L’OURS MARIN
(otarie oeiis MARIN.)
Tribu (les macrorbins, genre phoque. JClvteu.)
Tous les phoques dont nous venons de parler n’ont que des trous auditifs et point d’oreilles externes; et l'ours marin n’est pas le plus grand des phoques à oreilles, mais c’est celui dont l'espèce est la plus nombreuse et la plus répandue; c’est un animal tout différent de l’ours de mer blanc, dont nous avons parlé ci-devant ; ce dernier est un quadrupède du genre de l'ours terrestre, et l’ours marin dont il s’agit ici est un véritable amphibie de la famille des phoques. M. Forster, qui a vu plusieurs de ces animaux
IIISTOmi': NATURELLE
dans son voyage avec le capitaine Cook, et qui en a dessiné quelques-uns, a bien voidii me donner le dessin d’après lequel on a gravé la planche; il ma aussi communiqué plusieurs laits historiques sur leurs habitudes natut elles; et scs observations, réunies à celles de M. Steller et de quelques autres voyageurs, sulTiront pour donner une connaissance assez exacte de cet animal, qui jusqu a présent avait été confondu avec les autres phoques.
L espèce de leurs marin parait se trouver dans tous les océans; car les voyageurs ont rencontré et reconnu ces animaux dans les mers de l'Équateur et sous toutes les latitudes jus((u'au cinquante-sixième degré dans les deux hémisphères. Dampier est le premier qui en ait parlé, et qui les ait indiqués sous le nom d ours marrn; quelques autres navigateurs l'ont appelé phoque commun, parce qu on le trouve en effet très-communément dans toutes les mers australes ou boréales : mais nous devons observer que ce nom lui a été mal appliqué, puisqu il appartient spécialement au phoque commun qui se trouve sur nos côtes d’Europe, qui n’est pas à beaucoup près aussi grand, et qui de plus n’a point d’oreilles extérieures.
De tous les animaux de ce genre, 1 ours marin parait être celui qui fait les plus grands voyages; son tempérament n’est pas soumis ou s’accommode à 1 influence de tous les climats; on le trouve ilans toutes les mers et autout des des peu fiequentecs; on le rencontre en troupes nombreuses dans la mer de Kamtschatka, et sur les des inhabitées qui sont entre l’Asie et l’Amérique. ]\I. Steller a eu le temps de l’observer à l île de Bering, après son malheureux naufrage; il nous apprend que ces animaux quittent au mois de juin les côles de Kamtschatka, et qu’ils y reviennent à la fin d’août ou au commencement de septembre, pour y passer l’automne et l’hiver. Dans le temps du départ, cest-à-dire au mois de juin, les femelles sont pi êtes à mettre bas, et il parait que 1 objet du voyage de ces animaux est de s’éloigner le plus qu'ils peuvent de toute terre habitée, pour faire tranquillement leurs petits et se livrer ensuite sans trouble aux plaisirs de l’amour, car les femelles entrent en chaleur un mois après qu'elles ont mis bas; tous reviennent fort maigres au mois d'août ; ceux que HI. Steller a disséqués dans cette saison n avaient rien dans l’estomac ni dans les intestins, et il présume qu’ils ne mangent que peu ou point du tout tant que durent leurs amours. Cette saison des plaisirs est en même temps celle des combats; les mâles se battent avec fureur pour maintenir leur famille et en conserver la propriété; car lorsqu un ours marin mâle vient pour enlever à un autre ses filles adultes ou ses femmes, ou qu'il veut le chasser de sa place, le combat est sanglant et ne se termine ordinairement que par la mort de l’un des deux.
Chaque mâle a communément huit à dix femelles et quelquefois quinze ou vingt; il en est fort jaloux et les garde avec grand soin : il se tient ordinairement à la tète de toute sa famille, qui est composée de ses femelles et de leurs petits des deux sexes. Chaque famille se tient séparée, et quoique CCS animaux soient par milliers dans certains endroits, les familles ne se
nicicnt. jamais, cl eliaciiiie l'onnc nue pciilc iroui»e, à la lètc de laquelle est le chef mâle qui les régit en maître; cependant il arrive quelquefois que le chef d'une autre famille arrive au combat pour protéger un de ceux qui sont aux prises, et alors la guei re devient plus générale, et le vainqueur s’empare de toute la famille des vaincus qu’il réunit à la sienne.
Ces ours marins ne craignent aucun des autres animaux de la mer : cependant ils paraissent fléchir devant le lion marin; car ils l’évitent avec soin et ne s’en approchent jamais, quoique souvent établis sur le même terrain : mais ils font une guerre cruelle à la loutre marine (saricovicnne), qui, étant plus petite et plus faible, ne peut se défendre contre eux. Ces animaux, qui paraissent très-féroces par les combats qu’ils se livrent, ne sont cependant ni dangereux ni redoutables; ils ne cherchent pas même à se défendre contre 1 homme, et ils ne sont à craindre que lorsqu'on les réduit au désespoir, et qu’on les serre de si près qu’ils ne peuvent fuir : ils se mettent aussi de mauvaise humeur lorsqu’on les provoque dans le temps qu’ils jouissent de leurs femelles; ils se laissent assommer plutôt que de désemparer.
Ea manière dont ils vivent et agissent entre eux est assez remarquable; ils paraissent aimer passionnément leur famille : si un étranger vient à bout d en enlever un individu, ils en témoignent leurs regrets , en versant des larmes; ils en versent encore lorsque quelqu'un de leur famille, qu’ils ont maltraité, se rapproche et vient demander grâce. Ainsi, dans ces animaux, il paraît (pie la tendresse succède à la sévérité, et que c’est toujours à regret qu’ils punissent leurs femelles ou leurs petits; le mâle semble être en même temps un bon père de famille et un chef de troupe impérieux, et jaloux de conserver son autorité, et qui ne permet pas qu’on lui manque.
Les jeunes mâles vivent pendant quelque temps dans le sein de la famille, et la quittent lorsqu’ils sont adultes et assez forts pour se mettre à la tête de quelques femelles dont ils se font suivre, et cette petite troupe devient bientôt une famille plus nombreuse : tant que la vigueur de l’âge dure et qu’ils sont en état de jouir de leurs femelles, ils les régissent en maîtres et ne les quittent pas ; mais lorsque la vieillesse a diminué leurs forces et amorti leurs désirs, ils les abandonnent et se retirent pour vivre solitaires. L’ennui ou le regret semble les rendre plus féroces; car ces vieux mâles retirés ne témoignent aucune crainte, et ne fuient pas comme les autres à l’aspect de l’homme ; ils grondent en montrant les dents, et se jettent môme avec audace contre celui qui les attaque, sans jamais reculer ni fuir; en sorte qu ils se laissent plutôt tuer que de prendre le parti de la retraite.
I.es femelles, plus timides que les mâles, ont un si grand attachement pour leurs petits, que, même dans les plus pressants dangers, elles ne les abandonnent qu’après avoir employé tout ce qu’elles ont de force et de courage pour les en garantir et les conserver ; et souvent, quoique blessées, elles les emportent dans leur gueule pour les sauver.
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iM. Sleller assure que les ours marins ont plusieurs cris différents, tous relatifs aux circonstances ou aux passions qui les agitent : lorsqu’ils sont tranquilles sur la terre, on distingue aisément les femelles et les jeunes d'avec les vieux mâles par le son de leurs voix, dont le mélange ressemble de loin aux béleinenls d’un troupeau composé de moutons et de veaux; quand ils souffrent ou qu’ils sont ennuyés, ils beuglent ou mugissent, et lorsqu’ils ont été battus ou vaincus, ils gémissent de douleur, et font entendre un sifflement d’affliction à peu près semblable au cri de la saricovicnne; dans les combats, ils rugissent et frémissent comme le lion ; et enfin dans la joie et après la victoire, ils font un petit cri aigu, qu'ils réitèrent plusieurs fois de suite.
Ils ont tous les sens et surtout l'odorat très-bons, car ils sont avertis par ce sens même pendant le sommeil, et ils s’éveillent lorsqu’on s’avance vers eux, quoiqu'on en soit encore loin.
Ils ne marchent pas aussi lentement que la conformation de leurs pieds semblerait l'indiquer; il faut même être bon coureur pour les atteindre : ils nagent avec beaucoup de célérité, et au point de parcourir en une heure une étendue de plus d’un mille d’Allemagne. Lorsqu'ils se délectent ou qu'ils s'amusent près du rivage, ils font dans l’eau différentes évolutions; tantôt ils nagent sur le dos et tantôt sur le ventre; ils paraissent même assez souvent se tenir dans une position presque verticale; ils se roulent, ils se plongent et s’élancent quelquefois hors de l'eau, à la hauteur de quelques pieds ; dans la pleine mer, ils se tiennent presque toujours sur le dos, sans néanmoins que l’on voie leurs pieds de devant, mais seulement ceux de derrière qu’ils élèvent de temps en temps au-dessus de l’eau; et comme ils ont le trou ovale du cœur ouvert, ils ont la faculté d’y rester longtemps sans avoir besoin de respirer, ils prennent au fond de la mer des crabes et autres crustacés et coquillages dont ils se nourrissent lorsque le poisson leur manque.
Les femelles mettent bas au mois de juin, dans les îles désertes de l’hémisphère boréal; et comme elles entrent en chaleur au mois de juillet suivant, on peut en conclure que le temps de la gestation est au moins de dix mois : leurs portées sont ordinairement d’un seul, et très-rarement de deux petits. Les mâles en naissant sont plus gros et plus noirs que les femelles, qui deviennent bleuâtres avec l’âge, et tachetées ou tigrées entre les jambes de devant : tous, mâles et femelles, naissent les yeux ouverts, et ont déjà trente-deux dents; mais les dents canines ou défenses ne paraissent que quatre jours après. Les mères nourrissent leurs petits de leur lait jusqu’à leur retour sur les grandes terres, c’est-à-dire jusqu’à la fin d’août; ces petits déjà forts jouent souvent ensemble, et lorsqu’ils viennent à se battre, celui qui est vainqueur est caressé par le père, et le vaincu est protégé et secouru par la mère.
Ils choisissent ordinairement le déclin du jour pour s’accoupler : une heure auparavant, le mâle et la femelle entrent tous deux dans la mer; ils
y nagent doucement ensemble et reviennent ensuite à terre : la femelle, qui pour l’ordinaire sort de l’eau la première, se renverse sur le dos, et le mâle la couvre dans celte situation; il paraît très-ardent et très-actif; il presse si fort la femelle par son poids et par ses mouvements, qu’il l’enfonce souvent dans le sable au point qu’il n'y a que sa tête et les pieds qui paraissent : pendant ce temps, qui est assez long, le mâle est si occupé, qu’on peut en approcher sans crainte et même le loucher avec la main.
Ces animaux ont le poil hérisse, épais et long : il est de couleur noire sur le corps, et jaunâtre ou roussâlre sur les pieds et les flancs; il y a sous ce long poil une espèce de feutre, c’est-à-dire un second poil plus court et fort doux qui est aussi de couleur roussâtre : mais dans la vieillesse les plus longs poils deviennent gris ou blancs à la pointe, ce qui les fait paraître d une couleur grise un peu sombre; ils n’ont pas autour du cou de longs poils en forme de crinière comme les lions marins. Les femelles diffèrent si fort des mâles par la couleur, ainsi que par la grandeur, qu’on serait tenté de les prendre pour des animaux d’une autre espèce : leurs plus longs poils varient, ils sont tantôt cendrés et tantôt mêlés de roussâtre. Les petits sont du plus beau noir en naissant; on fait de leurs peaux des fourrures qui sont très-eslimées : mais, dès le quatrième joui- après leur naissance, il y a du roussâlre sur les pieds et sur les côtés du ventre ; c’est par celte raison que l’on tue souvent les femelles qui sont pleines pour avoir la peau du fœtus quelles portent, parce que cette fourrure des fœtus est encore plus soyeuse et plus noire que celle des nouveau-nés.
Le poids des plus grands ours marins des mers de Kamtschalka esfd’environ vingt puds de Russie, c’est-à-dire de huit cents de nos livres, et leur lon<^ueur n’excède pas huit à neuf pieds : il en est de même de ceux qui se trouvent à la terre des États, et dans plusieurs îles de I hémisphèrc austral, où les voyageurs ont reconnu ces mêmes ours marins, et en ont observé d’autres bien plus petits.
Pendant les neufs mois que ces grands animaux séjournent sur les côtes du Kamtschalka, c’est-à-dire depuis le mois d’août jusqu’au mois de juin, ils ont sous la peau un pannieule graisseux de près de quatre pouces sur le corps : la graisse des mâles est huileuse et d’un goût très-désagréable; mais celle des femelles, qui est moins abondante, est aussi d'un goût plus supportable • on peut manger de leur chair, et celle des petits est môme assez lionne tandis que celle des vieux est noire et de très-mauvais goût, quoique dépouillée de sa graisse; il n’y a que le cœur et le foie qui soient man-
^^ÏÏTongueur de celui qui a été décrit par M. Sieller n’était que de sept nieds trois pouces, depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité des nageoires de derrière, et de sept pieds un pouce six lignes depuis la même extrémité du museau jusqu’au bout de la queue.
Si l’on compare l’ours marin avec l’ours terrestre, on ne leur trouvera d’autre ressemblance que par le squelette de la tète et par la forme de la
liKSTOIIll': iNATLULLÜ::
partie iiiilérieiire du corps (pii csl (jpaisse cl cliariuie. La t(;lc dans son état naturel csl revêtue d’un pannicule graisseux d’un pouce d’épaisseur, ce qui la fait paraître beaucoup plus ronde que celle de l’ours de terre. Elle a en effet deux pieds cinq pouces six lignes de tour derrière les oreilles, et n’est longue que d’environ liuil pouces, depuis le bout du museau jusqu’aux oreilles; mais après l’avoir dépouillée de sa graisse, le squelette de cette tête de l’ours marin est très-ressemblant à celui de Tours de terre, üu reste, la forme de ces deux animaux est très-différente : le corps de Tours marin est fort mince dans sa partie postérieure, et devient presque de figure conique, depuis les reins jusqu’auprès de la queue qui n’a que deux pouces de longueur; en sorte que la grosseur du corps, qui est de quatre pieds huit pouces de tour auprès des épaules, se réduit à un jiied six pouces trois lignes auprès de la queue.
L’ours marin a des oreilles externes comme le lion marin et la saricovienne : ces oreilles ont un pouce sept lignes de longueur : elles sont pointues, coniques, droites, lisses et sans poil à l’extérieur; elles ne sont ouvertes que par une fente longitudinale que l’animal peut resserrer et fermer lorsqu’il se plonge en entier dans Teau. Les yeux sont proéminents et gros à peu près comme ceux du bœuf; Tiris en est noir; ils sont garnis de cils et de paupières, cl défendus comme ceux des phoques par une membrane qui prend naissance au grand angle de Tœil, et qui peut le recouvrir à la volonté de l'animal.
La gueule, depuis l’angle jusqu’au bout du museau n'a qu’environ trois pouces de longueur; elle est garnie de moustaches dont les soies ont cinq pouces huit lignes de long : la lèvre supérieure déborde l’inférieure d’un pouce et demi, et la distance entre les deux lèvres, lorsque la gueule est ouverte, est d’environ quatre pouces; la langue qui est, comme celle de tous les phoques, un peu fourchue à son extrémité, a quatre pouces et demi ou cinq pouces de longueur.
Les dents sont ircs-poinlues, et disposées dans chaque mâchoire de manière que la pointe de cliacune correspond exactement à l’intervalle qui sépare l’extrémité des autres ; il y en a trente-six en tout, vingt en haut et seize en bas : 1° dans la mâchoire supérieure quatre dents incisives divisées en deux, pointes à leur extrémité; 2" deux canines, une de chaque côté, longues d'environ quatre lignes, lesquelles sont courbées en dedans; 5" deux autres dents canines ou défenses très-aiguës, une de chaque côté d'environ huit à neuf lignes de longueur ( c’est avec celles-ci que ces animaux se déchirent et se blessent cruellement) ; 4" six autres dents de chaque côté qui sont aiguës comme toutes les autres, et qui occupent la place des molaires.
Dans la mâchoire inférieure, il y a comme dans la supérieure : 1“ quatre incisives sur le devant de la mâchoire; 2" deux canines seulement, une de chaque côté; elles sont tranchantes sur la face intérieure et longues de plus d'un pouce : Tours marin s’en sert dans les combats comme les sangliers se servent de leurs défenses; mais il n’y a pas de secondes dents canines comme
dans la mâchoire supérieure; 5° cinq dents de chaque côté qui sont pointues, et qui tiennent, comme dans la mâchoire supérieure, la place des dents molaires.
Un caractère qui est commun aux ours et aux lions marins, et qui les distingue de tous les autres animaux, c’est la forme de leurs pieds; ils sont armés d’une pinne ou nageoire qui, dans les pieds de devant, réunit les doigts en une seule masse, tandis que, dans ceux de derrière, les doigts sont aussi unis par une pinne, et ont à peu près la forme de ceux des oiseaux palmipèdes; les pieds de devant servent à ranimai à marcher sur la terre, et ceux de derrière ne lui sont utiles que pour nager et se gratter; il les traîne après lui comme des membres nuisibles sur la terre, car ces parties de l’arrière du corps ramassent et accumulent sous son ventre, du sable et de la vase en si grande quantité, qu'il est obligé de marcher circulairement; et c’est |)ar cette raison qu'il ne peut grimper sur les rochers.
Les pieds antérieurs, dont la longueur est d’environ deux pieds, sur sept <à huit pouces de largeur, ne sont pas cachés en partie sous la peau comme ceux des phoques, mais ils sortent en entier. Ces pieds ou bras sont couverts de poil, à l’exception du carpe, du métacarpe et des doigts dont la peau est noire, nue, lisse à la partie supérieure et ridée à la partie inférieure; ils sont à l’intérieur composés de l'os humérus, de ceux du bras, de l’avantbras, du carpe, du métacarpe et des phalanges des doigts; il y en a cinq à chaque pied, dont les ongles ont deux lignes de longueur; le pouce est le [)lus long des doigts, et les (juatre autres’ vont toujours en diminuant de longueur jusqu’au cinquième et dernier qui est le plus court; le pouce, ainsi que le second doigt, sont composés de trois phalanges; le troisième et le quatrième en ont quatre, et le cinquième n’en a que deux.
I>es pieds postérieurs, dont la longueur totale est d’environ vingt et un potices, sur une largeur de cinq ou six pouces, sont composés du fémur, du tibia, du péroné, du tarse, du métatarse et des phalanges des doigts : le tibia et le péroné sont cachés sous la peau du corps; le tarse et le métatarse paraissent à l'extérieur et sont couverts de poils. Il y a aussi cinq doigts armés chacun d’un ongle oblong, aigu, convexe en dessus et concave endessous. Ces ongles du pouce et du doigt extérieur sont très-petits; mais ceux des trois autres doigts ont environ un pouce de longueur, sur une largeur de quatre lignes à la base ; ces doigts sont courts comme ceux des pieds de devant, couverts d’une peau lisse en dessus et ridée en dessous. Le pouce est d'un tiers plus large que les autres doigts; il est de la même longueur que les trois suivants : mais le cinquième est beaucoup plus court. Ces pieds de derrière sont moins éi)ais que ceux de devant, et les phalanges des doigts en sont plus larges, plus plates et plus minces; à l’extrémité des [)halanges commencent des épiphyses cartilagineuses qui en rendent les extrémités assez semblables à celles des pieds des oiseaux palmipèdes, et la nageoire est divisée en cinq à son extrémité. Le pouce n’a que doux phalanges, mais les quatre autres doigts en ont chacun trois.
La verge est longue de dix à onze pouces; elle contient dans sa partie antérieure un os de près de cinq pouces de longueur, semblable à celui qui se trouve dans la verge de la saricovienne; la peau du scrotum, qui est située sous l'anus, et qui renferme deux testicules de figure oblongue, est de couleur noire, ridée et sans poil. La femelle n'a que deux mamelles situées prés de la vulve.
La longueur des intestins, dans l'individu décrit par M. Steller, était de ccntdouze pieds cinq pouces, mesurés depuis rœsopbage jusqu'à l'anus; en sorte que pris tous ensemble, les intestins étaient seize fois plus longs que le corps de cet animal, dont la grandeur n'était que de sept pieds un pouce six lignes, depuis le bout du museau jusqu'à l’extrémité des doigts des pieds de derrière. Dans un de ces animaux nouveau-nés, la longueur des intestins n'était que treize fois plus grande que celle du corps entier.
Nous devons encore observer et répéter ici que le petit phoque noir a tant de rappport avec l'ours marin, qu'on ne peut se dissimuler que ce ne soit un individu qui appartient à celte espèce ou qui n’en est qu'une variété * ; car il ressemble au grand ours marin par la forme du corps, par celle des jiatles qui sont mancboies et entièrement dénuées de poil, par la forme des dents incisives qui sont fendues à leur extrémité, par les oreilles qu’il a proéminentes à l’extérieur, et enfin par la qualité soyeuse et la couleur noirâtre de sa fourrure. Et comme il est à présumer que cet animal, quoique de trèspetite taille, était néanmoins adulte, puisqu’il avait toutes ses dents bien formées, on pourrait croire qu'il existe une seconde espèce ou race d'ours marin plus petite que la première, et que c’est à cette seconde espèce qu’on doit rapporter ce que les voyageurs ont dit des petits ours marins, qu'ils ont vus dans différents endroits de l’hémispliére austral , mais que jusqu'ici l’on ne connaissait pas dans l’hémisphère boréal.
Au reste; cette petite race ou espèce dburs marin ressemble entièrement à la grande, tant par les couleurs du poil et la forme du corps, que par les mœurs et les habitudes naturelles. Il parait seulement qti’étant plus petits, ils sont aussi bien plus timides que les grands.
« Ces animaux, dit M. de Pages, ne chcrchcnl qu’à se sauver du côté de la mer, et ne mordent jamais que ce qui se trouve directement sur leur passage; plusieurs, en se sauvant, passaient même entre nos Jambes. Ils se familiarisent promptement avec les hommes. J’en ai conservé deux vivants pendant huit jours dans un cuvier de cinq pieds de diamètre; le premier jour j'y avais fait mettre de l'eau de la mer à la hauteur d’un demi-pied : mais comme ils faisaient des efforts pour l’éviter, je les mis dans de l’eau douce; ils s’y trouvèrent aussi gênés, et je les laissai à sec. Dès que l’eau était vidée, ils se secouaient comme les chiens; ils se grattaient, se nettoyaient avec leur museau, et se serraient l’un contre l'autre ; ils éternuaient aussi comme les chiens.
« Lorsqu’il faisait soleil, je les lâchais sur le gaillard du vaisseau, où ils ne cherchaient à fuir que quand ils voyaient la mer : sur terre ils se grattaient et même ils
* Cet atiimal amphibie est l'oTAniE de peron.
prenaient plaisir à se laisser gratter par les hummes, auprès desquels ils marchaient assez familièrement; ils allaient même flairer les gens de l’équipage, et ils aimaient à grimper sur les lieux élevés pour être mieux exposés au soleil.
8 Ils avaient de l’amitié l’un pour l’autre; ils se frottaient et se grattaient mutuellement; et lorsqu'on les séparait ils ch<-rchaient bientôt à se rejoindre ; il suflisait d’en emporter un pour se faire suivre de l’autre. On leur offrit du poisson, du goémon, du pain trempé dans de l’eau : ils flairaient et prenaient ce qu’on leur présentait; mais ils ne l’avalaient pas et le rendaient tout de suite. Le septième jour un d’eux eut des palpitations et des sanglottements très-forts ; il ouvrait la gueule en rendant une liqueur verdâtre, et il rongeait le bois de sa cuve : je le fis jeter à la mer. Le lendemain je lâchai l’autre dans une prairie, mais il n’y mangea rien ; je le chassai à la mer : d’abord il nageait assez lentement; mais s’étant plongé sous l’eau pendant fort longtemps, il revint à sa surface plus leste qu’auparavant : il venait apparemment de prendre de la nourriture. »
M. de Pagès ajoute que les plus grands ours marins qu il ait vus au cap de Bonne-Espérance n’avaient que quatre pieds de longueur, et que la [dupart (apparemment les femelles et les jeunes) n’avaient que deux pieds et demi; ce qui diffère prodigieusement pour la taille de l’espèce décrite par M. Steller.
« Le poil des jeunes est noirâtre, continue M. de Pagès ; mais avec l’âge il devient d’un gris argenté à la pointe. Leurs dents sont petites; leurs moustaches assez longues ; la physionomie est douce, et leur tête ressemble assez h celle d’un chien qui n’aurait que de petites oreilles ; celles de ces ours marins sont étroites, peu ouvertes cl n’ont que dix-septà dix-huit lignes de longueur; le cou est gros et presque de niveau arec la tête : l’endroit le plus gros de l’animal est la poitrine, d'où le corps va en diminuant jusqu’à la queue, qui n’a qu’environ deux pouces de longueur.
« Les pattes de devant sont formées par une membrane cartilagineuse qui a presque la forme de nageoires ; celte membrane est plus forte à sa partie antérieure qu’en arrière : ces pattes ont cinq doigts qui ne s’étendent pas autant que la membrane ; le plus intérieur est le mieux marqué, de même que ses phalanges ; les deux suivants le sont moins et les deux extérieurs le sont h peine : chaque doigt est armé d’un ongle très-petit et à peine visible, étant caché par le poil.
« Les pattes de derrière ont aussi cinq doigts, dont les trois du milieu ont leurs phalanges et leurs ongles bien marqués : les autres sont moins caractérisés à cet égard ; ils ont un ongle très-petit cl très-mince : tous ces doigts sont joints par une membrane comme celle de l’oie. »