PREMIÈRE ESPÈCE
Tribu des macrorhines, genre phoque. (Cuvier )
Nous connaissons neuf ou dix espèces ou variétés distinctes dans le genre des phoques sans oreilles, et nous les indiquerons ici dans l’ordre de leur grandeur, et par les caractères que les voyageurs ont saisis pour les dénommer et les distinguer les uns des autres.
La plus grande espèce est celle du phoque à museau ridé, dont nous avons déjà parlé sous le nom de lion marin, parce que plusieurs voyageurs, et particulièrement le rédacteur du Voyage d’Anson, l’avaient indiqué sous cette dénomination, mais mal à propos, puisque le vrai lion marin porte une crinière que cclui-ci n’a pas, et qu’ils diffèrent encore entre eux par la taille et par la forme de plusieurs parties du corps; en sorte que le phoque à museau ridé n’a de commun avec le vrai lion marin que d’hahiter les côtes et lies désertes, et de se trouver comme lui dans les mers des deux hémisphères. Il faut donc se rappeler ici ce que nous avons déjà dit de ce grand phoque à museau ridé, sous le nom mal appliijué de lion marin. Dampier et Byron ont trouvé, comme Anson, ce phoque à l’île de Juan Fernandès, et sur la côte occidentale des terres Magellaniques. M. de Bougainville, dom Pernetti et Bernard Peiirosc, l'ont reconnu sur la côte orientale de ce continent et aux îles Malouines ou Falkland. MM. Forster ont aussi vu deux femelles de cette espèce dans une ilc à laquelle le capitaine Cook a donné le nom de Nouvelle-Géorgie, et qui est située au cinquante-quatrième degré de latitude australe, dans l’océan Atlantique : ces deux femelles étaient endormies sur le rivage, et on les tua dans leur sommeil. D'autre côté, M. Steller a vu et décrit ce même grand phoque à museau ridé dans l’île de Bering et près des côtes de Kamischatka. Cette grande espèce se trouve donc également dans les deux hémisphères, et probablement sous toutes les latitudes *.
Nous nommons aujourd'hui cet animal phoque à museau ridé, parce qu’il a sur le nez une peau ridée et mobile, qui peut se remplir d’air ou se
* Il s’agil ici du phoque à capuchon.
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gonfler, et se goiille en elFet lorsque ranimai esl agité île quelque passion ; mais nous devons observer que celle peau en forme de crête esl monstrueusement exagérée dans la figure donnée par le rédacteur du Voyage d’Anson, et qu’elle est réellement beaucoup plus petite dans la nature.
Ce grand et gros animal est d'un naturel très-indolent; c’est même de tous les phoques celui qui parait être le moins redoutable malgré sa forte taille. Penrose dit que ses matelots s’amusaient à monter sur ces phoques comme sur des chevaux, et que quaml ils n'allaient pas assez vite, ils leur faisaient doubler le pas en les piquant à coups de stylet ou de couteau, et leur faisant même des incisions dans la peau. Cependant M. Clayton, qui a fait mention de ce phoque, dans les Transactions philosophiques, dit que les mâles, comme ceux des autres pho(|ucs, sont assez méchants dans le temps de leurs amours.
Celui-ci est couvert d’un poil rude, très-court, luisant et d'une couleur cendrée, mêlée quelquefois d’une légère teinte d’olive; son corps, dont la longueur est ordinairement de quinze à dix-huit pieds anglais, et quelquefois de vingt-quatre à vingt-cinq, est assez épais auprès des épaules et va toujoursen diminuant jusqu’à la queue. Une femelle tuée par M. Forster n’avait que treize pieds de longueur, et en la supposant adulte, il y aurait une grande différence pour la taille entre les mâles et les femelles dans cette espèce. La lèvre supérieure avance de beaucoup sur la lèvre inférieure ; la peau de cette lèvre est mobile, ridée et bouflie tout le long du museau ; et cette peau, que l’animal remplit d’air à son gré, peut être comparée, pour la forme, à la caroncule du dindon; et c’est par ce caractère qu’on l’a désigné sous le nom Aq phoque à museau ridé. Il n’y a dans la télé que deux petits trous auditifs, et point d’oreilles externes. Les pieds de devant sont conformés comme ceux du phoque commun, mais ceux de derrière sont plus informes et faits eu manière de nageoires; en sorte que cet animal, beaucoup plus fort et plus grand que notre phoque, esl moins agile et encore plus iniparfailement conformé par les parties postérieures, et c’est probablement par cette raison qu’il paraît indolent et très-peu redoutable.
M. Clayton a fait mention d’un phoque qui se trouve dans l’hémisphère austral ; il dit qu’on le nomme furseul ou phoque à fourrure, parce que son poil est plus fourni que celui des autres phoques, quoique sa peau soit plus mince. Nous ne sommes pas en état déjuger par d’aussi faibles indications si ce phoque à fourrure est d’une espèce voisine de celle du phoque à museau ridé, à côté de laquelle M. Clayton l’a placé, ou de celle de l’ours marin, dont la fourrure est en effet bien plus fournie que celle des autres phoques.
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