ADDITION
DE l/ÉniTEtm HOLl.ANDAIS ( M. I.E PROFESSEUR ALUAMAND ) A l’aRTICLE DE
l'hippopotame.
« Il ne manque à la descriplion que M. de BufTon a donnée de l’hippopotame adulte, d'après Zerenghi, qu’une figure qui représente au vrai cet animal. M. de Buffon, toujours original , n’a pas voulu copier celles que différents auteurs en ont publiées ; elles sont toutes trop imparfaites pour qu’il ait daigné en faire usage : et quant à l’animal même, il ne lui était guère possible de se le procurer ; il est fort rare dans les lieux mêmes dont il est originaire, et trop gros pour être transporté sans de grandes difficultés. On en voit à Leyde , dans le Cabinet des curiosités naturelles de l’Université , une peau bourrée qui y a été envoyée du cap de Bonne-Espérance. Quoiqu’etle y soit depuis près d’un siècle, elle a été si bien préparée, qu’elle offre encore à présent la figure exacte de cet animal : elle est soutenue par des cercles de fer cl par des pièces de bois assez solides, pour que le dessèchement n’y ait produit que des altérations peu considérables. Comme c’est vraisemblablement la seule curiosité de ce genre qui soit en Europe , je crois que tous ceux qui aiment l'histoire naturelle me sauront bon gré de la leur avoir fait connaître par la gravure , et d’en avoir enrichi le magnifique ouvrage de M. de Buffon. Ainsi, la planche que nous ajoutons ici représente l'hippopotame mieux qu’il n'a été représenté jusqu’à présent, ou plutôt c’est la seule figure que l’on en ait; car dans toutes les autres qui ont été publiées, cet animai n’est pas reconnaissable , si l’on en excepte celle qui se trouve dans un livre hollandais, où il est question du léviathan dont il est parlé dans l’Écriture sainte, et qui a été faite sur le même modèle que l’on a copié ici; mais les proportions y ont été mal observées.
« Il serait inutile de joindre ici une description de ce monstrueux animal : il n’y a rien à ajouter à celle que MM. de Buffon et Daubenton en ont donnée. Je me contenterai d’en indiquer les dimensions, prises avec exactitude. La mesure que j’ai employée est celle du pied de Paris. »
Longueur du corps, depuis l’extrémité de la lèvre supérieure jusqu’à l’origine
de la queue
Hauteur depuis la piaule des pieds jusqu’au sommet du dos
Longueur de la tète depuis le bout du museau jusqu’à l’occiput
Circonférence du bout du museau
Circonférence du museau, prise au-dessous des yeux
Longueur de la gueule ouverte ' .
Contour de la gueule ouverte
Longueur des dents canines, bois de la gencive inférieure en suivant leur
courbure '
Longueur des dents incisives de la mâchoire inférieure
Distance entre les deux naseaux
Distance entre le bout du museau et l’angle antérieur de l’œil
Distance entre l’angle postérieur et l’oreille . .
Longueur de 1 oeil d’un angle à l’autre
lilSTOJHE NATUKKLLE
mc>
Distance entre les angles antérieurs des yeux en suivant la courbure du cban
frein 0 10 10
La même distance en ligne droite 0911
Circonférence de la tête, entre les yeux et les oreilles 4 14 8
La longueur des oreilles n’a pu être mesurée, parce qu’elles se sont trop affaissées par If dessècbement.
Largeur de la base des oreilles, mesurée sur la courbure extérieure. ... 023
Distance entre les deux oreilles , prise dans le bas 098
Longueur du cou 10 0
Circonférence du milieu du corps 980
Longueur du tronçon de la queue 0 10 0
Circonférence de la queue à son origine . 0l04
Hauteur des jambes, depuis la plante des pieds jusque sous la poitrine ou le
ventre 180
Largeur du haut de la jambe Oso
Epaisseur 0 0 8
Largeur à rcndroit du talon 0 4 10
Circonférence du métatarse 12 0
Largeur du pied de devant 078
ï.argeur du pied de derrière 0 7 0
Largeur des plus grands sabots 0 3 0'
Comme la figure du jeune liippopotame que j’ai lait dessiner dans le cabinet de S. A. S. .M. le prince de Condc diffère de celle que M. Allamand a fait graver d’après la peau bourrée du cabinet de Leydc, et qu’elle ressemble plus à une nouvelle figure, donnée par M. le docteur Klockner, d’après une autre peau d’hippopotame du cabinet de monseigneur le prince d’Orange, j’ai préféré de donner ici la figure de ce dernier hippopotame, d’après celle de M. Klockner; et je crois devoir y joindre une note avec quelques ob.secvations du même auteur, que j’ai fait traduire du hollandais.
son i.’hu'popotamr, pau m. i,e DOCTEun ki.ockner, d'amsïeudam.
« Je m’étonne que M. de IJuffon ne cite pas un passage remarquable de Diodore de Sicile, touchant l'hippopotame ou cheval de rivière, d’autant plus que cet auteur ancien y observe que la voix de cet animal ressemble au hennissement du cheval, ce qui peut-être lui a fait donner le nom ^'hippopotame ou citerai de fleuve. M. de Buffon appuie son sentiment sur celle .singularité des témoignages des auleurs anciens et des voyageurs modernes; et Diodore de Sicile doit certainement tenir le premier rang parmi les anciens, pui.squc non-seulement il a voyagé lui-même en ÉgyplCi mai* qu’il passe encore , avec justice, pour un des meilleurs historiens de l’antiquité. Quoi qu’il en soit, je placerai ici ce passage, où il est dit ; « Le Nil nourrit plusieurs espèces d’animaux, dont deux enfro autres méritent de fixer noire attention, qui sont le crocodile et l’hippopotame. Celui-ci est long de cinq coudées: il a les pieds fourchus comme les bêtes à cornes, et de chaque côté trois dents saillantes, plus grandes que les défenses d’un sanglier. La masse entière du corps ressemble beaucoup à celle de l’cdéphant. Sa peau est très-dure el très-ferme, et peutêtre plus que celle d'aucun autre animal. 11 est amphibie, se tenant pendant le jour
DK j;iUPl*OPOT.\MK. 55y
au toml lie l'eau, où il se meut et agit cuiuine sur la terre même, oii il vient la nuit pour paître l'herbe des canipagiies. Si cet animal était plus fécond, il causerait de grands dommages à la culture des Égyptiens. La chasse de l’Iiipp.ipotame exige un nombre de personnes qui cherchent à le percer avec des dagues de fer. On rassaillit avec plusieurs barques jointes ensemble, et on le frafipc avec des harpons de fer, dont quelques-uns ont des angles ou des acraux; on attache à quelques-uns de ces dards une corde, et on laisse ensuite l'animal so débattre jusqu’à ce qu’il ait perdu ses forces avec son sang. La chair en est fort dure et de difficile digestion.
Voilà [Knit-ètre la meilleure description que I on trouve de cet animal chez les anciens, car DioJorc ne s'est trompé que sur le nombre des doigts.
NOUVELLE addition
A t/AHTi(’.Llî DR I.'hIPJ>OPOTA.MF..
Comme les feuilles précédentes * étaient déjà imprimées, J’ai reçu de la part de M. Selmeider des observations récentes sur cet animal, qui ont été rédigées par M. le professeur Allamand, et publiées à Amsterdam au comineneemenl de celte année 1781. Voici l'extrait de ces observations :
« Ce que M. de Bulfon a dit de f hippopotame était tout ce qu’on en pouvait dire de plus exact dans le temps qu’il écrivait cet article. Il me parut alors qu’il u’y manquait qu’une planche qui représentât mieux cet animal, qu’il n’est représenté daas les figures que divers auteurs en ont données, le pris la liberté d en ajouter une à la description de M. de BulTon, faile d’après une peau bourrée , qui est dans le Cabinet
de rUniversilé de Leyde depuis plus d’un siècle.
« Deux années après, j’en donnai une meilleure i une peau récemment envoyée au Cabinet de S. A. S. Mgr le Prince d Orange me .servit de modèle Elle avait été trèsbien préparée par M. le docteur Klockiier; je l’accompagnai de quelques remarque.s inicressantes qui m’avaient clé communiquées par M. le capitaine Gordon.
« Je croyais que cela suffisait pour faire bien connaître cet animal, lorsque le même M. Gordon m’envoya , au commencement de celle année 1T80, deux dessins qui représentaient un hippopotame mâle et une femelle, faits d’après les animaux mêmes, au moment qu'on venait de les tuer. Je fus frappé, en les comi>arant avec les Oguresque j’en avais dottn. es, et je vis clairement que la peau d’un si gros animal, quoique préparée et dressée avec tout le soin possible, élail bien éloignée de représenter au juste son original : aussi it’hésilai-je pas à faire graver ces deux dessins.
„ M Gordon a encore eu la bonté d’y joindre des descriplions et de nouvelles observations très-eiirieuses, qu’il a eu fréquemment occastoii de latre. Son zèle tnfa^
• Les feuilles dont il est ici question sont les premières du sixième volume des Suppléments de rèdiliun in-4% publié en 1782. Elles renferment des additions aux articles du buffie, de l’éléplianl et du chameau» trnos loir.p v;i.
ms HISTOIHE MA'UIHELLK
tigable pour les nouvelles découvertes et pour ravaiiceinent de 1 histoire naturelle, l'a engagé à pénétrer beaucoup plus a'ant dans l’intérieur de l’Afrique, qu'il ne l’avait fait encore; et si les hippopotames sont devenus rares aux environs du cap do Bonne-Espérance, il les a trouvés très-nombreux dans les lieux où il a été. On n’en doutera pas quand on saura que, pour sa part, il en a tué neuf, et que dans une chasse à laquelle il a assisté avec M. de Pleltcnberg, gouverneur du Cap, on en a tué vingt et un en quelques heures de temps, et que même ce ne fut qu’à son intercession qu’on n'en lit pas un plus grand carnage. Cette chasse se lit sur la rivière qu'il a nommée Plcttenberg, à peu près à 7 degrés de longitude à l’est du Cap et à ‘30 degrés de latitude méridionale. Le nombre de ces animaux doit donc être fort grand dans tout l'intérieur de l’Afrique, où ils sont peu inquiétés par les habitants. C’est là où il les faut voir pour les bien connaître, et jamais ptrsonne n’en a eu une plus belle occasion queM. Gordon ; aussi en a-t-il prolilé en les observant avec les yeux d'un véritable naturaliste. En donnant l'extrait de ce qu’il m’en a écrit, je suppose que le lecteur se souvient du contenu des articles de cet ouvrage, où il est parlé de ces animaux.
« Lorsque les hippopotames sortent de l’eau, ils ont le dessus du corps d'un brun bleuâtre qui s’éclaircit en descendant sur les côtés, et se termine par une légère teinte de couleur de chair; le dessous du ventre est blanchâtre : mais ces différentes couleur deviennent plus foncées partout, lorsque leur peau se sèche. Dans l’intérieur et sur les bords de leurs oreilles, il y a des poils asser. doux et d’un brun roussâtre; il y en a aussi de la même couleur aux paupières, et par-ci par-là quelques-uns sur le corps, particulièrement sur le cou et les côtés, mais qui sont plus courts et fort rudes.
« Les mâles surpassent toujours les femelles en gratideur, mais non pas d'un tiers comme l'a dit Zerenghi, si l’on en excepte les dents incisives et canines, qui dans la femelle peuvent en effet être d'un tiers plus petites que dans le mâle. M. Gordon a tué une femelle dont la longueur du corps était de onze pieds, et le plus grand hippopotame mâle qu’il ait tué était long de onze |)ieds huit pouces neuf lignes. Ces dimensions diffèrent beaucoup de celles qu'a données Zerenghi : car, à en juger par les dimensions de la femelle qu’il a décrite, le mâle, d’un tiers plus grand, devait être long de seize pieds neuf pouces; elles diffèrent plus encore de celles des hippopotames du lac de Tzana, dont quelques-uns, suivant M. Bruce, ont plus de vingt pieds en longueur. Des animaux de cette dernière grandeur seraient énorm s; mais on se trompe facilement sur la taille d’un animal quand on en juge uniquement en le voyant de loin et sans pouvoir le mesurer.
« Le nombre des dents varie dans les hippopotames suivant leur âge, comme M. de Buffon l’a soupçonné : tous ont quatre dents incisives et deux canines dans chaque mâchoire; mais ils diffèrent dans le nombre des molaires : celui dont j’ai donné ia figure avait trente-six dents en tout; M. Gordon en a vu un qui avait vingt-deux dents dans la mâchoire supérieure et vingt dans l’inferieure. Il m’a envoyé une tête qui en a dix-huit dans la mâchoire d’en bas et dix-neuf dans celle d’en haut; mais ces dents surnuméraires ne sont ordinairement que de petites pointes qui précèdent les véritables molaires, et qui sont peu fermes.
« La largeur de la partie de la mâchoire supérieure qui forme le museau est de seize pouces et un quart, et son contour, mesuré d’un angle de la gueule jusqu'à l'antre, est de tnds pieds trois pouces; la lèvre supérieure avance d’un pouce pardessus l’inférieure et cache toutes les dénis ; à côté des incisives antérieures d’en haut, il y a deux éminences charnues qui sont reçues dans deux cavités de la mâchoire inférieure, quand la gueule se ferme.
« L’hippopotame a les yeux petits; leur plus long diamètre est de onze lignes, et leur
DE LIIIPPOPOTAME. SS9
iai'g-eur de neuf et demie; la prunelle est d’un bleu obscur, et le blanc de l'œi! paraît peu.
« La queue varie en longueur dans ces animaux : celui qui est représenté ici en avait une de la longueur d’un pied trois pouces six lignes: son contour à son origine était d’un pied sept pouces : là, elle a une forme un peu triangulaire, et un des côtés est plat en-dessous : ainsi, ayant un mouvement perpendiculaire, elle bouche exactement l’ouverture de l’anus; vers son milieu, ses côtés s’aplatissent, et son articula-lion lui permettant un mouvement horizontal, elle peut servir à diriger l’animal quand il nage. Aulpremier coup d’œd, elle paraît couverte d’écailles, mais qui ne sont que des rides de la peau: les bords extérieurs de cette queue semblent être des coutures arrondies.
« Le pénis, tiré hors de son fourreau, est long de deux pieds un pouce six lignes, et ressemble assez à celui du taureau : sa circonférence près du corps est de neuf pouces; et à un pouce de son extrémité, clic est de trois pouces neuf lignes ; quand il est tout à fait retiré, sa pointe est recouverte par des anneaux charnues et ridés qui terminent le fourreau; c'est sur la base de ce fourreau, du côté de l’anus, que sont placés les mamelons. Dans plusieurs des hippopotames que M. Gordon a examinés, j| a trouvé que le fourreau même était entièrement retiré en dedans du corps, aussi bien que le pénis, et que le ventre était tout à fait uni; s’il paraissait dans les autres, c’était par l’effet des mouvements qu’ils avaient éprouvés quand on les avait tirés à terre. Les testicules ne sont pas renfermés dans un scrotum extérieur; ils sont en dedans du corps, et ne paraissent point en dehors; on peut les sentira travers l’épaisseur de la peau : ainsi tout ce qui appartient à ces parties est caché en dedans, excepté dans les temps du rut.
B Dans la femelle, au-dessous de l’entrée du vagin est un follicule qui a environ deux pouces de profondeur, mais où l'on ne peut voir aucune ouverture en dedans : il ressemble assez à celui de l’hyène, excepté qu’il est au-dessous de la vulve, au lieu que dans l’hyène il est situé entre l’anus et la queue. L’hippopotame femelle n’a point de mamelles peudantes, mais seulement deux petits mamelons; quand on les presse, il en jaillit un lait doux et aussi bon que celui de la vache.
B Les os de ces animaux sont exlrèmcraenl durs; dans un os de la cuisse, scié en travers, on trouva un canal long de cinq pouces et de dix lignes de diamètre, assez ressemblant à la cavité ou est la moelle : cependant, il n’y en avait point immédiatement après la mort; mais on y vit un corps fort dur, où l’on croyait remarquer du sang.
a La largeur du pied de devant esl égale à sa longueur; l’une cl l'autre est de dix pouces; la plante du pied de derrière est tant suit peu plus petite; elle a neuf pouces neuf lignes dans ses deux dimensions. Ces pieds sont propres pour nager ; car les doigts peuvent se mouvoir , s’approcher les uns des autres et se plier en dessous. Les ongles sont un peu creux, comme les sabots des autres animaux. Le dessous du pied est une semelle fort dure, séparée des doigts par une fente profonde; elle n’est pas hoiizontale, mais un peu en biais, comme si l’animal en marchant axait plus pressé son pied d’un côté que de l’autre : aussi les a-l-il tous un peu tournes en dehors. Comme il a les jambes courtes et les jointures pliables, il peut appliquer et presser ses jambes' contre le corps; ce qui lui facilite encore les mouvements necessaires pour nager. Aidé de quelques hommes, M. Gordon a roulé , comme un tonneau, un grand hippopotame hors de l’eau, sur un terrain uni, sans que les pieds lissent un obstacle sensible.
0 Quoique les hippopotames passent une partie de leur vie dans l’eau, ils ont cependant le trou ovale fermé. Quand ils sont parvenus à toute leur grandeur , le plus long diamètre de leur cœur esl d’un pied.
se.
')(;0 IIISTOIHI' >’ ATI UK LU.;
<1 M. Gordon s’est assuré, par l'ouvorlure de plusieurs hippopotames jeunes et adultes, que ces animaux n’ont qu’un seul estomac et ne ruminent point , quoiqu'ils ne mangent que de l’herbe qu’ils rendent en pelotte et mal broyée dans leurs excréments.
« J’ai dit ci-dévant, continue M. Allamand , qu’il me paraissait très -douteux que les hippopotames mangeassent des poissons ; à présent, je puis dire qu'il est presque certain qu’ils n’en mangent pas. Dans une trentaine de ces animaux, dont M. Gordon a l'ail ouvrir les estomacs en sa présence, il n’y a trouve que de l’herbe, et jamais aucun reste de poisson. J’ai dit aussi qu’il n’y avait pas d'apparence qu’ils entrassent dans la mer; on peut voir, dans l’endroit cité, les raisons que j avais pour peti.ser ainsi, et M. de Buffon semble avoir été dans la même idée. Les nouvelles observations de ÜM. Gordon m’ont désabusé. 11 a tué un hippopotame à remboochure de la rivière Garabous, où l’eau était salée: il en a vu dans la baie de Sainte-Hélène cl 11 en a vu sorlir d’aulresde la mer à doux lieues de toute rivière. A la vérité ils ne s'éloignent pas beaucoup de terre ; la nécessité d’y venir prendre leur nourriture ne le leur permet pas ; ils vOnl le long des côtes d'une rivière à l’autre; cep( ndant cela suffît pour prouver qu’ils peuvent vivre dans l’eau salée, et juslilier en quelque façon ceux qui leur ont donné le nom de chevaux marins, aussi bien que Kolbe, qui suppose qu’ils vivent indifférenimout dans les rivières et dans la mer. Ceux qui habitent dans l’intérieur do pays n’y vont vraisemblablement jamais : si ceux qui en sont prè.s y entrent, ce n’est pas pour aller fort loin, à cause de la raison que je viens de dire, et cette même raison doit les engager à préférer les rivières.
«Lorsqu’ils se rcnconlrent au fond de l'eau, ils chtrehent à s’éviter; mais sur terre il leur arrive souvent de se battre entre eux d’une manière terrible : aussi en voit-on fort peu qui n'aîent pas quelques dents cassées ou quelques cicatrices sur le corps; en se battant ils se dressent sur leurs piedsde derrière, et c’est dans celte attitude qu'ils se mordent.
«Dans les lieux où ils sont peu inquiétés, ils ne sont pas fort craintifs; quand on tire sur eux, ils viennent voir ce que c’est; mais quand une fois ils ont appris à connaître l’eflét des armes à feu, ils fuient devant b'S hommes en Irollant pesamment, comme les cochons; quelquefois même ils galopent , mais toujours pesamment : cependant nn homme doit marcher bien vile pour être en élatdc les suivre. M. Gordo'ù en a accom'pagné un pendant quelque temps; mais, quoiqu’il courût très-vite , si la course avait été plus longue, l'htppopolame l’aurnit devancé.
« iM. de Biilfon à eu raison de révoquer en doute ce que disent quelques voyageurs des femelles hippopotames, c’est qu’elles portent trois un quatre petits : l’analogie I a conduit à regarder ce fait comme très-suspect; l’oliServation en démontre la fausseté. M. Gordon a vu ouvrir plusieurs femelles pleines, cl jamais il n’y a trouvé qu’un seul petit ; il en a tiré un du corps de la mère, qu’il a eu la bonté do m’envoyer : ce foetus, qui était presque entièrement formé, était long de trois pieds deux pouces; le cordon ombilical était parsemé de pciils bo'utons de couleur rouge; ses ongles étaient mous et élastiques ; on pouvait déjà lui sentir les dents, et scs yeux avaient à peu près leur forme et toute leur grandeur. Dès qu’on jeune hippopotame est né, Son iiisliticl le porte à courir à l’eau, et quelquefois il s’y met sur le dos de sa mêlé.
La chair de riiippopotarae , comme il a été dit ci-devant , est fort bonne au goût et très-saine; le pied rôti e.«l surtout un morceau délicat, de même que la queue. Quand on fait cuire son lard , il surnage une graisse que les paysans aiment fort : c’est un remède qu’on estime beaucoup au Cap, en exagérant cependant ses qualités.
« Pour bien fixer nos idées sur la grandeur de ces animaux et sur la proportion qu’il y a entre celle du mâle et de la femelle, je donnerai ici leurs dimensions telles
DK LHIPPOPOTA.Mi:. Sfil
qu’elles ont été ijrises par M. Gordon sur deux des plus grands sujets qu'il ait eu occasion de voir, quoiqu’elles diffèrent de celles qu'on peut prendre sur des peaux bourrées; on sera surpris qu’elles s’accordent si bien avec celles que Zerenghi a données : je les ai aussi vérifiées sur la peau d’un grand hippopotame mâle que S. A. S. Mgr le prince d'Orange a eu la bonté de me donner, pour être placée au Cabinet des curiosités naturelles que j’ai formé dans TUniversité de Lcyde. Cette peau, récemment envoyée du cap de Bonne-Espérance, est arrivée entière et bien conservée; j’ai heureusement réussi à la faire dresser suivant le dessin que j ai reçu de M. Gordon, de manière qu’elle offre aussi exactement qu’il est possible la figure de l’animal vivant.
Dimensions d’un hippopolame mdie :
I.ongucurdu corps, depuis l’extrémité de la lèvre supérieure jusqu’à l’ori-
gine de la queue A
Ilauleur du train de devant en ligne droite ,....500
Hauteur du train de derrière en ligue droite 480
Longueur de la tête 280
Largeur de la poitrine depuis le milieu des jambes 1110
Largeur du derrière depuis le milieu des cuisses 2 16
Dislance de la partie la plus basse du ventre au terrain 2 0 9
Circonférence (lu corps, mesurée derrière les épaules 10 5 6
Circonférence devant les jambes de derrière 9 8 0
Circonférence du milieu du corps 12 0 0
Longueur de la queue 13 6
Sa circonférence près de l'anus ^....170
Longueur du fourreau du pénis 0 4 0
Longueur du pénis depuis la pointe jusqu'au corps 2 16
Dimensions d'une femelle hippopolame , tuée le 22 janvier 1778, par M. le capUaine Cordon, dans l'eau salée, près de l’embouchure de la rivière Gambous. Pour parvenir du Cap à l’embouchure de celle rivière dans la mer à l’esl du Cap, on emploie deux cents heures en voyageant sur un chariot tire par des bœufs.
Longueur du corps, depuis l’exiréraité de la lèvre supérieure jusqu’à l’ori-
gine de bi queue 110 0
Hauteur du train de devant en ligne droite 3 10 9
Hauteur du tram de derrière en ligne droite 3 8 9
Longueur de la tète 240
Distance de la plus basse partie du ventre au terrain 110
Circonférence du corps derrière les épaules 9 2 o
Circonférence devant les jambes de derrière ..962
Circonférence du milieu du corps 115 0