DE LA BELETTE
qu’il soit, c’esl un de ceux que la nature a le moins négligés. Dans l’état sauvage, c’est le tigre des petits individus. Il se garantit, par son agilité, des quadrupèdes plus grands que lui; il est bien servi par l’oreille et par la vue. Il est pourvu d’armes ollènsives dont il lait usage en peu de temps, avec une sorte de discernement ; il aime le sang et le carnage, et se plaît à la destruction sans qu’il ait même besoin de satisfaire son appétit.
En état de domesticité, ses sens se perfectionnent et scs mœurs s’adoucissent par le cliàtiment. La belette devient susceptible d’amitié, de reconnaissance et de crainte; elle s’attache à celui qui la nourrit, qu’elle reconnaît à l’odorat et à la simple vue. Elle est rusé et libertine à l’excès; elle aime les caresses, le repos et le sommeil; elle est gourmande et si vorace, qu’elle pèse jusqu’à un cinquième de plus après son repas. Sa vue est perçante, son oreille bonne, l’odorat est exquis, le sens du toucher est répandu dans tout son corps, et la flexibilité de ce petit corps menu et long favorise infiniment la bonté de ce sens en lui-mème. Tous ces phénomènes tiennent à l'état de ses sens qui sont achevés et parfaits.
Ces observations sur les habitudes de la belette en domesticité s’accordent parfaitement avec celles que mademoiselle de Laistre a faites sur cet animal, et qu’elle a bien voulu me communiquer par une lettre datée de Brienne, le 6 décembre 1782.
« Le hasard, dit mademoiselle de Laistre, m’a procuré une jeune belette de la petite espèce. Sollicitée par quelqu’un à qui elle faisait pitié, et sa faiblesse m’en inspirant, je lui donnai mes soins. Les deux premiers jours, je la nourris de lait chaud; mais jugeant qu’il lui fallait des aliments qui eussent plus de consistance, je lui iirésentai de la viande crue, qu’elle mangea avec plaisir : depuis elle a vécu de bœuf, de veau ou de mouton indill'éremment, et s’est privée au point qu’il n’y a point de chien plus familier.
« J’ose vous assurer que ce petit animal ne préfère pas la victuaillc corrompue; il ne se soucie pas mémo de celle qui est hàlée ; c’est toujours la plus fraîche qu’il choisit : à la vérité, il mange avec avidité, et s’éloigne; mars souvent aussi il mange dans main et sur mes genoux; il préfère même de prendre les morceaux de ma main. Il aime beaucoup le lait : je lui en présente dans un vase, il se met auprès et me regarde; je lui verse peu à peu dans ma main,, il en boit beaucoup; mais si je n’ai pas cette complai sance, à peine en goûte-t-il. Lorsqu’il est rassasié, il va ordinairement dormir; mais il fait des repas plus légers, qui ne troublent point ses plaisirs. Ma chambre est l’endroit qu’il habite. Par des parfums, j’ai trouvé moyen de chasser son odeur : c’est dans un de mes matelas, où il a trouvé moyen de s’introduire par un défaut de la couverture, qu’il dort pendant le jour; la nuit, je le mets dans une boîte grillée; toujours il y entre avec peine et en sort avec joie. Si on lui donne la liberté avant que je sois levée, après mille gentillesses qu’il fait sur mon lit, il y entre et vient dormir dans ma main ou sur mon sein. Suis-je levée la première, pendant une grande demi-heure, il me fait des caresses, se joue avec mes doigts comme un jeune chien, saute