‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 174 sur 255 · LE COCHON DE TERRE · texte numérisé non relu

LE COCHON DE TERRE

(L’oiiYCTÉItOPE DU CA1>.)

Ordre des édenti's, famille des orjeléropes. (Cuvier. )

Nous avons dit et répété souvent qu’aucune espèce des animaux de l’Afrique ne s'est trouvée dans l’Amérique méridionale, et que réciproquement aucun des animaux de celte partie de l'Amérique ne s’est trouvé dans l’ancien continent. L’animal dont il est ici question a pu induire en erreur des observateurs peu attentifs, tels (|uc M. Vosmaër : mais on va voir, [)ar sa description et par la comparaison de sa figure avec celle des fourmiliers d’Amérique, qu'il est d’une es|)écc très-difiérente, et qu’il n'a guère d’autres rapports avec eux, que d’ètre de même privé de dents, et d’avoir une langue assez longue pour rinlroduire dans les fourmilières. Nous avons donc adopté le nom de cochon de terre, que Kolbe donne à ce mangeur de fourmis, de préférence à celui de fourmilier, qui doit être réservé aux mangeurs de

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t'ounnis d'Aniérique, puisque en efl'ci cet animal d’Afrique en diffère essentiellement par l’espèce, et même par le genre. Le nom de cocimn de terre est relatif à ses habitudes naturelles et même à sa forme, et c’est celui sous lequel il est communément connu dans les terres du Cap. Voici la description que M. Allamand a faite de cet animal dans le nouveau supplément à mon ouvrage :

« M. de Buftbn semble avoir épuisé tout ce qu’on peut dire sur les animaux mangeurs de fourmis : l’article qu’il en a dressé doit lui avoir coûté beaucoup de peine, tant à cause des recherches qu il a dû laire de tout ce qui a été dit de ces animaux, que de la nécessité où il a été de relever les fautes de ceux qui en ont parlé avant lui, et particulièrement de Seba. Celui-ci ne les a pas seulement mal décrits, mais il a encore rangé parmi eux un animal d’un genre très-différent.

« M. de Buffon, après avoir dissipé la confusion qui régnait dans l'Iiistoire de ces animaux, n’admet que trois espèces de mangeurs de fourmis, le tamanoir, le tamandua et celui auquel il a conservé le nom de fourmilier; mais ensuite il a donné la description d’un animal qui semble être une nouvelle espèce de tamandua, plutôt qu’une simple variété; enfin, il conclutde tout ce qu’il a dit, que les mangeurs de fourmis ne se trouvent que dans les pays chauds de l’Amérique, et qu’ils n’existent pas dans l’ancien continent. Il est vrai que Desmarchais et Kolbe disent qu’il y en a en Afrique; mais le premier affirme simplement la chose sans en rien dire de plus, ni sans en apporter aucune preuve; quant à Kolbe, son témoignage est si suspect, que M. de Buffon a été très-autorisé à n‘y pas ajouter foi. J’ai pensé comme lui au sujet de Kolbe, et je n’ai point cru qu’il y eût des mangeurs de fourmis en Afrique; mais M. le capitaine Gordon m’a tiré de l’erreur où j’étais : il m’a envoyé la dépouille d’un de ces animaux tué au cap de Bonne-Espérance, où ils sont connus sous le nom de cochons de terre; c’est précisément celui que Kolbe leur donne ; ainsi je lui fais réparation d’avoir révoqué ici en doute sa véracité, et je suis persuadé que 3I.de Buffon lui rendra la même justice. H est vrai que M. Pallas a confirmé le témoignage de Kolbe par ses propres observations ; il a donné la description d’un fœtus de mangeur de fourmis, envoyé du cap de Bonne- Espérance au cabinet de S. A. S. monseigneur le prince d'Orange; mais un fœtus, dénué de son poil, était peu propre à donner une juste idée de l’animal dont il tirait son origine, et il pouvait avoir été envoyé d’ailleurs au Cap; cependant le nom de cochon, par lequel on l avait désigné, a commencé à me faire revenir de mon préjugé contre Kolbe.

J’ai fait remplir la peau que 31. Gordon m’a envoyée, ce qui m’a très-bien réussi : et c’est d’après celte peau bourrée que j en ai fait graver la figure. Si l’on doit appeler mangeur de fourmis un animal qui n a point de dents, et qui a une langue fort longue qu’il enfonce dans les fourmilières, pour avaler ensuite les fourmis qui s’y attachent, on ne peut pas douter que celui qui est représenté ici n’en mérite le nom; cependant il diffère très-fort des trois

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espèces décrites par M. de Buffon, et que je crois, avec lui, être particulières à l’Amérique.

•< I! est à peu près aussi gros et aussi grand que le tamanoir, comme on le vert a par les dimensions que j en donnerai. Les poils qui couvrent sa tète, le dessus de .son corps et sa queue, sont très-courts, et tellement couchés et appliqués sur sa peau, quils semblent y être collés ; leur couleur d un gris sale, un peu approchant de celui du lapin, mais plus obscur; sur les flancs et sous le ventre ils sont plus longs et d’une couleur roussàtre; ceux qui couvrent les jambes sont aussi beaucoup plus longs, ils sont tout à fait noirs et droits.

« Sa tète est presque un cône tronqué, un peu comprimé vers son extrémité ; elle est terminée par un plan ou plutôt par un boutoir, tel que celui d un cochon, dans lequel sont les trous des narines, et qui avance de près d un pouce au delà de la mâchoire inférieure; celle-ci est très-petite. Sa langue est longue, fort mince et plate, mais plus large que dans les autres mangeurs de fourmis, qui 1 ont presque cylindrique; il na absolument aucune dent. Ses yeux sont beaucoup plus près des oreilles que du museau ; ils sont assez grands, et d'un angle à raiilre ils ont un pouce de longueur. Ses oreilles, assez semblables à celles des cochons, s’élèvent à la hauteur de six pouces, et se terminent en pointe; clics sont formées par une membrane presque aussi mince que du parchemin, et couvertes de poils à peine remarquables, tant ils sont courts. J ignore si dans ranimai vivant elles sont pentlanles comme dans les tarnandua : M. Pallas dit qu’elles le sont, mais il en jiige d après celles du fœtus, où leur longueur doit leur faire prendre cette position, sans qu’on en doive conclure qu’elles l’aient dans l'animal lorsqu'il est hors du ventre de sa mère. Sa queue surpas.se le tiers de la longueur de tout le corp.s, elle est fort grosse à son origine, et va en diminuant jusqu’à son extrémité. Scs pieds de devant ont quatre doigts, ceux de derrière en ont cinq, tous armés de forts ongles, dont les plus longs sont aux pieds postérieurs, car ils égalent en longueur les doigts memes; ils ne sont pas pointus, mais arrondis à leur exlrémiié, un peu recourbés et propres à creuser la terre. Il ne parait pas qu’il puisse s’en servir pour saisir fortement ou pour se défendre, comme les autres mangeurs de fourmis; cependant il doit avoir beaucoup de force dans ses jambes, qui sont très-grosses proportionnellement a son corps.

« On voit par cette description que cet animal est très-différent du tamanoii, par son poil, sa couleur, sa tête et sa queue ; il surpasse aussi fort en grandeur le tarnandua, dont il diffère de même par son pelage, par sa couleur et par ses ongles; je ne dis rien de sa différence avec le fourmilier, avec lequel personne ne le confondra. 11 appartient donc à une quatrième espèce inconnue jusqu’à présent; et tout ce que j’en sais de certain, c’est que cet animal fourre sa langue dans les fourmilières, qu’il avale les fourmis qui s y attachent, et qu'il se cache en terre dans des trous. Quoiqu'il ait une q'ieiie qui res.scmble un peu à celle du tarnandua, je doute qu’il s’en serve

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