‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 239 sur 255 · DES PHOQUES, DES MORSES, ETC · texte numérisé non relu

DES PHOQUES, DES MORSES, ETC

grande largeur de deux pieds. J’en ai vu depuis de plus grands. Les yeux de cel animal n'ont aucune proportion à ta grandeur de son corps ; ils sont ronds et n’ont que trois lignes de diamètre : l’ouverture de ses oreilles est encore plus petite et ne paraît qu’un trou d’épingle. Le manati n’est pas particulier h la rivière des Amazones ; il n’est pas moins commun dans l’Orénoque : il se trouve aussi, quoique moins fréquemment, dans rOyapoc et dans plusieurs autres rivières des environs de Cayenne et des côtes de la Guyane, et vraisemblablement ailleurs. C’est le même qu’on nommait autrefois manati, et qu’on nomme aujourd’hui lamantin à Cayenne et dans les îles françaises d'Amérique ; mais je crois l’espèce un peu différente. Il ne se rencontre pas en haute mer ; il est même rare près des embouchures des rivières ; mais on le trouve à plus de mille lieues do la mer dans la plupart des grandes rivières qui descendent dans celle des Amazones, comme dans le Guallaga, le Pastaça,etc.;il n’est arrêté, en remontant l’Amazone, que par le Pongo (cataracte) de Borja, au-dessus duquel on n’en trouve plus. »

Voilà le précis à peu près de tout ce que l’on sait du lamantin : il serait à désirer que nos habitants de Cayenne, parmi lesquels il y a maintenant des personnes instruites et qui aiment l’histoire naturelle, observassent cet animal, et fissent la description de ses parties intérieures, surtout de celles de la respiration, de la digestion et de la génération. 11 paraît, mais nous n’en sommes pas sùr, qu’il a un grand os dans la verge, le trou ovale du cœur ouvert, les poumons singulièrement conformés, l’estomac divisé en plusieurs portions, qui peut-être forment plusieurs estomacs différents, comme dans les animaux ruminants.

Au reste, l'espèce du lamantin n’est pas confinée aux mers et aux fleuves du Nouveau Monde; il parait qu’elle existe aussi sur les côtes et dans les rivières de l’Afrique * **. M. Adanson a vu des lamantins au Sénégal; il en a rapporté une tète qu’il nous a donnée, et en même temps il a bien voulu me communiquer la description qu’il a faite sur les lieux de cet animal, et je crois devoir la rapporter en entier.

« J'ai vu beaucoup de ces animaux, dit M. Adanson : les plus grands n’avaieni que huit pieds de longueur, et pesaient environ huit cents livres ; une femelle de cinq pieds trois pouces de long ne pesait que cent quatre-vingt-quatorze livres. Leur couleur est cendré noir ; les poils sont très-rares sur tout le corps; ils sont en forme de soies longues de neuf lignes. La tête est conique et d’une grosseur médiocre, relativement au volume du corps ; les yeux sont ronds et très-petits : l’iris est d’uii bleu foncé et la prunelle noire ; le museau est presque cylindrique; les deux mâchoires sont à peu près également larges ; les lèvres sont charnues et fort épaisses; il n’y a que des dents molaires tant à la mâchoire d’en haut qu’à celle d’en bas; la langue est de forme ovale et attachée presque jusqu’à son extrémité à la mâchoire inférieure. Il est singulier, continue M. .\danson, que presque tous les auteurs ou voyageurs aient donné des oreilles à cet animal : je n’ai pu en trouver dans aucun, pas même un trou assez fin pour pouvoir y introduire un stylet Il a deux bras ou nageoires placés à

• Il s’agit ici du ishastin ira Sbnécai.

** iVofa. Il paraît néanmoins certain que cet animal a des trous auditifs et externes. M. de la Condamine vient de m’assurer qu'il les a vus et mesurés, et que ces trous n’ont

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I origine de la lêle, qui n'est distinguée du tronc par aucune espèce de cou, ni par des épaules sensibles : ces bras sont à peu près cylindriques, composés de trois articulations principales, dont l’antérieure forme une espèce de main aplatie, dans laquelle les doigts ne se distinguent que par quatre ongles d’un rouge brun et luisant. La queue est horizontale comme celle des baleines, et elle a la forme d’une pelle à four. Les femelles ont deux mamelles plus elliptiques que rondes, placées près de 1 aisselle des bras. La peau est un cuir épais de six lignes sous le ventre, de neuf lignes sur le dos, et d’un pouce cl demi sur la tête. La graisse est blanche et épaisse de deux ou trois pouces : la chair est d’un rouge pâle, plus pâle et plus délicate que celle du veau. Les nègres Oualofes ou Jalofes appellent cet animal lereou. 11 vit d herbes, et se trouve à l’embouchure du fleuve Niger. »

On voit par cette description que le lamantin du Sénégal ne diffère, pour ainsi dire, en rien de celui de Cayenne j et par une comparaison faite de la tête de ce lamantin du Sénégal avec celle d’un fœtus de lamantin de Cayenne, M. Daubenlon présume aussi qu’ils sont de même espèce. Le témoignage des voyageurs s’accorde avec notre opinion j celui de Dampier surtout est positif, et les observations qu’il a faites sur cet animal méritent de trouver place ici.

« Ce n’est pas seulement dans la rivière de Blewfleld,qui prend son origine entre les rivières de Nicarague et de Verague, que j’ai vu des mariâtes (lamantins), j’en ai aussi vu dans la baie de Campêche, sur les côtes de Boccadel Dragoet d.'Bocea del Loro, dans la rivière de Darien et dans les petites îles méridionales de Cuba. J’ai entendu dire qu’il s’en est trouvé quelques-uns au nord de la Jamaïque, et en grande quanlilédans la rivière de Surinam, qui est un pays fort bas. J en ai vu aussi à Mindanao, qui est une des iles Philippines, et sur la côte de la Nouvelle-noIlandc....Cetanimal aime l’eau qui a un goût de sel ; aussi se tient-il communément dans les rivières voisines de la mer : c'est peut-être pour cette raison qu’on n’en voit point dans les mers du Sud, où la côte est généralement haute, l’eau profonde tout proche de terre, les vagues grosses, si ce n e.sl dans la baie de Panama, où cependant il n’y en a point ; mais les Indes occidentales étant, pour ainsi dire, une grande baie composée de plusieurs petites, sont ordinairement une terre basse où les eaux, qui sont peu profondes, fournissent une nourriture convenable au lamanliii. On le trouve quelquefois dans I eau salée, quelquefois aussi dans l’eau douce, mais jamais fort avant en mer. Ceux qui sont à la mer et dans les lieux où il n’y a ni rivières ni bras de mer où ils puissent entrer, viennent néanmoins en viiigt-qualre heures une fois ou deux à l’embouchure de la rivière d’eau douce la plus voisine... Us ne viennent jamais à terre ni dans une eau si basse qu’ils ne puissent y nager. Leur chair est saine et de tiès-bon goût ; leur peau est aussi d’une grande utililé. Les lamantins et les to.lues se trouvent ordinairement dans les mêmes endroits, et se nourrissent des mêmes herbes qui croissent sur les hauts-fonds de la mer à quelques pieds de profondeur sous l’eau, et sur les rivages bas que couvre la marée. »

pas plus d une demi-ligne de diamètre; et comme le lamantin a la faculté de le» contracter et de les serrer, il est ti ès-possible qu’ils aient échappé à la vue de M. Adanson, d’autant (jiuî ces Irons sont très-petits lors même que l’animal les tient ouverts.

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