‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 247 sur 255 · LE LION MARIN · texte numérisé non relu

LE LION MARIN

(t’oT.tUir. A C.tllMÉUH.)

Tribu des otaries, genre phoque. (Cuvier.)

La plus grande des espèces de phoques à oreilles externes est celle du lion marin : il est, sans comparaison, plus puissant et plus gros que l’ours

marin; ccpeiulanl jusqu’à ce jour il était peu connu, et nous avons déjà observé que le vrai lion marin dont il est ici question n’est pas l’animal auquel le rédacteur du Voyage d’Anson a mal à propos appliqué ce nom; la figure représente le phoque à museau ridé, dont nous avons donné la description, et qui n a ni oreilles externes ni crinière, et qui diffère encore du lion marin par plusieurs autres caractères. Cette méprise ou plutôt cette fausse application de ce nom ne pouvait être rectifiée tant qu’on n'a pas connu distinctement 1 un et 1 autre de ces animaux; mais des voyageurs instruits nous ont récemment mis en état de prononcer sur leurs différences, qui sont plus que suffisantes pour en faire, avec fondement, deux espèces, et même deux genres distincts et séparés.

M. Forster a vu des troupes de ces lions marins sur les côtes des terres Magellaniques, et dans quelques endroits de l’hémisphère austral; d'autres voyageurs ont reconnu ces mêmes lions marins dans les mers du Nord, sur les îles Kurdes et au Kamisehaika. M. Stellera, pour ainsi dire, vécu au milieu d’eux pendant plusieurs mois dans l’île de Béring. Ainsi l’espèce en est répandue dans les deux hémisphères, et peut-être sous toutes les latitudes, comme celle des ours marins, de la saricovienne et de la iiluparl des phoques.

Les lions marins se tiennent et vont en grandes familles, cependant moins nombreuses que celles des ours marins avec lesquels on les voit quelquefois sur le môme rivage. Chaque famille est ordinairement composée d'un mâle adulte, de dix à douze femelles, et de quinze à vingt jeunes des deux sexes : il y a même des mâles qui paraissent avoir un plus grand nombre de femelles, mais il y en a d autres qui en ont beaucoup moins. Tous nagent ensemble dans la mer et demeurent aussi réunis lorsqu’ils sc reposent sur la terre. La présence ou la voix de riiomme les fait fuir et se jeter à l’eau; car quoique ces animaux soient bien plus grands et plus forts que les ours’marins, ils sont néanmoins plus timides; lorsqu’un homme les attaque avec un simple bâton , ils se défendent rarement et fuient en gémissant : jamais ils n attaquent ni n offensent, et I on peut sc trouver au milieu d’eux sans avoir rien à craindre; ils ne deviennent dangereux que quand on les blesse grièvement ou qu on les réduit aux abois; la nécessité leur donne alors de la fureur; ils font face à l’ennemi et combattent avec d’autant plus de courage qu’ils sont plus maltraités. Les chasseurs cherchent à les surprendre sur la terre plutôt que dans la mer, parce qu’ils renversent souvent les barques lorsqu ds sc sentent blessés. Comme ces animaux sont puissants, massifs et très forts, c est une espèce de gloire parmi les Kamtschadales que de tuer un lion marin mâle. L’homme dans l’état de nature fait plus de cas que nous du courage personnel ; ces sauvages, excités par celte idée de gloire, s’exposent au plus grand péril; ils vont chercher les lions marins en errant plusieurs jours de suite sur les Ilots de la mer, sans autre boussole que le soleil et la lune; ordinairement ils les assomment à coups de perche, et quelquefois il leur lancent des flèches empoisonnées qui les font mourir en moins de

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vingt-quatre heures, ou bien ils les prennent vivants avec des cordes de lianes dont ils leur embarrassent les pieds.

Quoique ces animaux soient d’un naturel brut et assez sauvage, il paraît cependant qu’à la longue ils se familiarisent avec l’homme. M. Stellcr dit qu’en les traitant bien on pourrait les apprivoiser : il ajoute qu’ils s’étaient si bien accoutumés à le voir, qu’ils ne fuyaient plus à son aspect comme au commencement ; qu’ils le regardaient paisiblement en le considérant avec une espece d’attention ; qu’enfin ils avaient si bien perdu toute crainte, qu’ils agissaient en toute liberté et même s’accouplaient devant lui. M. Forster dit aussi qu’il en a vu quelques-uns qui s’étaient si bien habitués à voir les hommes, qu’ils suivaient les chaloupes en mer, et qu’ils avaient l’air d’examiner cc que l’on y faisait.

Cependant, quoique les lions marins soient d’un naturel plus doux que les ours marins, les mâles se livrent souvent entre eux des combats longs et sanglants ; on en a vu qui avaient le corps entamé et couvert de grandes cicatrices. Ils se battent pour défendre leurs femelles contre un rival qui vient s'en saisir et les enlever j après le combat le vainqueur devient le chef et le maître de la famille entière du vaincu. Ils .se battent aussi pour se conserver la place que chaque mâle occupe toujours sur une grosse pierre qu'il a choisie pour domicile; et lorsqu’un autre mâle vient pour l’en chasser, le combat commence, et ne finit que par la fuite ou par la mort du plus faible.

Les femelles ne se battent jamais entre elles ni avec les mâles; elles semblent être dans une dépendance absolue duchcf.de la famille: elles sont ordinairement suivies de leurs petits des deux sexes. Mais lorsque deux mâles, c’est-à-dire deux chefs de familles différentes sont aux prises, toutes les femelles arrivent avec leur suite pour être témoins du combat, et si le chef de quelque autre troupe arrive de même à ce spectacle, et prend parti pour ou contre l’un des deux combattants, son exenqile est bientôt suivi par plusieurs autres chefs, et alors la bataille devient presque générale et ne se termine que par une grande effusion de sang, et souvent par la mort de plusieurs de ces mâles, dont les familles sc réunissent au profit des vainqueurs. On a remarqué que les trop vieux mâles ne se mêlent point dans ces combats; ils sentent apparemment leur faiblesse, car ils ont soin de sc tenir éloignés, et de rester tranquilles sur leurs pierres, sans néanmoins permettre aux autres mâles ni même aux femelles d'en approcher. Dans la mêlée, la plupart des femelles oublient leurs petits, et tâchent de s’éloigner du lieu de la scène en fuyant, cc qui suppose un naturel bien dilîérent de celui des ours marins, dont les femelles emportent leurs petits, lorsqu’elles ne peuvent les défendre ; cependant il y a quelquefois des mères lionnes qui emportent aussi leurs petits dans leur gueule ; d’autres qui ont assez de naturel pour ne les point abandonner, cl qui sc font même assommer sur la place en cherchant à les défendre; mais il faut que ce soit une exception, car M. Steller dit positivement que ces femelles ne paraissent avoir que

HISTOIRE iNATERELLE

irès-peu d’atlachement pour leurs pelils, et que quand on les leur enlève, elles ne paraissent point en être émues j il ajoute qu’il a pris des petits plusieurs fois lui-même devant le père et la mère, sans eourir le moindre nsque, et sans que ces animaux insensibles ou dénaturés se soient mis en oevoir de les secourir ou de les venger.

Au reste, dit-il, ce n’est qu'entre eux que les males sont féroces et cruels, Ils maltraitent rarement leurs petits ou leurs femelles; ils ont pour elles lieaucoup d attachement, et ils se plaisent à leurs caresses, qu'ils leur rendent avec complaisance. Mais ce qui paraîtrait singulier, si l’on n’en avait pas 1 exemple dans nos sérails, c’est que dans le temps des amours ils sont moins complaisants et plus fiers : il faut que la femelle fasse les premières avances ; non-seulement le mâle sultan paraît être indifférent et dédaigneux, mais il marque encore de la mauvaise humeur, et ce n’est qu’après qu’elle a réitéré plusieurs fois scs prévenances, qu’il se laisse toucher de sensibilité, et se rend à ses instances : tous deux alors se jettent à la mer ; ils y font différentes évolutions, et après avoir nagé doucement pendantquclque temps ensemble, la femelle revient la première à terre et s’y renverse sur le dos pour attendre et recevoir son maître. Pendant l’accouplement, qui dure huit a dix rninutes, le mâle se soutient sur ses pieds de devant, et comme il a la •aille d’un tiers plus grande que celle de la femelle, il la déborde de toute la tête.

Ces animaux, ainsi que les ours marins, choisissent toujours les îles désertes pour y aller faire leurs petits, et s’y livrer ensuite aux plaisirs de l’amour. M. Forster, qui les a observés sur les côtes des terres Magellaniques, dit avoir été témoin de leurs amours et de leur accouplement dans les mois (le décembre et janvier, c’est-à-dire dans la saison d’été de ces climats. M. Steller, qui les a de même observés sur les côtes de Kamtschaika et dans les îles voisines, assure qu’ils s’accouplent toujours dans les mois d’août et de septembre, et que les femelles mettent bas au mois de juillet. Il paraît donc que dans les climats opposés, c’est toujours en été que les lions marins se recherchent, et que le temps de la gestation est de prés de onze mois; cependant le même Steller dit posilivtmient que les femelles ne portent que neuf mois, comme s'il n’eût pas compté que de septembre et d’août en juillet il n’y a pas neuf mois, mais dix et onze mois. Ces deux voyageurs que nous venons de citer ne s’accordent pas sur le nombre des petits que la femelle produit à chaque portée; selon M. Steller, elle n’en fait qu’un, et selon M. Forster, elle en fait deux : mais il se peut qu’elles ne produisent ordinairement qu’un et quehiuefois deux; il se peut aussi qu'elles soient moins fécondes au Kamtschalka qu’aux terres Magellaniques; et enfin il se peut que comme les petits de l'année précédente suivent leur mère avec ceux de l’année suivante, M. Forster ne les ait pas distingués, en voyant la femelle suivie de deux petits. Les mêmes voyageurs rapportent que ces animaux, et surtout les mâles, ne mangent rien tant que durent leurs amours, en sorte qu’après ce temps ils sont toujours fort maigres cl Irès-épuisés ;

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ceux qu'ils ont ouverts dans cette saison n'avaient dans leur estomac que de petites pierres, tandis que dans tout autre temps ils sont très-gras, et que leur estomac est farci des poissons et des crustacés qu’ils mangent en grande (juantité.

La voix des lions marins est différente, selon l'àge et le sexe, et il est aisé de distinguer, même de loin, le cri des mâles adultes, de celui des jeunes et des femelles : les mâles ont un mugissement semblable à celui du taureau, et lorsqu’ils sont irrités, ils marquent leur colère par un gros ronflement : les femelles ont aussi une espèce de mugissement, mais plus faible que celui du mâle, et assez semblable au beuglement d’un jeune veau; la voix des petits a beaucoup de rapport à celle d’un agneau âgé de quelques mois; de sorte que de loin on croirait entendre des troupeaux de bœufs et de moulons qui seraient répandus sur les côtes, quoique ce ne soit réellement que des troupes de lions marins, dont les mugissements, sur des accents et des Ions différents, se font entendre d’assez loin pour avertir les voyageurs qu’ils approchent de la terre, que les brumes, dans ces parages, dérobent souvent à leurs yeux.

Les lions marins marchent de la même manière que les ours marins, c’est-à-dire en se traînant sur la terre à l'aide de leurs pieds de devant; mais c’est encore plus pesamment et de plus mauvaise grâce. Il y en a qui sont si lourds, et ce sont probablement les vieux, qu'ils ne quittent pas la pierre qu'ils ont choisie pour leur siège, et sur la(iuelle ils passetit le jour entier à ronfler et à dormir. Les jeunes ont aussi moins de vivacité que les jeunes ours marins : on les trouve souvent endormis sur le rivage; mais leur sommeil est si peu profond, (|u’au moindre bruit ils s'éveillent et fuient du côté de la mer. Lorsque les petits sont fatigués de nager, ils se mettent sur le dos de leur mère; mais le père ne les y souffre pas longtemps et les en fait tomber, com:fic pour les forcer de s’exercer et de se fortiller dans l’exercice de la nage. En general tous ces lions marins, tant adultes que jeunes, nagent avec beaucoup de vitesse et de légèreté; ils peuvent aussi demeurer fort longtemps sous beau sans respirer. Ils exhalent une odeur forte et qui se répand au loin. Leur chair est presque noire et d’assez mauvais goût, surtout celle des mâles ; cependant M. Steller dit que la chair des pieds ou nageoires de derrière est très-bonne à manger; mais peut-être n’est ce que pour des voyageurs, d’autant moins difficiles que ceux-ci manquaient, pour ainsi dire, de tout autre aliment; ils disent que la chair des jeunes est blanchâtre et peut se manger, quoiqu'elle soit un peu fade et assez désagréable au goût : leur graisse est très-abondante et assez semblable à celle de l’ours marin ; et quoique moins huileuse ([uc celle des autres phoques, elle n’en est pas plus mangeable. Cette grande quantité de graisse et leur fourrure épaisse les défendent contre le froid dans les régions glaciales; mais il semble qu’elles devraient leur nuire dans les climats chauds, d’autant qu’on ne s’est point aperçu d’aucune mue dans le poil, ni de diminution de leur embonpoint dans quelque latitude qu’on les ait rencontrés : ces animaux amphibies

diffèrent donc en cela des animaux terrestres, qui changent de poil lorsqu on les transporte dans des climats différents.

Le lion marin diffère aussi de tous les autres animaux de la mer, par un caractère qui lui a fait donner son nom , et qui lui donne en effet quelque ressemblance extérieure avec le lion terrestre : eest une crinière de poils cpais, ondoyants, longs de deux à trois pouces et de couleur jaune foncé, qui s étend sur le front, les joues, le cou et la poitrine ; cette crinière se hérisse lorsqu’il est irrité, et lui donne un air menaçant. La femelle, qui a le corps plus court et plus mince que le mâle, n’a pas le moindre vestige de celte crinière; tout son poil est court, lisse, luisant et d une couleur jaunâtre assezclaire : celui du mâle, à l’exception de la crinière, estde même luisant, poh et court; seulement il est d’un fauve brunâtre et plus foncé que celui de la femelle, il n’y a point de feutre ou petits poils lanugineux au-dessous des longs poils, comme dans l’ours marin. Au reste, la couleur de ces animaux varie suivant l àge; les vieux mâles ont le pelage fauve comme les femelles, et ils ont quelquefois du blanc sur le cou et la tête; les jeunes ont ordinairement la même couleur fauve foncé des mâles adultes; mais il y en a qui sont d’un brun presque noir, et d’autres qui sont d'un fauve pâle comme les vieux cl les femelles.

Le poids de ce gros animai est d environ quinze à seize cents livres, et sa longueur de dix et douze pieds lorsqu’il a pris tout son accroissement; les femelles, qui sont beaucoup plus minces, sont amssi plus petites, et n’ont communément que sept à huit pieds de longueur : le corps des uns et des autres, dont le diamètre est à peu près égal au tiers de sa longueur, a presque partout une épaisseur égale, et .se présente aux yeux comme un gros cylindie, jilulôt lait pour rouler que pour marcher sur la terre; aussi ce corps trop arrondi n’y trouve d’assiette que parce qu êtant recouvert partout d'une graisse excessive, il prête aisément aux inégalités du terrain et aux pierres sur lesquelles l’animal se couche pour reposer.

La tête parait être trop petite à proportion d’un corps aussi gros ; le museau est assez semblable à celui d'un gros dogue , étant un peu relevé et comme tronqué à son extrémité; la lèvre supérieure déborde sur la lèvre inférieure, et toutes deux sont garnies de cinq rangs de soies rudes en forme de moustaches iiui sont longues, noires, et s’étendent le long de l’ouverture de la gueule : ces soies sont des tuyaux dont on peut faire des cure-dents; elles deviennent blanches dans la vieillesse. Les oreilles sont coniques et longues seulement de six à sept lignes : leur cartilage est ferme et raide, et neanmoins elles sont repliées vers 1 extrémité; la partie intérieure est lisse, cl la surface extérieure est couverte de poil. Les yeux sont grands et proéminents; les caroncules des grands angles en sont lort apparentes et d’une couleur rouge assez vive, en sorte que les yeux de cet animal paraissent ardents et échauffés; l’iris en est vert, et le reste de l’ceil est blanc, varié de petits filets sanguins; il y a une membrane (memhrana nivlilans) à l’angle intérieur, qui peut au besoin recouvrir l’œil en entier à la volonté de l’ani-

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mal; des sourcils composes de crins noirs assez forts surmontent les yeux. La langue est couverte de petites fibres tendineuses, et elle est un peu fourchue à son extrémité : le palais est cannelé et sillonné transversalement par des rides assez sensibles. Les dents sont au nombre de trente-six, comme dans Tours marin, et sont disposées de même : les incisives supérieures sont terminées par deux pointes, au lieu rjue les inférieures n’en ont qu’une; il y en a quatre tant en haut qu’en bas : les dents canines sont bien plus longues que les incisives et d’une forme conique, un peu crochues à l’extrémité, avec une cannelure au côté intérieur. Il y a, comme dans Tours marin, des doubles dents canines à la mâchoire supérieure, qui sont placées Tune auprès de Tautre entre les incisives et les molaires, et une canine seulement de chaque côté à la mâchoire inférieure; mais toutes ces dents canines, ainsi que les incisives et les molaires, sont du triple plus longues que celles de Tours marin. Ces dents molaires sont au nombre de six de chaque côté dans la mâchoire supérieure, et au nombre de cinq seulement de chaque côté dans la mâchoire inférieure ; elles ont à peu près la même figure que les canines : seulement elles sont plus courtes ; on remarque sur ces dents molaires une proéminence ou tubérosité osseuse qui parait faire partie constituante de la dent.

Le lion marin, au lieu de pieds de devant, a des nageoires qui sortent de chaque côté de la poitrine; elles sont lisses et de couleur noirâtre sans apparence de doigts, avec une faible trace d’ongle au milieu, que Ton distingue â peine : cependant ces nageoires renferment cinq doigts avec des phalanges cl leurs articulations; ces petits ongles ont la forme de tubercules arrondis, et sont d’une substance cornée; ils sont situés au tiers de la longueur de la nageoire en la mesurant depuis Tcxlrémité : la forme de la nageoire entière est celle d’un triangle allongé et tronqué vers la pointe, et elle est absolument dénuée de poil et comme crénelée sur la face intérieure.

Les nageoires postérieures sont, comme celles de devant, couvertes d’une peau noirâtre, lisse et sans aucun poil : mais elles sont divisées à l’extérieur en cinq doigts fort longs et aplatis qui sont terminés par une membrane mince, comprimée et qui s’étend au delà de l’extrémité des doigts; les petits ongles qui sont au-dessus de ces doigts ne servent à l’animal que pour se gratter le corps.

Dans les phoques, la conformation des pieds est très-différente : tous ont des pattes en devant assez bien conformées, avec des doigts distincts et bien marqués, qui sont seulement joints par une membrane; leurs pieds et leurs doigts sont aussi garnis de poil comme le reste du corps; au lieu que dans le lion marin, comme dans Tours marin, ces quatre extrémités sont plutôt des nageoires que des pattes ; aussi croyons-nous devoir rapporter à Tune ou Tautre de ces espèces du lion marin ou de Tours marin ce que dit Frézier des phoques qui se trouvent sur les côtes occidentales de l’Amérique.

« Ils diffèrent, dit ce voyageur, des loups marins du Nord, en ce que ceux-là ont des pattes, et que ceux-ci ont des nageoires allongées à peu près comme des ailes

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vers les épaules, et deux autres petites qui enferment le croupion. La nature a néanmoins conservé au bout des grandes nageoires quelque conformité avec les pattes, car on y remarque des ongles qui en terminent l’extrémité; peut-être que ces animaux s’en servent pour marcher à terre, où ils se plaisent fort, et où ils portent leurs petits, qu’ils nourrissent de poisson... Ils jettent des cris comme les veaux, et c’est ce qui les a fait appeler veaux marws; mais leur tête ressemble plutôt à celle d’un chien qu’à tout autre animal; et c’est avec raison que les Hollandais les appellent c/uens marins. Leur peau est couverte d’un poil fort ras et touffu, et leur chair est fort huileuse et de mauvais goût.... néanmoins- les Indiens deCliiloé la font sécher, et en font leurs provisions pour se nourrir; les équipages des vaisseaux en tirent de l’huile pour leurs besoins. La pêche en est fort facile; on en approche sans peine sur la terre et sur la mer, et on les tue d un seul coup sur le nez. Il y en a de diflérentes grandeurs : dans le Sud ils sont de la grosseur des forts mâtins, et au Pérou on en trouve qui ont plus de douze pieds de long. »

La verge du lion marin est à peu près de la grosseur de celle du cheval; et la vulve, dans la femelle, est placée fort bas vers la queue, qui n’a qu’environ trois pouces de longueur. Cette courte queue est de forme conique et couverte d un poil semblable à celui du corps. Lorsque l’animal est dans une situation allongée, la queue se trouve cachée entre les nageoires de derrière, qui dans cette situation sont très-voisines l’une de l’autre.

M. Forster nous a donné les dimensions suivantes, prises sur une femelle, qui probablement n avait pas encore acquis tout son accroissement ;

Du houl du nezà rexirémité desdoigis du milieu de la nageoire de derricrc

Du bout du nez jusqu’à l'extremité de la queue

Du bout du nez jusqu’à l’origine de la queue . . . . ! ! !

Circonférence du eorps aux épaules

Circonférence de la tête derrière les oreilles. .... , . . 1 Longueur des nageoires de devant. . .

Longueur des t.ageoires de derrière jusqu’à l’exlrémilé du pouce. .’

Depuis l’exlréraitc de la lèvre supérieure à l'augle de la bouche Depuis l'extrémité de la lèvre supérieure jusqu'à la base des oreilles!

Longueur des moustaches

Longueur de la queue ! !

Longueur de l’ongle du doigt du milieu de la nageoire postérieure H-auteur des oreilles

Si l’on veut comparer tout ce que nous avons dit de l’ours marin avec ce que nous venons de dire du lion marin, on peut voir qu’il y a beaucoup d’analogie entre ces animaux, tant par les habitudes naturelles que par plusieurs caractères extérieurs; neanmoins comme il y a des différences essentielles, et que l'on a quelquefois confondu ces deux espèces, il est bon de résumer ici leurs principales différences.

1“ Le lion marin a, comme le lion terrestre, une crinière fauve, et tout le reste de son poil est court, lisse, luisant et couché sur la peau, au lieu que l’ours marin n’a point de crinière, et que le poil du cou et de tout le corps est long et hérissé : il y a de plus, à la racine du long poil, un second poil plus court; c’est une espèce de fourrure ou feutre lanugineux, qui manque au lion marin.

llISTOiaii NATURELLE UES LAMANTINS. 7Ô1

S" La couleur du lion marin est fauve cl jaunâtre, tirant sur le brun, et à peu près semblable à celle du lion terrestre; tandis que la couleur de l’ours marin est d’un brun foncé presque noir, moucheté quelquefois de petits points blancs.

3° La taille des lions marins est ordinairement de dix à douze pieds, et celle des ours marins les plus grands n’excède jamais huit à neuf pieds.

4° Les lions marins sont indolents et fort lourds, et ils ne marquent que bien peu d attachement pour leur progéniture; au contraire, les ours marins sont très-vifs, et donnent des preuves d’un grand amour pour leurs petits, par les soins qu’ils en prennent.

5" Enfin, quoique les lions et les ours marins soient souvent sur le même terrain et dans les mêmes eaux, cependant ils y vivent toujours en troupes séparées et éloignées les unes des autres; et s'ils sont assez voisins pour se mêler quelquefois, ce n’est jamais pour s’habituer ensemble, et cln^cun rejoint bientôt sa famille.

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