DU KWAGGA OU COUAGGA
mitoyenne entre les chevaux et les ânes. Ainsi, je suis fort porté à croire que les couaggas ne sont qu’une race bâtarde de zèbres, qui, pour la figure et les caractères, tiennent quelque chose des deux espèces, dont ils tirent leur origine.
« Quoi qu’il en soit, on a beaucoup d’obligation à M. Gordon de nous les avoir fait connaître; car c’est lui qui m’en a envoyé le dessin et la description. Il en vit un jour deux troupes, l’une d’une dizaine de couaggas adultes, et l’autre composée uniquement de poulains qui couraient après leurs mères : il poussa son cheval entre ces deux troupes, et un des poulains ayant perdu de vue celle qui précédait, suivit aussitôt de lui-même le cheval, comme s’il eût été sa mère. Les jeunes zèbres en font autant en pareil cas. M. Gordon était alors dans le pays des Bosjemants, et fort éloigné de toute habitation : ainsi il fut obligé d’abandonner ce poulain ie lendemain faute de lait pour le nourrir, et il le laissa courir où il voulut. Il en a actuellement un autre qu’il réserve pour la ménagerie de monseigneur le prince d’Orange. N’ayant pas pu se procurer un couagga adulte, il n’a pu m’envoyer que le dessin d’un poulain : mais il me mande qu’il n’y a aucune différence entre un poulain et un couagga qui a fait toute sa crue, si ce n’est dans sa grandeur, qui égale celle d’un zèbre, et dans la tète qui est à proportion un peu plus grosse dans le couagga adulte. La différence qu’il y a entre les mâles et les femelles est aussi très-petite.
« Depuis que le Cap est habité, ces animaux en ont quitté les environs, et ils ne se trouvent plus que fort avant dans l’intérieur du pays. Leur cri est une espèce d’aboiement très-précipité, où l’on distingue souvent 1» répétition de la syllabe kwah, kwah. Les Hottentots trouvent leur chair fort bonne; mais elle déplaît aux paysans V hollandais par son goût fade.
« Le poulain qui est iei représenté avait, depuis le bout du museau jusqu’à la queue, trois pieds sept pouces et trois lignes : le train de devant était haut de deux pieds et dix pouces, et celui de derrière était plus bas d’un ponce: sa queue était longue de quatorze pouces. »
Voilà tout ce que M. Alhimand a pu recueillir sur l’iiistoire de cet animal; mais je ne puis m’empêcher d’observer qu’il paraît y avoir deux faits contraires dans le récit de M. Gordon : il dit en premier lieu que les paysans des terres du Cap attellent les couaggas à la charrette, et qu'ils tirent très-bien, et ensuite il avoue qu’il n'a pu se procurer un couagga adulte pour en faire le dessin ; il parait donc que ces animaux sont rares dans ces mêmes terres du Cap, puisqu’il n’a pu faire dessiner qu'un poulain. Si l’espèce était réduite en domesticité, il lui aurait été facile de se procurer un de ces animaux adultes. Nous espérons que ce naturaliste voyageur voudra bien nous donner de plus amples informations sur cet animal, qui me parait tenir au zèbre de |)lus près qu’aucun autre.