U HISTÜIHE NATURELLE 1>E LA BELETTE
sur ma tête, sur mou cou, tourne autour de mes bras, de mon corps, avec une légèreté et des agréments que je n’ai vus à aucun quadrupède. Je lui présente les mains à plus de trois pieds, il saute dedans sans jamais manquer. Il a beaucoup de finesse et singulièrement de ruses pour venir à ses fins, et semble ne vouloir faire ce qu’on lui défend que pour agacer : dès que vous ne le regardez plus, sa volonté cesse. Comme il ne semble jouer que pour plaire, seul il ne joue jamais,- et à chaque saut qu’il fait, à chaque fois qu’il tourne, il regarde si vous l’examinez : si vous cessez, il va dormir. Dans le temps qu’il est le plus endormi, le réveillez-vous, il entre en gaieté, agace et joue avec autant de grâce que si on ne l'eût pas éveillé : il ne montre d’humeur que lorsqu'on l’enferme ou qu’on le contrarie trop longtemps; et par de petits grognements, très-différents l’im de rautre, il montra sa joie et son humeur.
« Au milieu de vingt personnes, ce petit animal distingue ma voix, cherche à me voir, et saute par-dessus tout le monde pour venir à moi ; son jeu avec moi est plus gai, ses caresses sont plus pressantes; avec ses deux petites pattes, il me flatte le menton avec des grâces et une joie qui peignent le plaisir. Je suis la seule qu’il caresse de cette manière; mille autres petites préférences me prouvent qu’il m’est réellement attaché. Lorsqu’il me voit habiller pour sortir, il ne me quitte pas : quand avec peitie je m’en suis débarrassée, j’ai un petit meuble près ma porte, il va s’y cacher; et lorsque je passe, il saute si adroitement sur moi, que souvent je ne m’en aperçois pas.
« Il semble beaucoup tenir de l’écureuil par la vivacité, la souplesse, la voix, le petit grognement. Pendant les nuits d’été, il criait en courant, et était en mouvement presque toute la nuit : depuis qu’il fait froid, je ne l’ai point entendu. Quelquefois le jour, sur mon lit, lorsqu’il fait soleil, il tourne, se retourne, se culbute, et grogne pendant quelques instants. Son penchant à boire dans ma main où je mets très-peu de lait à la fois, et qu’il boit toujours en prenant les petites gouttes et les bords où il y en a le moins, semblerait annoncer qu'il boit de la rosée. Rarement il boit de l’eau, et ce n’est qu’au grand besoin, et à defaut de lait ; alors il ne fait que rafraîchir sa langue une fois ou deux : il paraît même craindre l’eau. Pendant les chaleurs, il s’épluchait beaucoup : je lui fis présenter de l’eau dans une assiette, je l’agaçai pour l'y faire entrer; jamais je n’y [ms réussir. Je fis mouiller uti linge et le mis près de lui ; il se roula dedans avec une joie extrême. Une singularité de ce charmant animal est sa curiosité; je ne puis ouvrir une armoire, une boîte, regarder un papier, qu’il ne vienne regarder avec moi. Si, pour me contrarier, il s’écarte ou entre dans quelques endroits où je crains de le voir, je prends un papier ou un livre que je regarde avec attention; aussitôt il accourt sur ma main et parcourt cc que je tiens avec un air de satisfaire sa curiosité. J’observerai encore qu’il joue avec un jeune chat et un jeune chien, l'un et l’autre déjà gros, se met autour de leur cou, de leurs pattes, sur leur dos, sans qu’ils se fassent de mal, etc. »
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