DE L’ÉLÉPHANT
avons cru devoir rapporter ici; mais M. Daubeiiton nous paraît être le premier qui ait mis la chose hors de doute, par des mesures précises, des
devait les beaucoup encourager... Un Cosaque de JaknUk, appelé Iwatiselsku, demandaà la chancellerie qu’on l’envoyât dans lesSimowies d’Alasciseli et de Kowymisch , pour y chercher de ces sortes d’os et du vrai cristal ; il avait déjà vécu dans lesdits lieux et y avait amassé des choses remarquables, et envoyé rccllcmenl à Jakutzk quelques-uns de ces os. llien ne parut plus important que cette expédition , et le Cosaque fut envoyé à sa destination le 21 avril 1725.
Nasar-Koleschüw, commissaire d’Indigirsk, envoya en 1723 à Jakulzk, et de là a Irkurtzk, le squelette d’une tête extraordinaire, qui , à ce qu’on m’a dit, avait deux arschines moins trois werschok de long, une arschine de haut, et qui était munie de deux cornes cl d’une dent do mammouth ; ce squelette est arrivé le 14 octobre 1723 à Irkutzk, et j’en ai trouvé la relation dans la chancellerie de celle ville. On m’a assuré aussi que le même homme a fourni une corne de mammouth après.
Tout ceci, tel que je l’ai ramassé des différentes relations, regarde, pour la plus grande partie, une même espèce d’os, savoir ; 1" Tous ceux qui se trouvent dans le Cabinet impérial de Pélersbourg sous le nom d’os de mammouth, auxquels tous ceux qui voudront les confronter avec les os d’éléphant ne pourront disputer une pa rfaite ressemblance avec ces derniers. 2“ On voit, par les relations ci-dessus, qu’on a trouvé dans la terre des tètes d’un animal tout â fait différent d'un éléphant, et qui, particulièrement par rapport à la figure des cornes, ressemblait à une tête de bœuf plutôt qu’à celle d’un éléphant. D’ailleurs cet animal ne peut pas avoir été aussi gros qu’un éléphant, et j’en ai vu une tête à Jakulzk, qui avait été envoyée d’Anadirskoi-Ostrog, et qui, selon ce qu’on m’a dit , était parfaitement semblable à celle que Portii-jagin avait trouvée. J’en ai eu moi-iuêrne une d’Ilainskoi-Ostrog, que j’ai envoyée au Cabinet impérial à Pétersbourg. Enfin, j’ai appris que sur le rivage du Nischnaja Tunguska on trouve non-seulement par-ci par-là de pareilles têtes, mais encore d’autres os qui, certainement, ne sont pas des os d’éléphants , tels que des omoplates, des os sacrés, des os innominés, des os de hanches et des os de jambes, qui, vraisemblablement, appartiennent à cette même espèce d’animaux auxquels on doit attribuer lesdiles têtes, cl que, sans contredit, on ne doit pas exclure du genre des bœufs. J’ai vu des os de jambes et de hanches do cette espèce, dont je ne saurais rien dire de particulier, sinon qu’en comparaison de leur grosseur, ils m’ont paru extrêmement courts. Ainsi, on trouve en Sibérie deux sortes d’os en terre, dont anciennement on n’cslimait aucuns que ceux qui ressemblent parfaitement aux dents saillantes d’élépbanls; mais il semble que, depuis l’ordonnance impériale , on a commencé à les considérer tous en général, et que , comme les premiers avaient déjà occasionné la fable de l’animal mammouth, on a rangé ces derniers dans la même classe ; car quoiqu’on connaisse avec la moindre attention que ces derniers sont d’un animal tout à fait différent du premier, on n’a pas laissé de les confondre ensemble. C’est encore une erreur de croire, avec Isbrand-ldes cl ceux qui suivent ses rêveries, qu’il n’y a que les montagnes qui s’étendent depuis la rivière de Ixel vers le nord-est, cl, par conséquent, aussi les environs de Mangasca cl de Jakulzk, qui soient remplis de ces os d éléphants; il s’en trouve non-seulement dans toute la Sibérie et dans ses districts les plus méridionaux , comme dans les cantons supérieurs de 1 Iriisch , du foms et de la Léna, mais encore par-ci par-là en Uus.sie et même eu bien des endroits en .Allemagne, où ils sont connus sons le nom d’ivoire fossile, ebur fossile, et cola avec beaucoup de raison ; car tout l’ivoire qu’on iravaille en .Allemagne vient des dénis d’éléphants que nous lirons des Indes, et l’ivoire lossilc ressemble parlaitemerit à ces dents,
318 HISTOIRE INATURELEE
comparaisons exactes et des raisons fondées sur les grandes connaissances
qu’il s’est acquises dans la science de l’anatomie comparée.
sition qu’il est pourri. Dans les climats un peu chauds, ces dénis se sont amollies et changées en ivoire fossile; mais dans ceux où la terre reste continuellement gelée, on trouve ces dents très-fraîches pour la plupart. De lè peut aisément dériver la fable qu'on a souvent trouvé ces ps et autres ensanglantés; cette fable a été gravementdébitée par Isbrand-Ides, et après lui par Muller*, qui ont été copiés par d’autres avec une assurance, comme s’il n’y avait pas lieu d’en douter ; et, comme une fiction va rarement seule, le sang qu’on prétend avoir trouvé sur ces os a enfanté une autre fiction de 1 animal mammouth, dont on a conté que dans la Sibérie il vivait sous terre, qu’il y mourait quelquefois et était enterré sous les décombres , et tout cela pour rendre raison du sang qu’on prétendait trouver à ces os. Muller nous donne la description du mammouth : Cet animal, dit-il, a quatre ou cinq aunes de haut, et environ trois brasses de long; il est d’une couleur grisâtre, ayant la tête fort longue et le front très -large; des deux côtés, précisément au-dessous des yeux, il a des cornes qu’il peut mouvoir et croiser comme il veut. Il a la faculté de s’étendre considérablement en marchant et de se rétrécir en un petit volume ; ses pattes ressemblent à celles d’un ours par leur grosseur. Isbrand-ldes est assez sincère pour avouer que, de tous ceu.x qu’il a questionnés sur cet animal, il n’a trouvé personne qui lui ait dit avoir vu un mammouth vivant... Les têtes et les autres os, qui s’accordent avec ceux des éléphants, ont été autrefois, sans contredit, des parties réelles de l'éléphant. Nous ne devons pas refuser toute croyance à cette quantité d’os d’éléphant, et je présume que les éléphants , pour éviter leur destruction dans le.5 grandes révolutions de la terre, se sont échappés de leur endroit natal, et se sont dispersés de toutes parts tant qu’ils ont pu ; leur sort a été différent, les uns ont été bien loin, les autres ont pu même après leur mort avoir été transportés fort loin par quelque inondation ; ceux, au contraire, qui, étant encore en vie, se sont trop écartés vers le nord, doivent nécessairement y avoir payé le tribut de leur délicatesse ; d’autres encore , sans avoir été si lois, ont pu se noyer dans une inondation ou périr de lassitude... La grosseur de ces os ne doit pas nous arrêter, les dents saillantes ont jusqu’à quatre arschines de long et six pouces de diamètre (.\). de Strahlenberg dit jusqu’à neuf), cl les plus fortes pèsent jusqu’à six à sept puds. J’ai fait voir dans uo autre endroit qu'il y a des dents fraîches prises de l’éléphant qui ont jusqu’à dix pieds de long, et qui pèsent cent, cent quarante-six, cent soixante et cent soixanle-huit livres... Il y a des morceaux d ivoire fossile qui ont une apparence jaunâtre et qui jaunissent par la suite des temps, et d’autres qui sont bruns comme des noix de cocos ou plus clairs, et enfin, d’autres qui sont d’un bleu noirâtre. Les dents qui n’ont pas été bien gelées dans la terre et ont resté pendant quelque temps exposées à l’elfet do l’air, sont sujettes à devenir plus ou moins jaunes ou brunes, et elles prennent d’autres couleurs suivant l’espèce d’humidité qui y agit en se joignant à l’air : aussi, suivant ce que dit M. de Strahlenberg, on trouve quelquefois des morceanx d’un bleu noir dans ces dents corrompues... Il serait à souhaiter, pour le bien de l’histoire naturelle, qu’on connût, pour les autres os qu’on trouve en Sibérie, l’espèce d’animal auquel iis appartiennent, mais il n’y a guère lieu de l’espérer. Relation d’un voyage à Kamtschatka, par M.Gmelin, imprimé en 1735àPétersbourg, en langue russe. La traduction de cet article m'a d’abord été communiquée par M. de l’Lsle, de l’Académie des sciences, et ensuite par M. le marquis de Montmirail, qui en a fait la traduction sur l’original allemand, imprimé à Gottingue en 1732.
* Mœurs cl usages dos Ostinqiics, dans le recueil des voyages au !Noid. page 380.
DE LELEPIIANT.
pnEMIÈUE ADDITION A i/aUTICLE DR I/ÉLÉPHANT.
Je donne ici la description d’un éléphant qui était à la foire Saint-Germain, en 1773; c’était une femelle qui avait six pieds sept pouces trois lignes de longueur, cinq pieds sept pouces de hauteur, et qui n’était âgée que de trois ans neuf mois. Ses dents n’étaient pas encore toutes venues, et ses défenses n'avaient que six pouces six lignes de longueur. La tête était très-grosse, l’œil fort petit, l’iris d’un hrun foncé. La masse de son corps informe et ramas.sée paraissait varier à chaque mouvement, en sorte que cet animal semble être plus difforme dans le premier âge que quand il est adulte ; la peau était fort hrune avec des rides et des plis assez fréquents ; les deux mamelles, avec des mamelons apparents, sont placées dans 1 intervalle des deux jambes de devant.
Dimensions de cet animal :
Longueur du corps, mesuré en ligne droite
Hauteur du train de devant
Hauteur du train de derrière
La glus grande hauteur du corps
Hauteur du ventre \ ‘ ‘
Longueur de la tête depuis la mâchoire jusqu’à l’occiput. . . .
Longueur de la mâchoire inférieure
Distance entre le bout de la mâchoire inférieure et l’angle de l’œil.
Distance entre l’angle postérieur et l’oreille
Longueur de l'œil d’un angle à l’autre ' •
Largeur entre les deux yeux • . . .
Longueur des oreilles en arrière. ... ......
Hauteur de l’oreille • • • •
Circonférence du cou
Circonférence du corps, derrière les jambes «le devant. . . .
Circoid'érence du corps, devant les jambes de derrière. . . .
Circonférence du corps à l’endroit le plus gros
Longueur du tronçon de la queue
Circonférence de la queue à son origine
Largeur de l’avaot-bras, depuis le coude jusqu'au poignet. . .
Largeur du haut de la jambe
Longueur du talon jusqu’au bout des ongles
Largeur du pied de devant •
Largeur du pied de derrière
Longueur des plus grands ongles . .
Longueur de la trompe étendue.
Il nous a paru, en comparant le mâle et la femelle, rpie nous avons tous deux vus, le premier en 1771, et l’autre en 1775, (pi’en général la femelle a lesformes plus grosses et plus charnues que le niàle, au point qu’il ne serait pas possible de s’y tromper : seulement elle a les oreilles plus petites à proportion que le mâle; mais le corps paraissait plus renflé, la tète plus grosse et les membres plus arrondis.
Dans l’espèce de l’élépbant, comme dans toutes les autres espèces de la nature, la femelle est jilus douce que le mâle; celle-ci était même caressante pour les gens qu’elle ne connaissait pas, au lieu que l’éléphant mâle est souvent ridoutable. Celui que nous avons vu en 1771 était [ilus lier, plus indifférent et beaucoup moins traitable que cette femelle. C’est d’après ce mâle que M. de Sève a dessiné la trompe et l’extrémité de la verge représentées. Dans l’état de repos cette partie ne parait point du tout à l’extérieur ; le ventre semble être absolument uni, et ce n’est que dans le moment où l'animal veut uriner, que l’extrémité sort du fourreau, comme on le voit représenté. Cet éléphant mâle, quoique presque aussi jeune que la femelle, était, comme je viens de le dire, bien plus difficile à gouverner. 11 cherchait même à saisir avec sa trompe les gens qui rapprochaient de près, et il a souvent arraché les poches et les basques de l’habit des curieux. Ses maîtres mêmes étaient obligés de prendre avec lui des précautions, au lieu que la femelle semblait obéir avec complaisance. Le seul moment où on l’a vue marquer de l'humeur a été celui de, son emballage dans son caisson de voyage. Lorsqu'on voulut la faire entrer dans ce caisson, elle refusa d’avancer, et ce ne fut qu’à force de contrainte et de coups de poinçon dont on la piquait par derrière, (|u’ün la força d’entrer dans celte espèce de cage qui servait alors à la transporter do ville en ville. Irritée dos mauvais traitements qu’elle venait d’essuyer, et ne pouvant se retourner dans cette prison étroite, elle prit le seul moyen qu’elle avait de se venger : ce fut de remplir sa trompe et de jeter le volume d’un seau d’eau au visage et sur le corps de celui qui l’avait le plus harcelée.
Au reste, on a représenté la trompe vue par-dessous, pour en faire mieux connaître la slrueturc extérieure et la flexibilité.
J'ai dit, dans riiisloirc naturelle de l'éléphant, qu’on pouvait présumer que ces animaux ne s’accouplaient pas à la manière des autres quadrupèdes, parce que la position relative des parties génitales dans les individus des deux sexes parait exiger que la femelle se renverse sur le dos pour recevoir le mâle. Celte conjecture qui me paraissait plausible no se trouve pas vraie, car je crois qu’on doit ajouter foi à ce que je vais rapporter d’après un témoin oculaire.
M. Marcellus Blés, seigneur de Moërgestal, écrit de Bois-le-Duc, dans leâ termes suivants :
« Ayant trouvé dans le bel ouvrage de M. le comte de Buff'on, qu’il s'est trompé louchant raccouplement des éléphants, je puis dire qu’il y a plusieurs endroits en Asie et en Afrique, où ces animaux se tiennent toujours dans les
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bois écartés et presque inaccessibles, surtout clans le temps qu’ils sont en chaleur; mais que dans bile de Ceylan, où j’ai demeuré douze ans, le terrain étant partout habité, ils ne peuvent pas se cacher si bien, et que les avant constamment observés, j’ai vu que la partie naturelle de la femelle se trouve en effet placée presque sous le milieu du ventre, ce qui ferait croire, comme le dit M. de Bulfon, que les mâles ne peuvent la couvrir à la façon des autres quadrupèdes ; cependant, il n'y a qu’une légère différence de situation; j’ai vu, lorsqu’ils veulent s’accoupler, que la femelle se courbe la tète et le. cou, et appuie les deux pieds et le devant du corps également courbés, sur la racine d’un arbre comme si elle sc prosternait par terre, les deux pieds de derrière restant debout et la croupe en haut, ce qui donne au mâle la facilité de la couvrir, et d’en user comme les autres quadrupèdes. Je puis dire aussi que les femelles portent leurs petits neuf mois ou environ. Au reste, il est vrai cpie les éléphants ne s’accouplent point lorsqu’ils ne sont pas libres. On enchaîne fortement les mâles quand ils sont en rut, pendant quatre à cinq semaines ; alors on voit parfois sortir de leurs parties naturelles une grande abondance de sperme, et ils sont si furieux pendant ces quatre ou cinq semaines, que leurs cornacs ou gouverneurs ne peuvent les approcher sans danger. On a une annonce infaillible du temps où ils entrent en chaleur ; car, quelques jours avant ce temps, on voit couler une liqueur huileuse qui leur sort d’uu petit trou qu’ils ont à chaque côté de la tète. Il arrive quelquefois que la femelle qu’on garde à l’écurie dans ce temps s’échappe et va joindre dans les bois les éléphants sauvages; mais quelques jours après son cornac va la chercher et l’appelle prr son nom tani de fois qu’à la fin elle arrive, se soumet avec docilité, et se laisse conduire et renfermer; et c’est dans ce cas où l’on a vu que la femelle fait son petit à peu près au bout de neuf mois. »
Il me paraît qu’on ne peut guère douter de la première observation sur la manière de a’accou|>lcr des éléphants, puisque ]\I. Maicellus Blcs assure l’avoir vue; mais je crois qu’on doit suspendre son jugement sur la seconde observation, touchant la durée de la gestation, qu’il dit n’être que de neuf mois, tandis que tous les voyageurs assurent qu’il passe pour constant que la femelle de l’éléphant porte deux ans.
SFXONDE ADDITION A l’aRTICLE DE e’ÉLÉPHANT.
J’ai rapporté l’extrait d’une lettre de M. Marcellus Blés, seigneur de Moërgestal, au sujet de l’accouplement des éléphants ; et il a eu la bonté de m’en écrire une autre le 25 janvier 1776, dans laquelleil me donneconnaissance de quelques faits que je crois devoir rappoiter ici :
S22 HISTOiUK i\ATUHi:LLiî
Les Hollniuiais de Ceylan, dit M. lîles, ont toujours un certain non)bre d’éléphants en réserve, pour attendre l'arrivée des marchands du continent de rinde, qui y viennent acheter ces animaux, dans la vue de les revendre ensuite aux princes indiens: souvent, il s’en trouve qui ne sont pas assez bien conditionnés, et que ces marchands ne peuvent vendre ; ces éléphants défectueux et rebutés restent à leur maître pendant nombre d’années, cl l’on s’en sert pour la chasse des éléphants sauvages. Quelquefois il arrive, soit par la négligence des gardiens, soit autrement, que la femelle, lorsqu'elle entre en chaleur, dénoue et rompt pendant la nuit les cordes avec lesqiu'lles elle est toujours attachée par les pieds ; alors elle s’enfuit dans les forêts, y cherche les éléphants sauvages, s’accouple et devient pleine : les gardiens vont la chercher |>arlout dans les bois en l’appelant par son nom, elle revient dès lors sans contrainte et se laisse ramener tranquillement à son étable : c’est ainsi qu’on a reconnu que quelques femelles ont produit leur petit neuf mois après leur fuite; en sorte qu'il est plus que probable que la durée de la gestation n’est en effet que de neuf mois. La hautetir d’un éléphant nouveauné n’est guère que de trois pieds du Rhin : il croit jusqu’à l’àge de seize à vingt ans, et peut vivre soixante-dix, quatre-vingts et même cent ans.
Le mcmcM. Blés dit qu’il n’a jamais vu, pendant un séjour de onze années qu’il a fait à Ceylan, que la femelle ait produit plus d'un petit à la fois. Dans les grandes chasses qu’on fait tous les ans dans cette île, auxquelles il a assiste plusieurs lois, il en a vu souvent prendre quarante à cinquante, parmi lesquels il y avait des éléphants tout jeunes ; et il dit qu’on ne pouvait pas reconnaître quelles étaient les mères de chacun de ces petits éléphants, car tous cos jeunes animaux paraissent faire mense commune : ils tetent indistinctement celles des femelles de toute la troupe qui ont du lait, soit qu elles aient elles-mêmes un petit en propre, soit qu’elles n’en aient point.
M. Marcellus Ries a vu prendre les éléphants de trois manières différentes. Ils vont ordinairement en troupes séparées quelquefois à une lieue de distance l’une de l’autre ; la première manière de les prendre est de les entourer par un atlrou|)ement de quatre ou cinq cents hommes, qui, resserrant toujours ces animaux de plus près en les épouvantant par des cris, des pétards, des tambours et des torches allumées, les forcent à entrer dans une espèce de parc entouré de fortes palissades dont on ferme ensuite l’ouverture pour qu’ils n’en puissent sortir.
La seconde manière de les chasser ne demande pas un si grand appareil; il suffit d un certain nombre d’hommes lestes et agiles à la course, qui vont les chercher dans les bois : ils ne s’attaquent qu’aux plus petites troupes d’éléphants qu’ils agacent et inquiètent au point de les mettre en fuite; ils les suivent aisément à la course, et leur jettent un ou deux lacs de cordes trèsfortes aux jambes de derrière : ils tiennent toujours le bout de ces cordes jusqu’à ce qu’ils trouvent l’occasion favorable de l'entortiller autour d’un arbre; et lorsqu’ils parviennent à arrêter ainsi un éléphant sauvage dans sa course, ils amènent à l’instant deux éléphants privés, auxquels ils attachent
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rélépliaiil sauvage, et, s'il sc mutine, ils ortionnent aux deux apprivoisés de le battre avec leur trompe jusqu’à ce qu’il soit comme étourdi ; et enfin ils le conduisent au lieu de sa destination.
La troisième manière de prendre les éléphants est de mener quelques femelles apprivoisées dans les forêts; elles ne manquent guère d’attirer quelqu’un des éléphants sauvages et de les séparer de leur troupe : alors une partie des chasseurs attaque le reste de cette troupe pour lui faire prendre la fuite, tandis que les autres chasseurs se rendent maîtres de cet éléphant sauvage isolé, l'attachent avec deux femelles et l’amènent ainsi jusqu'à l’étahle ou jusqu’au parc où on veut le garder.
Les éléphants, dans l’état de liberté, vivent dans une espèce de société durable; chaque bande ou troupe reste séparée et n’a aucun commerce avec d’autres troupes, et même ils paraissent s’entr’éviter très-soigneusement.
Lorsqu’une de ces troupes se met en marche pour voyager ou changer de domicile, ceux des mâles qui ont les défenses les plus grosses et les plus longues marchent à la tête ; et s’ils rencontrent dans leur route une rivière un peu profonde, ils la passent les preniiers à la nage, et paraissent sonder le terrain du rivage opposé; ils donnent alors un signal par un son de leur trompe, et dès lors la troupe avertie entre dans la rivière, et nageant en file, les éléphants adultes transportent leurs petits en se les donnant, pour ainsi dire, de main en main ; après quoi tous les autres les suivent et arrivent au rivage où les premiers les attendent.
Une autre singularité remarquable, c’est que, quoiqu’ils se tiennent toujours par troupes, on trouve cependant de temps en temps des éléphants séparés et errants seuls et éloignés des autres, et qui ne sont jamais admis dans aucune compagnie, comme s ils étaient bannis de toute société. Ces éléphants solitaires ou réprouvés sont très-méchants; ils attaquent souvent les hommes et les tuent; et tandis que, sur le moindre mouvement et à la vue de l'homme ( pourvu qu’il ne se fasse pas avec trop do précipitation ), une troupe entière d’éléphants s’éloignera, ces éléphants solitaires l’attendent non-seulement de pied ferme, mais même l’attaquent avec fureur, en sorte qu’on est obligé de les tuer à coups de fusil. On n’a jamais rencontré deux de ces éléphants farouches ensemble ; ils vivent seuls et sont tous mâles ; et l’on ignore s’ils recherchent les femelles , car on ne les a jamais vus les suivre ou les accompagner.
Une autre observation assez intéressante, c’est que dans toutes les chasses auxquelles M. Marcellus Blés a assisté, et parmi des milliers d’éléphants qu’il dit avoir vus dans l de de Ceylan, a peine en a-t-il trouve un sur dix qui fût armé de grosses et grandes défenses; et quoique ces éléphants aient autant de force et de vigueur que les autres, ils n ont neanmoins que de petites défenses minces et obtuses, qui ne parviennent jamais qu’à la longueur d'un pied à peu près, et on ne peut, dit-il, guère voir, avant l’àge de douze à quatorze ans, si leurs défenses deviendront longues, ou si elles resteront à ces petites dimensions.
Mfi HISTOIRE NATURELLE
Le même M. Marcellus Bios m’a écrit en dernier lien qn'iin particulier, homme très-instruit, établi depuis longtemps dans l’intérieur de l’île de Ceylan, l’avait assuré qu’il existe dans cette île une petite race d’éléphants qui ne deviennent jamais plus gros qu’une génisse : la même chose lui a été dite par plusieurs autres personnes dignes de foi ; il est vrai, ajoute-t-il, qu'on ne voit pas souvent ces petits éléphants, dont l’espèce ou la race est bien plus rare que celle des autres : la longueur de leur trompe est proportionnée à leur petite taille; ils ont plus de poil que les autres éléphants ; ils sont aussi plus sauvages, et au moindre bruit, s’enfuient dans l’épaisseur des bois.
Les éléphants dont nous sommes actuellement obligés d’aller étudier les mœurs à Ceylan ou dans les autres climats les plus chauds de la terre, ont autrefois existé dans les zones aujourd'hui tempérées, et meme dans les zones froides; leurs ossements trouvés en Russie, en Sibérie, Pologne, Allemagne, France, Italie, etc., démontrent leur ancienne existence dans tous les climats de la terre et leur retraite successive vers les contrées les plus chaudes du globe à mesure qu’il s’est refroidi. Nous pouvons en donner un nouvel exemple : M. le prince de Porentrui, évêque de Bâle, a eu la bonté de m’envoyer une dent molaire et plusieurs autres ossements d’un squelette d'éléphant trouvé dans les terres de sa principauté, à une trèsmédiocre profondeur; voici ce qu'il a bien voulu m’en écrire en date du ib mai de cette année 1780 :
0 A six cents pas de Porentrui, sur la gauche d’un grand chemin que je viens de faire construire pour communiquer avec Bélort, en excavant le flanc méridional de la montagne, l’on découvrit, l’été dernier, à quelques pieds de profondeur, la plus grande partie du squelette d’un très-gros animal. Sur le rapport qui m’en fut fait, je me transportai moi-mème sur le lieu, je vis que les ouvriers avaient déjà brisé plusieurs pièces de ce squelette, et qu’on en avait enlevé quelques-unes des plus curieuses, entre autres la plus grande partie d une très-grosse défense qui avait près de cinq pouces de diamètre à la racine, sur plus de trois pieds de longueur; ce qui fit juger que ce ne pouvait être que le squeletlcd’un éléphant. Je vous avouerai, monsieur, que, n’étant pas naturaliste, j’eus peine à me persuader que cela fût; je remarquai cependant de très-gros os, et particulièrement celui de l'omoplate que je fis déterrer : j’observai que le corps de l’animal, quel qu’il fût, était partie dans un rocher, partie en un sac de terre, dans l’anfractuosité de deux rochers ; que ce qui était dans le rocher était pétrifié, mais que ce qui était dans la terre était une substance moins dure que ne le sont ordinairement de pareils os. L’on m’apporta un morceau de cette défense que l’on avait brisée en la tirant de celle terre où elle était devenue mollasse : l’enveloppe extérieure ressemblait assez h l’ivoire; l’intérieur était blanchâtre et comme savonneux. On en brûla une parcelle, et ensuite une autre parcelle d’une vérilable défense d’éléphant; elles donnèrent l’une et l’autre une huile d’une odeur à peu près pareille. Tous les morceaux de celle première détense ayant été exposés quelque temps h l’air, sont lombes insensiblement en poussière.
0 II m’est resté un morceau de la mâchoire pétrifiée avec quelques-unes des petites dents : je les fis voir à M. Robert, géographe ordinaire de Sa Majesté, qui m’ayant témoigné que ce morceau d’histoire naturelle ne déparait pas la belle collection que vous avez dans le jardin du Roi, je lui dis qu’il pouvait vous l’offrir de ma part, et j’ai l’honneur de vous l’envoyer. »