OU LE TATOU A NEUF BANDES
(le tatou peba. )
Ordre des édentés, genre tatou. (Cuvier.)
Nieremberg n’a, pour ainsi dire, qu’indiqué cct animal dans la description imparfaite qu’il en donne; Wormius et Grew l’ont beaucoup mieux décrit : l’individu qui a servi de sujet à Wormius était adulte et des plus grands de cette espèce ; celui de Grew était plus jeune et plus petit : nous ne donnerons pas ici leurs descriptions en entier, d’autant qu’elles s’accordent avec la nôtre, et que d’ailleurs il est à présumer que ce tatou à neuf bandes ne fait pas une espèce réellement distincte du tatuète qui n’en a que huit, et auquel, à l’exception de cette différence, il nous a paru ressembler à tous
autres égards. Nous avons deux tatous à huit bandes qui sont desséchés et qui paraissent être deux mâles; nous avons sept ou liuit tatous à neuf bandes, un bien entier qui est femelle, et les autres desséchés, dans lesquels nous n’avons pu reconnaître le sexe : il se pourrait donc, puisque ces animaux se ressemblent parfaitement, que le tatuète ou tatou à huit bandes fût le mâle, et le cachicame ou tatou à neuf bandes, la femelle. Ce n’est qu’une conjecture que je hasarde ici, parce que l’on verra dans l’article suivant la description de deux autres tatous, dont l’un a plus de rangs que l’autre sur le bouclier de la croupe, et qui cependant se ressemblent à tant d'autres égards qu’on pourrait penser que cette différence ne dépend que de celle du sexe; car il ne serait pas hors de toute vraisemblance (jue ce plus grand nombre de rangs sur la croupe, ou bien celui des bandes mobiles de la cuirasse, appartinssent aux femelles de ces espèces comme nécessaires pour faciliter la gestation et l’accouchement dans des animaux dont le corps est si étroitement cuirassé. Dans l’individu dont Wormius a décrit la dépouille, la tête avait cinq pouces depuis le bout du museau jusqu’aux oreilles, et dix-huit pouces depuis les oreilles jusqu’à l’origine de la queue, qui était longue d’un pied, et composée de douze anneaux. Dans l’individu de la même espèce décrit par Grew, la tète avait trois pouces, le corps sept pouces et demi, la queue onze pouces. Les proportions de la tête et du corps s’accordent; mais la diflérence de la queue est trop considérable, et il y a grande apparence que dans l'individu décrit par Wormius, la queue avait été cassée, car elle aurait eu plus d’un pied de longueur : comme dans cette espèce la queue diminue de grosseur au point de n’ètre à l’extrémité pas plus grosse qu’une petite alêne, et qu’elle est en même temps très-fragile, il est rare (l’avoir une dépouille où la queue soit entière comme dans celle qu’a décrite Grew. L’individu décrit par M. Dauhenton s’est trouvé avoir à très-peu prés les mêmes dimensions et proportions qufe celui de Grew.
LE KÂBASSOU
ou LE TATOU A DOUZE BANDES.
(le tatou tatouay. )
Ordre des édentés, genre tatou. (Cuvier.)
Le kabassou nous parait être le plus grand de tous les tatous : il a la tête plus grosse, plus large, et le museau moins effilé que les autres; les jambes
^38 HISTOIRE iVATERELLE
plus épaisses, les pieds plus gros, la queue sans tét, particularité qui seule suffirait pour faire distinguer cette espèce de toutes les autres; cinq doigts à tous les pieds, et douze bandes mobiles qui n’anticipent que peu les unes sur les autres. Le bouclier des épaules n’est formé que de quatre ou cinq rangs, composés chacun de pièces quadrangulaires assez grandes; les bandes mobiles sont aussi formées de grandes pièces, mais presque exactement carrées : celles qui eomposent les rangs du bouclier de la croupe sont à peu près semblables à celles du bouclier des épaules; le casque de la tète est aussi composé de pièces assez grandes, mais irrégulières. Entre les jointures des bandes mobiles et des autres parties de l’armure s’échappent quelques poils pareils à des soies de cochon; il y a aussi sur la poitrine, sur le ventre, sur les jambes et sur la queue des rudiments d’écailles qui sont ronds, durs et polis comme le reste du tèt, et autour de ces petites écailles on voit de petites houppes de poils. Les pièces qui composent le casque de la tète, celles des deux boucliers et de la cuirasse étant proportionnellement plus grandes et en plus petit nombre dans le kabaSsou que dans les autres tatous, l'on doit en inférer qu’il est plus grand que les autres : dans celui qu’on a représenté, la tète avait sept pouces, le corps vingt et un; mais nous ne sommes pas assurés que celui-là soit de la même espèce que celui-ci; ils ont beaucoup de choses semblables, et entre autres les douze bandes mobiles; mais ils diffèrent aussi à tant d’égards, que c’est déjà beaucoup hasarder que de ne mettre entre eux d’autre différence que celle du sexe.
LE CIRQÜINÇON
ou LE TATOU A DIX-HUIT BANDES.
(le tatou encoubert.)
Ordre des édentés, genre tatou. (Cuvier.)
M. Grew est le premier qui ait décrit cet animal, dont la dépouille était conservée dans le Cabinet de la Société royale de Londres. Tous les autres tatous ont, comme nous venons de le voir, deux boucliers, chacun d’une seule pièce, le premier sur les épaules et le second sur la croupe ; le cirquinçon n’en a qu’un, et c’est sur les épaules. On lui a donné le nom de tatou-belette, parce qu’il a la tète à peu près de la même forme que celle de la belette.
Dans la description de cet animal, donnée parGiew, on trouve qiril avait le corps d'environ dix pouces de long, la tète de trois pouces, la queue de cinq, les jambes de deux ou trois pouces de hauteur, le devant de la tête large et plat, les yeux petits, les oreilles longues d’un pouce, cinq doigts aux quatre pieds, de grands ongles longs d’un pouce aux trois doigts du milieu, des ongles plus courts aux deux autres doigts; l’armure de la tète et celle des jambes composées d’écaillcs arrondies, d’environ un quart de pouce de diamètre : l’armure du cou d’une seule pièce, formée de petites écailles carrées; le bouclier des épaules aussi d’une seule pièce, et composé de plusieurs rangs de pareilles |)eiites écailles carrées. Ces rangs du bouclier, dans cette espèce comme dans toutes les autres, sont continus et ne sont pas séparés les uns des autres par une peau tlexible; ils sont adhérents [)ar symphyse. Tout le reste du corps, depuis le bouclier des épaules juscpi'à la queue, est couvert de bandes mobiles et séparées les unes des autres par une membrane souple; ces bandes sont au nombre de dix-buit : les premières du côté desépaules sont les plus larges; elles sont composées de petites pièces carrées etbarlongues : les bandes postérieures sont faites de pièces rondes et carrées, et l’extrémité de l armure près de la queue est de figure parabolique. La moitié antérieure de la queue est environnée de six anneaux dont les pièces sont composées de petits carrés; la seconde moitié de la queue jusqu’à l’extrémité est couverte d'écailles irré.gulièrcs. La poitrine, le ventre et les oreilles sont nus comme dans les autres espèces. Il semble que de tous les tatous celui-ci ail le plus de facilité pour se contracter et se serrer en boule, à cause du grand nombre de scs bandes mobiles, qui s’étendent jusqu’à la queue.
Ray a décrit, comme nous, le cirquinçon d’après Grew ; M. Brisson paraît s’être conformé à la description de Ray, aussi a-t-il très-bien désigné cet animal, qu’il appelle simplement armadille. Mais il est singulier que M. Linnæus, qui devait avoir les descriptions de Grew et de Ray sous les yeux, puisqu'il les cite tous deux, ail indiqué ce même animal comme n’ayant qu’une bande, tandis qu’il en a dix-huit. Cela ne peut être fondé que sur une mépri.se assez évidente, qui consiste à avoir prisletotwe seu armadillo africanus de Seba jiour le talu tnustclinus de Grew, lesquels néanmoins par les descriptions mêmes de ces deux auteurs sont très-différents l’un de l'autre. Autant il parait certain que l'animal décrit par Grew est une espece réellement existante, autant il est douteux que celui de Seba existe de la manière au moins dont il le décrit. Selon lui, cet armadille africain a l’armure du corps entier partagée en trois parties. Si cela est, larmure du dos, au lieu d’être composée de plusieurs bandes, est d une seule pièce, et cette pièce Unique est seulement séparée dubouclicr des épaules et dccelui delà croupe, qui sont aussi chacun d’une seule pièce : c est là le fondement de 1 erreur de M. Linnæus; il a, d’après ce passage de Seoa, nommé cet armadille unicinctus tegmine tr/parWo. Cependant, il était aisé de voir que cette indication de Seba est équivoque et erronée, puisqu’elle n est nullementd accord
fllSTOIRt: NATURELLE
avec les ligures, et qu'elle indique en effet le kabassou ou latou à douze bandes, comme nous Lavons prouve dans l’article précédent.
Tous les tatous sont originaires de l’Amérique; ils étaient inconnus avant la découverte du Nouveau-Monde: les anciens n’cn ont jamais fait mention, et les voyageurs modernes ou nouveaux en parlent tous comme d’animaux naturels et particuliers au Mexique, au Brésil, à la Guyane, etc.; aucun rie dit en avoir trouvé l’espèce existante en Asie ni en Afrique : quel<iues-uns ont seulement confondu les pangolins et les pliatngins ou lézards écailleux des Indes orientales avec les armadilles de l’Amérique; quelques autres ont pensé qu ils en trouvaitsur les côtes occidentales de l’Afrique, parce qu’on en a quelquefois transporté du Brésil en Guinée. Bclon, qui a écrit il y a plus de deux cents ans, et qui est 1 un des premiers qui nous en ait donné une courte description avec la figure d’un tatou dont il avait vu la dépouille en Tur- <|uie, indique assez qu’il venait du nouveau continent. Oviedo, de Léry, Gomara, Tlievet, Antoine Ilerrera, le P. d’Abbeville, François Ximenès, Stadenius, Monard, Joseph Acosta, de Laët, tous les auteurs plus récents, tous les historiens du Nouveau-Monde, font mention de ces animaux comme originaires des contrées méridionales de ce continent. Bison, qui a écrit postérieurement à tous ceux que je viens de citer, est le seul qui ait mis en avant, sans s’appuyer d’aucune autorité, que les armadilles se trouvent aux Indes orientales, aussi bien qu’en Amérique : il est probable qu’il a confondu les pangolins ou lézards écailleux avec les tatous. Les Espagnols ayant appelé armadiUo ces lézards écailleux, aussi bien que les tatous, cette erreur s est multipliée sous la plume de nos descripteurs de cabinets et de nos nomenclateurs, qui ont non-seulement admis des tatous aux Indes orientales, mais en ont créé en Afrique, quoiqu’il n'y en ait jamais eu d’autres dans ces deux parties du monde, que ceux qui y ont été transportés d’Amérique.
Le climat de toutes les espèces de ces animaux n'est donc pas équivoque; mats il est plus difficile de déterminer leur grandeur relative dans chaque espèce. Nous avons comparé dans cette vue, non-seulement les dépouilles de tatous que nous avons en grand nombre au Cabinet du Iloi, mais encore celles que Ion conserve dans d’autres cabinets; nous avons aussi comparé les indications de tous les auteurs avec nos propres descriptions, sans pouvoir en tirer des résultats précis : il [laraît seulement que les deux plus grandes espèces sont le kabassou et l’encoubert, que les petites espèces sont I apar, le tatuète, le cachicame et le cirquinçon. Dans les grandes espèces le tét est beaucoup plus solide et plus dur que dans les petites; les pièces qui le composent sont plus grandes et en plus petit nombre; les bandes mobiles anticipent moins les unes sur les autres, et la chair aussi bien que la peau est plus dure et moins bonne. Pison dit que celle de l’encouhort
n'est pas mangeable; Niercinl)erg assure qu’elle est nuisible et très-malsaine; Barrière dit que le kabassou a une odeur forte de musc; et en même temps tous les autres auteurs s'accordent à dire que la chair de l'apar et surtout celle du tatuèie sont aussi blanches et aussi bonnes que celle du cochon de lait; ils disent aussi que les tatous de petite espèce se tiennent dans les terrains humides et habitent les plaines, et que . ceux de grande espèce ne se trouvent que dans les lieux plus élevés et plus secs.
Ces animaux ont tous plus ou moins de facilité à se resserrer et à contracter leur corps en rond; le défaut de la cuirasse, lorsqu’ils sont contractés, est bien plus apparent dans ceux dont l’armure n’est composée que d’un petit nombre de bandes; l'apar, qui n’en a que trois, offre alors deux grands vides entre les boucliers et l’armure du dos ; aucun ne peut se réduire aussi parfaitement en boule que lebérisson; ils ont plutôt la figure d’une sphère fort aplatie par les pôles.
Ce tèt si singulier dont ils sont revêtus est un véritable os composé de petites pièces contiguës, et qui, sans être mobiles ni articulées, excepté aux commissures des bandes, sont réunies par symphyse et peuvent toutes se séparer les unes des autres, et se séparent en effet si on les met au feu. Lorsque l'animal est vivant, ces petites pièces, tant celles des boucliers que celles des bandes mobiles, se prêtent et obéissent en quelque laeon h ses mouvements, surtout à celui de contraction; si cela n’était pas, il serait diflîeilc de concevoir qu’avec tous scs efforts, il lui fut possible de s’arrondir, (les ’ petites pièces offrent, suivant les diverses espèces, des figures differentes toujours arrangées régulièrement comme de la mosaïque très-élégamment disposée : la pellicule ou le cuir mince dont le lèt est revêtu à rexterieur, est une peau transparente qui fait l'effet d’un vernis sur tout le corps de l'animal; celle peau relève de beaucoup et change même les reliefs des mosa'iques, cpii paraissent différents lorsqu'elle est enlevée. Au reste, ee tèt osseux n’csl qu’une enveloppe indépendante de la charpente cl des autres parties intérieures du corps de l’animal, dont les os et les autres parties constituantes du corps sont composées et organisées comme celles de tous les autres quadrupèdes.
Les tatous en général sont des animaux innocents et qui ne font aucun mal, à moins qu'on ne les laisse entrer dans les jardins, où ils mangent les melons, les patates et les autres légumes ou racines. Quoique originaires des climats chauds de l’Amcriquc, ils peuvent vivre dans les climats tempérés; j’en ai vu un en Languedoc, il y a plusieurs années, qu’on nourrissait à la maison, et qui allait partout sans faire aucun dégât. Ils marchent avec vivacité, mais ils ne peuvent, pour ainsi dire, ni sauter ni courir, ni grimper sur les arbres, en sorte qu’ils ne peuvent guère échapper par la fuite â ceux qui les poursuivent : leurs seules ressources sont de se cacher dans leur terrier, ou, s’ils en sont trop éloignes, de lâcher de s en faire un avant que d’être atteints; il ne leur faut que quelques moments, car les taupes ne creusent pas la terre plus vile que les tatous. On les prend quelque-
HISTOIRE NATURELLE fois par la queue avant qu'ils iry soient totalement enfoncés, et ils font alors une telle résistance, qu’on leur casse la queue sans amener le corps; pour ne les pas mutiler, il faut ouvrir le terrier par devant, et alors on les prend sans qu’ils puissent faire aucune résistance : dés qu’on les tient, ils se resserrent en boule, et pour les faire étendre on les met près du feu. Leur tôt, quoique dur et rigide, est cependant si sensible que, quand on le touche un peu ferme avec le doigt, l’animal en ressent une impression assez vive potir se contracter en entier. Lorsqu’ils sont dans des terriers profonds, on les en fait sortir en y faisant entrer de la fumée ou couler de l’eau : on prétend qu'ils demeurent dans leurs terriers sans en sortir pendant plus d’un tiers de l’année; ce qui est plus vrai, c’est qu’ils s’y retirent pendant le jour et qu'ils n’en sortent que la nuit pour cberchcr leur subsistance. On chasse le tatou avec de petits chiens, qui l'atteignent bientôt; il n'attend pas même qu'ils soient tout [)rès de lui pour s’arrêter et pour se contracter en rond ; dans cet état on le prend et on l’emporte. S’il se trouve au bord d'un précipice, il échappe aux chiens et aux chasseurs; il se resserre, se laisse tomber, et roule comme une boule sans briser son écaille et sans ressentir aucun mal.
Ces animaux sont gras, replets et très-féconds : le mâle marque, par les parties extérieures, de grandes facultés pour la génération ; la femelle produit, dit-on, chaque mois quatre petits; aussi l’espèce en est-elle Irès-nombreuse. Et comme iis sont bons à manger, on les chasse de toutes les manières : on les prend aisément avec des pièges que l’on tend au bord des eaux et dans les autres lieux humides et chauds qu’ils habitent de préfélence; ils ne s'éloignent Jamais beaucoup de leurs terriers qui sont trèsprofonds et qu'ils tâchent de regagner dès qu’ils sont surpris. On prétend qu'ils ne craignent pas la morsure des serpents â sonnettes, quoiqu’elle soit aussi dangereuse que celle de la vipère ; on dit qu’ils vivent en paix avec ces reptiles, et que l'on en trouve souvent dans leurs trous. Les sauvages se servent du tel des tatous à plusieurs usages : ils le peignent de différentes couleurs; ils en font des corbeilles, des boîtes et d’autres petits vaisseaux solides et légers. Monard, Ximenès, et plusieurs autres après eux, ont attribué d’admirables propriétés médicinales à différentes parties de ces animaux. Ils ont assuré que le tôt réduit en poudre et pris intérieurement, meme à petite dose, est un puissant sudorifique; que l’os de la hanche, aussi pulvérisé, guérit du mal vénérien; que le premier os de la queue appliqué sur l’oreille fait entendre les sourds, etc. Nous n’ajoutons aucune foi à ces propriétés extraordinaires ; le tèt et les os des tatous sont de la même nature que les os des autres animaux. Des effets aussi merveilleux ne sont jamais produits que par des vertus imaginaires.
ADDITION A l’aUTICI.E DES TATOUS.
« L’encoubert mâle a quatorze pouces de longueur sans la queue. I! est assez conforme à la description qui se trouve dans l'Histoire naturelle; mais
il esl bon d’observer qu'il est dit, dans celle descriplion, que le bouclier des épaules esl formé par cinq bandes ou rangs parallèles de peliles pièces à cinq angles avec un ovale dans chacune. Je pense que cela varie, car celui que j’ai dessiné a le bouclier des épaules composé de six rangs parallèles, dont les peliles pièces sont des bcxagoncs irréguliers. Le bouclier de la croupe a dix rangs parallèles, composés de peliles pièces droiles, qui formenl comme des carrés; les rangs qui approchent de l’cxtrémilé vers la queue perdent la forme carrée et deviennent plus arrondis. La queue, qui a été coupée par le bout, a actuellement quatre pouces six lignes; je l’ai faite dans le dessin de six pouces, parce qu’elle a quinze lignes de diamètre à son origine, et six lignes de diamètre au bout coupé. En marchant, il porte la queue haute et un peu courbée. Le tronçon est revêtu d'un têt osseux comme sur le corps. Six bandes inégales par gradation commencent ce tronçon ; elles sont composées de peliles pièces hexagones irrégulières. La tète a trois pouces dix lignes de long, et les oreilles un pouce trois lignes. L’œil, au lieu d’ètre enfoncé, comme il est dit dans l’Histoire naturelle, est à la vérité très-petit, mais le globule est élevé et très-masqué par les paupières qui le couvrent. Son corps esl fort gras, et la peau forme des rides sous le ventre; il y a sur cette peau du ventre nombre de petits tubercules, d’ovi partent des poils blancs assez longs, et elle ressemble à celle d’un dindon plumé. Le têt, sur la plus grande largeur du corps, a six pouces sept lignes. La jambe de devant a deux pouces deux lignes, celle de derrière trois pouces quatre lignes. Les ongles de la patte de devant sont très-longs; le plus gratid a quinze lignes, celui de côté quatorze lignes, le plus petit dix lignes; les ongles de la patte de derrière ont au plus six lignes. Les jambes sont couvertes d’un cuir écailleux jaunâtre jusqu’aux ongles. Lorsque cet animal marebe, il se porte sur le bout des ongles de ses pattes de devant; sa verge esl fort longue; cti la tirant elle a six pouces sept lignes de long, sur près de quatre lignes de grosseur en repos, ce qui doit beaucoup augmenter dans l ercclion. Quand celte verge s’allonge d’elle-mètne, elle se pose sitr le ventre en forme de limaçon, laissant environ une ligne ou deux d’espace dans les circonvolutions. On m’a dit que quand ces animaux veulent s’accoupler, la femelle se couche sur le dos pour recevoir le mâle. Celui (lotit il est question n’était âgé que de di,\-buit mois. »
M. de la Borde rapporte, dans ses Observations, qu’il se trouve à la Guyane deux espèces de tatous : te tatou noir, qui peut peser dix-huit à vingt livres, et qui est le plus grand; l’autre, dont la couleur est brune ou plutôt gris de fer, a trois grilles plus longues les unes que les autres; sa queue est mollasse, sans cuirasse, couverte d une simple peau sans écaille : il est bien plus petit que l’autre et ne pèse qu’environ trois livres.
« Le gros tatou, dit IM. de la Borde, fait huit petits, et même jusqu’à dix, dans des trous qu’il creuse fort profonds. Quand on veut le découvrir, il travaille de son côté à rendre son trou plus profond, en descendant presque perpendiculairement, il ne court que la nuit, mange des vers de terre,
des poux (le bois et des fourmis : sa cliair esl assez bonne à manger et a un peu du goût du coehon de lait. Le petit tatou gris cendré ne fait que quatre ou cinq petits ; mais il fouille la terre encore plus bas que l’autre, et il est aussi plus difficile à prendre : il sort de son trou pendant le jour quand la pluie l’inonde, autrement il ne sort que la nuit. On trouve toujours ces tatous seuls, et l’on connaît qu’ils sont dans leurs trous lorsqu’on en voit sortir un grand nombre de certaines mouches qui suivent ces animaux à l’odeur. Quand on creuse pour les prendre, ils creusent aussi de leur côté, jetant la terre en arrière, et bouchent tellement leurs trous qu’on ne saurait les en faire sortir en y faisant de la fumée. Ils font leurs petits au commencement de la saison des pluies. »
11 me parait qu’on doit rapporter le grand tatou noir, dont parle ici M. de la Borde, au kabassou, qui est en effet le plus grand de tous les tatous, et que l'on peut de même y rapporter le petit tatou gris de fer ou tatuèle, quoique M. de la Borde dise que sa queue est sans cuirasse, ce qui mériterait d’être vérifié.
Il y a encore un tatou à neuf bandes mobiles et à très-longue queue. La description se trouve dans les Transactions philosophiques, vol. LIV, fl. 7. M. William Watson, docteur en médecine, a donné la description de ce tatou, dont voici I extrait : Cet animal était vivant a Londres, chez milord Soulhw'ell; il venait d’Amérique; cependant la figure -que cet auteur en donne dans les Transactions philosophiques n a été dessinée qu’après l animal mort, et c’est par cette raison qu’elle est un peu dure et raide. Cet animal pesait sept livres, avoir du poids, et n’était que de la grosseur d’un chat ordinaire ; c était un mâle qui avait même assez grandi, pendant quelques mois qu il'a vécu chez milord Southvvell; on le nourrissait de viande et de lait; il refusait de manger du grain et des fruits. Ceux qui l'ont apporté d’Amérique ont assuré qu’il fouillait la terre pour s’y loger.