix-huit pouces de longueur dans sa situation naturelle et renflée; mais lorsqu'il s’étend, il a près de deux pieds depuis le bout du museau jtisqu’à rextrémité du corps; au lieu que le paca dont nous avons donné la description n’avait que sept pouces cinq lignes : différence (|ui ne provient néanmoins que de celle de i’àge, car du reste ces deux animaux se ressemblent en tout.

La hauteur, prise aux jambes de devant dans celui que nous décrivons actuellement, était de sept pouces, et cette hauteur, prise aux jambes de derrière, était d’environ neuf pouces et demi; en sorte qu’en marchant, son derrière paraît toujours bien plus haut que sa tète. Cette partie postérieure du corps, qui est la plus élevée, est aussi la plus épaisse en tous sens ; elle a dix-neuf pouces et demi de circonférence; tandis que la partie antérieure du corps n’a que quatorze pouces.

Le corps est couvert d'un poil court, rude et clair-serné, couleur de terred’ombre et plus foncé sur le dos, mais le ventre, la poitrine, le dessous du cou et les parties intérieures des jambes, sont au contraire couverts d’un poil blanc sale; et ce qui le rend très-remarquable, ce sont cinq espèces de bandes longitudinales formées par des taches blanches, la plupart séparées les unes des autres. Ces cinq bandes sont dirigées le long du corps, de manière qu’elles tendent à se rapprocher les unes des autres à leurs extrémités.

La tête, depuis le nez jusqu’au sommet du front, a près de cinq pouces de longueur, et elle est fort convexe. Les yeux sont gros, saillants et de couleur brunâtre, éloignés l’un de raiilrc d’environ deux pouces; les oreilles sont arrondies et n’ont que sept à huit lignes de longueur, sur une largeur

à peu près égale à leur base ; elles sont plissées en forme de fraise, et recouvertes d’un duvet très-lin presque insensible au tact et à l'œil. Le bout du nez est large, de couleur presque noire, divisé en deux comme celui des lièvres : les narines sont fort grandes. L’animal a beaucoup de force et d’adresse dans celle partie, car nous l’avons vu souvent soulever avec son nez la porte de sa loge, qui fermait à coulisse. La mâchoire inférieure est d’un pouce plus courte et moins avancée que la mâchoire supérieure, qui est beaucoup plus large et plus longue. De chaque côté et vers le bas de la mâchoire supérieure, il règne une espèce de pli longitudinal dégarni de poil dans son milieu, en sorte que l’on prendrait, au premier coup d'œil, cet endroit de la mâchoire pour la bouche de l’animal en le voyant de côté, car sa bouche n’est apparente (|ue quand elle est ouverte, et n’a tpte six ou sept lignes d'ouverture : elle n’est éloignée ()ue de deux ou trois lignes des plis dont nous venons de parler.

Chaque mâchoire est armée en devant de deux dents incisives fort longues, jaunes comme du safran, el-assez fortes pour couper le bois. On a vu cet animal, en une seule nuit, faire un trou dans tmc des planches de sa loge, assez grand pour y passer sa tète. Sa langue est étroite, épaissr; et un peu rude. Ses moustaches sont composées de poils noirs et de poils blancs, placés de «iliaque côté du nez, et il a de pareilles moustaches plus noir«‘s, mais moins fournies, de chaque côté de la tète au-dessous des oreilles. Nous n'avons pu voir ni compter les dents mâchelièrcs par la forte résistance de l’animal.

Chaque pied, tant de devant que de derrière, a cinq doigts, dont quatre sont armés d’ongles longs de cinq ou six lignes. Les ongles sont couleur de chair ; mais il ne faut pas regarder celte couleur comme un caractère constant; car dans plusieurs animaux, et parliculièrenicnl dans les lièvres, on trouvé souvent les ongles noirs, tandis que d’autres les ont blanchâtres ou couleur de chair. Le cinquième doigt, qui est l’interne, ne parait que quand l’animal à la jambe levée, et n’est qu’un petit éperon fort court. Entre les jambes de derrière, à peu de distance des parties naturelles, se trouvent deux mamelles de couleur brunâtre. Au reste, quoique la queue ne soit nullement ap|iarenle, on trouve néanmoins, en la recherchant, un petit bouton de deux ou trois lignes de longueur qui paraît en être l’indice.

Le paca domestique mange de tout ce qu’on veut lui donner, et il parait avoir un très-grand appétit. On le nourrissait ordinairement de pain; et soit qu’on le trempât dans l’eau, dans le vin, et même dans du vinaigre, il le mangeait egalement; mais le sucre et les fruits sont si fort de son goût, que lorsqu’on lui en présentait il en témoignait sa joie par des bonds et des sauts. Les racines et les légumes étaient aussi de son goût : il mangeait également les navets, le céleri, les oignons, et même l’ail et l’échalote. Il ne refusait pas les choux ni les herbes, même la mousse et les écorces de bois; nous l’avons souvent vu manger aussi du bois et du charbon dans les commencements. La viande était ce qu’il paraissait aimer le moins; il n’en mangeait que rarement et en très-petite quantité. On pourrait le nourrir aisément de

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