‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 88 sur 255 · DE L’OL'US. ISS · texte numérisé non relu

DE L’OL'US. ISS

personne n’a contredit ce fait, et que nous n’avons pu le vérifier, nous ne pouvons aussi ni le nier, ni l’assurer; nous remarquerons seulement qu’il nous paraît douteux : 1° parce que 1 ours est un gros animal, et que plus les animaux sont gros, plus il faut de temps pour les former dans le sein de la mère; 2“ parce que les jeunes ours croissent assez lentement; ils suivent leur mère, et ont besoin de ses secours pendant un an ou deux; 3» parce que l’ours ne produit qu’en petit nombre, un, deux, trois, quatre, et jamais plus de cinq ; propriété commune avec tous les gros animaux, qui ne produisent pas beaucoup de petits, et qui les portent longtemps; 4 parce que l’ours vit vingt ou vingt-cinq ans, et que le temps de la gestation et celui de l’accroissement sont ordinairement proportionnés à la dut ce de la vie. A ne raisonner que sur ces analogies, qui me paraissent assez fondées, je croirais donc que le temps de la gestation dans 1 ours est au moins de quelques mois. Quoi qu’il en soit, il paraît que la mere a le plus grand soin de ses petits; elle leur prépare un lit de mousse et d berbes dans le fond de sa caverne, et les allaite jusqu’à ce qu’ils puissent sortir avec elle. Elle met bas en hiver, et ses petits commencent à la suivre au printemps. Le mâle et la femelle n’habitent point ensemble; ils ont chacun leur retraite séparée, et même fort éloignée. Lorsqu’ils ne peuvent trouver une grotte pour se gîter, ils cassent et ramassent du bois pour faire une loge qu ils recouvrent d herbes et de feuilles, au point de la rendre impénétrable à l’eau.

La voix de l’ours est un grondement, un gros murmure, souvent mêlé d’un frémissement de dents qu'il fait surtout entendre lorsqu on 1 irrite; il est très-susceptible de colère, et sa colère lient toujours de la fureui, et souvent du caprice : quoiqu’il paraisse doux pour son maître, et même obéissant lorsqu’il est apprivoisé, il faut toujours s en défier, et le tiaiter avec circonspection, surtout ne le pas frapper au bout du nez ni le touchti aux. parties de la génération. On lui apprend a se tenir debout, a gcsticulei, à danser ; il semble même écouler le son des instruments, et suivre grossièrement la mesure; mais, pour lui donner cette espèce d éducation, il faut le prendre jeune, et le contraindre, pendant toute sa vie; 1 ours quia de lâge ne s’apprivoise ni ne se contraint plus : il est naturellement intrépide, ou tout au moins indifférent au danger. L’ours sauvage ne se détourne pas de son chemin, ne fuit pas à l’aspect de 1 homme ; cependant on prétend que par un coup de sifflet on le surprend, on l’étonne au point qu’il s’arrête et se lève sur les pieds de derrière : c’est le temps qu’il faut prendre pour le tirer, et lâcher de le tuer; car, s’il n’est que blessé, il vient de furie se jeter sur le tireur, et l’embrassant des pattes de devant, il l’étoufïcrait sil n était

secouru

On chasse et on prend les ours de plusieurs façons en Suède, en Norwége, en Pologne, etc. La manière, dit-on, la moins dangereuse de les prendre est de les enivrer en jetant de l’cau-de-vie sur le miel, qu ils aiment beaucoup, et qu’ils cherchent dans les troncs d arbres. A la Louisiane et en Canada, où les ours noirs sont très-communs, et où ils ne nichent pas dans

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lies cavernes, mais dans de vieux arbres niorls sur pied, et dont le cœur est pourri, et on les prend en mettant le feu dans leurs maisons. Comme ils montent très-aisément sur les ai-bres, ils s’établissent rarement à rez de terre, et quelquefois ils sont nichés à trente et quarante pieds de hauteur. Si c’est une mère avec ses petits, elle descend la première, on la lue avant qu’elle soit à terre; les petits descendent ensuite, on les prend en leur passant une corde au cou, et on les ennmène pour les élever ou pour les manger, car la chair de l’ourson est délicate et bonne ; celle de l'ours est mangeable; mais, comme elle est mêlée d’une graisse huileuse, il n y a guère que les pieds, dont la substance est plus ferme, qu’on puisse regarder comme une viande délicate.

La chasse de l’ours, sans être fort dangeureuse, est très-utile lorsqu'on la fait avec quelque succès : la peau est de toutes les fourrures grossières celle qui a le plus de prix, et la quantité d’huile que l'on tire d’un seul ours est fort considérable. On met d’abord la chair et la graisse euire ensemble dans une chaudière ; la graisse se sépare; « ensuite, dit M. du Pratz, on la O purifie en y jetant, lorsqu'elle est fondue et très-chaude, du sel en bonne « quantité, et de l'eau par aspersion : il se fait une détonation, et il s’en « élève une fumée épaisse, qui emporte avec elle la mauvaise odeur de la « graisse. La fumée étant passée, et la graisse étant encore plus tiède, on « la verse dans un pot où on la laisse reposer huit ou dix jours; au bout de « ce temps, on voit nager dessus tme huile claire, qu’on enlève avec une « cuiller : cette huile est aussi bonne que la meilleure huile d’olive, et sert « aux mêmes usages. Au-dessous, on trouve un saindoux aussi blanc, mais « un peu plus mou que le saindoux de porc; il sert aux besoins de la cuisine, « et il ne lui reste aucun goût désagréable, ni aucune mauvaise odeur. » M. Dumont, dans ses Mémoires sur la Louisiane, s’accorde avec M. du Pratz, et il dit, de plus, que d’un seul ours on tire quelquefois plus de cent vingt pots de celle huile ou graisse; que les sauvages en traitent beaucoup avec les Français; qu’elle est très-belle, très-saine et très-bonne; qu’elle ne se fige guère que par un grand froid; que, quand cela arrive, elle est tout en grumeaux, et d’une blancheur à éblouir; qu’on la mange alors sur le pain en guise de beurre. Nos épiciers-droguistes ne tiennent point d'huile d’ours; mais ils font venir de Savoie, de Suisse, ou du Canada, de la graisse ou axonge qui n’est pas purifiée. L’auteur du Dictionnaire du commerce dit même que, pour que la graisse d’ours soit bonne, il faut qu’elle soit grisâtre, gluante, et de mauvaise odeur, et que celle qui est trop blanche est sophistiquée et mêlée de suif. On se sert de celte graise comme de topique pour les hernies, les rhumatismes, etc.; et beaucoup de gens assurent en avoir ressenti de bons effets.

La quantité de graisse dont l'ours est chargé le rend très-léger à la nage ; aussi traverse-t-il sans fatigue des fleuves et des lacs. « Les ours de la Loui- « siane, dit M. Dumont, qui sont d'un très-beau noir, traversent le fleuve « malgré .sa grande largeur ; ils sont très-friands du fruit des plaqueminiers;

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« ils montent sur oes arbres, se mettent à califourchon sur une bran- « che, s’y tiennent avec une de leurs pattes, et se servent de lautre pour « plier les autres branches et approcher d’eux les plaquemines. Ils sortent « aussi très-souvent des bois pour venir dans les habitations manger les « patates et le maïs. » En automne, lorsqu’ils se sont bien engraissés, ils n ont presque pas la force de mareber, ou du moins ils ne peuvent courir aussi vite qu’un homme. Us ont quelquefois plus de dix doigts d’épais.«eur de graisse aux côtés et aux cuisses: le dessous de leurs pieds est gros et enfléj lorsqu’on le coupe, il en sort un suc blanc et laiteux. Cette partie parait composée de petites glandes qui sont comme des mamelons; et c’est ce qui fait que pendant l'hiver, dans leurs retraites, ils sucent continuellement leurs pattes.

I>’ours a les sens de la vue, de l’ouïe et du toucher, très-bons, quoiqu'il ait l’œil très-petit relativement au volume de son corps, les oreilles courte.s, la peau épaisse et le poil fort touffu. Il a l’odorat excellent, et peut-être plus exquis qu’aucun autre animal; car la surface intérieure de cet organe se trouve extrêmement étendue : on y. com|)te quatre rangs de plans de lames osseuses, séparés les uns des autres par trois plans perpendiculaires; ce qui multiplie prodigieusement les surfaces propres à recevoir les impressions des odeur^. Il a les jambes et les bras charnus comme l'homme, l’os du talon court et formant une partie de la plante du pied, ciiuj orteils opposés au talon dans les pieds de derrière, les os du carpe égaux dans les pieds de devant; mais le pouce n'est pas séparé, et le plus gros doigt est en dehors de cette espèce de main, au lieu que dans celle de l’homme il est en dedans : ses doigts sont gros, courts et serrés l’un contre l’autre, aux mains comme aux pieds; les ongles sont noirs, et d’une substance homogène fort dure. Il frappe avec ses poings, comme l’homme avec les siens; mais ces ressemblances grossières avec l’homme ne le rendent que plus difforme, et ne lui donnent aucune supériorité sur les autres animaux.

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M. de -^usly, major d’artillerie au service des État-Généraux, a bien voulu me donner quelques notices sur des ours élévés en domesticité, dont voici l'extrait :

« A Berne , oi'i l’on nourrit de ces animaux , dit M. de Musly, on les loge dans de grandes fosses carrées, où ils peuvent se promener : ces fosses sont couvertes par. de.ssus , et maçonnées de pierres de taille, tant au fond qu'aux quatre côtés. Leurs loges sont maçonnées sous lerre au rez-de-chaussée de la fosse , et sont partagées en deux par des mur.iilles, et on peut fermer les ouvertures tant extérieures qu’inté- Bi rroN. lomi' ni. 1 1

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rieures par des grilles de fer qu’on y laisse tomber comme à une porte de ville. Au milieu de ces fosses, il y a des trous dans de grosses pierres, où l'on peut dresser debout de grands arbres : il y a de plus une auge dans chaque fosse, qui est toujours pleine d’eau de fontaine.

« 11 y a trente-un ans qu’on a transporté de Savoie ici deux ours bruns fort jeunes, dont la femelle vit encore. Le mâle eut les reins cassés, il y a deux mois, en tombant du haut d’un arbre qui est dans la fosse. Ils ont commencé d’engendrer à l’ége de cinq ans, et depuis ce temps ils sont entrés en chaleur tous les ans au mois de juin, et la femelle a toujours mis bas au commencement de janvier : la première fois elle n’a produit qu’un petit, et, dans la suite, tantôt un, tantôt deux, tantôt trois, mais jamais plus; et les trois dernières années, elle n’a fait qu’un petit chaque fois. L'hommo qui en a soin croit qu’elle porte encore actuellement (17 octobre 1771). Les petits, en venant au monde, sont d’nne assez jolie figure, couleur fauve, avec du blanc autour du cou, et n’ont point l’air d’un ours; la mère en a un soin extrême. Ils ont les yeux fermés pendant quatre semaines, ils n’ont d’abord guère plus de huit pouces de longueur, et trois mois après ils ont déjà quatorze à quinze pouces, depuis le bout du museau jusqu’à la racine de la queue, et du poil de pi ès d’uu pouce. Ils sont alors d’une figure presque ronde, et le museau paraît être fort pointu à proportion du reste, de façon qu’on ne les reconnaît plus. En.suite, ils deviennent Iluets pendant qu’ils sont adultes : le blanc s’efface peu à peu, et de fauves ils deviennent bruns.

« Lorsque le mâle et la femelle sont accouplés, le mâle commence par des mouvements courts , mais fort prompts, pendant environ un quart de minute; ensuite il se repose deux fois aussi longtemps sur la femelle et sans se dégager ; puis il recommence de la môme manière jusqu’à trois ou quatre reprises ; et l’accouplement étant consommé, le mâle va se baigner dans l’auge jusqu’au cou. Les ours se battent quelquefois assez rudement avec un murmure horrible ; mais, dans le temps des amours, la femelle a ordinairement le dessus, parce qu’alors le raàlc la ménage. Les fosses qui étaient autrefois dans la ville ont été Comblées, et on en a fait d’autres entre les remparts et la vieille enceinte. Ces deux ours ayant été séparés pendant quelques heures pour les transporter l’un après l’autre dans les nouvelles fosses, lorsqu’ils se sont retrouvés ensemble, ils se sont dressés debout pour s’embrasser avec transport. Après la mort du mâle, la femelle a paru fort affligée, cl n’a pas voulu prendre de nourriture qu’au bout de. plusieurs jours. Mais, h moins que ces animaux ne soient élevés et nourris ensemble dès leur tendre jeunesse, ils ne peuvent se supporter, et lorsqu’ils y ont été habitués , celui qui survit ne veut plus en souffrir d’autres.

« Les arbres que l’on met dans les fosses tous les ans, au mois de mai , sont des mélèzes verts, sur lesquels les ours se plaisent à grimper : néanmoins ils en cassent quelquefois les branches, surtout lorsque cis arbres sont nouvellement plantés. On les nom rit avec du pain de seigle, que l’on coupe en gros morceaux et que l’on trempe dans de l’eau chaude. Us mangent aussi de toutes sortes de fruits; et quand les paysans en apportent au marché, qui ne sont pas mûrs, les archers les jettent aux ours par ordre de police. Cependant on a remarqué qu’il y a des ours qui préfèrent les légumes aux fruits des arbres. Quand la femelle est sur le point de mettre bas, ou lui donne force paille dans sa loge , dont elle se fait un rempart, après qu’on l’a séparée du mâle, de peur qu’il ne mange les petits; et quand elle a mis bas, on lui donne une meilleure nourriture qu’à l’ordinaire. On ne trouve jamais rien de l’enveloppe, ce qui fait juger qu’elle l’avale. On lui laisse les petils pendant dix semaines ; et , après les en avoir séparés, on leà nourrit pendant quelque temps avec du lait et des biscuits.

« L’ours en question, que l'on croyait pleine, fut munie de paille comme à l’ordinaire dans k temps qne l’on croyait qu’elle allait mettre bas; elle s'en fit un lit où

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«lie resla pendant trois semaines, sans avoir rien produit. Elle a mis bas à trenle-un ans, au mois de janvier 1771, pour la dernière lois. Au mois de juin suivant elle s’est encore accouplée ; mais au mois de janvier 1772, à trente-deux ans, elle n’a plus rien fait. Il serait à souhaiter qu’on la laissât vivre jusqu’au terme que la nature lui a fixé, afin de le connaître.

a 11 y a des ours bruns an mont Jura, sur les frontières de notre canton, de la Franche-Comté et du pays de Gex : quanil ils descendent dans la plaine, si c’est en automne, ils vont dans les bois de châtaigniers , où ils font un grand dégât. Dans ce pays-ci, les ours passent pour avoir le sens de la vue faible, mais ceux de l’ouïe , du toucher, et de l’odorat très-bons. »

En Norwege, les ours sont plus communs d,ans les provinces de Berghem et de Drontheim que dans le reste de cette contrée. On en distingue deux races, dont la seconde est considérablement plus petite que la première. Les couleurs de toutes deux varient beaucoup : les uns sont d'un brun foncé, les autres d’un brun clair, et même il y en a de gris et de tout blancs. Ils se retirent au commencement d'octobre dans des tanières ou des huttes qu'ils se préparent eux mêmes, et où ils disposent une espèce de lit de feuilles cl de mousse. Comme ces animaux sont fort à craindre, surtout quand ils sont blessés, les chasseurs vont ordinairement en nombre, au moins de trois ou quatre; et comme Tours tue aisément les grands chiens, on n’en mène que des petits qui lui passent aisément sous le ventre, et le saisissent par les parties de la génération. Lorsqu’il se trouve excédé, il s’appuie le dos conire un rocher ou contre un arbre, ramasse du gazon et des pierres qu’il jette à ses ennemis; et c'est ordinairement dans cette situation qu’il reçoit le coup de la mort.

Nous avons vu à la ménagerie de Chantilly un ours de TAmérique; il était d’un très-beau noir, et le poil était doux, droit et long comme celui du grand sapajou, que nous avons appelé le coaita. Nous n’avons remarqué d’autres différences dans la forme de cet ours d’Amérique, comparé à celui d’Europe, que celle de la tète, qui est un -peu allongée, parce que le bout du museau est moins plat que celui de nos ours.

On trouve dans le journal de l’expédition de M. Bartram une notice d’un ours d’Amérique, tué près de la rivière Saint John, à Test de la Floride.

« Cet ours , dit la relation , ne pesait que quatre cents livres, quoique le corps eût sept pieds de longueur depuis l'extrémité du nez jusqu’à la queue. Les pieds de devant n’axaient que cinq pouces de large. La graisse était épaisse de quatre pouces: on l'a fait fondre, et on en a tiré soixante pintes de graisse, mesure de Paris.

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L’OURS Bf.ANC.

(l'oI'HS BI.ANC de la MEB GLAf.lALE.)

Un animal fameux de nos terres les plus septentrionales, c’est l’ours blanc. Martens et quelques autres voyageurs en ont fait mention, mais aucun n’en a donné une assez bonne description pour qu’on puisse prononcer afiirmativement qu’il soit d’une espèce différente de celle de l’ours : il paraît seulement qu’on doit le présumer, en supposant exact tout ce qu’ils nous en disent ; mais, comme nous savons d'ailleurs que l’espèce de l’ours varie beaucoup suivant les différents climats, qu'il y en a de bruns, de noirs, de blancs et de mêlés, la couleur devient un caractère nul, et par conséquent la dénomination d’owrs blanc est insuffisante, si l’espèce est différente. J’ai vu deux petits ours apportés de Russie qui étaient entièrement blancs ” ; néanmoins ils étaient très-certainement de la même espèce que notre ours des Alpes. Ces animaux varient beaucoup aussi pour la grandeur : comme ils vivent assez longtemps, et qu'ils deviennent très-gros et très-gras dans les endroits où ils ne sont pas tourmentés, et où ils trouvent de quoi se nourrir largement, le caractère tiré de la grandeur est encore équivoque : ainsi, l’on ne serait pas fondé à assurer que l’ours des mers du nord est d’une espèce particulière, uniquement parce qu’il est blanc et qu’il est plus grand que l’ours commun. La différence dans les habitudes ne me parait pas plus décisive que celle de la couleur et de la grandeur. L’ours des mers du nord se nourrit de poisson; il ne quitte pas les rivages de la mer; et souvent même, il jiabite en pleine eau sur des glaçons flottants : mais, si l’on fait attention que l’ours en général est un anitnal qui se nouri it de tout, et qui, lorsqu’il est affamé, ne fait aucun choix ; si l’on pense aussi qu’il ne craint pas l’eau, ces habitudes ne paraîtront pas assez différentes pour en conclure que 1 espèce n est pas la même; car le poisson que mange l'ours des mers du nord est plutôt de la chair; c’est principalement les cadavres des baleines, des morses et des phoques, qui lui servent de pâture; et cela dans un pays où il n’y a ni autres animaux, ni grains, ni fruits sur la terre, et où par conséquent il ne peut subsister que des productions de la mer.

* On trouve des ours blancs terrestres , iion-seulenieiit en Russie, mais en Pologne, en Sibérie et même en Tarlarie. bes montagnes de La Grande-Tarlarie fournissent quantité d'onrs blancs, dit l’auteur de la Relation de la Grande-Tartarie, pages. Ces ours de montagnes ne fréquentent pas la mer, et cependant sont blancs; ain.si cette couleur parait plutôt venir de la différence du climat que de celle de l’élément qu'liabitent ces animaux.

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