‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 222 sur 255 · DE LA GIRAFE · texte numérisé non relu

DE LA GIRAFE

a J'ai vu, dil-il, an château du Caire, l’animal qu’ils nomment vulgairement 2urnapa : les Latins l’ont anciennement appelé camelopardalü, d’un nom composé de léopard et chameau, car il est bigarré des taches de léopard, et a le coii long comme un chameau : c’est une bête moult belle, de la plus douce nature qui soit, quasi comme une brebis, et autant aimable que nulle autre bête sauvage. Elle a la tête presque semblable à celle d’un cerf, hormis la grandeur, mais portant de petites cornes mousses de six doigts de long, couvertes de poil ; mais en tant où il y a distinction de mâle à la femelle, celles des mâles sont plus longues ; mais au demeurant en tant le mâle que la femelle ont les oreilles grandes comme d’une vache, la langue d’un bœuf et noire, n'ayant point de dents dessus la mâchelière; le cou long, droit et grêle ; les crins déliés et ronds, les jambes grêles, hautes, et si basses par derrière, qu’elle semble être debout ; ses pieds sont semblables à ceux d’un bœul ; sa queue lui va pendante jusque dessus les jarrets, ronde, ayant les poils plus gros trois fois que n’est celui d’un cheval ; elle est fort grêle au travers du corps, son poil est blanc et roux. Sa manière de fuir est semblable h celle d’un chameau: quand elle court, les deux pieds de devant vont ensemble. Elle se couche le ventre contre terre cl a une dureté à la poitrine et aux cuisses comme un chameau. Elle ne saurait paître en terre, étant debout, sans élargir grandement les jambes de devant, encore est-ce avec grande difficulté ; pourquoi il est aisé à croire qu’elle ne vit aux champs, sinon des branches des arbres, ayant le cou aussi long, tellement qu’elle pourrait arriver de la tête à la hauteur d’une demi-pique, b

La description de Gillius me paraît encore mieux faite que celle de Bclon.

« J’ai vu (dit Gillius, chap. IX) trois girafes an Caire ; elles portent au-dessus du front deux cornes de six pouces de longueur, et au milieu du front un tubercule élevé d’environ deux pouces, et qui ressemble à une troisième corne. Cet animal a seize pieds de hauteur lorsqu’il lève la téta ; le cou seul a sept pieds, et il y a vingtdeux pieds depuis l’extrémité de la queue jusqu’au bout du nez. Les jambes de devant et de derrière sont à peu près d’égale hauteur -, mais les cuisses du devant sont si longues en comparaison de celles du derrière, que le dos de l’animal paraît être incliné comme un toit. Tout le corps est marqué de grandes taches fauves, de figure à peu près carrée... Il a le pied fourchu comme le bœuf, la lèvre supérieure plus avancée que l’inférieure, la queue menue avec du poil à l’extrémité; il rumine comme le bœuf, et mange comme lui de l’herbe ; il a une crinière comme le cheval, depuis le sommet de la tête jusque sur le dos. Lorsqu’il marche, il semble qu’il boite nonseulement des jambes, mais des flancs, à droite et à gauche alternativement; et lorsqu’il veut paitre ou boire à terre, il faut qu’il écarte prodigieusement les jambes de devant, b

Gessner cite Bclon pour avoir dit que les cornes tombent à la girafe comme au daim. J’avoue que je n’ai pu trouver ce fait dans Belon; on voit qu’il dit seulement ici que les cornes de la girafe sont couvertes de poil; et il ne parle de cet animal que dans un autre endroit, à l’occasion du daim axis, où il dit que « la girafe a le champ blanc, et les taches phénieees, semées par-dessus, assez larges, mais non pas rousses comme I axis. » Cependant ce fait, que je n’ai trouvé nulle part, serait un des plus importants pour décider de la nature de la girafe; car si scs cornes tombent tous les ans, elle est du genre des cerfs, et au contraire si ses cornes sont per-

inanentes, elle est de celui des bœufs ou des chèvres : sans cette connaissance précise, on ne peut pas assurer, comme l’ont fait nos nomenclateurs, que la girafe soit du genre des cerfs : cl on ne saurait assez s’étonner qu’Hasselquist, qui a donné nouvellement une très-longue, mais très-sèche description de cet animal, n’en ait pas même indiqué la nature, et qu’après avoir entassé nnéthodiquement, c’est-à-dire en écolier, cent petits caractères inutiles, il ne dise pas un mot de la substance des cornes, et nous laisse ignorer si elles tombent ou non; si ce sont, en un mot, des bois ou des cornes.

^ On nous a envoyé cette année (17G4) à l’Académie des sciences un dessin et une notice de la girafe, par laquelle on assure que cet animal, que 1 on croyait particulier à l’Éthiopie, se trouve aussi dans les terrres voisines du cap de Bonne-Espérance. Nous eussions bien désiré que le dessin eût été un peu mieux tracé; mais ce n’est qu’un croquis informe et dont on ne peut faire aucun usage. A l’égard de la notice, comme elle contient une espèce de description, nous avons cru devoir la copier ici.

« Dans un voyage qne l’on fil, en 1762, à deux cents lieues dans les terres du nord du cap de Bonne-Espérance, on trouva le caraélopardalis, dont le dessin est ci-joint; il a le corps ressemblant à un bœuf, cl la tête et le cou rosscmblenl au cheval. Tous ceux qu’on a rencontrés sont blancs avec des taches brunes. Il a deux cornes d’un pied de long sur la tête, et a les paltes fendues. Les deux qu’on a tués, et dont la peau a été envoyée en Europe, ont été mesurés comme il suit : la longueur de la tète, un pied huit pouces ; la hauteur, depuis l’extrémité du pied de devant jusqu’au garrot, dix pieds ; et depuis le garrot jusqu’au-dessus do la tète, sept pieds : en tout dix-sept pieds de hauteur ; 1a longueur depuis le garrot ju.squ’aux reins est de cinq pieds six pouces; celle depuis les reins jusqu’à la queue, d’un pied six pouces : ainsi la longueur du corps entier est de sept pieds ; la hauteur depuis les pieds de derrière jusqu’aux reins est de huit pieds cinq pouces. Il ne paraît pas que cet animal puisse etre de quelque service, vu la disproportion de sa hauteur et de sa longueur. Il se nourrit des feuilles des plus hauts arbres ; et quand il veut boire ou prendre quelque chose à terre, il faut qu’il se mette à genoux. »

En recherchant dans les voyageurs ce qu'ils ont dit de la girafe, je les ai trouvés assez d'accord entre eux : ils conviennent tous qu’elle peut atteindre avec sa tête|à seize ou dix-sept pieds de hauteur, étant dans sa situation naturelle, c’est-à-dire posée sur ses quatre pieds, et que les jambes du devant sont une fois plus hautes que celles du derrière ; en sorte que quand elle est assise sur sa croupe, il semble qu’elle soit entièrement debout. Ils conviennent aussi qu’à cause de cette disproportion elle ne peut pas courir vite; quelle est d’un naturel très-doux, et que par cette qualité aussi bien que partoutes lesautreshabitudes physiques, et môme par la forme ducorps, elle approche plus de la figure et de la nature du chameau que de celle d aucun autre animal; qu’elle est du nombre des ruminants, et qu’elle manque comme eux de dents incisives à la mâchoire supérieure ; et l’on voit par le témoignage de quelques-uns, qu’elle se trouve dans les parties méridionales de l’Afrique aussi bien que dans celles de l’Asie.

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