‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 20 sur 255 · DE LA BEI.LTTE. (Ü · texte numérisé non relu

DE LA BEI.LTTE. (Ü

Ma belelte dormail. ia inoilié du jour ei loute la nuit ; élit; cherciiait, dans mon cabinol un {tclit recoin à côté de moi ; mon mouchoir ou une poche était son lit. Elle se plaisait à dormir dans le sein; elle se repliait autour <relie-même, dormait d'un sommeil profond, et n’était pas plus grande, dans eette altitude, d'une grosse noix du pays, de l’espèce des hombardes.

Lorsqu’elle était une fois endormie, je pouvais la déplier; tous scs muscles étaient alors relâchés et sans aucune tension ; en la suspendant par la tète, tout son corps était flasque, se repliait et pouvait faire le jeu du pendule cinq à six lois avant que la hcleUe s'éveillât, ce qui prouve la grande flexibilité de l'épine du dos de cet animal.

Ma belette avait un goût décidé pourlebadinage, les agaceries, les caresses et le chatouillement; elle s’étendait alors sur le dos ou sur le ventre, se ruait et mordait tout doucement, comme les jeunes chiens qui badinent. Elle avait même appris une sorte de dansé; et lorsque je frappais avec les doigts sur une table, elle tournait autour de la main, se levait droite, allait par sauts et par bonds, faisant entendre (juelques murmures de joie; mais bientôt fatiguée, elle se laissait aller au sommeil et dormait presque dans l’instant.

La belette dort repliée autour d’ellc-niéme comme un peloton, la tête entre les deux jambes de derrière : le museau sort alors un peu au deborS) ce qui facilite la respiration ; cependant, lorsqu’elle n’est pas couchée à son aise, elle dort dans une autre posture, la tète couchée sur son lit de repos ; mais elle se plait et dort bien plus longtemps lorsqu’elle peut se plier en peloton; il faut pour cela qu'elle ait une place commode. Elle avait pris l liabitude de se glisser sous mes draps, de chercher un des points du matelas qui forme un enfoncement, et d'y dormir des six heures entières;

La belette est très-rusée : l’ayant fouettée pour avoir fait ses ordures sur mes papiers, contre son usage, elle vint dormir auprès de moi sur ma table; la crainte l'éveilla souvent au moindre bruit : elle ne changea pas de place; mais elle observa, les yeux ouverts, ma démarche, faisant semblant de dormir. Elle connaissait parfaitement le ton de caresse ou de menace, et j’ai été souvent surpris de trouver tant d'intelligence dans une bête si petite dans l’ordre des quadrupèdes.

Les phénomènes que nous présente la belette sont parfaitement expliqués. La belette a 1 épine du dos très-flexible; elle se fourre dans des trous de sept lignes de largeur; elle se plie et replie en tous sens; son poil ou plutôt sa belle soie est très-fine et très-souple; une langue très-large pour le corps saisit toutes les surfaces plates, saillantes et rentrantes; elle aime, à lécher; scs pattes sont larges et point racornies, courtes : le sens du toucher étant ainsi répandu dans tout le corps de la béte, elle a appris à s’en servir, ce qui motive le jugement que nous portons de son intelligence. Ce sens est d'ailleurs très-bien servi par ceux de l odorat et de la vue.

Lorstpie j’oubliais de lui donner à manger, elle se levait de nuit, et se rendait d’une maison à une autre à Antragues, où elle mangeait chaque jour. Elle allait par les chemins les plus courts, descendant d'abord dans

BUFFdJI, tUèlle Ml. 6

IIISTOlilli; NATUKKLIÆ

Hij Ijalcon et dans la rue, desecndanl encore et moulant plusieurs marclies, entrant dans une basse-cour, passant à travers des amas de feuilles sèches de cliàtaigniers, de trois pieds de hauteur, pour prendre le plus court chemin ; ce qui fait voir que Todorat guide cet animal. Elle passait ensuite dans la cuisine, où elle mangeait à l’aise, après avoir fait un chemin de deux cents pas.

Le mâle est très-libertin : je l’ai vu se satisfaire sur un autre mâle mort et empaillé; mille caresses et murmures de joie et de désir l’animaient : en sentant mes mains qui avaient louché ce cadavre, il reconnut une odeur qui lui plaisait si fort, qu’il restait immobile pour la savourer à son aise.

Ma belette bâillait souvent; elle se levait, après avoir dormi, en tiraillant ses membres et soulevant le dos en are. Elle léchait l’eau en buvant; sa langue était âpre cl hérisée de pointes. Elle ronflait quelquefois en dormant, et avait communiqué son odeur forte et désagréable à une petite cage où elle avait son lit : son petit matelas était aussi puant qu’elle-mème dans l'état de colère.

Ma belette souffrait impatiemment d’étre renfermée dans sa cage, et elle aimait la compagnie et les caresses; elle avait rongé à différentes reprises quatre petits bâtons, pour se faire une issue pour sortir de sa prison.

Cet animal aime extrêmement la propreté; sa robe est toujours luisante.

En faisant observer un certain régime à ces bêtes, on peut tempérer l’odeur forte qu elles exhalent, et leur affreuse puanteur lorsqu’elles sont en colère. Le laitage adoucit beaucoup leurs humeurs, de même que le régime végétal.

Les belettes ont les yeux étincelants et lumineux : mais cette lumière n est point propre à cet animal, elle n’est point électrique et ne réside pas dans l’organe de la vue; ce n’csl qu’une simple réflexion de lumière qui a lieu toutes les fois que l’œil de l’observateur est placé entre la lumière et les yeux de la belette, ou qu’une bougie se trouve entre les yeux de l’observateur et de l’animal. Ce phénomène est commun à un grand nombre de quadrupèdes et à quelques serpents; et cette cause est prouvée par les expériences que j ai lues, en IZSO, a l’académie des Sciences, sur les yeux des chats, etc.

Les observations de M. de Buffon, la description anatomique de M. Daubenton, la lettre de M. Giély (voyez ci-dessus), et le présent détail, forment i'hisloire complète de la belette. M. de Buffon dit, voyez ci-dessus, page 56, que ces animaux ne s’apprivoisent pas et demeurent sauvages dans des cages de fer :’'je sais par expérience que cela est vrai lorsque les belettes sont prises vieilles, ou meme à l’âge de trois ou quatre mois. Pour donner aux belettes l’éducation dont elles sont susceptibles, et leur faire goûter la domesticité, il faut les prendre jeunes et lorsqu’elles ne peuvent s’enfuir ; on fut obligé de couper les quatre dents canines de celle qu’on m’apporta à Antragucs, et de la châtier souvent pour fléchir son caractère.

On voit, d’après tout ce que j’ai dit sur cet animal, que, quelque petit

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