LE PHOQUE A VENTRE BLANC
SECO.NDK ESPÈCE.
Tribu des sicnorhines. (Cuvier.)
Ce grand phoque à ventre blanc, que nous avons vu vivant au mois de décembre 1778, est d'une espèce très-différente de celle du phoque à museau ridéj nous allons rapporter les observations que nous avons faites sur ce phoque, auxquelles nous ajouterons quelques faits qui nous ont été fournis par ses conducteurs.
Le regard de cet animal est doux, et son naturel n’est point farouche : ses yeux sont attentifs et semblent annoncer de l’intelligence, ils expriment du moins les sentiments d’affection, d’attachement pour son maître, auquel il obéit avec toute complaisance ; nous l’avons vu s’incliner à sa voix, se rouler, se tourner, lui tendre une de scs nageoires antérieures, se dresser en élevant son buste, c’est-à-dire tout le devant de son corps, hors de la caisse remplie d’eau dans laquelle on le tenait enfermé ; il répondait à sa voix ou à ses signes par un son rauque qui semblait partir du fond de la gorge, et qu’on pourrait comparer au beuglement enroué d’un jeune taureau. Il paraît que l’animal produit ce son en expirant l’air aussi bien qu’en l’aspirant; seulement il est un peu plus clair dans l’aspiration, et plus rauque dans l’expiration. Avant que son maître ne l’eût rendu docile, il mordait très-violemment lorsqu’on voulait le forcer à faire quelques mouvements : mais, dès qu’il fut dompté, il devint doux, au point qu'on pouvait le toucher, lui mettre la main dans sa gueule et même se reposer sans crainte auprès de lui et appuyer le bras ou la tète sur la sienne. Lorsque son maître l’appelait, il lui répondait, quelque éloigné qu'il fût; il semblait le chercher des yeux lorsqu’il ne le voyait pas; et dés qu’il l’apercevait, après quelques moments d’absence, il ne manquait pas d’en témoigner sa joie par une espèce de gros murmure.
Quand cet animal, qui était mâle, éprouvait les irritations de l’amonr, ce qui lui arrivait à peu près de mois en mois, sa douceur ordinaire se changeait tout à coup en une espèce de fureur qui le rendait dangereux; son ardeur se déclarait alors par des mugissements accompagnés d'une forte érection ; il s’agitait et se tourmentait dans sa caisse, se donnait des mouvements brusques et inquiets, et mugissait ainsi pendant plusieurs heures de suite; c’est par des cris assez semblables qu’il exprimait son sentiment de douleur lorsqu’on le maltraitait; mais il avait d’autres accents plus doux, très-expressifs et comme articulés, pour témoigner sa joie et son plaisir.
Dans ces accès de fureur amoureuse, occasionnés par un besoin que l’animal ne pouvait satisfaire pleinement et qui durait huit ou dix jours, on l'a
vu sortir de sa caisse après l’avoir rompue ; et dans ces moments il était fort dangereux et même féroce, car alors il ne connaissait plus personne; il n’obéissait plus à la voix de son maître, et ce n’était qu’en le laissant se calmer pendant quelques heures qu’il pouvait s’en approcher : il le saisit un jour par la manche, et l’on eut beaucoup de peine à lui faire lâcher prise en lui ouvrant la gueule avec un instrument. Une autre fois il se jeta sur un assez gros chien et lui écrasa la tète avec les dents ; et il exerçait ainsi sa fureur sur tous les objets qu’il rencontrait : ces accès d’amour l’échauffaient beaucoup; son corps se couvrit de gale, il maigrit ensuite, et enfin il mourut au mois d’août 1779.
Il nous a paru que cet animal avait la respiration fort longue, car il gardait l’air assez longtemps et ne l’aspirait que par intervalles, entre lesquels ses narines étaient exactement fermées, et dans cet état elles ne paraissent (|ue comme deux gros traits marqués longitudinalement sur le bord du museau : il ne les ouvre que pour rendre l’air par une forte expiration, ensuite pour en reprendre, après quoi il les referme comme auparavant ; et souvent il se passe plus de deux minutes entre chaque aspiration. L’air, dans ce mouvement d’aspiration, formait un bruit semblable à un reniflemet très-fort ; il découlait presque continuellement des narines une espèce de mucus blanchâtre, d’une odeur désagréable.
Ce grand phoque, comme tous les animaux de ce genre, s’assoupissait et s’endormait plusieurs fois par jour; on l’entendait ronfler de fort loin ; et lorsqu’il était endormi on ne l’éveillait qu’avec peine; il suflisait même qu’il fût assoupi pour que son maître ne s’en fît pas entendre aisément; et ce n’était qu’en lui présentant près du nez quelques poissons, qu’on pouvait le tirer de son assoupissement; il reprenait dès lors du mouvement et même de la vivacité; il élevait la tête et la partie antérieure de son corps en se haussant sur ses deux palmes de devant jusqu’à la hauteur de la main qui lui présentait le poisson, car on ne le nourrissait pas avec d’autres aliments, et c’était principalement des carpes, et des anguilles qu’il aimait encore plus que les carpes : on avait soin de les assaisonner, quoique crues, en les roulant dans du sel. Il lui fallait environ trente livres de ces poissons vivants et saupoudrés de sel par vingt-quatre heures. Il avalait très-goulûment les anguilles tout entières et même les premières carpes qu’on lui offrait : mais dès qu’il avait avalé deux ou trois de ces carpes entières, il cherchait à vider les autres avant de les manger, et pour cela il les saisissait d’abord par la tète, qu’il écrasait entre ses dents ; ensuite il les laissait tomber, leur ouvrait le ventre pour en tirer le fiel avec ses appendices, et finissait par les reprendre par la tête pour les avaler.
Ses excréments répandaient une odeur très-fétide : ils étaient de couleur jaunâtre et quelquefois liquides, et lorsqu’ils étaient solides ils avaient la forme d’une boule. Les conducteurs de cet animal nous assurèrent qu’il pouvait vivre plusieurs jours et même plus d’un mois sans être dans l’eau, pourvu néanmoins qu’on eût soin de le bien laver tous les soirs avec de l’eau
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nette, et qu on lui donnât pour boisson de l'eau ciaii’e et salée ; car lorsqu’il buvait de l’eau douce et surtout de l’eau trouble, il en était toujours incommodé.
Le corps de ce grand phoque, comme celui de tous les animaux de ce genre, est de forme presque cylindrique ; cependant il diminue de grosseur sans perdre sa rondeur en approcliant de la queue. Son poids total pouvait être de six ou sept cents livres; sa longueur était de sept pieds et demi, depuis le bout du museau jusqu à l’extrémité des nageoires de derrière; il avait prés de cinq pieds de circonférence à l’endroit de son corps le plus épais, et seulement un pied neuf pouces de tour auprès de l’origine de la queue. Sa peau est couverte d’un poil court, très-ras, lustré et de couleur brune, mélangée de grisâtre, principalement sur le cou et la tète où il parait comme tigré; le poil est plus épais sur le dos et sur les côtés du corps que sous le ventre, où I on remarque une grande tache blanche qui se termine en pointe en se prolongeant sur les flancs; et c’est par ce caractère que nous avons cru devoir le désigner en l’appelant le (jrand ^phoque à ventre blanc.
Les narines ne sont ni inelinées, ni posées horizontalement comme dans les quadrupèdes terrestres, mais elles sont étendues verticalement sur 1 extrémité du museau : elles sont longues de trois ou quatre pouces, et s’étendent depuis le haut du museau jusqu'à un travers de doigt au-dessus de la lèvre supérieure. Ces narines ou naseaux sont éloignées l’une de l’autre d’environ cinq pouces; et lorsqu’elles sont ouvertes, elles ont chacune près de deux pouces de largeur, et ressemblent alors à deux petits ovales resserrés par leurs extrémités.
Les yeux sont grands, bien ouverts, de couletir brune et as.scz semblables à ceux du bœuf; ils sont situés à cinq pouces de l’extrémité du nez, et la distance entre leurs angles internes est d’environ quatre pouces : lorsque l’animal est longtemps satis entrer dans l’eau, son sang s’échauffe, et le blanc des yeux devient rouge, surtout vers les angles.
La gueule est assez grande et environnée de grosses soies ou moustaches presque assez semblables à des arêtes de poissons : les mâchoires étaient garnies de trente-deux dents fort jaunes et qui paraissent usées; nous avons compté vingt màchelièrcs, huit incisives, et quatre canines.
Les oreilk's ne sont que deux petits trous presque cachés dans la peau : ces trous sont placés à environ trois pouces des yeux, età huit ou neuf pouces du bout du nez; et quoiqu’ils ri aient guère qu’une ligne d’ouverture, l’ani- ' mal parait neanmoins avoir l'ouïe très-line, puisqu’il ne manque jamais d’obéir ou de répondre, même de loin, à la voix de son maître.
Les pieds ou nageoires de devant, mesurées depuis l’endroit où elles sortent du corps, jusqu’à leur extrémité, ont environ quinze pouces de longueur sur autant de largeur, lors(|u'elles sont entièrement déployées; elles ont chacune cinq ongles noirs un peu courbés, et sont conformées de manière que le doigt du milieu est le plus court, et les deux de côté les plus longs.
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Les nageoires de derrière ont la forme de celles de devanl à leur extrémité, c’csi-à-dire que le doigt du milieu est aussi plus court que ceux des côtés; elles accompagnent la queue et ont douze à treize pouces de longueur, sur environ dix-sept pouces de largeur lorsque la membrane est entièrement étendue; elles sont grosses et charnues par les côtés, minces dans le milieu et découpées en festons sur les bords. Il n’y avait pas d’ongles apparents sur ces nageoires postérieures : mais ces ongles ne manquaient sans doute que par accident, et parce que cet animal se tourmentait beaucoup et frottait fortement ces nageoires de derrière contre le fond de sa caisse; la membrane même de ces nageoires était usée par les frottements, et déchirée en plusieurs endroits.
La queue, qui est située entre ces deux nageoires, n’a que quatre pouces de long sur trois de large; elle est de forme presque triangulaire, large à sa naissance, et en pointe arrondie à son extrémité; elle n’est pas fort épaisse et paraît aplatie dans toute son étendue.
Ce grand phoque fut pris le 28 octobre 1777, dans le golfe Adriatique près de la côte de Dalmatie, dans la petite île de Guernero, à deux cents milles de Venise; on lui avait donné plusieurs fois la chasse sans succès, et il avait échappé cinq ou six fois en rompant les filets des pêcheurs : il était connu depuis plus de cinquante ans, au rapport des anciens pêcheurs de cette côte, qui l’avaient souvent poursuivi et qui croyaient que c’était à son grand âge qu’il devait sa grande taille; et ce qui semble confirmer cette présomption, c’est que ses dents étaient très-jaunes et usées, que son poil était plus foncé en couleur que celui de la plupart des phoques qui nous sont connus et que ses moustaches étaient longues, blanches et trèsrudes.
Cependant quelques autres phoques de la même grandeur ont été pris dans ce même golfe Adriatique ; ils ont été vus et menés, comme celui-ci, en France et en Allemagne dès l’année 1760. Les conducteurs de ces animaux, ayant intérêt de les conserver vivants, ont trouvé le moyen de les guérir de quelques maladies qui leur surviennent par leur état de gêne et de captivité, et que probablement ils n’éprouvent pas dans leur état de liberté : par exemple, lorsqu’ils cessent de manger et refusent le poisson, ils les tirent hors de l'eau, leur font prendre du lait mêlé avec de la thériaque; ils les tiennent chaudement en les enveloppant d'une couverture, et continuent ce traitement jusqu’à ce que l’animal ait repris de l’appétit et qu’il reçoive avec plaisir sa nourriture ordinaire. Il arrive souvent que ces animaux refusent tout aliment pendant les cinq ou six premiers jours après avoir été pris, et les pêcheurs assurent qu’on les verrait périr d'inanition si on ne les contraignait pas à avaler une dose de thériaque avec du lait.
Nous ajouterons ici quelques observations qui ont été faites par M. Sabarot de la Vernière, docteur on médecine de la faculté de Montpellier, sur un grand phoque femelle, qui nous parait être de la même espèce que le mâle dont nous venons de donner la description.
« Cet amphibie, dit-il, parut kNîmes dans l’automne de l’année 1777; il était dans lin rempli d eau, et avait pins de six pieds de longueur; sa peau lisse et un peu tigree affectait agréablement la vue cl le tact ; sa tète, plus grosse que celle d’un veau , en avait a peu près la figure, et scs yeux grands, saillants et pleins de feu, intéressaient les spectalcurs; son cou très-souple se recourbait assez facilement, et ses mâchoires armées de dents aiguës et tranchantes lui donnaient un air redoutable ; on lui voyait deux trous auditifs sans oreilles externes ; il avait la gueule d’un rouge de corail, et portait une moustache fort grande : deux nageoires en forme de main tenaient aux cotés du thorax, et le corps de l’animal se terminait en une queue qui était accompagnée de deux nageoires latérales, lesquelles lui tenaient lieu de pieds. Ce phoque, docile à la voix de son maiire, prenait telle position qu’il lui ordonnait; il s’élevait hors de l’eau pour le caresser et le lécher. 11 éteignait une chandelle du souffle de ses narines, qui sont percées d’une petite fente dans le milieu de leur etendiie. Sa voix était un rugissement obscur, mêlé quelquefois de gémissement. Son conducteur se couchait auprès de lui lorsqu’il était à sec. I.’eati de son cuvier était salee; et lorsqu'il s’y plongeait, il élevait do temps en temps la tête pour respirer. Il vivait d’anguilles, qu’il dévorait dans l'eau. Il mourut à Nîmes, d’une maladie semblable à la morve des chevaux; et il nous parut intérieurement conformé comme le veau marin, dont vous avez parlé, monsieur. Voici ce que la dissection m’apprit sur cet animal. Le trou ovale que vous dites être toujours ouvert dans ces animaux amphibies était exactement fermé par une membrane transparente, disposée en forme de poche s.m, -lunaire. Je ne pus pas trouver le canal artériel. Son estomac était Ires fort, et la tunique charnue parai.ssait comme marbrée. Le foie était composé de cinq lobes ainsi que les reins, qui avaient onze pouces do hauteur : leur substance corticale était un amas de corps pentagones vasculciix, liés entre eux par un tissu cellulaire Irè.s-làche. Les quatre tuniques des intestins se séparaient par la macération, cl nous vîmes très-bien les membranes cellulaire, charnue, tendineuse et veloutée, ainsi que la disposition s(iirale entrelacée des trous qui servent de passage aux vaisseaux sanguins qui percent ces tuniques, sans pouvoir cire lésés par le resserrement péristaltique. La mauvaise odeur développée par le temps humide nous empêcha de suivre plus loin la dissection de cet animal ; et j’ai riionneurde vous offrir, monsieur, 1 estomac entier de ce phoque, que j’ai conservé, o
Ayant répondu à M. de l.o Vernière qu’il me ferait plaisir de m’envoyer cet estomac ou sa description détaillée, et qu’il me paraissait probable que le trou ovale du cœur, qui est ordinairement ouvert dans ces animaux, babitants de la mer, ne .s’était fermé que par le ebangement d'babiiudes et son séjour dans l’air, M. de la Vernière me lit réponse le 20 janvier 1780:
O Que l'estomac de ce phoque n’avait point été injecté, et que c’clait une simple insufflation. Ce viscère, dit-il, me paraît contenir quelques grains, qui font du bruit par la plus légère agitation.... Kt à l’égard de la membrane qui fermait le trou ovale, elle était semi-lunaire et disposée en forme de poche; le segment qui terminait le bord concave du croissant me parut plus dur; les lames qui formaient cette poche, quoique pellucides, étaient organisées ou tissiies de fibres régulières : je ne vis cependant pas de vaisseaux sanguins; elles glissaient l’une sur l'autre par la pression digitale, et paraissaient d'un tissu tendineux. Je ne sais pas si le changement d’habitudes que cet animal avait contracté, aurait pu former une membrane de celte structure ; mais il me suffit, monsieur, que vous en affirmiez la possibilité pour être de votre sentiment. Au reste, M. Montagnon, qui disséqua avec moi ce phoque, assure
avoir remarqué qu’il avait plusieurs inflations dans les voies alimentaires, qui lui parurent être quatre estomacs; je n’ai pas vu cet animal ruminer, ni entendu dire qu’il ruminât. »
M. de la Vernière a apporté à Paris, au mois de novembre dernier 1780, cet estomac : et j’ai reconnu qu’il ne formait qu’un seul viscère avec des poches ou appendices, et non pas quatre estomacs semblables à ceux des animaux ruminants.
J’ai dit que le grand phoque dont M. Parsons a donné la description et la ligure dans les Transactions philosophiques, n“ 469 ,. pourrait bien être le même que le lion marin d’Anson. A présent que ce dernier animal est mieux connu et bien désigné par le nom de Phoque à museau ridé, nous reconnaissons que le grand phoque de M. Parsons se rapporte bien mieux à ce phoque à ventre blanc, dont nous venons de faire la description, quoique ce dernier soit plus petit; mais nous ne sommes pas convaincu de ce que ce savant médecin parait avoir observé sur la structure intérieure de cet animal, et particulièrment sur celle de son estomac. M. Parsons m’écrivit, il y a ])lusieurs années, que ce phoque qu’il a décrit dans les Transactions philosophiques, est très-réellement, par sa structure intérieure, aussi différent des autres phoques, qu’une vache l’est d’un cheval : et il ajoutait qu’il a nonseulement disséqué ce grand phoque, mais deux petits phoques d’espèces différentes, et qu’il avait trouvé que ces deux petits phoques dilféraient aussi entre eux par la conformation des parties intérieures, l’un de ces petits phoques ayant deux estomacs, et l’autre n’en ayant qu’un. 11 me marquait encore, dans cette lettre, que les espèces de ce genre sont fort nombreuses ; que le grand phoque qu’il a disséqué avait une large poche {marsupium) remplie de poissons, et une autre poche qui communiquait à celle-ci, laquelle était pleine de petites pierres anguleuses; et de plus deux autres poches plus petites, qui contenaient de la matière blanche et (luide qui passait dans le duodénum, et que certainement ce grand phoque était, à tous égards, un animal ruminant. Quoique M. Parsons fût un médecin célèbre, et qu’il ait même public de bons ouvrages de physique, nous avons toujours douté des faits qu’on vient de lire, ne pouvant croire, sur son seul témoignage, qu’aucun animal du genre des phoques soit ruminant, ni que leurs estomacs soient conformés comme ceux de la vache; il paraît seulement que dans (|uelques-uns de ces atiimaux, tels que celui dont M. de la Vernière a fait la dissection, l’estomac est divisé, comme en plusieurs poches, par différents étranglements : mais cela n’est pas suffisant pour faire mettre les phoques au nombre des animaux ruminants ; d’ailleurs ils ne vivent que de poissons, et l’on sait que tous les animaux (pii ne se nourrissent que de proie, ne ruminent pas : ainsi on peut donc présumer avec fondement que les animaux du genre des phoques n’ont pas plus la faculté de ruminer, que les loutres et autres amphibies qui vivent sur la terre et dans l’eau.
11 me parait aussi que le grand phoque dont parle M. Cranlz, sous le nom A'utsuk ou urksuk, pourrait bien être de la même espèce que celui de
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M. Parsons, quoiqu'il soit encore plus grand, puiscjuc M. Crantz dit qu’il se trouve de ees plioques utsuk qui ont jusqu’à douze pieds de longueur et qui pèsent huit cents livres.
Le grand phoque dont parle le P. Charlevoix, et qu’il dit se trouver sur les côtes de l’Acadie, pourrait bien être encore de la même espèce de celuici j cependant il observe que ces phoques de l’Acadie ont le nez plus pointu que les autres, et il ajoute, d’après Denys, qu’ils sont si gros, « que leurs petits ont plus de volume de corps que nos plus grands porcs; que peu de temps après qu ils sont nés,' le père et la mère les amènemt à l’eau, et de temps en temps, les ramènent à terre pour leur donner à teter ; que la pêche s’en fait au mois de février pour avoir les petits, qui dans ce temps ne vont pointa l’eau; quau premier bruit les pères et mères prennent la fuite en jetant des cris pour avertir les petits de les suivre; mais qu’on en tue un grand nombre avant qu’ils puissent se jeter dans la mer.»
J avoue que ces indications ne sont pas assez précises pour qu’on puisse prononcer sur l’identité ou la diversité de ces espèces de phoques dont nous venons de |)arler; nous ne les rapportons ici que pour servir de renseignement aux voyageurs qui se trouveront à portée de les reconnaître, et qui pourront nous mieux instruire.