‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 182 sur 255 · DU TAPIR · texte numérisé non relu

DU TAPIR

aussi fort adroilcitient; mais il n’a pas la faculté de rester sous l’eau plus de temps que tout autre animal terrestre; aussi le voit-on à tout instant tirer sa trompe hors de l’eau pour respirer. Quand il est poursuivi par les chiens, il court aussitôt vers quelque rivière qu’il traverse promptement pour lâcher de se soustraire à leur poursuite.

Il ne mange point de poisson; sa nourriture ordinaire sont des rejetons et des pousses tendres, et surtout des fruits tombés des arbres. C’est plutôt la nuit que le jour qu'il cherche sa nourriture; cependant, il se promène le jour, surtout pendant la pluie. 11 a la vue et l’ouïe très-fines : au moindre mouvement qu’il entend, il s’enfuit et fait un bruit considérable dans le bois. Cet animal très-solitaire est fort doux et même assez timide; il n’y a pas d’exemple qu’il ait eherché à se défendre des hommes. Il n’en est pas de même avec les chiens : il s’en défend très-bien, surtout quand il est blessé; il les tue même assez souvent, soit en les mordant, soit en les foulant aux pieds. Lorsqu’il est élevé en domesticité, il semble être susceptible d’attachement. M. Bajon en a nourri un qu’on lui apporta jeune, cl qui n’était encore pas plus gros qu’un mouton; il parvint à l’élcver fort grand, et cet animal prit pour lui une espèce d’amitié ; il le distinguait à merveille au milieu de plusieurs personnes; il le suivait comme un chien suit son maître, cl paraissait se plaire beaucoup aux caresses qu’il lui faisait; il lui léchait les mains; enfin, il allait seul se promener dans les bois, et quelquefois fort loin, et il ne manquait jamais de revenir tous les soirs d’assez bonne heure. On en a vu un autre, également apprivoisé, se promener dans les rues de Cayenne, aller à la campagne en toute liberté et revenir chaque soir; néanmoins, lorsqu’on voulut l’embarquer pour l’amener en lîiirope, dès qu’il fut à bord du navire, on ne put le tenir; il cassa des cordes trèsfortes avec lesquelles on l’avait attaché; il se précipita dans l’eau, gagna le rivage à la nage et entra dans un fort de palétuviers, à une distance assez considérable de la ville; on le crut perdu, mais le môme soir il se rendit à son gîte ordinaire. Comme on avait résolu de l’embarquer, on prit de plus grandes précautions, qui ne réussirent que pendant un tenq)s; car, environ moitié chemin de l’Amérique en France, la mer étant devenue fort orageuse, l’animal se mit de mauvaise humeur, brisa de nouveau scs liens, enfonça sa cabane et se précipita dans la mer d’où on ne put le retirer.

L’hiver, pendant lequel il pleut presque tous les jours à Cayenne, est la saison la plus favorable pour chasser ces animaux avec succès.

« Un chasseur indien qui était à mon service, dit M. Bajon, allait se poster au milieu des bois; il donnait cinq ou six coups d’un sifllei fait exprès, et qui imitait très-bien leur cri; s’il s’en trouvait quelqu’un aux environs il répondait tout de suite; et alors le cbasseur s’acheminait doucement vers l’endroit de la réponse, ayant soin de le faire répéter de temps en temps, et jusqu’à ce qu’il se trouvât à portée de tirer. L'animal, pendant la sécheresse do l’été, reste au contraire tout le jour couché ; col Indien allait alors sur les petites hauteurs et lâchait d’en découvrir quelqu’un et de le hier au

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gîle : mais celte manière est bien plus stérile que la premièi e. On se sert de lingots ou de très-grosses balles pour les tirer, parce que leur peau est si dure, que le gros plomb ne fait que l’égratigner; et avec les balles et môme les lingots, il est rare qu on les tue du premier coup : on ne saurait croire combien ils ont la vie dure. Leur cbaîr n’est pas absolument mauvaise à manger : celle des vieux est coriace, et a un goût que bien des gens trouvent désagréable; mais celle des jeunes est meilleure et a quelque rapport avec celle du veau. »

Je n’ai pas cru devoir tirer par extrait du mémoire de M. Bajon les faits anatomiques; je n’ai cité que celui des prétendus (rois estomacs, qui néann enfont (ju un; j’espère que IM, Bajon le reconnaîtra lui-nicme, s’il se donne moins la peine d examiner de nouveau celle partie intérieure de l’animal.

Une autre remarquequi me paraît nécessaire et que nous croyons devoir faire, quoique nous ne soyons pas aussi certains du fait que de celui du seul estomac, c’csl au sujet des cornes de la matrice. M. Bajon assure que dans toutes les femelles qu’il a disséquées, l’extrémité des trompes qui répond aux ovaires est exactement fermée, et que leur cavité n’a absolument aucune communication avec ces parties.

« J ai, dit-il, soufflé de l’air dans ces trompes, cl je l’ai pressé avec force; il ne s’en est point échappé, il n'en est point entré du côté des ovaires. Cette extrémité des trompes qu’on appelle le pavillon ou le morceau frangé paraît être terminé en rond, et on observe à l’extérieur de son extrémité plusieurs cids-dc-sac, que l’on dirait d’abord .èUe autant de communications avec son intérieur : mais ils sont formés |)ardes replis mend)raneux, produits par la membrane qui leur est fournie par les ligaments larges, au moyen de laquelle membrane les trompes se trouvent attachées aux ovaires. L’entière oblitération de rextrérnilé des trompes, qui répond aux ovaires, est un phénomène qui portera sans doute quehpic atteinte au système ordinaire de la génération. La nouveauté, l’importance cl la singularité de ce phénomène, ajoute M. Bajon, ont fait que je me suis mis en garde contre mes j)ropres observations. J’ai donc cherche .à m’assurer du fait par de nouvelles recherches potir qu’il ne me restât point de doute; de sorte que la dissection de dix ou douze femelles, que j’ai faite dans l’espace de trois à quatre mois, m’a mis à môme de pouvoir attester la réalité du fait, tant dans les jeunes femelles que dans celles qui avaient porté; car j’en ai disséqué qui avaient du lait dans les mamelles, cl d’autres qui étaient pleines. »

Quelque positive que soit celle assertion, cl quelque nombreuses que puissent être à cet égard les observations de M. Bajon, elles ont besoin d'èlrc répétées, et nous paraissent si opposées à tout ce que l’on sait d’ailleurs, que nous ne pouvons y ajouter foi.

Voici maintenant les notes que j’ai recueillies pendant la dissection que M. Mertrud 'a fuite de cet animal à Paris :

L’estomac était situé de manière qu'il paraissait également étendu à droite comme à gauche; la poche s’en terminait en pointe, moins allongée que

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