‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 184 sur 255 · DU TAPIR. 4()'J · texte numérisé non relu

DU TAPIR. 4()'J

animaux, dont l’un est promené de ville en ville pour être montré dans les foires, et l’autre est dans la ménagerie du prince d’Orange, qui est peutêtre la plus intéressante de l’Europe pour un naturaliste, vu le grand nombre d’animaux rares qu’on y envoie tous les ans , tant des Indes orientales, que d’Afrique et d’Amérique. Le tapir qui est dans cette ménagerie est un mâle; l’autre est une femelle. Le premier est représenté dans la •planche IX. Si l’on compare cette figure avec celle que M. de Bufï'on a donnée, d’après le dessin qui lui a été fourni par M. de la Condamine, on y trouvera des différences assez sensibles, La planche X représente la femelle dans une attitude que cet animal prend souvent.

« Maregrave a donné une très-bonne description du tapir, et M. de Buffon ne l’ayant jamais vu, ne pouvait rien faire de mieux que de la rapporter toute comme il l’a fait. Cependant, comme quelques particularités lui sont échappées, j’ajouterai ici les observations que j’ai faites sur l’animal même. Celui qui est dans la ménagerie du prince d’Orange doit être fort jeune, si au moins cet animal parvient à la grandeur d’une petite vache, comme le disent quelques voyageurs : il égale à peine la hauteur d’un cochon, avec lequel même il est aisé de le confondre si on le voit de loin. Il a le corps fort gros à proportion de la taille ; il est arqué vers la partie postérieure du dos, et terminé par une large croupe assez semblable à celle d’un jeune poulain bien nourri. La couleur de sa peau et de son pelage est d’un brun foncé qui est le môme par tout le corps. Il faut promener sa main sur son dos pour s’apercevoir qu’il y a des poils qui ne sont pas plus grands que du duvet; il en a très-peu aux flancs, et ceux qui couvrent la partie inférieure de son corps sont assez rares et courts, 11 a une crinière de poils noirâtres d'un pouce et demi de hauteur, et raides comme des soies de cochon, mais moins rudes au toucher, et qui diminuent en longueur à mesure qu’ils s’approchent des extrémités : cette crinière s’étend dans l’espace de trois pouces sur le front et de sept sur le cou. Sa tèie est lort grosse et levée en bosse près de l’origine du museau. Ses oreilles sont presque rondes et bordées dans leur contour d’une raie blanchâtre. Scs yeux sotit petits et placés à une distance presque égale des oreilles et de l’angle de la bouche. Son groin est terminé par un plan circulaire, à peu près semblable au boutoir d’un cochon , mais moins large, son diamètre n’c‘^^lant pas un pouce et demi ; et c’est là que sont les ouvertures des narines, qui, comme celles de rélèphanl, sont à l’extrémité de sa trompe, avec laqueflc le nez du tapir a beaucoup de rapport; car il s’en sert à peu près de la même façon. Quand il ne remploie pas pour saisir quelque chose, cette trompe ne s’étend guère au delà de la lèvre inlérieure , et alors elle est toute ridée circulairemcnt; mais il peut I allonger presque dun demi- |)ied et même la tourner d’un côté cl d autre pour prendre ce qu on lui présente, mais non pas comme l’éléphant, avec celle espèce de doigt qui est au bout supérieur de sa tronq)e, et avec lequel j ai vu un de ces animaux re lever un sou de terre pour le donner à son maitre. Le tapir na point ce

iloigl; il saisit avec la partie inférieure de son nez allongé, qui se replie pour cet effet en dessous. J ai eu le plaisir de lui voir prendre de cette manière plusieurs morceaux de pain que je lui offrais, et qui paraissaient être fort de son goût. Ce n’est donc pas simplement la lèvre, comme celle du rhinocéros, qui lui sert de trompe ; c’est son nez qui, à la vérité, lui tient aussi lieu de lèvre; car quand il 1 allonge, en levant la tète pour attraper ce qu’on lui présente, elle laisse à découvert les dents de la mâchoire supérieure; en dessus elle est de couleur brune, comme tout le reste du corps, et presque sans aucun poil; en dessous elle est de couleur de chair; on peut voir que cest un foi t muscle, susceptible d’allongement et de contraction, qui, en se courbant, pousse dans la bouche les aliments qu’il a saisis.

«Les jambes du tapir sont courtes et fortes; les pieds de devant ont quatre doigts, trois antérieurs, dont celui du milieu est le plus long ; le quatrième est au côté extérieur ; il est placé plus haut et il est plus petit que les autres: les pieds de derrière n’en ont que trois. Ces doigts sont terminés par des ongles noirs, pointus et plats ; on peut les comparer aux sabots des animaux à pieds fourchus ; ils environnent et renferment toute l’extrémité des doigts; chaque doigt est marqué d’une raie blanche à l’origine des ongles; la queue mérite à peine ce nom, ce n’est qu’un tronçon gros et long comme le petit doigt, et de couleur de chair en dessous.

Maregrave dit que les jeunes tapirs portent la livrée, mais qu’ils la perdent quand ils sont adultes, et sont partout de couleur de terre d’ombre, sans aucune tache de différentes couleurs; comme c’est là le cas du tapir que je décris, on en pourrait conclure qu’il n’est pas aussi jeune que sa taille semble l'indiquer.

« Cet animal est fort doux; il s’approche de ceux qui entrent dans sa loge; il les suit familièrement, surtout s’ils ont quelque chose à lui donner, et il souffre d’en être caressé. .Fe n’ai pu remarquer dans sa physionomie cet air triste et mélancolique qu’on lui prête, et qui pourrait bien avoir été confondu avec la douceur qu’annonce son regard.

« 11 ne m’a pas été possible de compter exactement ses dents incisives; il ne les découvrait pas assez longtemps pour que je pusse m’assurer de leur nombre, et quand je voulais lui relever son nez pour les mieux voir, il secouait fortement la tète et m obligeait à lâcher prise. Il m’a semblé cependant qu il y en avait buit à chaque mâchoire, très-bien arrangées*, et de la grosseur des dents incisives de 1 homme. Maregrave dit qu’il en a compté dix à chaque mâchoire; les dents canines ne m’ont pas paru les surpasser en grandeur et ne sortaient point hors de la bouche, comme la figure donnée

* M. Allamand n’a pas pu voir toutes 1rs dents incisives du tapir, mais nous les avons vues, et elles sont au nombre de dix en haut et de dix en bas*.

’ M. Dcsmarcls assure que le vrai nombre de ces dents est de six à chaque inâclioirc.

Page 1