DU MULOT
grands, et une autre espèce des plus petits; 5“ eiifln, parce que les descriptions de ces deux prétendues espèces n’étant nulle part ni exactes ni complètes, on ne doit pas tabler sur les caractères vagues et sur les différences quelles indiquent.
Les anciens, à la vérité, font mention de deux espèces, l’üne, sous la dénomination de mm agrestis major, et l’autre sous celle de mus agrestis minor. Ces deux espèces sont fort communes, et nous les connaissons comme les anciens : la première est notre mulot; mais la seconde n’est pas le mus domesticus médius de Ray; c’est un autre animal qui est connu sous le nom de mulot à courte queue, ou de petit rat des champs : et, comme il est fort différent du rat ou du mulot, nous n’adoptons pas le nom générique da petit rat des champs, ni celui de mulot à courte queue, parce qu'il n’est ni rat ni mulot, et nous lui donnerons un nom particulier *. Il en est de même d’une espèce nouvelle qui s’est répandue depuis quelques années, et qui s’est beaucoup multipliée autour de Versailles, et dans quelques provinces voisines de Paris, qu'on appelle rats des bois, rats sauvages, gros rats des champs, qui sont très-voraces, très-mécliants, très-nuisibles, et beaucoup plus grands que nos rats; nous lui donnerons aussi un nom particulier, parce qu’elle diffère de toutes les autres, et que, pour éviter toute confusion, il faut donner à chaque espèce un nom. Comme le mulot et le mulot à courte queue, que noiis appellerons campagnol, sont tous deux très-communs dans les champs et dans les bois, les gens de la cam])agne les ont désignés par la différence qui les a le plus frappés : nos paysans, en Bourgogne, apppellent le mulot lu rate à la grande queue, et le campagnol la rate couette : dans d’autres provinces on appelle le mulot le rat sauterelle, parce qu’il va toujours par sauts ; ailleurs on l’appelle souris de terre lorsqu’il est petit, et mulot lorsqu’il est grand. Ainsi on se souvietulra (|ue la souris de terre, le rat sauterelle, la rate à la grande queue, le grand rat des champs, le rat domestique moyen, ne sont que des dénominations différentes de l'animal que nous appelons mulot.
Il habile, comme je lai dit, les terres sèches et élevées; on le trouve en grande quantité dans les bois et dans les champs qui en sont voisins; il se relire dans des trous qu’il trouve tout faits, ou qu’il se praticjuc sous des buissons et des troncs d arbres : il y amasse une quantité prodigieuse de glands, de noisettes ou de faînes; on en trouve quelquefois jusqu’à un boisseau dans un seul trou, et cette provision, au lieu d’être proportionnée à scs besoins, ne l’est qu’à la capacité du lieu. Ces trous sont ordinairement de plus d’un pied sous terre, et souvent partagés en deux loges, l’une où il habite avec ses petits, et l’autre où il fait son magasin. J’ai souvent éprouvé le dommage irès-considérabic que ces animaux causent aux plantations; ils emportent les glands nouvellement semés; ils suivent le sillon tracé par la charrue, déterrent cha(jue gland l un après l'auire, cl n’en laissent pas un ; cela arrive
* Je l'appelle ranipagiiol, de son nom italien canipayuoli.
HISTOIKfc; iNATURüLlÆ DU MULOT, suriout dans les années où le liland n’est pas fort abondant; coiiiine ils ti’en troiixent pas assez dans les bois, ils viennent le chercber dans les terres semées, ne le mangent pas sur le lieu, mais rem(>ortent dans leur trou, où ils 1 eniassent et le laissent souvent sécher et pourrir. Eux seuls font plus de tort à un semis de bois que tous les oiseaux et tous les autres animaux ensemble. Je n ai trouvé d autre moyen, pour éviter ce grand dommage, que de tendre des pièges de dix pas en dix pas dans toute l’étendue de la terre semée : il ne faut qu'une noix grillée pour appât, sous une pierre plate soutenue par une bûchette; ils viennent pour manger la noix, qu’ils préfèrent au gland; comme elle est attachée à la bûchette, dès quils y touchent la pierre leur tombe sur le corps et les étouffe ou les écrase. Je nie suis servi du même expédient contre les campagnols, qui détruisent aussi les glands, et comme I on avait soin de m apporter tout cequi se trouvait sous les pièges, j ai vu les premières fois, avec étunnenient, que chaipie jour on prenait une centaine tant de mulots que do campagnols, cl cela dans une pièce de terre d'environ quarante arpents : j’en ai eu plus de deux rnilliersen trois semaines, depuis le 15 novembre jusqu'au 8 décembre : et etisuite en moindre nombre jusciu’aux grandes gelées, pendant lesquelles il se recèlent et se nourrissent dans leur trou. Depuis que j’ai fait cette épreuve, il y a plus de vingt ans, je n ai jamais manqué, toutes les fois que j’ai semé du bois, de me servir du même expédient, et jamais on n’a manqué de prendre des mulots en trèsgrand nombre. C’est surtout en automne qu'ils sont en si grande quantité : il y en a beaucoup moins au printemps; car iis se détruisent eux-mèmes, pour peu (|ue les vivres viennent à leur manquer pendant l'Iiiver : les gros mangent les petits. Us mangent aussi les campagnols, et même les grives, les merles eties autres oiseaux qu’ils trouvent pris aux lacets ; ilscommencent par la cervelle; cl finissent par le reste du cadavre. iNous avons mis dans un même vase douze de ces mulots vivants, on leur donnait à manger à huit heure du matin : un jour qu’on les oublia d’un quart d'heure, il y en eut un qui servit de pâture aux autres, le lendemain ils en mangèrent un autre : et enfin, au bout de quelques jours, il n’en resta qu’un seul; tous les autres avaient été tués et dévorés en partie; et celui qui resta le dernier avait luimême les pattes et la queue mutilées.
Le rat pullule beaucoup, le mulot pullule encore davantage; il produit [)lus d une fois par an, et les portées sont souvent de neuf et dix, au lien (|ue colles du rat ne sont que de cinq ou six. Un homme de ma campagne en prit un jour vingt-deux dans un seul trou ; il y avait deux mères et vingt petits. Il est très-généralement répandu dans toute l’Europe ; on le trouve en Suède, et c'est celui que M. Linnæus appelle mus caudd lotigû, corpore nigro /lavescente, abdomine albo. 11 est très-commun en France, en Italie, en Suisse : Gessner l'a appelé mus agresCis major. 11 est aussi en Allemagne et en Angleterre ; où on le nomme feld-musz, pdd-mause c’est-à-dire rat des champs. Il a pour ennemis les loups, les renards, les martes, les oiseaux de proie, cl lui-même.
mSTOIHE NATU1U:;LLE du rat.
LE RAT PERCHAL.
Ordrs des rongeurs, genre rat. (Cuvier.)
Ce rat, dont M. Sonnera nous a apporté la peau sous la dénomination de rat perchai, est plus gros que nos rats ordinaires.
Sa longueur est de
Longueur de la tête, du bout du nez à l’occiput 0 3 5
Elle est plus allongée que celle de nos rats; les oreilles nues, sans poil, sont de la forme et de la couleur de celles de tous les rats. Les jambes sont courtes, et le pied de derrière est très-grand en comparaison de celui de devant, puisqu’il a, du talon au bout des ongles, deux pouces, et que celui de devant n'a que dix lignes du poignet à l’extrémité des ongles. La queue qui est semblable en tout à celle de nos rats, est moins longue en proportion, quoiqu’elle n’ait que huit pouces trois lignes de longueur.
Le poil est de couleur d’un brun musc foncé sur la partie supérieure de la tète, du cou, des épaules, du dos, jusqu’à la croupe et sur la partie supérieure des flancs; le reste du corps a une couleur grise plus claire sous le ventre et le cou.
Les mousiacbes sont noires et longues de deux pouces six lignes; la queue est écailleuse, comme par anneaux; sa couleur est d’un brun grisâtre.
Les poils sur le corps ont de longueur onze lignes, et sur la croupe, deux pouces; ils sont gris à leur racine, et bruns dans leur longueur jusqu’à l’extrémité; ils sont mélangés d’autres poils gris en plus grande quantité sous le ventre et les flancs.
Ce rat est très-commun dans l’Inde, et l’espèce en est nombreuse. Il fiabiie dans les maisons de Pondichéry, comme le rat ordinaire dans les nôtres, et les habitants de cette ville le trouvent bon à manger.
lÆ PORC-ÉPIC DE MALACA.
Ordre des rongeurs, genre rat. (Cuvier.)
Nous avons parlé et donné la figure d’un porc-épic des Indes orientales^ et nous avons dit que ce porc-épic ne nous paraît être qu une variété de . l’espèce du porc-épic d’Italie; mais il existe dans les contrées méridionales
de noire continent, et particulièrement à Malaca, une autre espèce de porcépic que nous avons fait dessiner vivant chez M. Aubry, curé de Saint-Louis. Nous en avons vu un tout semblable, aussi vivant, entre les mains d’utt marchand d’animaux, qui le faisait voir à Paris, au mois d’octobre 1777. Celte espèce diffèrtide respcee commune par plusieurs caractères très-sensibles, et surtout par la forme et la longueur de la queuej elle est terminée par un bouquet de poils longs et plats, ou plutôt de petites lanières blanches semblables à des rognures de parchemin ; et la queue, qui porte cette houppe à son extrémité, est nue, écailleuse, et peut avoir le tiers de la longueur du corps, qui est de quinze à seize pouces. Ce porc-épic de Malaca est plus petit que celui d’Europe ; sa tète est néanmoins plus allongée, et son museau, revêtu d une peau noire, porte des moustaches de cinq à six pouces de longueur. L’œil est petit et noir; les oreilles sont lisses, nues et arrondies : il y a quatre doigts réunis par une membrane aux pieds de devant, et il n y a qu’un tubercule en place du cinquième; les pieds de derrière en ont cinq, réunis par une membrane plus petite que celle des pieds de devant. Les jambes sont couvertes de poils noirâtres; tout le dessous du corps est blanc; les Rancs et le dessus du corps sont hérissés de piquants, moins longs que ceux du porc-épic d’Italie, mais d’une forme toute particulière, étant un peu aplatis et sillonnés sur leur longueur d’une raie eu gouttière. Ces piquants sont blancs à la pointe, noirs dans leur milieu, et plusieurs sont noirs en dessus et blancs en dessous : de ce mélange résulte un reflet ou un jeu de traits blancs et noirâtres sur tout le corps de ce porcépic.
Cet animal, comme ceux de son genre que la nature semble n’avoir armés que pour la défensive, n’a de même qu’un instinct repoussant et farouche. Lorsqu on 1 approche, il trépigne des pieds, et vient en s’enflant présenter ses piquants, qu il hérisse et secoue. Il dort beaucoup le jour, et n’est bien éveillé que sur le soir ; il mange assis et tenant entre ses pattes les pommes et autres fruits à pépin qu’il pèle avec les dents; mais les fruits à noyau, et surtout I abricot, lui plaisent davantage; il mange aussi du melon et il ne boit jamais.