‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 83 sur 255 · DE LA MARMOTTE · texte numérisé non relu

DE LA MARMOTTE

elle se tient souvent assise, et inarclie, comme lui, aisément sur ses pieds de derrière; elle porte à sa gueule ce qu’elle saisit avec ceux de devant, et mange debout comme l’ccureuil : elle court assez vite en montant, mais assez lentement en plaine; elle grimpe sur les arbres; elle monte entre deux parois de rochers, entre deux murailles voisines ; et c’est des marmottes, dit-on, que les Savoyards ont appris à grimper pour ramoner les cheminées. Elles mangent de tout ce qu’on leur donne, de la viande, du pain, des fruits, des racines, des herbes potagères, des choux, des hannetons, des sauterelles, etc. ; mais elles sont plus avides de lait et de beurre que de tout autre aliment. Quoique moins enclines que le chat à dérober, clics cherchent à entrer dans les endroits où l’on renferme le lait, et elles le boivent en grande quantité en marmottant, c’est-à-dire en faisant, comme le chat, une espèce de murmure de contentement. Au reste, le lait est la seule liqueur qui leur plaise; elles ne boivent que très-rarement de l’eau, et refusent le vin.

La marmotte tient un peu de l’ours et un peu du rat pour la forme du corps; et ce n’est cependant pas ïarctomys ou le rat-ours des anciens, comme l’ont cru quelques auteurs, et entre autres Perrault. Elle a le nez, les lèvres et la forme de la tète comme le lièvre, le poil et les ongles du blaireau, les dents du castor, la moustache du chat, les yeux du loir, les pieds de l’ours, la queue courte et les oreilles tronquées. La couleur de son poil sur le dos est d’un roux brun, plus ou moins foncé ; ce poil est assez rude, mais celui du ventre est roussàtre, doux et touffu. Elle a la voix et le murmure d'un petit chien lorsqu’elle joue ou quand on la caresse; mais lorsqu’on l’irrite ou qu’on l’effraie, elle fait entendre un sifflet si perçatit et si aigu, qu’il blesse le tympan. Elle aime la propreté, et se met à l’écart, comme le chat, pour faire ses besoins; mais elle a, commme le rat, surtout en été, une odeur forte qui la rend très-désagréable; en autotniie, elle est très-grasse. Outre itn très-grand épiploon, elle a, comme le loir, deux feuillets graisseux fort épais : cependant elle n’est pas également grasse sur toutes les parties du corps; le dos et les reins sont plus chargés que le reste d’une graisse ferme et solide, assez semblable à la chair des tétines du bœttf. Aussi la marmotte serait assez bonne à manger, si elle n'avait pas toujours un peu d’odeur, qu’on ne peut masquer que par des assaisonnements très-forts.

Cet animal, qui se plaît dans la région de la neige et des glaces, qu’on ne trouve qtte sur les plus hautes montagnes, est cependant sujet plus qu’un autre à s’engourdir par le froid. C’est ordinairement à la fin de septembre ou au commencement d’octobre qu’elle se recèle dans sa retraite, pour n en sortir qu’au commencement d’avril. Celte retraite est faite avec précaution, et meublée avec art : elle est d'abord d’une grande capacité, moins large que longue, et très-profonde; au moyen de quoi elle peut contenir une ou plusieurs marmottes sans que l'air s’y corrompe. Leurs pieds et leurs ongles paraissent être faits pour fouiller la terre; et elles la creusent en effet avec une merveilleuse célérité; elles jettent au dehors, derrière elles, les déblais de leur excavation ; ce n'est pas un trou, un boyau droit ou tortueux, c’est

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une espèce ilc galerie l'aile en forme cl’Y, dont les deux hrnnclies ont eliaeunc une ouverture, et aboutissent toutes deux à un cul-de-sac, qui est le lieu du séjour. Comme le tout est pratiqué sur le penchant delà montagne, il n'y a que le cul-de-sac qui soit de niveau ; la branche inférieure de l’Y est en pente au-dessous du cul-de-sac; et c'est dans cette partie, la plus basse du domicile, qu’elles font leurs excréments, dont rhurnidité s’écoule aisément au dehors : la branche supérieure de l’Y est aussi un peu en pente, et plus élevée que tout le reste; c’est par là qu’elles entrent et qu’elles sortent. Le.lieu du séjour est non-seulement jonché, mais tapissé fort épais de mousse et de foin; elles en font ample provision pendant l’été : on assure même que cela se fait à frais ou travaux communs; que les unes coupent les herbes les plus fines, que d’autres les ramassent, et que tour à tour elles servent de voitures pour les transporterait gîte : l’une, dit-on, se couche sur le dos, se laisse charger de foin, étend ses pattes en haut pour servir de ridelles, et ensuite se laisse traîner par les autres, qui la tirent par la queue, et prennent garde en même temps que la voiture ne verse. C’est, à ce qu’on prétend, par ce frottement trop souvent réitéré, qu’elles ont presque toutes le poil rongé sur le dos. On pourrait cependant en donner une autre raison; c'est qu'habitant sous la terre, et s’occupant sans cesse à la creuser, cela seul suffit pour leur peler le dos. Quoi qu’il en soit, il est sûr qu’elles demeurent ensemble et qu’elles travaillent en commun à leur habitalion : elles y passent les trois quarts de leur vie; elles s’y retirent pendant l’orage, pendant la pluie, ou dès (ju’il y a quelque danger; elles n'en sortent même que dans les plus beaux jours, et ne s’en éloignent guère : l'une fait le guet, assise sur une roche élevée, tandis que les autres s’amusent à jouer sur le gazon, ou s occupent à la couper pour en faire du foin; et, lorsque celle qui fait sentinelle aperçoit un homme, un aigle, un chien, etc., elle avertit les autres par un coup de sifflet, et ne rentre elle-même que la dernière.

Elles ne font pas de provisions pour l’hiver; il semble qu elles devinent qu’elles seraient inutiles : mais lorsqu’elles sentent les premières approches de la saison qui doit les engourdir, elles travaillent à fermer les deux portes de leur domicile, et clics le font avec tant de soin et de solidité, qu’il est plus aisé d'ouvrir la terre partout ailleurs que dans l’endroit qu’elles ont muré. Elles sont alors très-grasses; il y en a qui pèsent jusqu'à vingt livres : elles le sont encore trois mois a|)rès; mais peu à peu leur embonpoint diminue, et elles sont maigres sur la lin de 1 hiver. Lorsqu’on découvre leur retraite, on les trouve resserrées en boule et fourrées dans le foin ; on les emporte tout engourdies; on peut même les tuer sans qu’elles paraissent le sentir : on choisit les plus gra.sses pour les manger, et les plus jeunes pour les apprivoiser. Une chaleur graduée les ranime, comme les loirs; et celles qu’on nourrit à la maison, eti les tenaiit dans des lieux chauds, ne s'engourdissent pas, et sont même aussi vives ([uc dans les autres temps. Nous ne répéterons pas, au sujet de rengourdis.sernent de la marmotte, ce que nous avons dit à l’article du loir : le refroidissement du sang en est la seule cause,

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