‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 181 sur 255 · DD TAPIR. 4C · texte numérisé non relu

DD TAPIR. 4C

sanglier. On trouve ensuite un petit espace dégarni de dents, et les molaires suivent après, (|ui sont très-grosses et ont des surfaces fort étendues.

« En disséquant le tapir ou maipouri, la première chose qui m’avait frappé, continue M. Bajon, c’est de voir qu'il est animal ruminant... Les pieds et les dents du maipouri n’ont pourtant aucun rapport avec ceux de nos animaux ruminants... Cependant, le maipouri a trois poches ou estomacs considèrahles qui communément sont fort pleins, surtout le premier (|uc j'ai toujours trouvé comme un ballon.... Cet estomac répond à la panse du bœuf : mais ici le réseau ou bonnet n’est presque point distinct ; de sorte que ces deux parties n’en font qu’une. Le deuxième estomac nommé le feuillet est aussi fort considérable, et ressemble beaucoup à celui du bœuf, avec cette différence que les feuillets en sont beaucoup plus petits et que les tuniques en paraissent plus minces. Enfin, le troisième estomac est le moins grand et le plus mince ; on n’y observe dans l’intérieur que de simples rides, et je l’ai presque toujours trouvé plein de matière tout à fait digérée. Les intestins ne sont pas bien gros, mais très-longs; l'animal rend les matières en boules, à peu près comme celles du cheval. »

Je suis obligé de contredire ici ce qu’avance M. Bajon, et d'assurer en même temps que cet animal n’est point ruminant, et n’a pas trois estomacs comme il le dit. Voici mes preuves : On nous avait amené d’Amérique un tapir ou maipouri vivant; il avait bien supporté la mer et était arrivé à vingt lieues de Paris, lorsque tout à coup il tomba malade et mourut : on ne perdit pas de temps à nous l’envoyer, et je priai M. JMcrtrud, habile chirurgien-démonstrateur en anatomie aux Écoles du Jardin du Roi, d’en faire l’ouverture et d'examiner les parties intérieures : chose très-familière à M. Mertrud, puisque c'est lui qui a bien voulu disséquer, sous les yeux de M. üaubenton, de l’Académie des sciences, la plupart des animaux dont il a donné les descriptions. M. Mertrud joint d'ailleurs à toutes les connaissances de l'art de l’anatomie une grande exactitude dans scs opérations. De plus, cette dissection a, pour ainsi dire, été faite en ma présence, et M. Daubenton le jeune en a suivi toutes les opérations, et en a rédigé les résultats; enfin M. de Sève, notre dessinateur, qui voit très-bien, y était aussi. Je ne rapporte ces circonstances que pour faire voir à M. Bajon que nous ne pouvons nous dispenser de le contredire sur un premier point très-essentiel : c est qu'au lieu de trois estomacs, nous n’en avons trouvé qu’un seul dans cet animal. La capacité en était à la vérité fort ample et en forme d'une poche étranglée en deux endroits, mais ce n’était qu’un seul viscère, un estomac simple et unique qui n’avait qu'une seule issue dans le duodénum, et non pas trois estomacs distincts et séparés, comme le dit M. Bajon : cependant, il n’est pas étonnant qu’il soit tombé dans celte méprise, puisque 1 un des plus célèbres anatomistes de l’Europe, le docteur Tyson, de la Société royale de Londres, s’est trompé en disséquant le pécari ou tajacu d’Amérique, duquel, au reste, il a donné une très-bonne description dans les Transactions philosophiques, n* 153. Tyson assure, comme M. Bajon

m mSTOlIlE NATURELLE

le dit du tapir, que le pécari a trois estomacs, tandis qu’il n’cn a réellement qu’un seul, mais partagé à peu près comme celui du tapir par deux étranglements qui semblent au premier coup d’œil en indiquer trois.

Il nous paraît donc certain que le tapir ou maipouri n’a pas trois estomacs, et qu’il n’est point animal ruminant j car nous pouvons encore ajouter à la preuve que nous venons d’en donner, que jamais cet animal, qui est arrivé vivant jusqu’auprès de Paris, n’a ruminé. Ses conducteurs ne le nourrissaient que de pain, de grain, etc. Mais cette méprise de M. Bajon n’empècbc pas que son mémoire ne contienne de très-bonnes observations; l’on en va juger par la suite de cet extrait, dans lequel j’ai cru devoir interposer quebpies faits qui m'ont été communiqués par des témoins oculaires :

« Le tapir ou maipouri mâle, dit M, Bajon, est constamment plus grand et plus fort que la femelle; les poils de la crinière sont plus longs et plus épais. Le cri de l’un et de l’autre est précisément celui d’un gros sifflet; le cri du mâle est plus aigu, plus fort et plus perçant que celui de la femelle. Les parties de la génération du mâle semblent avoir un rapport très-grand avec celles du cheval ou de l’ànc, elles sont situées de la même façon ; et on observe sur le fourreau, comme dans le cheval, à peu de distance des testicules, deux petits mamelons très-peu apparents qui indiquent l’endroit des mamelles. Les testicules sont très-gros et pèsent jusqu’à douze ou quatorze onces chacun.... La verge est grosse et n’a qu’un corps caverneux. Dans son état ordinaire, elle est renfermée dans une poche considérable, formée par le fourreau ; mais lorsqu’elle est en érection, elle sort tout entière comme celle du cheval. »

Une des femelles que M. Bajon a disséquées avait six pieds de longueur, et paraissait n’avoir pas encore porté. Ses mamelles, au nombre de deux, n’étaient pas bien grosses; elles ressemblent en tout à celles de l'âncssc ou de la jument; la vulve était à un bon pouce de l'anus.

Les femelles entrent ordinairement en chaleur aux mois de novembre et de décembre; chaque mâle suit une femelle ; et c’est là le seul temps où l’on trouve deux de ces animaux ensemble. Lorsque deux mâles se rencontrent auprès de la même femelle, ils se battent et se blessent cruellement. Quand la femelle est pleine, le mâle la quitte et la laisse aller seule; le temps de la gestation est de dix à onze mois, car on en voit de jeunes dès le mois de septembre. Pour mettre bas, la femelle choisit toujours un endroit élevé et un terrain sec.

Cet animal bien loin d’ètrc amphibie, comme quelques naturalistes l’ont dit, vit continuellement sur la terre, et fait constamment son gîte sur les collines et dans les endroits les plus secs. 11 est vrai qu’il fréquente les lieux marécageux; mais c’est pour y chercher sa subsistance, et parce qu’il y trouve plus de feuilles et d'herbes que sur les terrains élevés. Comme il se salit beaucoup dans les endroits marécageux, et qu’il aime la propreté, il va tous les matins et tous les soirs traverser quelque rivière ou se laver dans quelque lac. Malgré sa grosse masse, il nage parfaitement bien, et plonge

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