DKS PHOQUES, DES MORSES, ETC
LE DUGON*.
Ordre des cétacés, section des cétacés herbivores, genre dugon. (Cuvier )
Le dugon est un animal de la mer de l’Afrique et des Indes orientales, duquel nous n’avons vu que deux têtes décharnées ou tronquées, et qui par cette partie ressemble plus au morse qu’à tout autre animal ! sa tète est à peu près déformée de la même manière par la profondeur des alvéoles, d’où naissent à la mâchoire supérieure deux dents longues d’un demi-pied; ces dents sont plutôt de grandes incisives que des défenses ; elles ne s’étendent par directement hors de la gueule comme celles du morse; elles sont beaucoup plus courtes et plus minces, et d’ailleurs elles sont situées au-devant de la mâchoire, et tout près l’une de l’autre, comme des dents incisives; au lieu que les défenses du morse laissent entre elles un intervalle considérable, et ne sont pas situées à la pointe, mais à côté de la mâchoire supérieure. Les dents màchelières du dugon dilfcrcnt aussi, tant pour le nombre que pour la position et la forme, des dents du morse ; ainsi nous ne doutons pas que ce ne soit un animal d’espèce différente. Quelques voyageurs qui en eut parlé l’ont confondu avec le lion marin. Inigo de Biervillas dit qu’on tua près du cap de Bonne-Espérance un lion marin qui avait dix pieds de longueur et quatre de grosseur, la tète comme celle d’un veau d’un an, de gros yeux affreux, les oreilles courtes, avec une barbe hérissée, les pieds fort larges cl les jambes si courtes que le ventre touchait à terre; cl il ajoute qu’on emporta les deux défenses, qui sortaient d’un demi-pied hors de la gueule : ce dernier caractère ne convient point au lion marin, qui n’a point de défenses; mais des dents semblables à celles du phoque ; et c’est ce qui m’a fait juger que ce n’était point un lion marin, mais l’animal auquel nous donnons le nom Ae dugon. D’autres voyageurs me paraissent l’avoir indiqué sous la dénomination d’ours marin.
hpilberg cl Manilclslo rapportent « qu’à l'ile Sainte - Élisabeth , sur les côtes d’Afrique, il y a des animaux qu’il faudrait plutôt appeler des ours marins que des loups marins, parce que par leur poil, leur couleur et leur tète, ils ressemblent beaucoup aux ours, et qu’ils ont seulement le museau plus aigu ; qu’ils ressemblent encore aux ours par les mouvements qu’ils font et par la manière dont ils les font, à l’exception du mouvement des jambes de derrière, qu’ils ne font que traîner ; qu’au reste ces amphibies ont l’air affreux, ne fuient point à l’aspect de l’homme, et mordent avec assez de force porr couper le fût d’une perluisane, cl que, quoique boiteux des jambes de derrière, ils ne laissent pas de marcher assez vite pour qu'un homme qui court ail de la peine h les joindre. » Le Guat dit « avoir vu près du cap de Bonne-Espérance une vache marine de couleur roussàlre; elle avait le corps rond
* C’est le dugon des Indes.
et épais, I œil gros, les dénis ou défenses longues, le mufle un peu retroussé ; el il ajoute qu un matelot lui assura que cet animal, dont il ne pouvait voir que le devant du corps, parce qu’il était dans l’eau, avait des pieds. »
Cette vache marine de Le Guat, l’ours marin de Spilberg et le lion marin de Biervillas me paraissent être tous trois le même animal que le dugon, dont la tète nous a été envoyée de l’Ile-de-France, et qui par conséquent se trouve dans les mers méridionales, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu aux îles Philippines. Au reste, nous ne pouvons pas assurer que cet animal, qui ressemble un peu au morse par la tête et les défenses, ait comme lui quatre pieds; nous ne le présumons que par analogie, et par l'indication des voyageurs que nous avons cités : mais ni l’analogie n’est assez grande, ni les témoignages des voyageurs assez précis pour décider; et nous suspendrons notre jugement à cet égard, jusqu’à ce que nous soyons mieux informés.