‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 234 sur 255 · LE MORSE · texte numérisé non relu

LE MORSE

ou LA VACHE MAKINE*.

Ordre des amphibies, genre morse. (Cüvieb.)

I,e nom de vache marine, sous lequel le morse est le plus généralement connu, a été très-mal appliqué, puisque l’animal qu’il désigne ne ressemble en rien à la vache terrestre; le nom d’éléphant de mer que d’autres lui ont donné est mieux imaginé, parce qu’il est fondé sur un rapport unique et sur un caractère très-apparent. Le morse a, comme l’éléphant, deux grandes défenses d’ivoire qui sortent de la mâchoire supérieure , et il a la tète conformée, ou plutôt déformée de la même manière que l'éléphant, auquel il ressemblerait en entier par cette partie capitale, s’il avait une trompe : mais le morse est non-seulement privé de cet instrurnent qui sert de bras et de main à l’éléphant, il l’est encore de l’usage des vrais bras et des jambes. Ces membres sont, comme dans les phoques, enfermés sous sa peau ; il ne sort au dehors que les deux mains et les deux pieds. Son corps est allongé, renflé par la partie de l’âvant, étroit vers celle de l’arrière, partout couvert d’un poil court; les doigts des pieds et des mains sont enveloppés dans une membrane, et terminés par des ongles courts et pointus : de grosses soies en forme de moustaches environnent la gueule; la langue est échancrée; il n’y a point de comiues aux oreilles, etc. ; en sorte qu’à l’exception des deux grandes défenses qui lui changent la forme de la tète, et des dents incisives qui lui manquent en haut et en bas, le morse ressemble pour tout le reste au phoque; il est seulement beaucoup plus grand, plus gros et plus fort. Les plus grands phoques n’ont tout au plus que sept ou huit pieds; le morse en a communément douze, et il s’en trouve de seize pieds de longueur et de huit ou neuf pieds de tour. Il a encore de commun avec les phoques d’habiter les mêmes lieux, et on les trouve presque toujours ensemble : ils ont beaucoup d’habitudes communes; ils se tiennent également dans l’eau, ils vont également à terre; ils montent de même sur les glaçons; ils allaitent et élèvent de même leurs petits; ils se nourrissent des mêmes aliments; ils vivent de même en société et voyagent en grand nombre : mais l’espèce du morse ne varie pas autant que celle du phoque ; il parait qu’il ne va pas si loin, qu'il est plus attaché à son climat, et que l’on en trouve très-rarement ailleurs que dans les mers du Nord : aussi le phoque était connu des anciens, et le morse ne l’était pas.

La plupart des voyageurs qui ont fréquenté les mers septentrionales de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique, ont fait mention de cet animal : mais

* C’est le morse, cheval marin.

DES PHOQUES, DES MOllSES, ETC. (587

Zorgdrager nous paraît être celui qui en parle avec le plus de connaissance ; et j’ai cru devoir présenter ici la traduction et l’extrait de cet article de son ouvrage, qui m’a été communiqué par M. le marquis de Montmirail,

8 On trouvait autrefois dans la baie d’Horisont et dans celle de Klock beaucoup de morses et de phoques ; mais aujourd'hui il en reste fort peu... Les uns et les autres se rendent, dans tes grandes chaleurs de Télé, dans les plaines qui en sont voisines, et on en voit quelquefois des troupeaux de quatre-vingts, cent et jusqu’à deux cents, particulièrement des morses qui peuvent y rester quelques jours de suite, et jusqu’à ce que la faim les ramène à la mer. Ces animaux ressemblent beaucoup à l'extérieur aux phoques; mais ils sont plus forts et plus gros. Ils ont cinq doigts aux pattes comme les phoques ; mais leurs^ongles sont plus courts, et leur tête est plus épaisse, plus ronde et plus forte. La peau du morse, principalement vers le cou, est épaisse d'un pouce, ridée et couverte d’un poil très-court de différentes couleurs. Sa mâchoire supérieure est armée de deux dents d’une demi-aune ou d’une aune de longueur : ces défenses, qui sont creuses à la racine, deviennent encore plus grandes à mesure que l'animal vieillit ; on en voit quelquefois qui n’en ont qu’une, p.àrce qu’ils ont perdu l’autre en se battant, ou seulement en vieillissant. Cet ivoire est ordinairement plus cher que celui de l’éléphant, parce qu’il est plus compacte et plus dur. La bouche du morse ressemble à celle d’un bœuf ; elle est garnie en haut et en bas de poils creux, poititus cl de l’épaisseur d’un tuyau de paille ; au-dessus de la bouche, il y a deux naseaux desquels ces animaux soufflent de l'eau comme la baleine, sans cependant faire beaucoup de bruit. Leurs yeux sont étincelants, rouges et enQammés pendant les chaleurs de l'été; et comme ils ne peuvent souffrir alors l’impression que l’eau fait sur les yeux, ils se tiennent plus volontiers dans les plaines en été que dans tout autre temps... On voit beaucoup de morses vers le Spilzberg... on les tue sur terre avec des lances... On les chasse pour le profit qu’on en lire de leurs dents et de leur graisse; l'huile en est presque aussi estimée que celle de la baleine. Leurs deux dents valent autant que toute leur graisse ; l’intérieur de ces dents a plus de valeur que l'ivoire, surtout dans les grosses dents qui sont d’une substance plus compacte et plus dure que les petites. Si l’on vend un florin la livre de l’ivoire des petites dents, celui des grosses se vend trois ou quatre, et souvent cinq florins. Une dent médiocre pèse trois livres..,, et un morse ordinaire fournil une demi-tonne d’huile. Ainsi l'animal entier produit trente-six florins; savoir : dix-huit pour ses deux dents, à trois florins la livre, ctautant pour sa graisse... Autrefois on trouvait de grands troupeaux de ces animaux sur terre; mais nos vaisseaux, qui vont tous les ans dans ce pays pour la pêche de la baleine, les ont tellement épouvantés, qu’ils se sont retirés dans les lieux écartés, et que ceux qui y restent ne vont plus sur la terre en troupes, mais demeurent dans l’eau ou dispersés * çà et là sur les glaces. Lorsqu’on a joint un de

' Nota- Il faut que le nombre de ces animaux soit prodigieusement diminué, ou plutôt qu’ils se soient presque tous retirés vers des côtes encore inconnues, puisqu’on trouve dans les relations des voyages au Nord, qu’en 1704 , près de l'ile de Cherry, à soixante-quinze degrés quarante-cinq minutes de latitude, l’équipage d’un bâtiment anglais rencontra une prodigieuse quantité de morses tous couchés les uns auprès des autres; que de plus de mille qui formaient ce troupeau, les Anglais n’eu tuèrent quequiiize;inais qu’ayant trouvé une grande quantité de dents, ils en remplirent un tonneau entier; qu’avant le 13 juillet ils tuèrent encore cent de ces animaux, dont ds n’emportèrent que les dents... qu’en 1706, d’autres Anglais en tuèrent sept ou huit cents dans six heures; en 1708, plus de neuf cents dans sept heures ; en 1710, huit cents eu plusieurs jours, et qu’un seul homme en tua quarante avec une lance.

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ces animaux sur la glace ou dans l'eau, on lui jette un harpon fort et tait exprès, et souvent ce harpon glisse sur sa peau dure et épaisse : mais lorsqu’il a pénétré, on lire l’animal avec un câble vers le limon de la chaloupe, et on le tue en le perçant avec une forte lance faite exprès; on l’amène ensuite sur la terre la plus voisine ou sur un glaçon plat . il est ordinairement plus pesant qu un boeuf. On commence par l’écorcher, et on jette sa peau parce qu’elle n’est bonne k rien oti sépare de la tête avecune hache les deux dents, ou I on coupe la tetc pour ne pas endommager les dents, et on la fait bouillir dans une chaudière ; après cela on eoupc la graisse en longues tranches et on la porte au vaisseau... Les morses sont aussi dilTiciles à suivre à force de rames que les baleines; et on lance souvent en vain le harpon, parce qu’outre que la baleine est plus aisée a toucher, le harpon ne glisse pas aussi facilement dessus que sur le morse... On l’atteint souvent par trois fois ave une lance forte et bien aiguisée avant de pouvoir percer sa peau dure et épaisse; c’est pourquoi il est nécessaire de chercher à frapper sur un endroit où la peau soit bien tendue, parce que partout où elle prête, on la percerait difficilement; en conséquence on vise avec la lance les yeux de l’animal, qui, forcé par ce mouvement de tourner la tête, fait tendre la peau vers la poitrine ou aux environs : alors on porte le coup dans cette partie et on retire la lance au plus vite, pour empêcher qu’il ne la prenne dans sa gueule et qu’il ne blesse celui qui l’attaque, soit avec l’extrémité de ses dents, soit avec la lance même, comme cela est arrivé quelquefois. Cependant cette attaque sur un petit glaçon ne dure jamais longtemps, parce que le morse, blessé ou non, se jette aussitôt dans l'eau, cl par conséquent on préfère de l’attaquer sur terre... Mais on ne trouve ces animaux que dans des endroits peu fréquentés, comme dans l’île de MolTen derrière le 'Vâ’orland, dans les terres qui environnent les baies d'IIorisont et de Klock et ailleurs dans les plaines fort écartées et sur des bancs de sable dont les vaisseaux n’approchent que rarement ; ceux même qu’on y rencontre, instruits par les perse entions qu’ils ont essuyées, sont tellement sur leurs gardes, qu’ils se tiennent tous assez près d« l'eau pour pouvoir s’y précipiter promptement. J eu ai fait moi-même l’ex-' périence sur le grand banc de sable de Kif derrière le Worland. où je rencontrai une troupe de trente ou quarante de ces animaux ; les uns étaient tout au bord de l’eau, les autres n’en étaient que peu éloignés. Nous nous arrêtâmes quelques heures avant de mettre pied à terre, dans l’espérance qu’ils s’engageraient un peu plus avant dans la plaine, et comptant nous en approcher : mais comme cela ne nous réussit pas, les morses s’étant toujours tenus sur leurs gardes, nous abordâmes avec deux chaloupes en les dépassant à droite et à gauche ; ils furent presque tous dans l’eau au moment où nous arrivions à terre, de sorte que noftre chasse se réduisit h en blesser quelquesuns qui SC jetèrent dans la mer de même que ceux qui n’avaient pas clé touchés, et nous n’eùmes que ceux que nous tirâmes de nouveau dans l’eau. Anciennement et avant d’avoir été persécutés, les morses s’avançaient fort avant dans les terres, de sorte que dans les hautes marées ils étaient assez loin de l'eau, cl que dans le temps de la basse mer, la distance étant encore beaucoup plus grande, on les abordait aisément... On marchait de front vers ces animaux pour leur couper la retraite du côté de la mer ; ils voyaient tous ces préparatifs sans aucune crainte, cl souvent chaque chasseur en tuait un avant qu'il pût regagner l’eau. On faisait une barrière de leurs cadavres et on laissait quelques gens à l’affût pour assommer ceux qui restaient. On en tuait quelquefois trois ou quatre ccnls... Ou voit par la prodigieuse quantité

* Note. Zorgdr.igcr ignorait apparemment qu’on fait un très-bon cuir de cette peau. J’en ai vu des soupentes de carrosse qui étaient très-li.anlcs et très-fermes. Anderson dit. d’après Other, qn’on en fait aussi des sangles et des cordes de bateau. Histoire iialiirelle du Groenland, lorne 11. page 160, note.

DKS PIlOQUKS, DES MOHSES. ETC. (>89

d’üssemenls de ces animaux dont la lcrreest jonchée, qu’ils ont été autrefois Irès nombreux... Quand ils sont blessés, ils deviennent furieux, frappant de côté et d’autre avec leurs dents ; ils brisent les armes ou les font tomber des mains de ceux qui les attaquent, et à la fin, enragés de colère, ils mettent leur tête entre leurs pattes ou nageoires, et se lais.sent ainsi rouler dans l’eau... Quand ils sont en grand nombre, ils deviennent si audacieux, que pour se secourir les uns les autres ils entourent les chaloupes, cherchant à les percer avec leurs dents ou à les renverser en frappant contre le bord... Au reste, cet éléphant de mer, avant de connaître les hommes, ne craignait aucun ennemi, parce qu’il avait su dompter les ours cruels qui se tiennent dans le Groenland, qu’on peut mettre au nombre des voleurs de mer.

En ajoutant à ces observations de M. Zorgdrager celles qui se trouvent dans le Recueil des Voyages du Nord*, et les autres qui sont éparses dans différentes relations, nous aurons une histoire assez complète de cet animal. Il paraît que 1 espèce en était autrefois beaucoup plus répandue qu’elle ne I est aujourd bui ; on la trouvait dans les mers des zones tempérées, datis le golfe du Canada, sur les côtes de l’Acadie, etc. : mais elle est maintenant confinée dans les mers arctiques ; on ne trouve des morses que dans celte

Le cheval marin (morse) ressemble assez au veau marin (phoquc\ si ce n’est qu’il est beaucoup plus gros, puisqu'il est de la grosseur d’un bœuf ; ses pattes sont comme celles du veau marin, cl celles du devant aussi bien que celles du derrière ont cinq doigts ou griffes, mais les ongles en sont plus courts ; il a aussi la tête plus grosse, pins ronde et plus dure que le veau marin. Sa peau a bien un pouce d’épaisseur, surtout autour du cou ; les uns l’ont couverte d'un poil de couleur de souris, les autres ont très-peu de poil ; ils sont ordinairement pleins de gales et d’ccorcbures, de sorte qu’on dirait qu’on leur aurait enlevé la peau, surtout autour des jointures, où elle est fort ridée ; ils ont à la mâchoire d’en haut deux grandes et longues dents, qui ont deux pieds de long et quelquefois davantage ; les jeunes n’ont point ces défenses, mais elles leur viennent avec l’âge... Ces deux dents sont plus estimées et plus chères que l’ivoire ; elles sont solides en dedans, mais la racine en est creuse... Ces animaux ont l’ouverture de la gueule aussi large que celle d’un bœuf, et au-dessus et au-dessous des babines ils ont plusieurs soies qui sont creuses on dedans et de la grosseur d’une paille... Ils ont au-dessus de la barbe d’en liant deux naseaux en forme de dcmi-ccrcle par où ils rejettent l’eau comme les baleines, mais avec bien moins de bruit ; leurs yeux sont assez élevés au-dessus du nez. Ces yeux sont aussi ronges que du sang lorsque l’animal ne les tourne pas, et je n’ai point observé de différence lorsqu’il les tournait ; leurs oreilles sont ppii éloignées de leurs yeux et ressemblent à celles des veaux marins; leur langue est pour le moins aussi grosse que celle d’un bœuf... Ils ont le cou si épais, qu’ils ont de la peine à tourner la tête, ce qui les oblige à tourner exlrcmemcnl les yeux ; ils ont la queue courte comme celle des veaux marins. On ne peut point leur enlever la graisse comme l’on fait aux veaux marins, parce qu'elle est entrelardée avec la chair... Leur membrcgénital est un os dur de la longneurd’environ deux pieds. qui va en diminuant par le bout et qui est un peu courbe par le milieu ; tout près du ventre ce membre est plat, mais hors de là il est rond et tout couvert de nerfs... Il y a apparence que ces animaux vivent d’herbes et de poisson; leur lien le russemhlc à celle du cheval... Quand ils plongent, ils se jettent la tête la première dans l’eau comme les veaux marins; ils dorment et ronflent mm-seulement sur la glace, mais aussi dans l’eau, desortequ’ils paraissent souvent comme s’ils étaient morts, Ils sont furieux et courageux ; tant qu’ils soûl en vie, iis se défendent les uns les antres .. Us font tous leurs efforts pour délivrer ceux qii’oii a pris ; ils se jet lent à l'ciivi sur la chaloupe, mordant cl faisant des mugissements é|)ouvanlablcs ; et si par leur grand nombre ils obligent les hommes à prendre la fuite, ils poursuivent fort bien la chaloupe jusqu’à ce qu’ils la perdent de vue... Ou ne les prend que pour leurs dents ; mais, entre cent, on n’cii trouvera quelquefois qu’un qui ail les dents bonnes, parce que les uns sont encore trop jeunes, et que les autres ont les dents gâtées. Iiccucil des Voyages du Nord, tome 11.

zone froide, et même il y en a peu dans les endroits fréquentés, peu dans la mer Glaciale de l’Europe, et encore assez peu dans celles du Groënland, du détroit de Davis et des autres parties du nord de l’Amérique, parce qu’à l’occasion de la pèche de la baleine on les a depuis longtemps inquiétés et chassés. Dès la fin du. seizième siècle, les habitants de Saint-Malo allaient aux îles Ramées prendre des morses qui dans ce temps s’y trouvaient en grand nombre : il n’y a pas cent ans que ceux du Port-Royal au Canada envoyaient des barques au cap de Sable et au cap Fourchu à la chasse de ces animaux, qui depuis se sont éloignés de ces parages, aussi bien que de ceux des mers de l’Europe ; car on ne les trouve en grand nombre que dans la mer Glaciale de l’Asie, depuis l’embouchure de l Oby jusqu’à la pointe la plus orientale de ce continent, dont les côtes sont très-peu fréquentées. On en voit fort rarement dans les mers tempérées. L’espèce qui se trouve sous la zone torride et dans les mers des Indes est différente de nos morses du Nord : ceux-ci craignent vraisemblablement ou la chaleur ou la salure des mers méridionales; etcomme ils ne les ontjamais traversées, on ne les a pas trouvés vers l’autre pôle, tandis qu’on y voit les grands et les petits phoques de notre nord, et que même ils y sont plus nombreux que dans nos terres arctiques.

Cependant le morse peut vivre au moins quelque temps dans un climat tempéré. Evrard Worst dit avoir vu en Angleterre un de cesanimaux vivant, et âgé de trois mois, que l’on ne mettait dans l’eau que pendant un petit espace de temps chaque jour, et qui se trainait et rampait sur la terre : il ne dit pas qu’il fût incommodé de la chaleur et de l’air ; il dit au contraire (lue lorsqu’on le touchait il avait la mine d’un animal furieux et robuste, et (lu’il respirait très-fortement par les narines. Ce jeune morse était de la grandeur d’un veau, cl assez ressemblant à un phoque; il avait la tète ronde, les yeux gros, les narines plates et noires, qu’il ouvrait et fermait à volonté; il n’avait point d’oreilles, mais seulement deux trous pour entendre. J.’ouvcriurc de la gueule était assez petite : la mâchoire supérieure était garnie d’une moustache de poils cartilagineux, gros et rudes; la mâchoire inférieure était triangulaire, la langue épaisse, courte et le dedans de la gueule muni de côté et d'autre de dents piales. Les pieds de devant et ceux de derrière étaient larges, et l’arrière du corps ressemblait en entier à celui d’un phoque; cette partie de derrière rampait plutôt qu’elle ne marchait : les pieds de devant étaient tournés en avant, et ceux de derrière en arrière : ils étaient tous divisés en cinq doigts, recouverts d’une forte membrane.... La peau était épaisse, dure, et couverte d’un poil court et délié, de couleur cendrée. Cet animal grondait comme un sanglier, et quelquefois criait d’une voix grosse et forte. On l’avait apporté de la Nouvelle-Zemble; il n’avait point encore les grandes dents ou défenses, mais on voyait à la mâchoire supérieure les bosses d’où elles devaient sortir. On le nourrissait avec de la bouillie d’avoine ou de mil; il suçait lentement plutôt qu’il ne mangeait; il approchait de son maitre avec grand effort et en grondant; cependant il le suivait lorsqu’on lui présentait à manger.

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