DE LA GIRAFE. 6G
cuurtcâ et n’excèdent guère la hauteur de deux pouces et demi ; elles sont couvertes partout de la peau bien garnie de poils, cl ceux qui terminent la pointe sont beaucoup plus grands que les autres, et forment un pinceau dont la hauteur excède celle de la corne. La base de ces cornes est large de plus d’un pouce : ainsi elle forme un cône obtus. Pour savoir si elle est creuse ou solide, si c’est un bois ou une corne, je l’ai fait scier dans sa longueur avec le morceau du crâne auquel elle était adhérente ; je l'ai trouvée solide et un peu spongieuse, sans doute parce qu’elle n’avait pas encore acquis toute sa consistance. Sa contexture est telle, qu’il ne parait point qu’elle soit formée de poils réunis comme celle du rhinocéros, et elle ressemble plus à celle du bois d'un cerf qu’à toute autre chose. Je dirais même que sa substance n’en diffère point, si j’étais sûr qu’nne corne qu’on m’a donnée depuis quelques jours, pour une corne de girafe, et qui m’a été envoyée sous ce nom, en fût véritablement une. Elle est droite, longue d’un demi-pied et assez pointue; on y voit encore quelques vestiges de la peau dont elle a été recouverte, et elle ne diffère du bois d’un cerf que par la forme. Si ces observations ne vous suffisent pas, je vous enverrai avec plaisir ces deux cornes, pour que vous puissiez les examiner avec M. de Buffon. Je dois encore remarquer, par rapport à cet animal, que je crois qu’on a exagéré, en parlant de la différence qu’il y a entre la longueur de ses jambes de devant et celles de derrière ; cette différence est assez peu sensible dans la jeune girafe que j’ai. »
C’est d’après ces cornes, envoyées par M. Allamand, que nous en donnons ici la figure.
Mais, indépendamment de ces deux cornes ou bois qui se trouvent sur la tête de la femelle girafe, aussi bien que sur celle du mâle, il y a au milieu de la tête, presque à distance égale entre les narines et les yeux, une excroissance remarquable qui paraît être un os couvert d’une peau molle, garnie d’un poil doux. Ce tubercule osseux a plus de trois pouces de longueur, et est fort incliné vers le front, c’est-à-dire qu’il fait un angle très-aigu avec l'os du nez. Les couleurs de la robe de cet animal sont d’un fauve clair et brillant, et les taches en général sont de figure rhomboïdale.
Il est maintenant assez probable, par l’inspection de ces cornes solides et dune substance semblable au bois des cerfs, que la girafe pourrait être mise dans le genre des cerfs ; et cela ne serait pas douteux si l’on était assure que son bois tombe tons les ans; mais il est bien décidé qu’on doit la séparer du genre des bœufs et des autres animaux dont les cornes sont creuses. En attendant, nous considérons ce grand et bel animal comme faisant un genre particulier et unique, ce qui s’accorde très-bien avec les autres faits de la nature, qui, dans les grandes espèces, ne double pas ses productions; car l’éléphant, le rhinocéros, l’iiippopotame, cl peut-être la girafe, sont des animaux qui forment des genres particuliers ou des espèces uniques, qui n’ont point d’espèces collatérales; c’est un privilège qui ne paraît accordé qu’à la grandeur de ces animaux, qui surpasse de beaucoup celle de tous les autres.
Dans une lettre que j’ai reçue de Hollande, et dont je n ai pu liie la signature, on m’a envoyé la description et les dimensions d une girafe, que je vais rapporter ici.
O La girafe est l’animal le plus beau et le plus curieux que I Afrique produise. Il a vingl-cinq pieds de longueur, du bout de la tète à la queue. On lui a donné le nom
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de chameau-léopard, parce qu’il a quelque resscinLIance au chameau par la forme de sa tclc, par la longueur de son cou, etc., et que sa robe ressemble à celle des léopards, par les taches dispersées aussi régulièrement. On en trouve à quatre-vingts lieues du cap de Bonne-Espérance, et encore plus communément à une profondeur plus grande. Cet animal a les dents comme les cerfs : ses deux cornes sont longues d’un pied ; elles sont droites et grosses comme le bras, garnies de poils, et comme coupées à leur extrémité. Le cou fait au moins la moitié de la longueur du corps, qui, pour la forme, ressemble assez à celui du cheval. La queue serait aussi assez semblable ; mais elle est moins garnie de poil que celle du cheval. Les jambes ressemblent assez à celles d’un cerf; les pieds sont garnis de sabots très-noirs, obtus et écartés. Quand l’animal saute, il lève ensemble les deux pieds de devant, et ensuite les deux de derrière, comme un cheval qui aurait les deux jambes de devant attachées : il court mal et de mauvaise grâce; on peut trèsTaisément l’attraper à la course. Il porte toujours la tète très-haute, et ne se nourrit que des feuilles des arbres, ne pouvant paître l’herbe à terre à cause de sa trop grande hauteur. Il est même forcé de se mettre à genoux pour boire. Les femelles sont en général d’un fauve plus clair, et les mâles d’un fauve brun. II y en a aussi de presque blancs; les taches sont brunes ou noires. Voici les dimcn.sionsd un de ces animaux, dont les peaux ont été envoyées en Europe.