‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 248 sur 255 · LES LAMANTINS · texte numérisé non relu

LES LAMANTINS

Nous avons dit que la nature semble avoir formé les lamantins pour faire la nuance entre les quadrupèdes amphibies et les cétacés : ces êtres mitoyens, placés au delà des limites de chaque classe, nous paraissent imparfaits, quoiqu’ils ne soient qu’extraordinaires et anormaux : car en les considérant avec attention, l’on s’aperçoit bientôt qu’ils possèdent tout ce qui leur était nécessaire pour remplir la place qu’ils doivent occuper dans la chaine des êtres.

Aussi les lamantins, quoique informes à l’extérieur, sont à l’intérieur très-bien organisés; et si l’on peut juger de la perfection d'organi.sation par le résultat du sentiment, ces animaux seront peut-être plus parfaits que les autres à l’intérieur, car leur naturel et leurs mœurs semblent tenir quelque chose de l'inlelligence et des qualités sociales ; ils ne craignent pas l’aspect de l'homme, ils affectent même de s’en approcher et de le suivre avec confiance et sécurité. Cet instinct pour toute société est au plus haut degré pour celle de leurs semblables; ils se tiennent presque toujours en troupes et serrés les uns contre les autres avec leurs petits au milieu d’eux comme pour les préserver de tout accident : tous se prêtent dans le danger des secours mutuels ; on en a vu essayer d’arracher le harpon du corps de leurs compagnons blessés, et souvent l’on voit les petits suivre de près le cadavre de leur mère jusqu’au rivage, où les pêcheurs les amènent en les tirant avec des

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cordes. Ils inonlreiil auliint de fidélité dans leurs amours que d’attacliemcnt à leur société; le mâle n’a communément qu’une seule femelle qu’il accompagne constamment avant et après leur union. Ils s’accouplent dans l’eau, la femelle renversée sur le dos; car ils ne viennent jamais à terre et ne peuvent même se traîner dans la vase : ils ont le trou ovale du coeur ouvert, et par conséquent la femelle peut rester sous l’eau pendant la copidation.

Ces animaux ne se trouvent pas dans les hautes mers à une grande distance des terres; ils hahitent au voisinage des côtes et des iles, et particulièrement sur les plages qui produisent le fucus et les autres herbes marines dont ils se nourrissent : leur chair et leur graisse sont également bonnes à manger, et c est par cette raison qu’on leur fait une guerre cruelle et que l’espèce en est diminuée sur la plupart des côtes où les hommes sé sont habitués en nombre.

Nous connaissons quatre ou cinq espèces de lamantins : tous ont la tête tr ès-petite, le cou fort court, le corps épais et très-gros jusqu’à l’endroit où commence la queue, et allant ensuite en diminuant de plus en plus jusqu’à l’origine de la pinne ou nageoire qui termine cette queue en forme d’un éventail étendu dans le sens horizontal; les yeux sont très-petits et ordinairement situés à égale distance, entre les trous auditifs et l’extrémité du museau- CCS trous, qui leur servent d’oreilles, sont indiqués par deux petites ouverture qu on ne peut apercevoir qu au moyen d’une inspection attentive La peau du corps est raboteuse, très-épaisse, et dans quelques espèces elle est parsemée de poils rares ; la langue est étroite, d’une moyenne longueur, et assez menue relativement au volume du corps; la verge est placée dans un fourreau adhérent à la peau du ventre qui s’étend jusqu’au nombril. Les femelles ont la vulve assez grande, avec un clitoris apparent; cette partie n’est pas située, comme dans les autres animaux, au-dessous mais au-dessus de 1 anus Elles ont les mamelles placées sur la poitrine et très-proéminentes dans le temps de la gestation et de l’allaitement de leurs petits; mais dans tout autre temps elles ne sont apparentes que par leurs boutons.

Voilà les caractères généraux et communs à tous les lamantins; mais il y en a de particuliers par lesquels on peut distinguer les espèces : par exemple, le grand lamantin de Kamtschatka manque absolument de doigts et d’ongles dans les deux mains ou nageoires; il manque aussi de dents, et n a dans chaque mâchoire qu’un os fort et robuste qui lui sert à broyer les aliments. Au contraire, les lamantins d’Amérique et d’Afriipie ont des doigts et des ongles, et des dents molaires dans le fond de la gueule.

DES LAMANTliNS.

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