LA SOURIS
Ordre des rongeurs, genre rat. (Cuvikh.)
La souris, beaucoup plus petite que le rat, est aussi plus nombreuse, plus commune et plus généralement répandue: elle a le même instinct, le même tempérament, le même naturel, et n’en diffère guère que par la faiblesse et par les habitudes qui l’accompagnent; timide par nature, familière par nécessité, la peur ou le besoin font tous ses mouvements ; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre; elle ne s’en écarte guère, y rentre à la première alerte, ne va pas, comme le rat, de maisons en maisons, à moins qu’elle n’y soit forcée, fait aussi beaucoup moins de dégâts, a les mœurs plus douces, et s'apprivoise jusqu’à un certain point, mais sans s’attacher : comment aimer en effet ceux qui nous dressent des embûches '? Plus faible, elle a plus d’ennemis auxquels elle ne peut échapper, ou plutôt se soustraire que par son agilité, sa petitesse même. Les chouettes, tous les oiseaux de nuit, les chats, les fouines, les belettes, les rats même lui font la guerre; on l’attire, on la leurre aisément par des appâts, on la détruit à milliers; elle ne subsiste enfin que par son immense fécondité.
J’en ai vu qui avaient mis bas dans des souricières; elles produisent
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dans toutes les saisons, et plusieurs lois par an : les portées ordinaires sont de cinq ou six petits; en moins de quinze jours ils prennent assez de force et de croissance pour se dis|)erser et aller clierclier à vivre. Ainsi la durée de la vie de ces petits animaux est fort courte, puisque leur accroissement est si prompt; et cela augmente encore l’idée qu’on doit avoir de leur prodigieuse multiplication. Aristote dit, qu’ayant mis une souris pleine dans un vase à serrer du grain, il s’y trouva peu de temps après cent vingt souris, toutes issues de la même mère.
Ces petits animaux ne sont points laids; ils ont l’air vif et meme assez fin: l’espèce d'horreur qu’on a pour eux n’est fondée que sur les petites surprises et sur l’incommodité (|u’ils causent. Toutes les souris sont blanchâtres sous le ventre, et il y en a de blanches sur tout le corps; il y en a aussi de plus ou moins brunes, et de plus ou moins noires. L’espèce et généralement répandue en Europe, en Asie, en Afrique; mais on prétend qu’il n'y en avait point en Amérique, et que celles qui y sont actuellement, en grand nombre, viennent originairement de notre continent; ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il parait que ce petit animal suit riiomme, et fuit les lieux inhabités, par l’appétit naturel qu’il a pour le pain, le fromage, le lard, l’huile, le beurre et les autres aliments que l'homme prépare pour lui-méme.
ADDITION A L’AmTCI.F. DE LA SOLTIIS.
Nous avons dit que les souris blanches aux yeux rouges n’étaient qu’une variété, une sorte de dégénération dans l'espèce de la souris. Celte variété se trouve, non-seulement dans nos climats tempérés, mais dans les contrées méridionales et septentrionales des deux continents.
« Les souris blanches aux yeux rouges, a dit Ponto|>pidan, ont été trouvées dans la petite ville de Molle ou Roms-dallem: mais on ne sait si elles y sont indigènes, ou si elles y ont été apportées des Indes orientales. » Celte dernière présomption ne paraît fondée sur rien; et il y a bien plus de raison de croire que les souris blanches se trouvent quelquefois en Norw'ége, comme elles se trouvent quelquefois partout ailleurs dans notre continent; cl les souris, en général, se sont même actuellement si fort multipliées dans l’autre, qu’elles sont aussi communes en Amériipie qu’en Europe, surtout dans les colonies les plus habitées. Le mémo auteur ajoute:
« Que les rats de bois et les rats d’eau ne peuvent vivre dans les terres les plus septentrionales de la Norwége, et qu il y a plusieurs districts, comme celui de Ilardenver, dans le diocèse de Bcrghen, et d autre dans le diocèse d’Aggerhum, où l’on ne voit point de rats, quoiqu il y en ait sur le bord méridional de la rivière de Vormen; et que, lorsqu ils sont transportés de
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l’autre côté, c est-à-dire à la partie boréale de cette rivière ; ils y périssent en peu de temps; différence qu’on ne peut attribuer qu’à des exhalaisons du sol contraires à ces animaux. »
Ces faits peuvent être vrais ; mais nous avons souvent reconnu que Ponloppidan n’est pas un auteur qui mérite foi entière.