DES PHOQUES, DES MORSES, ETC
Celle observalion qui donne une idée assez juste du morse, fait voir en même temps qu’il peut vivre dans un climat tempéré j néanmoins il ne parait pas qu’il puisse supporter une grande chaleur, ni qu’il ait jamais fréquenté les mers du Midi pour passer d’un pôle à l’autre. Plusieurs voyageurs parient de vaches marines qu’ils ont vues dans les Indes, mais elles sont d’une autre espece : celle du morse est toujours aisée 5 reconnaître par ses longues défenses ; l’éléphant est le seul animal qui en ait de pareilles. Cette production est un effet rare dans la nature, puisque de tous les animaux terrestres et amphibies, l’éléphant et le morse, auxquels elle appartient, sont des espèces isolées, uniques dans leur genre, et qu’il n’y a aucune autre espèce d’animal qui porte ce caractère.
On assure que les morses ne s’accouplent pas à la manière des autres quadrupèdes, mais à rebours : il y a, comme dans les baleines, un gros et grand os dans le membre du mâle. La femelle met bas en hiver sur la terre ou sur la glace, et ne produit ordinairement qu’un petit, qui est en naissant déjà gros comme un cochon d’un an. Nous ignorons la durée de la gestation ; mais à en juger par celle de l’accroissement, et aussi par la grandeur de l’animal, elle doit être de plus de neuf mois. Les morses ne peuvent pas toujours rester dans l’eaiu; ils sont obligés d’aller à terre, soit pour allaiter leurs petits, soit pour d'autres besoins. Lorsqu'ils se trouvent dans la nécessité de grimper sur des rivages quelquefois escarpés, et sur des gla- ^!ons, ils se servent de leurs défenses pour s’accrocher, et de leurs mains pour faire avancer la lourde masse de leurs corps. On prétend qu’ils se nourrissent de coquillages qui sont attachés au fond de la mer, et qu’ils se servent aussi de leurs défenses pour les arracher ; d’autres disent qu’ils ne vivent que d’une certaine herbe à larges feuilles qui croît dans la mer, et qu’ils ne mangent ni chair ni poisson : mais je crois ces opinions mal fondées, et il y a apparence que le morse vit de proie comme le phoque, et surtout de harengs et d’autres petits poissons; car il ne mange pas lorsqu’il est sur la terre, et c’est le besoin de nourriture qui le contraint de retourner à la mer.
ADDITION A l’aKTICLE DES MOKSES OU VACHES MARINES.
Nous ajouterons à ce que nous avons dit du morse quelques observations que M. Crantz a faites sur cet animal dans son voyage au Groenland.
« Un de ces morses, dit-il, avait dix-huit pieds de longueur, et à peu près autant de circonférence dans sa plus grande épaisseur : sa peau n était pas unie, mais ridée par tout te corps et plus encore autour du cou ; sa graisse était blanche et ferme comme du lard, épaisse d’environ trois pouces; la figure de sa tête était ovale; la bouche était si étroite, qu’on pouvait à peine y faire entrer le doigt; la lèvre inférieure est triangulaire, terminée en pointe, un peu avancée entre les deux longues défenses
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qui parlenJ de la mâchoire supérieure; sur les deux lèvres et deehaque côté du nez, on voit une peau spongieuse d’où sortent des moustaches d’un poil épais et rude, longues de six ou sept pouees, tressées comme une corde à trois brins, ce qui donne à cet animal une sorte de majesté hideuse. II se nourrit principalement de moules et d algue marine. Les défenses avaient vingt-sept pouces de longueur, dont sept pouces étaient cachés dans l’épaisseur de la peau et dans les alvéoles qui s’étendent jusqu au crâne : chaque défense pesait quatre livres et demie, et le crâne entier vingtquatre livres, d
Selon le voyageur Kracheninnikow, les morses, qu’il appelle chevaux marins, n entrent pas, comme les phoques, dans les eaux douces et ne remontent pas les rivières.
« On voit peu de ces animaux, dit-il, dans les environs du Kamtschalka, et si l’on en trouve, ce n’est que dans les mers qui sont au nord ; on en prend beaucoup auprès du cap Tchukolskoi, où ils sont plus gros et plus nombreux que partout ailleurs. Le prix de leurs dents dépend de leur grandeur et de leur poids : les plus chères sont celles qui pè.seut vingt livres, mais elles sont fort rares; on en voit même peu qui pèsent dix à douze livres, leur poids ordinaire n’étant que de cinq ou six livres. »
Frédéric Martens avait déjà observé quelques-unes des habitudes naturelles de ces animaux; il assure qu’ils sont forts et courageux, et qu’ils se défendent les uns les autres avec une résolution extraordinaire.
« Lorsque j’en blessais un, dit-il, les autres s’assemblaient autour du bateau, et le perçaient à coups de défenses ; d’autres s’élevaient hors de l’eau et faisaient tout leur possible pour s’élancer dedans. Nous en tuâmes plusieurs centaines à l’île deMoffen, et l’on se contente ordinairement d’en emporter la tête pour arracher les défenses.
0 Ces animaux, comme l’on sait, vont en très-grandes troupes, et ils étaient autrefois en quantité presque innombrable dans plusieurs endroits des mers septentrionales. M. Gmelin rapporte qu’en 1705 et 1706 les Anglais en tuèrent, à l’ile de Cherry, sept à huit cents en six heures; qu’en 1708 ils en tuèrent en sept heures neuf cents; et en 1710, en une journée, huit cents. « On trouve, dit-il, les dents de ces animaux sur les bas bords de la mer : et il y a apparence que ces dents viennent de ceux qui meurent ; on trouve en grand nombre de ces dents du côté des Tschutschis, où ces peuples les ramassent en monceaux pour en faire des outils. »
On voit par les relations de tous les voyageurs qui ont fréquenté les mers du Nord qu’on a fait une énorme destruction de ces grands animaux, et que l’espèce en est actuellement bien moins nombreuse qu’elle ne l'était jadis; ils se sont retirés vers le Nord et dans les lieux les moins fréquentés par les pécheurs, qui n’en rencontrent plus dans les mêmes endroits où ils étaient anciennement en si grand nombre : nous verrons qu’il en est à peu prés de même des phoques et de tous ces amphibies marins, dont le naturel les porte à se réunir en troupeaux et à former une espèce de société; l’homme a rompu toutes ces sociétés, et la plupart de ces animaux vivent actuellement dans un état de dispersion, et ne peuvent se rassembler qu’auprés des terres désertes et inconnues.