DU RHINOCÉROS
l'àlre de In même couleur, ninis plus épnis et plus dur que celui de l’éléphanl. li n’est pas sensible comme lui à la piqûre des mouches : il ne peut aussi ni froncer, ni contracter sa peau : elle est seulement plissée par de grosses rides au cou, aux épaules et à la croupe pour faciliter le mouvement de la tête et des jambes, qui sont massives cl terminées par de larges pieds armés de trois grands ongles. Il a la tête plus longue à proportion que l’élépiiant, mais il a les yeux encore plus petits, cl il ne les ouvre jamais qu’à demi. La mâchoire supérieure avance sur l'inférieure, et la lèvre du dessus a du mouvement et peut s’allonger jusqu'à six ou sept pouces de longueur; elle est terminée par un appendice pointu, qui donne à cet animal plus de facilités qu’aux autres quadrupèdes pour cueillir l’herbe et en faire des poignées à peu près comme l’éléphant en fait avec sa trompe : celte lèvre musculeuse et flexible est une espèce de main ou de trompe très-incomplète, mais qui ne laisse pas de saisir avec force et de palper avec adresse. Au lieu de ces longues dents d’ivoire qui forment les défenses de l'éléphant, le rhinocéros a sa puissante corne et doux fortes dents incisives à chaque mâchoire; ces dents incisives qui manquent à l’éléphant sont fort éloignées l’ime de l'autre dans les mâchoires du rhinocéros; elles sont placées une à une à chaque coin ou angle des mâchoires, desquelles l'inférieure est coupée carrément en devant, et il n'y a point d’autres dents incisives dans toute celte partie antérieure que recouvrent les lèvres ; mais indépendamment de ces quatre dents incisives placées en avant aux quatre coins des mâchoires, il y a de plus vingt-quatre dents molaires, six de chaque côté des deux mâchoires. Ses oreilles se tiennent toujours droites ; elles sont assez .semblables pour la forme à celles du cochon, seulement elles sont moins grandes à proportion du corps : ce sont les seules parties sur lesquelles il y ait du poil ou plutôt des soies. L'extrémité de la queue est, comme celle de rélé|)liant, garni d un bouquet de grosses soies très-solides cl très-dures.
M. Parsons, célèbre médecin de Londres, auquel la république des lettres est redevable de plusieurs découvertes en histoire naturelle, et auquel je dois moi-même de la reconnaissance pour les marques d’esiimeet d’amitié dont il m’a souvent honoré, a publié en 1743 une Histoire naturelle du rhinocéros, de laquelle je vais donner l’extrait d’autant plus volontiers que tout ce qu’écrit M. Parsons me paraît mériter plus d’attention et de confiance.
Quoique le rhinocéros ait été vu plusieurs fois dans les spectacles de Rome, depuis Pompée jusqu’à Héliogabale, quoiqu’il en .soit venu plusieurs en Europe dans ces derniers siècles, et qu enfin Bonlius, Chardin et Kolbe l’aient dessiné aux Indes et en Afrique, il était cependant si mal représenté et si peu décrit, qu’il n’élail connu que très-imparlaiternenl, et qu à la vue de ceux qui arrivèrent à Londres en 1739 et 1741, on reconnut aisément les erreurs ou les caprices de ceux qui avaient publié des figures de cet animal. Celle d'Alber Durer, qui est la première, est une des moins conformes à la nature ; cette figure a cependant été co|)iée par la plupart des natura-
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listes, et queltiiies uns iiiéine l'ont encore snreliargée île (li iiperies postiches et d’ornements étrangers. Celle de Bontins est plus simple et plus vraie, mais elle pèche en ce que la partie inférieure des jam' es y est mal représentée. Au contraire, celle de Chardin présente assez bien les plis de la peau et les pieds; mais au reste, elle ne ressemble poitil à l’animal. Celle de Camerarius n’est pas meilleure, non plus que celle qui a été faite d’après le rhinocéros vu à Londres en 1755, et qui a été publiée par Carwitham en 1759. Celles enfin que l’on voit sur les anciens pavés de Præneste, et sur les médailles de Domitien, sont extrêmement imparfaites; mais au moins elles n'ont pas les ornements imaginaires de celle d’Albert Durer. M. Parsons a pris la peine de dessiner lui-mcmc * col animal en trois vues différentes,
* Nota. Un de nos savants physiciens (M. Demours') a fait des remarques h ce sujet, que nous ne devons pas omettre. La figure, dit-il, du rhinocéros que M. l'arsons a ajoutée à son Mémoire, et qu’il a dessinée lui-même d’apres le naturel, est si différente de celle qui fut gravée à Paris en 1749, d’après un rhinocéros qu’on voyait alors à la foire de Saint-Germain, qu’on aurait de la peine à y reconnaître le même animal. Celui de M. Parsons est plus court, et les plis de la peau en sont en plus petit nombre, moins marqués, et quelques-uns placés un peu différemment; b tôle surtout ne ressemble presque en rien à celle du rhinocéros de la foire Saint Germain. On ne saurait cependant douter de l’exactitudedeM. Parsons, et il faut chercher dans J’àgc et le sexe de ces deux animaux la raison des différences sensibles qu’on aperçoit dans les ligures que l’on a données de l’un et de l'autre. Celle de M. Parsons a été dessinée d’après un rhinocéros m,àle, qui n’avait que deux ans; celle que j’ai cru devoir ajouter ici l’a été d’après le tableau du célèbre M. Oudry, le peintre des animaux, et qui a si fort excellé en ce genre; il a peint de grandeur naturelle, et d’apiès le vivant, le rhinocéros de b foire Saint-Germain, qui était une femelle, et qui avait au moins huit ans : je dis au moins huit ans, car il est dit dans l’inscription rju’on voit au bas de l’estiimpe de Charpentier, qui a pour lilic : Véritable porlraü d'un IliUNOCÉnos vivant, que Von voit à la foire Saint-Germain à Paris, que cet animal avait trois ai s quand il fut pris en 1741 dans la province d’Assem, appartenant au Mogol : et huit lignes plus bas, il est dit qu’il n’avait qu’un mois quand quelques Indiens l’atlrapèreiitavcc des cordes, après en avoir tué la mère à coups de flèche; ainsi il avait an moins huit ans, et pouvait en avoir dix ou onze. Cette différenee d’âge est une raison vraisemblable des différences sensibles que fou trouvera entre b figure de M. Parsons et ecllc deSI. Oudry, dont le tableau, fait par ordre du roi, fut alors exposé au salon de peinture. Je remarquerai seulement que M. Oudry a donné à b défense de son rbinocéros plus de longueur que n’en avait la corne du rhinocéros de la foire Saint-Germain, que j’ai vu et examiné avec beaucoup d’attention, et que celte partie est rendue plus fidèlement dans l'estampe de Charpentier.'^A ussi est-ce d’après celte estampe qu’on a donné la corne de celte figure, qui, pour tout le reste, a été dessinée et réduite d’après le tableau de M. Oudry. L’animal qu’elle représente avait été pesé environ un an aupai avant, à Stuttgard dans le duché de Wurtemberg, et il pesait alors cinq mille livres. Il mangeait, selon le rapport du capitaine Duuwemonl-Vander-Meer, qui l’avait conduit en Europe, soixante livres de foin et vingt livres de pain par jour. Il était très-privé, et d’une agilité surprenante, vu l’énormité de sa masse, et son air extrêmement lourd. » Ces remarques sont judicieuses et pleines de sens comme tout ce qu’écrit M. Demours.