‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 197 sur 255 · ET DU DAMAN · texte numérisé non relu

ET DU DAMAN

Ordre des pachydermes. (Covier. )

C’est encore à M. Allamand, savant naturaliste et professeur à Leyde, que nous devons la première connaissance de cet animal. M. Pallas l’a indiqué

* La marmoUc et le daman sont le meme individu. Cuvier en donne la notice suivante dans son Règne animai : «Cet animal a exactement les mêmes molaires que le rhinocéros; mais sa mâchoire supérieure a deux fortes incisives rccourhécs, et, dans la jeunesse, deux très-petites canines ; l’inférieure a quatre dents incisives sans canines ; on compte quatre doigts à ses pieds de dc'ant et trois ,à ses pieds de derrière, tous avec des espèces de très-petits sabots minces et arrondis, excepté le doigt interne de

DK LA MAUMOTTK DU CAP. 5Ô9

sous le nom de caitia capensis, el ensiiile M. Vosiruiër sons la dcnomiiialioii i\Q mannoüe bâtarde d'Afrique. Tous deux en donneiil. la même ligure tirée sur la même |danclie, dont M. Allamand nous avait envoyé une gravure. Il marquait à ce sujet M. Daidienton :

« .le vous envoie la ligure d'une espece de eabiai (je ne sais par quel autre nom le désigner) que j’ai reçue du cap de Bonne-Espérance. Il n’est pas tout à fait aussi bien représenté que je lé désirerais; mais, comme j’ai cet animal empaillé dans mon cabinei, je vous l’enverrai par la première occasion si vous soubaitez de le voir. »

Nous n’avons pas prolité de cette offre très-obligeante de M. Allamand, parce que nous avons été informés peu de temps après qu’il était arrivé en Hollande un ou deux de ces animaux vivants, et que nous espérions que quelque naturaliste en ferait une bonne description. En effet, MM. Palins et Vosmaër ont tous deux décrit cet animal, et je vais donner ici l’extrait de leurs observations :

« Cet animal, dit M. Vosmaër, est connu au cap de Bonne-Espérance sous le nom de blaireau des rochers, vrrdsemblablement parce qu’il fait son séjour entre les rochers et dans la terre, comme le blaireau, auquel néanmoins il ne ressemble point. Il ressemble plus îi la marmotte, et cependant, il en diffère... C’est Kolbe qui le premier a parlé de cet animal, el il a dit qu’il ressemble mieux à une marmotte qu’à un blaireau. »

Nous adopterons donc la dénomination de marmotte du Cap, et nous la préférerons à celle de cavia du Cap, parce que l’animal dont il est ici question est très-différenrdu cavia ou eabiai : 1° par le climat, le cavia ou eabiai étant de l Améiique méridionale, tandis que celui-ci ne sc trouve qu’en Afrique; 2“ parce que le nom de cavia est un mot brésilien, qui ne doit point être transporté en Afrique, puisqu’il appartient au cavia qui est le vrai cabiai, cl au cavia-cobaya qui est le cochon d’Inde ; 3" enfin parce que le cabiai est un animal qui n’babite que le bord des eaux, qui a des membranes entre les doigts des pieds, tandis que la marmotte du Cap n’babite que les rochers et les terres les plus sèches qu’elle peut creuser avec scs ongles.

« Le premier animal de celte espèce, dit M. Vosmaër, qui ail paru en Europe, a été envoyé à M. le prince d’Orange par M. Tulbagb, et on en conserve la dépouille dans le cabinet de ce prince. La couleur de ce premier animal diffère beaucoup de celle d’un autre qui est arrivé depuis; il était aussi fort jeune et très-petit; celui que je vais décrire était un mâle, et il m’a été envoyé par M. Berg-Meyer d’.Amslerdam... Le genre de vie de ces animaux, suivant les informations qui m’en ont été données, est fort triste, dor-

il<'n'ièrc, qui est armé d’un ongle cl'oclui et oblique. *-08 oreilles cl son museau sont courts; son (‘orps est couvert de poils et ne porte qn’un tubercule au lieu de queue. Son estomac est divisé en deux poches, el outre un gros cæcum el plusieurs dilatations au colon, il y a, vers le milieu de celui-ci, deux appendices analogues aux cæcums des oiseaux. »

MÜ IIISTÜIRK NATURELLE

niant souvent pendant la journée. Leur mouvement est lent et s’exécute par bonds J mais dans leur état de nature, peut-être est-il aussi vif que celui des lapins; ils poussent fréquemment des cris de courte durée, mais aigus et perçants. »

Je remarquerai en passant que ce caractère rapproche encore cet animal de la marmotte; car on sait que nos marmottes des Alpes font souvent entendre un sifflet fort aigu.

« On nourrissait en Hollande cette marmotte du Cap, continue M. Vosrnaër, avec du pain et diverses sortes d’herbes potagères. I! est fort vraisemblable que CCS animaux ne portent pas longtemps leurs petits, qu'ils mettent bas souvent et en grand nombre. La forme de leurs pieds [laraît aussi dénoter qu’ils sont propres à fouir la terre. Cet animal étant mort à Amsterdam, je le donnai à M. Pallas pour le disséquer.

« Il ressemble beaucoup pour la taille au lapin commun, mais il est plus gros et plus ramassé ; le ventre est surtout fort gros. Les yeux sont beaux et médiocrement grands; les paupières ont en dessous et en dessus quelques petits poils courts et noirs, au-dessus desquels on en voit cinq ou six aussi noirs, mais longs, qui sortent à peu près du coin de la paupière inférieure, et retournent en arrière vers la tète. Il y a de pareilles moustaches sur la lèvre supérieure vers le milieu du museau.

« Le nez est sans poil, noir, et comme divisé par une fine couture qui descend jusque sur la lèvre : les narines paraissent comme un cordon rompu au milieu : sous le museau, vers le gosier et sur les joues on voit quelques longs poils noirs plus ou moins longs et tous plus raides que l’autre poil ; des poils de même espèce sont semés de distance en distance sur tout le corps... Le palais de la bouche a huit cannelures ou sillons profonds; la langue est fort épaisse, passablement longue, garnie de petits mamelons et ovale à son extrémité. La mâchoire supérieure a deux dents fort longues, saillantes audevant du museau et écartées l’une de l’autre; elles ont la forme d’un triangle allongé et aplati. Les dents de la mâchoire inférieure sont posées au-devant du museau; elles sont coupantes, fort serrées et au nombre de «|uatre; clics sont assez longues, plates et larges... Les dents molaires sont assez grosses, quatre en haut et quatre en bas de chaque côté; on en pourrait compter une cinquième plus petite que les autres... Cet animal a les jambes de devant fort courtes et cachées à moitié sous la peau du corps. Les pieds sont nus et ne présentent qu’une peau noire. Ceux de devant ont quatre doigts, dont trois très-apparents et celui du milieu le plus long; le quatrième, qui est au coté extérieur, est beaucoup plus court que les autres et comme adhérent au troisième ; le bout de ces doigts est armé d’ongles courts ci ronds, attachés à la peau de la même façon que nos ongles. Leg pieds de derrière ont trois doigts dont il n’y a que celui du milieu qui ait un ongle courbe; le doigt extérieur est un peu plus court que les autres. L’animal saute sur ses pieds de derrière comme le lapin.... H n'y a pas le moindre indice de queue; l’amis se montre fort long, et le prépuce en bourrelet

mSTOlKli NATIJHKLMÎ DU DAMAN-ISIIAEL. Kii rond découvre un peu la verge. La couleur du poil est le gris ou le brun fauve, comme le poil des lièvres ou des lapins de garenne. Il est foncé sur la tète et sur le dos, et il est blanchâtre sur la poitrine et le ventre. Il y a aussi une bande blanchâtre sur le cou tout près des épaules : cette bande ne fait point un collier, mais se termine à la hauteur des jambes de devant, et en général le poil est doux et laineux. »

Nous ne donnerons pas ici la description des parties intérieures de cct animal, on la trouvera dans l’ouvrage de M. Pallas, qui a pour titre Spicilegia zoologica. Cet habile naturaliste l’a faite avec beaucoup de soin, et il faudrait la copier en entier pour ne rien perdre de ses observations.

Page 1