DU PORC-ÉPIC
car il a le museau long cl terminé par une espèce de groin en boutoir ; mais toutes ces ressemblances étant fort éloignées, et toutes les dinérences étant présentes et réelles, il n’est pas douteux c|ue le porc-épic ne soit d une espèce particulière et différente de celle du hérisson, du castor, du lièvre ou de tout autre animal auquel on voudrait le comparer.
Il ne faut pas non plus ajouter foi à ce que disent presque unanimement les voyageurs et les naturalistes qui donnent à cet animal la faculté de lancer ses piquants à une assez grande distance et avec assez de force pour percer et blesser profondément; ni s’imaginer avec eux que ces piquants, tout séparés qu'ils sont du corps de l’animal, ont la propriété très-extraordinaire et toute particulière de pénétrer d'eux-mèmes et par leurs propres forces plus avant dans les chairs, dès que la pointe y est une fois entrée : ce dernier fait est purement imaginaire et destitué de tout fondement, de toute raison. Le premier est aussi faux que le second; mais au moins l'erreur parait fondée sur ce que l’arjimal, lorsqu’il est irrité ou seulement agité, redresse ses piquants, les remue, et que, comme il y a de ces piquants, qui ne tiennent à la peau que par une espèce de filet ou de pédicule délié, ils tombent aisément. Nous avons vu des porcs-épics vivants, et jamais nous ne les avons vus, quoique violemment excités, darder leurs piquants. On ne peut donc trop s’étonner que les auteurs les plus graves, tant anciens que modernes, que les voyageurs les plus sensés, soient tous d'accord sur un fait aussi faux. Quelques-uns d’entre eux disent avoir eux-mêmes été blessés de celte espece de jaculation; d’autres assuretit qu’elle se lait avec tant de raideur, que le dard ou piquant petit percer une planche * ** à quelques pas de distance. Le merveilleux, (pii n’est que le faux qui fait plaisir à croiie, augmente et croît à mesure qu’il passe par un plus grand nombre de tètes; la vérité perd au contraire en faisant la même route; et malgré la négation positive que je viens de graver au bas de ces deux faits, je suis persuadé (pi on écrira encore mille fois après moi, comme on l’a fait mille fois auparavant, que le porc-épic darde ses piquants, et que ces piquants, séfiarés de l’animal, entrent d’eux-memes dans les corps où leur pointe est engagée
* Lorsque le porc-épic est en furie, il s’élance avec une extrême vitesse, ayant ses piquants dressés, qui sont quelquefois de la longueur de deux ernp tns, sur les hommes et sur les bêles, et il les darde avec tant de force, qu’Üs pourraient percer une planche. Voyage en Guinée, par Bosinan, Utrccht, 1703, page 2.3:1.
** 1® Il faut cependant excepter du nombre de ces voyageurs crédules le docteur Shavv. « De tous les porcs-épics, dit-il, que j’ai vus en grand nombre en Afrique, je « n’en ai rencontré aucun qui, quelque chose que l’on fît pour l’irriter, dardât au- « cune de ses pointes; leur manière ordinaire de se délendre est de se pencher d un a côté, et, lorsque l’ennemi s’csl approché d’assez près, de se relever foil vile cl de « le piquer de l’autre. » Voyage de Shaw, traduit de 1 anglais tome I, page 123.
2” Le l’. Vincent-Marie ne dit point du tout que le porc-épic lance des piquants; il assure seulement que, quand il rencontre des serpents avec lesquels il est toujours en guerre, il se met en boule, cachant ses pieds et sa tète, et se roule sur eux avec ses piquants jusqu’à leur ôter la vie, sans eoiirir risque d’être blessé. Il ajoute un fait que
iOG UISTOlUK NATIJRELLK DU POllC-ÉPIC.
Le porc-épic, fpioi(pjc originaire tics climats les plus cliaiids de l'Afi iiiue et dos Indes, peut vivre et se mnliiplier dans des pays moins eliauds, tels que la Perse, ! hspagne et I Italie. Agricola dit (|ue l’espèce n’a été transportée en Europe que dans ces derniers siècles : elle se trouve en Espagne, et plus communément en Italie, surtout dans les montagnes de rApennin, aux environs de Rome; c’est de là que M. Mauduit, qui, par son goût pour 1 histoire naturelle, a bien voulu se charger de quelques unes de nos commissions, nous a envoyé celui qui a servi à M. Dauhenton pour sa description. Nous avons cru devoir donner la figure de ce porc-épic d'Italie, aussi bien que celle du porc-épic des Indes; les petites dilïcrences qu’on peut iemar(|uer entre les deux sont de légères variétés dépendantes du climat, ou peut-être môme ne sont que des différences purement individuelles.
Pline et tous les naturalistes ont dit, d’après Aristote, que le porc-épic, comme lours, se cachait pemlant I hivcr, et mettait bas au bout de trente jours. Nous n avons pu vérifier ces faits; et il est singulier (ju’en Italie, où cet animal est commun, et ou de tout temps il y a cii de bons physiciens et d excellents observateurs, il ne se soit trouvé personne (|ui en ait écrit l’histoire. Aldrovandena fait sur cet article, comme sur beaucoup d'autres, que copier Gessner; et MM. de l’Académie des sciences, qui ont décrit et disséqué huit de ces animaux, ne disent presque rien de ce ([ui a rapport à Ituis habitudes naturelles : nous savons seulement, par le lémoignage des voyageurs et des gens qui en ont élevé dans des ménageries, que dans l’état de domesticité le porc-épic n est ni lerocc ni farouche, qu’il n’est que jaloux de sa liberté; (|ua laide de siîs dents de devant, qui sont fortes et tranchantes comme celles du castor, il coupe le bois et perce aisément la porte de sa loge. On sait aussi qu’on le nourrit aisément avec de la mie de pain, du fromage et des fruits; que dans l'état de liberté il vit de racines et de graines sauvages; que quand il |m;uI entrer dans un jardin, il y fait un grand dégât et mange les légumes avec avidité; qu’il devient gras comme là plupart des autres animaux, vers la fin de l’été; et que sa chair, quoique un pi'u fade, n’est pas mauvaise à manger.
En considciant la forme, la substance et l’organisation des piipiants du f)orc-épic, on reconnaît aisément que ce sont de vrais tuyaux de plumes aux- <|uels il ne manque que les barbes pour être de vraies plumes : par ce rapport, il lait la nuance entre les quadrupèdes et les oiseaux. Ces piijuants, surtout ceux qui sont voisins de lu queue, sonnent les uns contre les autres
nous cruyons très-vrai : c’est qu’ii se forme dans l’ostoinac du porc-épic desîjézoai'ds de dillércntes sortes; les uns ne sunt que des amas de racines cru eloppées d’une croûte, les autres, plus petits, paraissent être jiclris de petites jiailles cl de poudre de picirc, ; et les plus petits de tous, qui ne sont pas (dus gros qu’une noix, paraissent [ictrifiés en entier; ees derniers sont les plus estimés. Nous tic doutons pasdn ces faits» ayant trouve nous -mêmes un bézoard de la première sorte, c’est à dire une ægagropile dans l’estomac du porc-épic qui nous a clé envoyé d llalie.
lorsque l’aniinal niarclie; il peut les redresser par la contraction du muscle peaussier, et les relever à |)eu près comme le paon ou le coq d’Indc relèvent les plumes de leur <iueue. Ce muscle de la peau a donc la même force, et est à peu près conformé de la même faeoii dans le porc-épic et dans certains oiseaux. Nous saisissons ces rapports, quoique assez fugitifs : c’est toujours fixer un point dans la nature, qui nous fuit et qui semble se jouer par la bizarrerie de ses productions de ceux qui veulent la connaître.
LE COENDOU.
(le porc-épic COCIY.)
Famille des rongeurs, genre [jorc-épic. (Cuvniit.)
Dans chaque article que nous avons à traiter, il se présente toujours plus d’erreurs à détruire que de vérités à exposer : cela vient de ce que l’Iiistoire des animaux n’a, dans ces derniers temps, été traitée que par des gens à |)réjugés, à ntéihodes, et qui prenaient la liste de leurs petits systèmes poulies registres de la nature. Il n’existe en Amérique aucun des animaux du climat chaud de l’ancien continent, et réciproquement, il ne se trouve sous la zone brûlante de l’Afrique et de l’Asie aucun de ceux de l’Amérique méridionale. Le porc-épic est, comme nous l’avons dit, originaire des pays chauds de l’ancien monde; et ne l’ayant pas trouvé dans le nouveau, on n’a pas laissé de donner son nom aux animaux qui ont paru lui ressembler, et particulièrement à celui dont il est ici question. D'autre côté, l'on a transporte le coendou d'Amériipie aux Indes orientales; et Pison, qui vraisemblablement ne connaissait point le porc-épic, a fait graver dans Bonlius, qui ne parle que des animaux du midi de l’Asie, le coendou d’Amérique, sous le nom et la description du vrai porc-épic; en sorte qu à la première vue on serait tenté de croire que cet animal existe également en Améi iiiue et en Asie; cependant, il est aisé de reconnaître, avec un peu d’attention, que Bison, qui n’est ici, comme presque [lartout ailleurs, que le plagiaire de Maregrave, a non-seulement copié sa ligure du coendou, pour 1 insérer dans son Histoire du Brésil, mais (ju’il a cru devoir la co|)ier encore pour la transporter dans l'ouvrage de Bontius, dont il a été le rCLlacteur et l éditeur. Ainsi, (|uoiqu’on trouve dans Bonlius la ligure du coendou, l on ne doit pas en conclure qu’il existe à Java ou dans les autres parties de 1 Asie méridio-
408 IIISïOllŒ iNATURELLlî DU UOENDOU.
nale, ni prenili'c celte Ogiire pour celle du porc-épic, auc|ue! en cH’ct le
coenclou ne ressemble tpie parce qu'il a comme lui des pi(pianls.
Cesl à Ximénès, et ensuite à llernandès, que l’on doit la première connaissance de cet animal ; ils l'ont indiqué sous le nom de hoitztlacuatzin «pie lui donnaient les Mexicains. Le tlacuatzin est le sarigue, ci hoitztlacuatzin doit se traduire par sarigue épineux. Ce nom avait été mai appliqué, car ces animaux se ressemblent assez peu : aussi Maregrave n'a point adopté cette dénomination mexicaine, et il a donné cet animal sous son nom brésdien, cuandu, qui doit se prononcer couandou. La seule chose (|u’oii puisse reprocher à Maregrave, c’est de n’avoir pas reconnu que son cuandu du Brésil était le même animal que riioitztlacualzin du Mexi(pie, d'autant que sa description et sa figure s’accordent assez avec celles de llernandès, et que de Laët, qui a été l'édileur et le commentateur de l’ouvrage de Maregrave, dit expressément que le tlacuatzin épineux de Ximénès et le ctiandu ne sont vraisemblablement que le même animal. Il parait en rassemblant le peu de notices éparses que nous ont données les voyageurs sur ces animaux, qu'il y en a deux variétés que les naturalistes ottl, d’après Pison, insérées dans leurs listes comme deux especes différentes : le grand et le petit cuandu; mais ce qui prouve d’abord l’erreur ou la négligence de Pison, c’est que, quoitpi il donne ces coendous dans deux articles séparés et éloignés I un de l’autre, et qu il paraisse les regarder comme étant de deux espèces différentes, il les représente cependant tous deux par la même figure; ainsi nous nous croyons bien fondés à prononcer que ces deux n’en font qu’un. Il y a aussi des naturalistes qui non-seulement ont fait deux espèces du grand et du petit coendou, mais en ont encore séparé l'boiiztlacuaizin en les donnant tous trois pour des animaux différents; etj’avoue que, quoiqu’il soit très-vraisemblable que le coendou et l'boitzllacualzin sont le même animal, celte identité n’est pas aussi certaine que celle du grand et du petit coendou.
Quoi qu’il en soit, le coendou n’est point le porc-épic; il est de beaucoup plus petit; il a la tête à projjortion moins longue et le museau plus court; il n’a point de panache sur la tète ni de fente à la lèvre supérieure; ses piquants sont trois ou quatre fois plus courts et beaucoup plus menus; il a une longue queue, et celle du porc-épic est très-courte ; il est carnassier plutôt que frugifore, et cherche à surprendre les oiseaux, les petits animaux, les volailles, au lieu que le porc-épic ne se nourrit que de légumes, de racines et de fruits. Il dort pendant le jour comme le hérisson, et court pendant la nuit ; il monte sur les arbres et se relient aux branches avec sa queue, ce que le porc-épic ne fait ni ne pourrait faire. Sa chair, disent tous les voya- .geurs, est très-bonne à manger : on peut 1 apprivoiser. Il demeure ordinairement dans les lieux élevés, et on le trouve dans toute I étendue de I Amérique, depuis le Brésil et la (Juyane jus(pi'à la Louisiane cl aux parties méridionales du Canada ; au lieu «pie le porc-épic ne se trouve que dans les pays chauds de l’ancien continent.
En transportant le nom du porc-épic au coendou, on lui a supposé et
IIISTOIRIÎ NATURELLE DU COENDOU, ETC. 409 transmis les mêmes facultés, celles surtout de lancer ses piquants ; et il est étonnant que les naturalistes et les voyageurs s’accordent sur ce fait, et que Pison qui devait être moins superstitieux qu un autre, puisqu il était médecin, dise gravement que les piquants du coendou entrent d’eux-mêmes et par leur propre force dans la chair et percent le corps jusqu aux viscères les plus intimes. Ray est le seul qui ait nié ces faits, quoiqu ils paraissent évidemment absurdes. Mais que de choses absurdes ont été niées par des gens sensés, et qui cependant sont tous les jours affirmées par d auties gens qui se croient encore plus sensés !
ADDITION A l’aUTICLF, DD COENDOU.
La Guyane fournit deux espèces decoendous. Les plus grands iièsent douze à quinze livres. Us se tiennent sur le haut des arbres et sur les lianes qui s’élèvent jusqu’aux plus hautes branches. Ils ne mangent pas le jour. Leur odeur est très-forte, et on les sent de fort loin. Ils font leurs petits dans des trous d’arbres, au nombre de deux. Ils se nourrissent des feuilles de ces arbres, et ne sont pas absolument bien communs. Leur viande est fort bonne : les Nègres l’aiment autant que celle du paca. Suivant M. de la Borde, les deux espèces ne se mêlent pas ; on ne les trouve deux à deux que quand ils sont en chaleur ; dans les autres temps ils sont seuls, et les femelles ne quittent jamais l’arbre où elles font leurs petits. Ces animaux mordent quand on s’y expose, sans cependant serrer beaucoup.
Ceux de la petite espèce peuvent peser six livres; ils ne sont pas plus nombreux que les autres ; les tigres leur font la guerre, et on ne les trouve jamais à terre pendant le jour.
Nous avons parlé ailleurs de ces deux espèces de coendous, lesquelles existent en effet dans les climats chauds de l’Amérique méridionale.