LE RAT D’EAU
Ordre des rongeurs, genre rat. (Cüvier.)
Le rat d’eau est un petit animal de la grosseur d’un rat, mais qui, par le naturel et par les habitudes, ressemble beaucoup plus à la loutre qu’au rat : comme elle, il ne fréquente que les eaux douces, et on le trouve commimé-
HISTOIRE NATURELLE DU RAT D'EAU BLANC. 83 ineiil sur les bords des rivières, des ruisseaux, des étangs; comme elle, il ne vil guère que de poissons ; les goujons, les mouteilles, les vairons, les ablettes, le frai de la carpe, du brochet, du barbeau, sont sa nourriture ordinaire; il mange aussi des grenouilles, des insectes d’eau, et quelquefois des racines et des herbes. Il n’a pas, comme la loutre, des membranes entre les doigts des pieds; c’est une erreur de Willughby, que Ray et plusieurs autres naturalistes ont copié : il a tous les doigts des pieds séparés, et cependant il nage facilement, se tient sous l’eau longtemps, et rapporte sa proie pour la manger à terre, sur l’herbe ou dans son trou ; les pêcheurs l’y surprennent quelquefois en cherchant des écrevisses; il leur mord les doigts, et cherche à se sauver en se Jetant dans l’eau. Il a la tète plus courte, le museau plus gros, le poil plus hérissé, et la queue beaucoup moins longue que le rat. Il fuit, comme la loutre, les grands fleuves, ou plutôt les rivières trop fréquentées. Les chiens le chassent avec une espèce de fureur. On ne le trouve jamais dans les maisons, dans les granges; il ne quitte pas le bord des eaux, et s’en éloigne même pas autant que la loutre, qui quelquefois s’écarte et voyage en pays sec à plus d'une lieue. Le rat d’eau ne va point dans les terres élevées ; il est fort rare dans les hautes montagnes, dans les plaines arides, mais très-nombreux dans tous les vallons humides et marécageux. Les mâles et les femelles se cherchent sur la fin de l’hiver; elles mettent bas au mois d’avril : les portées ordinaires sont de six ou sept. Peutêtre ces animaux produisent-ils plusieurs fois par an, mais nous n’en sommes pas informés. Leur chair n’est pas absolument mauvaise; les paysans la mangent les jours maigres comme celle de la loutre. On les trouve partout en Europe, excepté dans le climat trop rigoureux du pôle : on les retrouve en Égypte, sur les bords du Nil, si l’on en croit Belon ; cependant la figure qu’il en donne ressemble si peu à notre rat d’eau, que l’on peut soupçonner, avec quelque fondement, que ces rats du Nil sont des animaux différents.