LE RAT D’EAU BLANC
Ordre des rongeurs, genre rat. (Cuvieb.)
On trouve en Canada le rat d’eau d’Europe, mais avec des couleurs différentes; il n’est brun que sur le dos, le reste du corps est blanc et fauve en quelques endroits; la tête et le museau même sont blancs aussi bien que l’extrémité de laquelle; le poil parait plus doux et pluslustréquc celui de notre rat
d eau : mais au reste tout est semblable, et l'oii ne peut pas douter que ces deux animaux ne soient de la même espèce j le blanc du poil vient du froid du climat, et l’on peut présumer qu’en recherchant les animaux dans le nord de l’Europe, on y trouvera, comme en Canada, ce rat d’eau blanc *.
LE SCHERMÂN
ou RAT DEAÜ DE STRASBOURG.
Ordre des rongeurs, genre rat. (Ccvieb.)
M, Hermann m’écrivit, le 8 octobre 1776, en m’envoyant la ligure d’un rat de cette espèce : « Ce petit animal a échappé 5 vos recherehe.s, et je l’a- « vais pris moi-même pour le rat d’eau commun ; cependant il en diftère « par quelques caractères. Il est plus petit; il a la queue, le poil et les orcil- « les différents de ceux d’un rat d'eau. On le connaît autour de Strasbourg « sous le nom de scherman. L’espèce en est assez commune dans les jardins « et les prés qui sont proches de l’eau. Cet animal nage et plonge fort bien ; « on en trouve assez souvent dans les nasses des pêcheurs, et ils font autant « des dégâts dans les terrains cultivés. Iis creusent la terre, et il y a quel- « ques années que dans une de nos promenades publique.s, appelée le Canif tade, hors de la ville, un homme qui fait métier de prendre les hamsters, « en a pris un bon nombre dans les mêmes pièges. »
Par ces indications, et par la description que nous allons donner de ce petit animal, il me parait certain qu’il est d’une espèce différente, quoique voisine, de celle de notre rat d’eau, mais que scs habitudes naturelles sont à peu près les mêmes. Au reste, l’individu que M. Hermann a eu la bonté de nous envoyer pour le cabinet, y a été placé, et il est très-bien conservé. Il ne ressemble en effet à aucun des rats dont nous avons donné les figures, qui tous ont les oreilles assez grandes; celui-ci les a presque aussi courtes que la taupe, et elles sont cachées sous le poil, qui est fort long. Plusieurs rats ont aussi la queue couverte de petites écailles, tandis que celui-ci Ta couverte de poil, comme le rat d’eau. ,
La longueur du corps entier, depuis l’extrémité du nez jusqu’à l’origine *
La couleur de cet animal varie encore plus que ne le dit Bufl'on.
'* Cuvier le considère comme une taricté de rat d’eau.
IlISTOIKIi NATLUlliLLE DU CAMPAGNOL. 87
de la queue, est de six pouces : la queue est longue de deux pouces trois lignes ; mais il nous a paru que les dernières vertèbres y manquent en sorte que, dans i'état de nature, elle peut avoir deux pouceg neuf lignes. La couleur du poil est en général d’un brun noirâtre mêlé de gris et de fauve, parce que le poil, qui a quinze lignes de longueur, est d’un noir gris à la racine, et fauve à son extrémité. La tète est plus courte, et le museau plus épais que dans le rat domestique, et elle approche par la forme de la tête du rat d’eau ; les yeux sont petits; l’ouverture de la bouche est bordée d’un poil blanc et court; les raouslacbes, dont les plus grands poils ont treize lignes de longueur, sont noires : le dessous du ventre est d’un gris de souris. Les jambes sont courtes et couvertes d’un petit poil noirâtre, ainsi que les pieds, qui sont fort petits; il y a, comme dans plusieurs rats, quatre doigts aux pieds de devant, et cinq à ceux de derrière; les ongles sont blancs, et un peu courbés en gouttière. La queue est couverte de petits poils bruns et cendrés, mais moins fournis que sur la queue du rat d’eau.
LE CAMPAGMOL.
Ordre des rongeurs, genre ral. (Cuvikr. )
l.e campagnol est encore plus commun, plus généralement répandu que le mulot : celui-ci ne se trouve guère que dans les terres élevées; le campagnol se trouve partout, dans les bois, dans les champs, dans les prés, et meme dans les jardins. Il est remarquable par la grosseur de sa tète, et aussi par sa queue courte et tronquée, qui n’a guère qu’un pouce de long : il se pratique des trous en terre, où il amasse du grain, des noisettes et du gland; cependant il parait qu il pi'éfère le blé à toutes les autres nourritures. Dans le mois de juillet, lorsque les blés sont mûrs, les campagnols arrivent de tous côtés, et font souvent de grands dommages en coupant les tiges du blé pour en manger l'épi : ils semblent suivre les moissonneurs; ils profitent de tous les grains tombés et des épis oubliés ; lorsqu’ils ont tout glané, ils vont dans les terres nouvellement semées, et détruisent d'avance la récolte de l’année suivante, fin automne et en hiver, la plupart se retirent dans les bois où ils trouvent de la faine, des noisettes et du gland. Dans certaines aimées, ils paraissent en si grand nombre qu’ils détruiraient tout, s’ils subsistaient longtemps; mais ils se détruisent eux-mêmes et se mangent dans
les temps de disette : ils servent d'ailleurs de pâture aux mulots, et de gibier
ordinaire au renard, au chat sauvage, à la marte et aux belettes.
Le campagnol ressemble plus au rat d’eau qu’à aucun animal par les parties intérieures; mais à l’extérieur, il en diffère par plusieurs caractères essentiels : l“par la grandeur; il n'a guère que trois pouces de longueur, depuis le bout du nez jusqu’à l’origine de la queue, et le rat d’eau en a sept; 2“ par les dimensions de la tète et du corps; le campagnol est, proportionnellement à la longueur de son corps, plus gros que le rat d’eau, et il a aussi la tête proportionnellement plus grosse ; 3” par la longueur de la queue, qui dans le campagnol ne fait tout au plus que le tiers de la longueur de l’animal entier, et qui dans le rat d’eau fait près des deux tiers de cette même longueur; 4* enfin par le naturel et les mœurs ; les campagnols ne se nourrissent pas de poisson et ne se jettent point à l’eau ; ils vivent de gland dans les bois, de blé dans les champs, et dans les prés, de racines tuberculeuses, comme celle du chiendent. Leurs trous ressemblent à ceux des mulots, et sont souvent divisés en deux loges; mais ils sont moins s()acieux et beaucoup moins enfoncés sous terre : ces petits animaux y habitent quelquefois plusieurs ensemble. Lorsque les femelles sont prêtes à mettre bas, elles y portent des herbes pour faire un lit à leurs petits : elles produisent au printemps et en été; les portées ordinaires sont de cinq ou six, cl quelquefois de sept ou huit.