‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 173 sur 255 · LE PANGOLIN ET LE PHATAGIN · texte numérisé non relu

LE PANGOLIN ET LE PHATAGIN

LK P.V^G()LI^^ A GROSSE QIEUE. LE l’ANGOLm u’aI'RIQLE OU PHATAGIS.

Ordre des édentés ordinaires, genre pangolin. (Cuvieb.)

Ces animaux sont vulgairement connus sous le nom de lézards écailleux ; nous avons cru devoir rejeter cette dénomination : 1” parce qu'elle est composée ; 2“ parce qu'elle est ambiguë et qu’on l’applique à ces deux espèces ; 3° parce qu’elle a été mal imaginée; ces animaux étant non-seulement d’un autre genre, mais même d'une autre classe que les lézards, qui sont des reptiles ovipares, au lieu que le pangolin et le pliatagin sont des quadrupèdes vivipares : ces noms sont d’ailleurs ceux qu’ils portent dans leur pays natal ; nous ne les avons pas créés, nous les avons seulement adoptés.

Tous les lézards sont recouverts en entier et jusque sous le ventre d'une peau lisse et bigarrée de taches qui représentent des écailles; mais le pangolin et le phatagin n’ont point d’écaillcs sous la gorge, sous la poitrine, ni sous le ventre : le phatagin, comme tous les autres quadrupèdes, a du poil sur toutes ces parties inférieures du corps, le pangolin n’a qu'une peau lisse et sans poils. Les écailles qui revêtent et couvrent toutes les autres parties du corps de ces deux animaux ne sont pas collées en entier sur la peau ; elles y sont seulement infixées et fortement adhérentes par leur partie inférieure ; elles sont mobiles comme les piquants du porc-épic, et elles se relèvent ou se rabaissent à la volonté de l’animal; elles se hérissent lorsqu'il est irrité; elles se hérissent encore plus lorsqu’il se met en boule comme le hérisson. Ces écailles sont si grosses, si dures et si poignantes qu’elles rebutent tous les animaux de proie; c'est une cuirasse offensive qui blesse autant qu’elle résiste : les plus cruels et les plus affamés, tels que le tigre, la panthère, etc., ne font que de vains efforts pour dévorer ces animaux armés; ils les foulent, ils les roulent, mais en même temps ils se font des blessures douloureuses dès qu'ils veulent les saisir : ils ne peuvent ni les violenter, ni les écraser, ni les étouffer en les surchargea ut de leur poids. Le renard, qui craint de prendre avec la gueule le hérisson en houle dont les piquants lui déchirent le palais et la langue, le force cependant à s’étendre en le foulant aux pieds et le pressant de tout son poids; dés que la tête parait, il la saisit parle bout du museau et met ainsi le hérisson <à mort ; mais le pangolin et le phatagin sont de tous les animaux, sans en excepter même le porc-épic, ceux dont rarninre est la plusforle et la plus offensive, en sorte

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quel) eonti-actanl leur corps et présentant leurs armes, ils b>avenl la fuieur de tous leurs ennemis.

Au reste, lorsque le pangolin et le phatagin -se resserrent, ils ne prennent pas, comme le hérisson, une figure globuleuse et uniforme : leur corps en se contractant se met en peloton, mais leur grosse et longue queue reste au dehors et sert de cercle ou de lien au corps. Cette partie extérieui-e, par laquelle il parait que ces animaux pourraient être saisis, se défend d’elle-mèrne : elle est garnie dessus et dessous d écailles aussi dures et aussi tranchantes que celles dont le corps est revêtu, et comme elle est convexe en dessus et plate en dessous, et quelle a la foime à peu près d’une demipyramide, les côtés anguleux sont revêtus d’écailles en équerre pliées à angle droit, lesquelles sont aussi grosses et aussi tranchantes que les autres ; en sorte que la queue parait être encore plus soigneusement armée que le corps, dont les parties inférieures sont dépourvues d’écailles.

Le pangolin est plus gros que le phatagin, et cependant, ila laqueue beaucotip moins longue; ses pieds de devant sont garnis d’éeailles jusqu'à l'extrémité, au lieu que le phatagin a les pieds et même une partie des jambes de devant dégarnis d'écailles et couverts de poil. Le pangolin a aussi les écailles plus grandes, plus épaisses, plus convexes et moins cannelées que celles du phatagin, qui sont armées de trois pointes très-piquantes, au lieu que celles du pangolin sont sans pointe et uniformément tranchantes. Le phatagin * a du poil aux parties inférieures : le pangolin n’en a point du tout sous le corps; mais, entre les écailles qui lui couvrent le dos, il sort quelques poils gros et longs comme des soies de cochon, et ces longs poils ne se trouvent pas sur le dos du phatagin. Ce sont là toutes les différences essentielles que nous ayons remarquées en observant les dépouilles de ces deux animaux qui sont si différents de tous les autres quadrupèdes, qu’on les a regardés comme des espèces de monstres. Les différences que nous venons d indi(|ncrétantgénéralcs et constantes, nous croyons pouvoir assurer que le pangolin et le phatagin sont deux animaux d’espèces distinctes et séparées : nous avons reconnu ces rapports et ces différences non-seulement par l’inspection des trois sujets que nous avons vus, mais aussi par la comparaison de tous ceux qui ont été observés par les voyageurs et indiqués par les naturalistes.

Le pangolin a jusqu’à six, sept et huit pieds de grandeur, y compris la longueur de la queue, lorsqu’il a pris son accroissement entier ; la queue, qui est à peu près de la longueur du corps, parait être moins longue quand il est jeune ; les écailles sont aussi moins grandes, plus minces et d'une couleur plus pâle ; elles prennent une teinte plus foncée lorsque l’animal est adulte, et elles acquiérent une durete si grande qu elles résistent à la balle du mousquet. Le phatagin est, comme nous I avons dit, bien plus petit que le pangolin; tous deux ont quelques rapports avec le tamanoir et le laman-

' Le phalagin à longue queue est propre au Sénégal et a la côte de (jiiinée (Ccvier. )

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iliia; comme eux, le pangolin elle pliatagin ne vivent (|ue tie fourmis; ils ont aussi la langue très-longue, la gueule étroite et sans dents ap/)aren/es, le corps très-allongé, la queue aussi fort longue et les ongles des pieds à peu près delà même grandeur et delà même forme, mais non pas en même nombre : le pangolin et le pbatagin ont cinq ongles à chaque pied, au lieu que le tamanoir et le tamandua n’en ont que quatre aux pieds de devant; ceux-ci sont couverts de poils, les autres sont armés d’écailles; et d'ailleurs ilsne sont pas originaires du même continent : le tamanoir et le tamandua se trouvent en Amérique; le pangolin et le phatagin, aux Indes orientales et en Afrique, ou les Nègres les appellent quogelo ; ils en mangent la chair qu’ils trouvent délicate et saine, ils sc servent des écailles à plusieurs petits usages. Au reste, le pangolin et le phatagin n’ont rien de rebutant (|ue la figure; ils sont doux, innocents et ne font aucun mal : ils ne se nourrissent que d’insectes. Ils courent lentement et ne peuvent échapper à l’homme qu’en se cachant dans des trous de rochers ou dans des terriers qu’ils se creusent et où ils font leurs petits. Ce sont deux espèces extraordinaires, peu nombreuses, assez inutiles, et dont la forme bizarre ne parait exister que pour faire la première nuance de la ligure des quadrupèdes à celles des reptiles.

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