‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 216 sur 255 · L’AUROCHS, LE BISON ET LE ZÉBU · texte numérisé non relu

L’AUROCHS, LE BISON ET LE ZÉBU

Section des ruminants à cornes, genre cheval. (Cüvier*.)

Quoique le buffle soit aujourd’hui commun en Grèce et domestique en Italie, il n’était connu ni des Grecs ni des Romains; car il n’a jamais eu de

* On connaît maintenant sept espèces du genre bœuf ; ce sont : 1“ le buffle dont I’Akni est une variété; 2“ le buffle du cap de Bonne-Espérance; 3“ le buffle musqué de l'Amérique du Nord; 4” Vyak ou bauf à queue de cheval du Thibel, ainsi nommé à cause des longs crins qui garnissent sa croupe elsa queue; 5" le bison d’Amérique ou

AdoljjKe l)6xos BTiix-ellfs .

nom dans la langue de ces peuples : le mol même de buffU indique une origine étrangère, et n’a de racine ni dans la langue grecque ni dans la langue latine : en effet, cet animal est originaire des pays les plus chauds de l’Afrique et des Indes, et n’a été transporté et naturalisé en Italie que vers le septième siècle. C’est mal à propos que les modernes lui ont appliqué le nom de bubalus, qui, en grec et en latin, indique à la vérité un animal d’Afrique, mais très-différent du buffle, comme il est aisé de le démontrer par les passages des auteurs anciens. Si l’on voulait rapporter le bubalus à un genre, il appartiendrait plutôt à celui de la gazelle qu’à celui du bœuf ou du buffle. Bclon ayant vu au Caire un petit bœuf à bo.sse, différent du buffle et du bœuf ordinaire, imagina que ce petit bœuf pouvait être le bubalus des anciens; mais s’il eût soigneusement comparé les caractères donnés par les anciens au bubalus avec ceux de son petit bœuf, il aurait lui-même reconnu son erreur : et, d’ailleurs, nous pouvons en parler avec certitude, car nous avons vu vivant ce petit bœuf à bosse; et ayant comparé la description que nous en avons faite avec celle de Bclon, nous ne pouvons douter que ce ne soit le même animal. On le montrait à la foire à Paris, en IZSâ, sous le nom de zébu. Nous avons adopté ce nom pour désigner cet animal; car c’est une race particulière de bœuf et non |)as une espèce de buffle ou de bubalus.

Aristote, en faisant mention des bœufs, ne parle que du bœuf commun, et dit seulement que chez les Arachotas (aux Indes), il y a des bœufs sauvages qui diffèrent des bœufs ordinaires et domestiques, comme les sangliers diffèrent des cochons; mais dans un autre endroit que j'ai cité dans les notes ci-dessus, il donne la description d’un bœuf sauvage de Pœonie (province voisine de la Macédoine), qu’il appelle bonasus. Ainsi le bœuf ordinaire et le bonasus sont les seuls animaux de ce genre indiqués par Aristote; et ce qui doit parailre singulier, c’est que le bonasus, quoique assez amplement décrit par ce grand philosophe, n’a été reconnu par aucun des naturalistes grecs ou latins qui ont écrit après lui, et que tous n’ont fait que le copier sur ce sujet; en sorte qu’aujourd’hui meme l’on ne connaît encore que le nom du bonasus, sans savoir quel est l’animal subsistant aTiquel on doive l’appliquer. Cependant, si l’on fait attention qu’Aristote, en parlant des bœufs sauvages du climat tempéré, n’a indiqué que le bonasus, et qu’au contraire les Grecs et les Latins des siècles suivants n’ont plus parlé du bonasus, mais ont indiqué ces bœufs sauvages sous les nomsd wrMS et de ôtsore, on sera porté à croire que le bonasus doit être l’un ou l’autre de ces animaux; et en effet, l’on verra en comparant ce qu’Aristote dit du bonasus, avec ce que nous connaissons

huffalo-, 6" l'aurochs; 7“ le bœuf ordinaire, dont les zébus, o'u petits bœufs de l'Inde à une ou deux bosses, ne sont que des variétés. — Buffon ne parle ici que de trois de ces espèces, savoir : 1” du buffle proprement dit ; 2" de 1 aurochs, ainsi que du 6onasus d’Aristote ou taureau de Pironie et du bison des anciens, qu’il ne faut pas confondre avec le bison d’Amérique ou buffalo; 3” du zébu,

BUfFOx, tome vu.

658 niSTOlHl*: NATURELLIi

du bison, qiril esl plus que probable que ees deux noms ne désignent que le même animal. Jules César est le premier qui ait parlé de l’urus. Pline et Pausanias sont aussi les premiers qui aient annoncé le bison. Dès le temps de Pline, on donnait le nom de bubalus à lurus ou au bison; la confusion n'a fait qu’augmenter avec le temps; on a ajoute au bonasus, au bubalus, à l’urus, au bison, le catopkba, le thur, le bubalus de Delon, le bison d’Écosse, celui d’Amérique; et tous nos nalurairstes ont fait autant d’espèces différentes qu’ils ont trouvé de noms. La vérité est ici enveloppée de tant de nuages, environnée de tant d’erreurs, qu’on me saura peut-être quelque gré d’avoir entrepis d’éclaircir cette partie de I histoire naturelle, que la contrariété des témoignages, la variété des descriptions, la multiplicité des noms, la diversité des lieux, la différence des langues et l'obscurité des temps semblaient avoir condamnée à des ténèbres éternelles.

Je vais d’abord présenter le résultat de mon opinion sur ce sujet, après quoi j’en donnerai les preuves.

1° L'animal que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de buffle n’était point connu des anciens.

2" Ce buffle, maintenant domestique en Europe, est le même que le buffle domestique ou sauvage aux Indes et en Afrique.

5° Le bubalus des Grecs et des Domains n’est point le buffle ni le petit bœuf de Delon, mais l'animal que MM. de l’Académie des sciences ont décrit sous le nom de vache de Darbarie, et nous l'appellerons bubale.

4-“ Le petit bœuf de Delon, que nous avons vu et que nous nommerons zébu, n’est qu’une variété dans l’espèce du bœuf.

5“ Le bonasus d’Aristote est le même animal que le bison des Latins.

6° Le bison d’Amérique pourrait bien venir originairement du bison d’Europe.

7° Vurus ou aurochs est le même animal que notre taureau commun dans son étal naturel et sauvage.

8“ Enfin, le bison ne diffère de l’aurochs que par des variétés accidentelles, et par conséquent il est, aussi bien que l’aurochs, de la même espèce que le bœuf domestique; en sorte que je crois pouvoir réduire à trois toutes les dénominations et toutes les espèces prétendues des naturalistes, tant anciens que modernes, c’est-à-dire à celles du bœuf, du buffle et du bubale.

Je ne doute pas que quelques-unes des propositions que je viens d’énoncer ne paraissent des assertions hasardées, surtout aux yeux de ceux qui se sont occupés de la nomenclature des animaux et qui ont essayé d’en donner des listes : cependant il n’y a aucune de ces assertions que je ne sois en état de prouver; mais avant d’entrer dans les discussions critiques qu’exige chacune de ces propositions en particulier, je vais exposer les observations et les faits qui m’ont conduit dans celle recherche, et qui, m’ayant éclaire moi-mème, serviront egalement à éclairer les autres.

Il n’en est pas des animaux domestiques, à beaucoup d’égards, comme des animaux sauvages : leur nature, leur grandeur et leur forme sont moins

constantes et plus sujettes aux variétés, surtout dans les parties extérieures de leur corps; rinfluence du climat, si puissante sur toute la nature, agit avec bien plus de force sur des êtres captifs que sur des êtres libres; la nourriture préparée par la main de l'homme, souvent épargnée et mal choisie, jointe à la dureté d’un ciel étranger, produisent avec le temps des altérations assez profondes pour devenir constantes, en se perpétuant par les générations. Je ne prétends pas dire que cette cause générale d'altération soit assez puissante pour dénaturer essentiellement des êtres dont l’empreinte est aussi ferme que celle du moule des animaux; mais elle les change à certains égards, elle les masque et les transforme à l’extérieur ; elle supprime de certaines parties, ou leur en donne de nouvelles; elle les peint de couleurs variées ; et par son action sur l'habitude du corps, elle influe aussi sur le naturel, sur l'instinct et sur les qualités les plus intérieures : une seule partie modifiée dans un tout aussi parfait que le corps d’un animal suffit pour que tout se ressente, en effet, de celle altération ; et c’est par cette raison que nos animaux domestiques diffèrent presque autant par le naturel et l’instinct que par la figure de ceux dont ils tirent leur première origine.

La brebis nous en fournit un exemple frappant : cette espèce, telle qu’elle est aujourd'hui, périrait en entier sous nos yeux, et en fort peu de temps, si l’homme cessait de la soigner, de la défendre : aussi est-elle très-différente d’ellc-mêmc, très-inférieure à son espèce originaire. Mais pour ne parler ici que de ce qui fait notre objet, nous verrons combien de variétés les bœufs ont essuyées par les effets divers et diversement combinés du climat, de la nourriture et du traitement dans leur état d'indépendance et dans celui de domesticité.

La variété la plus générale et la plus remarquable dans les bœufs domestiques et même sauvages consiste dans cette espèce de bosse qu'ils portent entre les deux épaules. On a appelé bisons cette race de bœufs bossus, et l’on a cru jusqu’ici que les bisons étaient d’une espèce différente de celle des bœufs communs : mais comme nous sommes maintenant assurés que ces bœufs à bosse produisent avec nos bœufs, et que la bosse diminue dès la première génération et disparaît à la seconde ou à la troisième, il est évident que cette bosse n’est qu’un caractère accidentel et variable, qui n'empêche pas que le bœuf bossu ne soit de la même espèce que notre bœuf. Or, on a trouvé autrefois dans les parties désertes de l’Europe des bœufs sauvages, les uns sans bosse et les autres avec une bosse : ainsi cette variété semble être dans la nature même; elle parait provenir de l’abondance et de la qualité plus substantielle du pâturage et des autres nourritures; car nous avons remarqué sur les chameaux que quand ces animaux sont maigres et mal nourris, ils n’ont pas même l’apparence de la bosse. Le bœuf sans bosse se nommait vrochs et turochs dans la langue des Germains, et le bœuf sauvage à bosse se nommait visen dans cette même langue. Les Romains, qui ne connaissaient ni l’un ni l’autre de ces bœufs

saiivnges avant tie les avoir vus on Germanie, ont adopté ces noms : de vrochs, ils ont fait urus, et de visen, bison; et ils n’ont pas imagine que le bœuf sauvage décrit par Aristote, sous le nom de bonasus, pouvait être l’un ou l’autre de ces bœufs, dont ils venaient de latiniser et de gréciser les noms germains.

Une autre différence qui se trouve entre l’aurochs et le bison est la longueur du poil ; le cou, les épaules, le dessous de la gorge dans le bison sont couverts de poils très-longs; au lieu que dans l’aurochs, toutes ces parties ne sont revêtues que d’un poil assez court et semblable à celui du corps, à l'exception du front, qui est garni de poil crépu. Mais celte différence du poil est encore plus accidentelle que celle de la bosse, et dépend de même de la nourriture et du climat, comme nous l’avons prouvé pour les chèvres, les moutons, les chiens, les chats, les lapins, etc. Ainsi, ni la bosse ni la différence dans la longueur et la quantité du poil ne sont des caractères spécifiques, mais de simples variétés accidentelles qui ne divisent pas l’unité de l’espèce.

Une variété plus étendue que les deux autres, et à laquelle il semble que les naturalistes aient donné de concert plus de caractère qu’elle n’en mérite, c’est la forme des cornes : ils n’ont pas fait attention que dans tout notre bétail domestique, la figure, la grandeur, la position, la direction, et même le nombre des cornes, varient si fort qu’il serait impossible de prononcer quel est pour celte partie le vrai modèle de la nature, ün voit des vacbes dont les cornes sont plus courbées, plus rabaissées, presque pendantes; d’autres qui les ont plus droites, plus longues, plus relevées. Il y a des races entières de Irrebis qui ont des cornes, quelquefois deux, quelquefois quatre, etc. 11 y a des races de vaches qui n’en ont point du tout, etc. Ces parties extérieures, et, pour ainsi dire, accessoires au corps de ces animaux, sont tout aussi peu constantes que les couleurs du poil, qui, comme l’on sait, varient et se combinent de toutes façons dans les animaux domestiques. Celle différence dans la figure et la direction des cornes, qui est si ordinaire et si fréquente, ne devait donc pas être regardée comme un caractère distinctif des espèces : ceiiendant, c’est sur ce seul caractère que nos naturalistes ont établi leurs espèces, et comme Aristote, dans l’indication qu’il donne du bonasus, dit qu’il a les cornes courbées en dedans, ils ont séparé le bonasus de tous les autres bœufs, cl en ont fait une espèce particulière à la seule inspection des coines et sans en avoir jamais vu l’individu. Au reste, nous citons sur cette variation des cornes, dans le bétail domestique, les vaches et les brebis, plutôt que les taureaux et les béliers, parce que les femelles sont ici beaucoup plus nombreuses que les mêles, et que partout on peut observer trente vaches ou brebis pour un taureau ou un bélier.

La mutilation des animaux par la castration semble ne faire tort qu’à l'individu et ne paraît pas devoir influer sur l’espèce; cependant il est sûr que cet usage restreint d'un côté la nature et l’affaiblit de l’autre : un seul

mâle condamné à irente ou quarante femelles ne peut que s'épuiser sans les satisfaire; et dans raccouplcment l’ardeur est inégale, plus faible dans le mâle qui jouit trop souvent, trop forte dans la femelle qui ne jouit qu’un instant : dès lors toutes les productions doivent tendre aux qualités féminines; l’ardeur de la mère étant au moment de la conception plus forte que celle du père, il naîtra plus de femelles que de mâles; et les mâles mêmes tiendront beaucoup plus de la mère que du père. C’est sans doute par cette cause qu’il riait plus de filles que de garçons dans les pays où les hommes ont un grand nombre de femmes, au lieu que dans tous ceux où il n’est pas permis d’en avoir plus d’une, le mâle conserve et réalise sa supériorité, en produisant en effet plus de mâles que de femelles. Il est vrai que dans les animaux domestiques, on choisit ordinairement parmi les plus beaux ceux que l’on soustrait à la castration, et qu’on destine à devenir les pères d’une si nombreuse génération. Les premières productions de ce mâle choisi seront, si l’on veut, fortes et vigoureuses : mais à force de tirer des copies de ce seul et même moule, l’empreinte se déforme, ou du moins ne rend pas la nature dans toute sa perfection : la race doit par conséquent s’affaiblir, se rapetisser, dégénérer; cl c’est peut-être par cette raison qu’il se trouve plus de monstres dans les animaux domestiques que dans les animaux sauvages, où le nombre des mâles qui concourent à la génération est aussi grand que celui des femelles. D'ailleurs, lorsqu’il n’y a qu'un mâle pour un grand nombre de femelles, elles n’ont pas la liberté de consulter leur goût; la gaieté, les plaisirs libres, les douces émotions leur sont enlevées; il ne reste rien de piquant dans leurs amours; elles souffrent de leurs feux; elles languissent en attendant les froides approches d’un rnâle qu’elles n’ont pas choisi, et qui souvent ne leur convient pas, et qui toujours les (latte moins qu’un autre qui se serait fait préférer. De ces tristes amours, de CCS accouplements sans goût, doivent naître des productions aussi tiistcs, des êtres insipides qui n’auront jamais ni le courage, ni la fierté, ni la force que la nature n’a pu propager dans chaque espèce qu’en laissant à tous les individus leurs facultés tout entières, et surtout la liberté du choix et même le hasard des rencontres. On sait par l’exemple des chevaux que les races croisées sont toujours les plus belles; on ne devrait donc pas borner dans notre bétail les femelles à un seul mâle de leur pays, qui lui-mème ressemble déjà beaucoup à sa mère, et qui par conséquent, loin de relever l’espèce, ne peut que continuer à la dégrader. Les hommes ont préféré dans cette pratique leur commodité aux autres avantages; nous n’avons pas cherché à maintenir, à embellir la nature, mais à nous la soumettre et en jouir |)lus despotiquement ; les mâles représentent la gloire de l’espèce; ils sont plus courageux, plus fiers, toujours moins soumis; un grand nombre de mâles dans nos troupeaux les rendrait moins dociles, plus difficiles à conduire, à garder : il a fallu même, dans ces esclaves du dernier ordre, supprimer toutes les tètes qui pouvaient s’élever.

A toutes ces causes de dégénération dans les animaux domestiques, nous devons encore en ajouter une autre, qui seule a dû produire plus de variétés que toutes les autres réunies : c’est le transport que l’homme a fait, dans tous les temps, de ces animaux, de climat en climat. Les bœufs, les brebis et les chèvres ont été portés et se trouvent partout j partout aussi ces espèces ont subi les influences du climat; partout elles ont pris le tempérament du ciel et la teinture de la terre; en sorte que rien n'est plus difficile que de reconnaître dans ce grand nombre de variétés celles qui s’éloignent le moins du type de la nature : je dis celles qui s’éloignent le moins, car il n’y en a peut-être aucune qu’on puisse regarder comme une copie parfaite de celte première empreinte.

Après avoir exposé les causes générales de variété dans les animaux domestiques, je vais donner les preuves particulières de tout ce que j’ai avancé au sujet des bœufs et des buffles. J’ai dit : 1° Que l’animal que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de buffle n’étaü pas connu des anciens Grecs ni des Romains. Cela est évident, puisque aucun de leurs auteurs ne l’a décrit, qu’on ne trouve même dans leurs ouvrages aucun nom qu’on puisse lui appliquer, et que d’ailleurs on sait, par les Annales d'Italie, que le premier buffle y fut amené vers la fin du sixième siècle, l'an 595.

2“Le buffle maintenant domestique en Europe est le même que le buffle sauvage ou domestique aux Indes et en Afrique. Ceci n’a besoin d’autres preuves que de la comparaison de notre description du buffle, que nous avons vu vivant, avec les notices que les voyageurs nous ont données des buffles de Perse, du Mogol, de Bengale, d’Égypte, de Guinée, et du cap de Bonne- Espérance; on verra que dans tous ces pays cet animal est le même, et qu’il ne diffère de notre buffle que par de très-légères différences.

3" Le bubalus des Grecs et des Latins nest point le buffle ni le petit bœuf de Selon-, mais Vanimal que MM. de l’Académie ont décrit sous le nom de vache de Barbarie. 'Voici mes preuves : Aristote met le bubalus avec les cerfs et les daims, et point du tout avec les bœufs ; ailleurs il le cite avec les chevreuils, et dit qu’il se défend mal avec ses cornes, et qu’il fuit les animaux féroces et guerriers. Pline, en parlant des bœufs sauvages de Germanie, dit que c’est par ignorance (|ue le vulgaire donne le nom de bubalus à ces bœufs, attendu que le bubalus est un animal d’Africpie, qui ressemble en (|uelque façon à un veau ou à un cerf. Le bubalus est donc un animal timide, auquel les cornes sont inutiles, qui n’a d’autre ressource que la fuite pour éviter les bêtes féroces, qui par conséquent a de la légèreté, et tient pour la figure de celle du cerf : tous ces caractères, dont aucun ne convient au buffle, se trouvent parfaitement réunis dans l'animal dont Horace Foniana envoya la figure à Aldrovande, et dont MM. de l’Académie ont donné aussi la figure et la description sous le nom de vache de Barbarie; et iis ont pensé, comme moi, que c'était le bubalus des anciens. Le zébu ou petit bœuf de Belon n’a aucun des caractères du bubalus ; il en diffère presque autant qu’un bœuf difi'ère d'une gazelle : aussi Belon est le seul de tous les

naturalistes qui ait regardé son petit bœuf comme le bubalus des anciens.

4° Ce petit bœuf de Belon nest qu’une variété de l’espèce du bœuf ; nous le prouverons aisément, en renvoyant seulement à la figure de cet animal, donnée par Belon, Prosper Alpin, Edwards, et à la description que nous en avons faite nous-mêmes; nous l’avons vu vivant : son conducteur nous dit qu’il venait d’Afrique, qu’on l’appelait zébu, qu'il était domestique, et qu’on s’en servait pour monture. C’est eu effet un animal très-doux et même fort caressant, d’une figure agréable, quoique massive et un peu trop carrée; cependant il est en tout si semblable à un bœuf, que je ne puis en donner une idée plus juste, qu’en disant que si l’on regardait un taureau de la plus belle forme et du plus beau poil avec un verre qui diminuât les objets de plus de moitié, cette figure rapetissée serait celle du zébu.

On peut voir dans la note ci-dessous * la description que j’ai faite de cet

‘Cepetit bœuf ressemble parfaitement à celui de Belon; il a la croupe plus ronde et plus pleinequc celle des bœufs ordinaires ; ilestsi doux, si familier, qu’il lèchccomtne un chien et fait des caresses à tout le monde; c’est un très-joli animal, qui paraît avoir autant d’intelligence que de docilité. Son conducteur nous dit qu’il venait d’Afrique, et qu’il était âgé de vingt et un mois; il était de couleur blanche, mêlée de jaune et d'un peu de rouge; les pieds étaient tout blancs; le poil, sur l'épine du dos, était couleur noirâtre, de la largeur d’environ un pied, la queue de meme couleur. Au milieu de celle bande noire, il y avait sur la croupe une petite raie blanche dont les poils étaient hérissés et relevés en haut; il n’avait point de crinière, et le poil du toupet était très-petit, le poil du corps fort ras. Il avait cinq pieds sept pouces de longueur, mesuré en ligne droite, depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue ; cinq pieds un pouce de circonférence pri.se derrière les jambes de devant, cinq pieds dix pouces au milieu du corps sur le nombril, et cinq pieds un pouce au-dessus des jambes de derrière. La tète avait deux pieds dix pouces de circonférence prise devant les cornes; le museau un pied trois pouces de circonférence prise derrière les naseaux ; la fente de la gueule fermée n’était que de onze pouces ; les naseaux avaient deux pouces de longueur et un pouce de largeur ; il y avait dix pouces depuis le bout du museau jusqu’à l’œil; lesyeux étaient éloignés l’un de l’autre de six pouces en suivant la courbure de la tête, et en ligne droite de cinq pouces ; l’œil avait deux pouces et demi de longueur d’un angle à l’autre ; l’angle postérieur de l’œil était éloigné de l'ouverture de l'oreille de quatre pouces ; les oreilles étaient situées derrière et un peu à côté des cornes ; elles avaient six pouces dix lignes de longueur prises par derrière, neuf pouces trois lignes de circonférence à la racine, et quatre pouces quatre lignes de largeur à la base en suivant la courbure ; il y avait quatre pouces trois lignes de distance entre les deux cornes; elles avaient un pied deux pouces de longueur et six de circonférence à la base, et seulement un pouce et demi à six lignes de distance de leur extrémité, elles étaient de couleur de corne ordinaire et noires vers le bout; il y avait un pied sept pouces de distance enlie les deux extrémités des cornes; la didance entre les oreilles et les cornes était de deux pouces deux lignes; la longueur de la tète depuis le bout du museau jusqu a l épaule était de deux pieds quatre pouces six lignes ; le fanon pendait de trois pouces et demi au milieu du cou, et seulement d’un pouce trois lignes sous le sternum ; le cou avait trois pieds neuf pouces de circonférence prise précisément devant la bosse ou loupe, qui était exactement sur les épaules, au délaul du cou, à un pied et un pouce de

animal, lorsque je le vis en 1752 : elle s’accorde irès-bicn avec la figure et la description de Delon, que nous avons cru devoir rapporter aussi, afin qu on puisse les comparer. Prosper Alpin, qui a donné une notice et une figure de cet animal, dit qu’il se trouve en Égypte : sa description s’accorde encore avec la notre et avec celle de Belon ; les seules difl’érences qu’on puisse remarquer dans toutes trois ne tombent que sur les couleurs des cornes et du poilj le zébu de Belon était fauve sous le ventre et brun sur le dos avec les cornes noires; celui ilc Prosper Alpin était roux, marqué de petites taches, avec les cornes de couleur ordinaire; le nôtre était d’un fauve pâle, presque noir sur le dos, avec les cornes aussi de couleur ordinaire, c’est-à-dire de la même couleur que les cornes de nos bœufs. Au reste, les figures de Belon et de Prosper Alpin pèchent en ce que la loupe ou bosse que cet animal porte sur les épaules n’y est pas assez marquée : le contraire se trouve dans la figure qu’Edwards a nouvellement gravée de ce même animal, sur un dessin qui lui avait été communiqué par Hans Sloanc ; la bosse est trop grosse, et d'ailleurs la figure est incomplète en ce qu’elle a vraisemblablement été dessinée sur un animal fort jeune, dont les cornes étaient encore naissantes : il venait des Indes orientales, dit Edwards, où 1 on se sert de ces petits bœufs comme nous nous servons des chevaux. 11 est clair par toutes ces indications, et aussi par la variété du poil et par la douceur du naturel de cet animal, que c’est une race de bœufs à bosse, qui a pris son origine dans l’état de domesticité , où l’on a choisi les plus petits individus de l’espèce pour les propager; car nous verrons qu’en général les bœufs à bosse domestiques sont, comme nos bœufs domestiques, jilus petits que les sauvages, et ces faits seront confirmés par les témoignages des voyageurs que nous citerons dans la suite de cet article.

distance des cornes. Celte bosse était de chair en entier ; elle avait un pied de longueur mesurée en ligne droite, sept pouces de hauteur perpendiculaire et six pouces d épaisseur ; le poil qui couvrait le dessus de cette bosse était noirâtre cl d’un pouce et demi de longueur ; les jambes de devant avaient quatre pouces neuf lignes de longueur depuis le coude jusqu au poignet ; le coude a un pied six pouces de circonférence ; le bras onze pouces de circonférence ; le canon avait huit pouces de longueur et cinq pouces quatre lignes de circonférence à l'endroit Icplusmince; lacornedciix pouces quatre lignes de longueur, et l’ergot un pouce ; la jambe de derrière avait un pied deux pouces et demi de longueur, et onze pouces trois lignes de circonférence à 1 endroit le plus petit ; le jarret quatre pouces trois ligues de largeur; le canon un pied de longueur, cinq pouces huit lignes de circonférence, prise au plus mince, et deux pouces et demi de largeur; la queue avait deux pieds trois lignes jusqu’au bout des vertèbres, et deux pieds dix pouces et demi jusqu’au bout des poils qui touchaient

à terre ; les plus longs poils de la queue avaient un pied trois pouces; la queue huit pouces de circonférence à la base ; les bourses étaient éloignées de l’anus d’un pied et demi en suivant la courbure du bas-ventre ; les testicules n’élaicnl pas encore descendus dans les bourses, qui, cependant, pendaient de deux pouces et demi ; il y avait quatre mamelles situées comme celles du taureau ; la verge était d'un pied de longueur depuis les bourses jusqu’au bout du fourreau.

DU BUFFLE, DU BONASUS, ETC. GiS

0° Le bonasus d'Aristote est le même que le bison des Latins *. Cette proposition ne peut être prouvée sans une discussion critique, dont j’épargnerai le détail à mon lecteur. Gessner, qui était aussi savant littérateur que bon naturaliste, et qui pensait, comme moi, que le bonasus pourrait bien être le bison, a examiné et discuté plus soigneusement que personne les notices qu’Aristote donne du bonasus, et il a en même temps corrigé plusieurs expressions de la traduction de Théodore Gaza, que cependant tous les naturalistes ont suivie sans examen. En me servant de scs lumières, et en supprimant des notices d’Aristote ce qu’elles ont d’obscur, d’opposé et même de fabuleux, il m’a paru qu’elles se réduisaient à ce qui suit : l^e bonasus est un bœuf sauvage de Pœonie; il est au moins aussi grand qu’un taureau domestique et de la même forme j mais son cou est, depuis les épaules jusque sur les yeux, couvert d’un long poil bien plus doux que le crin du cheval. 11 a la voix du bœuf, les cornes assez courtes et courbées en bas autour des oreilles; les jambes couvertes de longs poils, doux comme la laine, et la queue assez pcîtite pour sa grandeur, quoique au reste semblable à celle du bœuf. 11 a, comme le taureau, l’habitude de faire de la poussière avec les pieds; son cuir est dur, et sa chair tendre et bonne à manger. Par ces caractères qui sont les seuls sur lesquels on puisse tabler dans les notices d’Aristote, on voit déjà combien le bonasus approche du bison. Tout convient en effet à cet animal, à l’exception de la forme des cornes ; mais comme nous l’avons dit, la ligure des cornes varie beaucoup dans ces animaux, sans «m’ils cessent pour cela d'être de la même espèce. JNous avons vu des cornes ainsi courbées, qui provenaient d’un bœuf bossu d’Afrique, et nous prouverons tout à l’heure que ce bœuf à bosse n’est autre chose que le bison. Nous pouvons aussi confirmer ce que nous venons de dire, par la comparaison des témoignages des auteurs anciens. Aristote donne le bonasus pour un bœuf de Pœonie; et Pausanias, en parlant des taureaux de Pœonie, dit en deux endroits différents que ces taureaux sont des bisons; il dit même expressément que les taureaux de Pœonie qu’il a vus dans les spectacles de Borne avaient des poils irès-longs sur la poitrine et autour des mâchoires. Enfin, Jules César, Pline, Pausanias, Solin, etc., ont tous, en parlant des bœufs sauvages, cité l’aurochs et le bison ; ils n’ont rien dit du bonasus. Il faudrait donc supposer qu’en moins de quatre ou cinq siècles l’espèce du bonasus se serait perdue, si l’on ne voulait pas concevoir que ces deux noms bonasus et bison n’indiquent le même animal.

(>“ Les bisons d’Amérique pourraient bien venir originairement des bisons d’Europe. Nous avons déjà jeté les fondements de cette opinion dans notre discours sur les animaux des deux continents. Ce sont les expériences faites par M. de la Nux qui nous ont éclairé; il nous a appris que les bisons ou bœufs à bosse des Indes et de l’Afrique produisent avec les taureaux et

* Le bonasus d’Aristote est le même que le bison des Latins; mais Cuvier les rapporte tous deux à l’espèce de l’aurochs.

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vaches de l’Europe, et que la bosse n’est qu'un caractère accidentel qui diminue dès la première génération et disparaît à la seconde ou à la troisième. Puisque les bisons des Indes sont de la même espèce que nos bœufs, et ont par conséquent une même origine, n’est-il pas naturel d’étendre cette même origine au bison d’Amérique? Rien ne s’oppose à cette supposition : tout semble au contraire concourir à la prouver. Les bisons paraissent être originaires des pays froids et tempérés; leur nom est tiré de la langue des Germains; les anciens ont dit qu’ils se trouvaient dans la partie de la Germanie voisine de la Seytbie ; actuellement on trouve encore des bisons dans le nord de l’Allemagne, en Pologne, en Écosse : ils ont donc pu passer en Amérique, ou en venir comme les autres animaux qui sont communs aux deux continents. La seule différence qui se trouve entre les bisons d’Europe et ceux d’Amérique, c’est que ces derniers sont plus petits : mais celte différence même est une nouvelle présomption qu’ils sont de la même espèce; car nous avons vu que généralement les animaux domestiques ou sauvages, qui ont passé d’eux-mémes ou qui ont été transportes en .Amérique, y sont tous devenus plus petits, et cela sans aucune exception : d’ailleurs, tous les caractères, juscpi’à ceux de la bosse et des longs poils aux parties antérieures, sont absolument les mômes dans les bisons de l’Amérique et dans ceux de l’Europe; ainsi nous ne pouvons nous refuser à les regarder non-seulelement comme des animaux de la même espèce, mais encore de la même race

7“ L urus ou Vaurochs est le même animal que notre taureau commun dans son état naturel et sauvage. Ceci peut se prouver d’abord par la comparaison de la figure et de l’habitude entière du corps de l’aurochs, qui est absolument semblable à celle de notre taureau domestique; l’aurochs est seulement plus grand et plus fort, comme tout animal qui jouit de sa liberté l’emportera toujours par la grandeur et la force sur ceux qui depuis longtemps sont réduits à l’esclavage. L’aurochs se trouve encore dans quelques provinces du Nord. On a quelquefois enlevé de jeunes aurochs à leur mère ; et les

* Comme j'étais sur le point de donner cet article à l'impression, M. le marquis de Montmirail m'a envoyé une traduction par extrait d'un voyage en l»eusylvanie, par M. Kalm, dans laquelle se trouve le passage suivant, qui confirme pleinement tout ce que j avais pensé d avance sur le bison d’.Amérique : « Plusieurs personnes con- « sidérabies ont élevé des petits de bœufs et vaches sauvages qui se trouvent dans la « Caroline et dans les autres pays aussi méridionaux que la Pensylvanie. Ces petits « bœufs sauvages se sont apprivoisés; il leur restait cependant assez de férocité pour « percer toutes les haies qui s’opposaient à leur passage; ils ont tant de force dans la « tête, qu’ils renversaient les pallissades de leur parc pour aller faire ensuite toutes 8 sortes de ravages dans les champs semés; cl quand ils avaient ouvert le chemin,

« tout le troupeau des vaches domestiques les suivait : ils s’accouplaient ensemble,

« et cela a formé une autre espèce, a Voyage de M. Pierre Kahn, professeur à Abu, et membre de l'Académie des sciences de Suède, dans l’Amérique septentrionale. Gottingue, 1757, page 360.

ayant élevés, ils ont produit avec les taureaux et vaches domestiques : ainsi l’on ne peut douter qu’ils ne soient de la môme espèce.

S^En/în, le bison ne diffère de ï aurochs que par des variétés accidentelles, et par conséquent ils sont tous deux de la même espèce que le bceuf domestique. La bosse, la longueur et la qualité du poil, la forme des cornes, sont les seuls caractères par lesquels on puisse distinguer le bison de l’aurochs ; mais nous avons vu que les bœufs à bosse produisent avec nos bœufs; nous savons d’ailleurs que la longueur et la qualité du poil dépendent dans tous les animaux de la nature du climat ; et nous avons remarqué que dans nos bœufs, chèvres et moutons, la forme des cornes est ce (ju’il y a de moins constant. Ces différences ne suffisent donc pas pour établir deux espèces distinctes : et puisque notre bœuf domestique d’Europe produit avec le bœuf bossu des Indes, on ne peut douter qu'à plus forte raison il ne produise avec le bison ou bœuf bossu d’Europe. Il y a dans les variétés presque innombrables de ces animaux, sous les différents climats, deux races primitives, toutes deux anciennement subsistantes dans l’étal de nature : le bœuf à bosse ou bison, et le bœuf sans bosse ou l’aurochs. Ces races se sont soutenues, soit dans l’état libre et sauvage, soit dans celui de domesticité, et se sont répandues ou plutôt ont été transportées par les hommes dans tous les climats de la terre : tous les bœuls domestiques sans bosse viennent originairement de l’aurochs, et tous les bœufs à bosse sont issus du bison. Pour donner une idée juste de ces variétés, nous ferons une courte énumération de ces animaux, tels qu’ils se trouvent actuellement dans les différentes parties de la terre.

A commencer par le nord de l’Europe, le peu de bœufs et de vaches qui subsistent en Islande sont dépourvus de cornes, quoiqu’ils soient de la même race que nos bœufs. La grandeur de ces animaux est plutôt relative à l’abondance et à la qualité des pâturages qu’à la nature du climat. Les Hollandais ont souvent fait venir des vaches maigres de Danemarck, (jui s’engraissent dans leurs prairies et qui donnent beaucoup de lait : ces vaches de Danemarck sont plus grandes que les nôtres. Les bœufs et vaches de l’Ukraine, dont les pâturages sont excellents, passent pour être les plus gros de l’Europe : ils sont aussi de la même race que nos bœufs. En Suisse, où les têtes des premières montagnes sont couvertes d’une verdure abondante et fleurie, qu’on réserve uniquement à l’entretien du bétail, les bœufs sont une fois plus gros qu’en France, où communément on ne laisse à ces animaux que les herbes grossières dédaignées par les chevaux. Du mauvais foin, des feuilles sont la nourriture ordinaire de nos bœufs pendant I hivcr, et au printemps, lorsqu ils auraient besoin de se reluire, on les exclut des piairics . ils souffrent donc encore plus au printemps que pendant 1 hiver, cai on ne leur donne presciue rien à l’élablc,et on les conduit sur les chemins, dans les champs en repos, dans les bois, toujours a des distances éloignées et sur des terres stériles, en sorte qu’ils se fatiguent plus qu ils ne se nourrissent. Enfin, on leur permet en été d'entrer dans les prairies : mais elles sont dépouillées.

clics sont encore brûlantes de la faux ; et comme les sécheresses sont es plus grandes dans ce temps et que l’herbe no peut se renouveler, il se louve que dans toute l’annce il n’y a pas une seule saison où ils soient largement m convenablement nourris; c’est la seule cause qui les rend faibles, cnet.ls et de petite stature : car en Espagne et dans quelques cantons de nos provinces de France, où l’on a des pâturages vifs et uniquement réservés aux nœuls, ils y sont beaucoup plus gros et plus forts.

En Barbarie et dans la plupart des provinces de rxifrique où les terrains .sont secs et les pâturages maigres, les bœufs sont encore plus petits, et les \ac les i onnciu beaucoup moins de lait que les nôtres^ et la plupart perdent eur lait avec leur veau. Il en est de même de quelques parties de la Perse,

I e la basse Ethiopie et de la grande Tartarie, tandis que dans les mêmes pays, a d assez petites distances, comme en Calmouquie, dans la haute Abyssinie, les boeufs sont d’une prodigieuse grosseur. Cette

< dîerence dépend donc beaucoup plus de rabondaii.ee de la nourriture que

< e la température du climat ; dans le Nord, dans les régions tempérées et • ans les pays chauds, on trouve également, et à de très-petites distances,

I es iKBu s petits ou gros, selon la quantité des pâturages et l’usage plus ou moins libre de la pâture.

La race de I aurochs ou du bœuf sans bosse occupe les zones froides et lemperees ; elle ne s’est pas fort répandue vers les contrées du Midi : au contraire, la race du bison ou bœuf à bosse remplit aujourd'hui toutes les piovinces méridionales. Dans le continent entier des grandes Indes, dans les I es des mers orientales et méridionales, dans toute l’Afrique, depuis le mont 1, Ronne-Espérance, on ne trouve pour ainsi dire que

I CS bœufs à bosse, et il parait même que cette race, qui a prévalu dans tous les pays chauds, a plusieurs avantages sur l’autre. Ces bœufs à bosse ont, comme le bison, duquel ils sont issus, le poil beaucoup plus doux et plus lustre que nos bœufs, qui, comme l’aurochs, ont le poil dur et assez peu lourni. Ces bœufs à bosse sont aussi plus légers à la course, plus propres à suppléer au service du cheval, et en même temps, ils ont un naturel moins brut et moins lourd que nos bœufs; ils ont plus d’intelligence et de docilité plus de qualités relatives et senties dont on peut tirer parti : aussi sont-ils traites dans leur pays avec plus de soin que nous n’en donnons à nos plus beaux chevaux. La considération que les Indiens ont pour ces animaux est SI grande, quelle a dégénéré en superstition, dernier terme de l’aveugle respect. Le bœuf, comme I animal le plus utile, leur a paru le plus digne d’être lévéré : de 1 objet de leur vénération, ils ont fait une idole, une espèce de divinité bienfaisante et puissante ; car on veut que tout ce qu’on respecte soit grand et puisse faire beaucoup de mal ou de bien.

Ces bœufs à bosse varient peut-être encore plus que les nôtres pour les couleurs du poil et la ligure des cornes. Les plus beaux sont tout blancs, comme les bœufs de Lombardie. Il y en a qui .sont dépourvus de cornes,

•1 y en a qui les ont fort relevées, et d’autres si rabaissées qu’elles sont

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presque pendantes. Il parait même qu’on doit diviser cette race première de bisons ou boeufs à bosse en deux races secondaires, l’une très-grande et l'autre très-petite; et cette dernière est celle du zébu. Toutes deux se trouvent à peu près dans les mêmes elimats, et toutes deux sont egalement douces et faciles à conduire; toutes deux ont le poil fin et la bosse sur le dos : cette bosse ne dépend point de la conformation de l'épine ni de celle des os des épaules; ce n’est qu’une excroissance, une espèce de loupe, un morceau de chair tendre, aussi bonne à manger que la langue du bœuf. Les loupes de certains bœufs pèsent jusqu’à quarante et cinquante livres; sur d’autres elles sont bien plus petites. Quelques-uns de ces bœufs ont aussi des cornes prodigieuses pour la grandeur, nousen avons une au Cabinet du Roi de trois pieds et demi de longueur et de sept pouces de diamètre à la base. Plusieurs voyageurs assurent en avoir vu, dont la capacité était assez grande pour contenir quinze et même vingt pintes de liqueur.

Dans toute l’Afrique, on ne connaît point l'usage de la castration du gros bétail ; et on le pratique peu dans les Indes. Lorsqu’on soumet les taureaux à celte opération, ce n’est point en leur retranebant, mais en leur comprimant les testicules; et quoique les Indiens aient un assez grand nombre de ces animaux pour traîner leurs voitures et labourer leurs terres, ils n’en élèvent pas à beaucoup prés autant que nous. Comme dans tous les pays ebauds, les vaches ont peu de lait; quoiqu’on n’y connaisse guère le fromage et le beurre, et que la chair des veaux ne soit pas aussi bonne qu’en Furopc, on multiplie moins les bêles à cornes. D’ailleurs, toutes ces provinces de l’Afrique et de l'yVsic méridionale étant beaucoup moins peuplées que notre Furope, on y trouve une grande quantité de bœufs sauvages, dont on prend les petits; ils s’apprivoisent d’eux-mèmes et se soumettent sans aucune résistance à tous les travaux domestiques; ils deviennent si dociles, qu’on les conduit plus aisément que des chevaux; il ne faut que la voix de leur niaitre pour les diriger et les faire obéir; on les soigne, on les caresse on les panse, on les ferre, on leur donne une nourriture abondante et choisie. Ces animaux élevés ainsi paraissent être d'une autre nature que nos bœufs qui ne nous connaissent que par nos mauvais traitements : l’aiguillon, le bâton, la disette les rendent stupides, récalcitrants et faibles. Fn tout comme l’on voit, nous ne savons pas assez que pour nos propres intérêts il faudrait mieux traiter ce qui dépend de nous. Les hommes de l’état inférieur cl les peuples les moins polices semblent sentir mieux que les autres les lois de l’égalité et les nuances de l’inégalité naturelle : le valet d’un fermier est, pour ainsi dire, de pair avec son maître; les chevaux des Arabes, les bœufs des Hottentots sont des domestiques chéris, des comjiagnons d’exercice, des aides de travail, avec lesquels on partage l’habitalion, le lit, la table. L’homme par cette communauté s'avilit moins que la béte ne s’élève et s’humanise : elle devient affectionnée, sensible, intelligente; elle fait là par amour tout ce qu’elle ne fait ici que par la crainte : elle fait beaucoup plus; car comme sa nature s’est élevée par la douceur de

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I éducation et par ia continuité des attentions, elle devient capable de choses presque liuinaincs ; les Hottentots élevent des bœufs pour la guerre, et s'en servent à peu près comme les Indiens des éléphants j ils instruisent ces bœufs à garder les troupeaux, à les conduire, à les tourner, les ramener, les défendre des étrangers et des bêtes feroces ; ils leur apprennent à connaître I ami et l'ennemi, à entendre les signes, à obéir à la voix, etc. Les hommes les plus stupides sont, comme Ton voit, les meilleurs précepteurs de bêles; pourquoi l’homme le plus éclairé, loin de conduire les autres hommes, a-t-il tant de peine à se conduire lui-même ?

Toutes les parties méridionales de l’Afrique et de l’Asie sont donc peuplées de bœufs à bosse ou bisons, parmi lesquels il se trouve de grandes variétés pour la grandeur, la couleur, la figure des cornes, etc. : au contraire, toutes les contrées septentrionales de ces deux parties du monde et l'Europe entière, en y comprenant même les îles adjacentes, jusqu'aux Açores, ne sont peuplées que de bœufs sans bosse, qui tirent leur origine de l'aurochs; et de la même manière que l’aurochs, qui est notre bœuf dans son état sauvage, est plus grand et plus fort que nos bœufs domesti(|ucs, le bison ou bœuf à bosse sauvage est aussi plus fort et beaucoup plus grand que le bœuf domestique des Indes : il est aussi quelquefois plus petit, cela dépend tmiquement de l’abondance de la nourriture. Au Malabar, au Canada en Abyssinie, à iMadagascar, où les prairies naturelles sont spacieuses et abondantes, on ne trouve que des bisons d’une grandeurprodigieiise : en Afrique et dans l’Arabie Pélrée, où les terrains sont secs, on trouve des zébus ou bisons de la plus petite taille.

L’Amérique est actuellement peuplée partout de bœufs sans bosse, que les Espagnols et les autres Européens y ont successivement transportés. Ces bœufs se sont multipliés et sont seulement devenus plus petits dans ces terres nouvelles. L’espèce en était absolument inconnue dans l’Amérique méridionale; mais dans toute la partie septentrionale jusqu’à la Floride, la Louisiane, cl même jusqu’auprès du Mexique, les bisons ou bœufs à bosse se sont trouvés en pnde quantité. Ces bisons, qui habitaient autrefois les bois de la Germanie, de l'Ecosse et des autres terres de notre Nord, ont probablement passé d’un continent à l'autre; ils sont devenus, comme’lous les autres animaux, plus petits dans ce nouveau monde; et selon qu’ils se sont habitués dans des climats plus ou moins froids, ils ont conservé des fourrures plus ou moins chaudes ; leur poil est plus long et plus fourni, leur barbe plus longue à la baie de Hudson qu’au Mexique, et en général ce poil est plus doux que la laine la plus fine. On ne peut guère se refuser à croire que ces bisons du nouveau continent ne soient de ia même espèce que ceux de 1 ancien : ils en ont conservé tous les caractères principaux : la bosse sur les épaules, les longs poils sous le pauseau et sur les parties antérieures du corps, les jambes et la queue courtes ; et si l’on se donne la peine de comparer ce qu’en ont dit Hernandès, Fernandès, et tous les autres historiens et voyageurs du Nouveau Monde, avec ce que les naturalistes anciens

et modernes ont écrit sur le bison d'Europe, on sera convaincu que ce ne

sont pas des animaux d’espèce différente.

Ainsi le bœuf sauvage et le bœuf domestique, le bœuf de l’Europe, dc l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, le bonasus, l’aurochs, le bison et le zébu sont tous des animaux d’une seule et même espece, qui, selon les climats, les nourritures et les traitements différents, ont subi toutes les variétés que nous venons d’exposer. Le bœuf, comme l’animal le plus utile, est aussi le plus généralement répandu ; car, à l'exception de l’Amérique méridionale, on l a trouvé partout ; sa nature s’est également prêtée à l’ardeur ou à la rigueur des pays du Midi et de ceux du IVord. Il parait ancien dans tous les climats : domestique chez les nations civilisées, sauvage dans les contrées désertes ou chez les peuples non policés, il s’est maintenu par ses propres forces dans 1 état de nature, et n’a jamais perdu les qualités relatives au service de riiornme. Les jeunes veaux sauvages que l’on enlève à leur mère aux Indes et en Afrique deviennent en très-peu de temps aussi doux que ceux qui sont issus des races domestiques, et cette conformité de naturel prouve encore l’identité d'espèce. La douceur du caractère dans les animaux indique la flexibilité physique de la forme du corps ; car de toutes les espèces d’animaux dont nous avons trouvé le caractère docile, et que nous avons soumis <à l’état de domesticité, il n’y en a aucune qui ne présente plus dc variétés que l’on n’en peut trouver dans les espèces qui, par l'inflexibilité du caractère, sont demeurées sauvages.

Si l’on demande laquelle de ces deux races, de l’aurochs ou du bison, est la race première, la race primitive des bœufs, il me semble qu’on peut répondre d'une manière -satisfaisante en tirant dc simples inductions des faits que nous venons d’exposer. La bosse ou loupe de bison n’est, comme nous l’avons dit, qu’un caractère accidentel, qui s’efface et se perd dans le mélange des deux races; l’aurochs ou bœuf sans bosse est donc le plus puissant et forme la race dominante : si c’était le contraire, la bosse, au lieu de disparaître, s’étendrait et subsisterait sur tous les individus de ce mélange des deux races. D’ailleurs cette bosse du bison, comme celle du chameau, est moins un produit de la nature qu’un effet du travail, un stigmate d’esclavage. Ou a, de temps immémorial, dans presque tous les pays de la terre, forcé les bœufs à porter des fardeaux ; la charge habituelle et souvent excessive a déformé leur dos; cl celte difformité s’est ensuite propagée par les générations : il n’est resté de bœufs non déformés que dans les pays où l’on ne s’est pas servi dc ces animaux pour porter. Dans toute l’Afrique, dans tout le continent oriental, les bœufs sont bossus, parce qu'ils ont porté de tout temps des fardeaux sur leurs épaules : en Europe, où l’on ne les emploie qu’à tirer, ils n’ont pas subi celle altération, et aucun ne nous présente cette difformité : elle a vraisemblablement pour cause première le poids et la compression des fardeaux, et pour cause seconde, la surabondance de la nourriture ; car elle disparait lorsque I animal est maigre et mal nourri. Des bœufs esclaves et bossus se seront échappés ou auront été aban-

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donnes dans les bois; ils y auront fait une postérité sauvage et chargée de la même difformité, qui, loin de disparaître, aura dû s’augmenter par l’abondance des nourritures dans tous les pays non cultivés, en sorte que cette race secondaire aura peuplé toutes les terres désertes du Nord et du Midi, et aura passé dans le nouveau continent, comme tous les autres animaux dont la nature peut supporter le froid. Ce qui confirme et prouve encore l'identité d’es[)èce du bison et de rauroebs, c’est que les bisons ou bœufs à bosse du nord de l’Amérique ont une si forte odeur, qu’ils ont été appelés bœufs musqués par la plupart des voyageurs; et qu’en meme temps nous voyons par le témoignage des observateurs, que l'aurochs ou bœuf sauvage de Prusse et de Livonie a cette même odeur de musc comme le bison d’Amérique,

De tous les noms que nous avons mis à la tète de ce chapitre, lesquels pour les naturalistes tant anciens que modernes faisaient autant d’especes distinctes et séparées, il ne nous reste donc que le buffle et le bœuf. Ces deux animaux, quoique assez ressemblants, quoique domestiques souvent sous le même toit et nourris dans tes memes pâturages, quoique à portée de se joindre, et même excités par leurs conducteurs, ont toujours refusé de s’unir : ils ne produisent ni ne s’accouplent ensemble. Leur nature est plus éloignée que celle de 1 âne ne l’est de celle du cheval : elle paraît même antipathique ; car on assure «lue les vaches ne veulent pas nourrir les petits buffles, et que les mères buffles refusent de se laisser teter par des veaux. Le buffle est d’un naturel plus dur et moins traitable que le bœuf; il obéit plus dilTicilomenl, il est plus violent, il a des fantaisies plus brusques et plus fréquentes; toutes ses habitudes sont grossières et brutes : il est, après le cochon, le plus sale des animaux domestiques, par la difficulté qu’il met à se laisser nettoyer et panser. Sa figure est grosse et repoussante, son regard stupidement farouche; il avance ignoblement son cou, et porte mal sa tète, presque toujours penchée vers la terre; sa voix est un mugissement épouvantable, d’un ton beaucoup plus fou et plus grave que celui d’un taureau; il a les membres maigres et la queue nue, la mine obscure, la physionomie noire comme le poil et la peau : il diffère principalement du bœuf à l’extérieur par celte couleur de la peau, qu’on aperçoit aisément sous le poil, qui n’est que peu fourni. Il a le corps plus gros et plus court que le bœuf, les jambes plus hautes, la tète proportionnellement beaucoup plus petite, les cornes moins rondes, noires et en partie comprimées, un toupet de poil crépu sur le front : il a aussi la peau plus épaisse et plus dure que le bœuf; sa chair noire cl dure est non-seulement désagréable au goût, mais répugnante à l’odorat. Le lait de la femelle buffle n’est pas si bon que celui de la vache ; elle en fournit cependant en plus grande quantité. Dans les pays chauds, presque tous les fromages sont fait de lait de buffle. La chair des jeunes buffles encore nourris de lait n’en est pas meilleure. Le cuir seul vaut mieux que tout le reste de la bête, dont il n’y n que la langue qui soit bonne à manger ; ce cuir est solide, assez léger et presque impénétrable.

Comme ces animaux soin en général plus grands et plus forts que les bœufs, on s’en sert utilement au labourage ; on les fait traîner et non pas portei^ des fardeaux. On les dirige, et on les contient au moyen d’un anneau qu’on leur passe dans le nez : deux buffles attelés ou plutôt enchaînés à un chariot, tirent autant que quatre forts chevaux : comme leur cou et leur tête se portent naturellement en bas, ils emploient en tirant tout le poids de leur corps, et cette masse surpasse de beaucoup celle d’un cheval ou d’un bœuf de labour.

La taille et la grosseur du buffle indiqueraient seules qu’il est originaire des climats les plus chauds. Les plus grands, les plus gros quadrupèdes appartiennent tous à la zone torride dans l’ancien continent; et le buffle, dans I ordre de grandeur ou plutôt de masse et d’épaisseur, doit être placé après 1 elephanl, le rhinocéros et l’hippopotame. La girafe et le chameau sont plus élevés, mais beaucoup moins épais, et tous sont également originaires et habitants des contrées méridionales de l’Afrique ou de l’Asie. Cependant les buffles vivent et produisent en Italie, en France et dans les autres provinces tempérées : ceux que nous avons vus vivants à la Ménagerie du Roi ont produit deux ou trois fois. La femelle ne fait qu’un petit et le porte environ douze mois; ce qui prouve encore la différence de cette espèce à celle de la vache, qui ne porte que neuf mois. Il paraît aussi que ces animaux sont plus doux et moins brutaux dans leur pays natal, et que plus le climat est chaud, plus ils sont d’un naturel docile : en Égypte, ils sont plus traitables qu’en Italie; et aux Indes, ils le sont encore plus qu’en Égypte. Ceux d’Italie ont aussi plus de poil que ceux d’Égypte, et ceux-ci plus que ceux des Indes. Leur fourrure n’est jamais fournie, parce qu’ils sont originaires des pays chauds, et qu'en général les gros animaux de ce climat n’ont point de poil ou n’en ont que très-peu.

Il y a une grande quantité de buffles sauvages dans les contrées de l’Afrique et des Indes, qui sont arrosées de rivières et où il se trouve de grandes prairies : ces buffles sauvages vont en troupeaux et font de grands dégâts dans les terres cultivées; mais ils n’attaquent jamais les hommes, et ne courent dessus que quand on vient de les blesser : alors ils sont très-dangereux, car ils vont droit à l’ennemi, le renversent et le tuent en le foulant aux pieds! Cependant ils eraiguent beaucoup l’aspect du feu : la couleur rouge leur déplaît. Aldiovande, Rolbe et plusieurs autres naturalistes et voyageurs assurent que personne n’ose se vêtir de rouge dans les pays des buffles. Je ne sais si celle aversion du feu et de la couleur rouge est générale dans tous les buffles; car dans nos bœufs, il n’y en a que quelques-uns que le rouge effarouche.

Le buffle, comme tous les autres grands animaux des climats méridionaux, aime beaucoup à sc vautrer et même à séjourner dans l’eau; il nage trèsbien et traverse hardiment les fleuves les plus rapides : comme il a les jambes plus hautes que le bœuf, il court aussi plus légèrement sur terre. Les Nègres en Guinée, et les Indiens au Malabar, où les buffles sauvages sont en grand

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