‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 95 sur 255 · DE L ONDATRA ET DU DESMAN · texte numérisé non relu

DE L ONDATRA ET DU DESMAN

de n'avoir pas plus d’une ligne de diamètre; que non-sculement ils changent de volume, de consistance et de couleur, mais même de situation d’une manière marquée; il en est de même des vésicules séminales, des vaisseaux déférents, etc. Toutes ces parties de la génération s’oblitèrent presque entièrement après la saison des amours. Les testicules, qui, dans ce temps, étaient au dehors et fort proéminents, rentrent dans l’intérieur du corps; ils sont attachés à la membrane adipeuse, ou plutôt ils sont enclavés, ainsi que les autres parties dont nous venons de parler. Cette membrane s étend et s’augmente par la surabondance de la nourriture jusqu’au temps du rut : les parties de la génération, qui semblent être des appendices de cette membrane, se développent, s’étendent, se gonflent et acquièrent alors toutes leurs dimensions; mais lorsque cette surabondance de nourriture est épuisée par des coïts réitérés, la membrane adipeuse, qui maigrit, se resserre, se contracte et se retire peu à peu du côté des reins; en se retirant elle enirainc avec elle les vaisseaux déférents, les vésicules séminales, les épididymes et les testicules, qui deviennent légers, vides et ridés au point de n’étre plus reconnaissables. Il en est de même des vésicules séminales qui, dans le temps de leur gonflement, ont un pouce et demi de longueur, et ensuite sont réduites, ainsique les testicules, à une ou deux lignes de diamètre. 5° Les follicules qui contiennent le musc ou le parfum de cet animal sous la forme d'une humeur laiteuse, et qui sont voisins des parties de la génération, éprouvent aussi les mêmes changements; ils sont très-gonflés, et leur parfum très-fort, très-exalté, et même très-sensible à une assez grande distance dans le temps des amours; ensuite ils se rident, ils se flétrissent et enfin s'oblitèrent en entier. Ce changement dans les follicules qui contiennent le parfum se foit plus promptement et plus complètement que celui des parties de la génération : ces follicules, qui sont communs au deux sexes, contiennent un lait fort abondant au temps du rut; ils ont des vaisseaux excrétoires <iui aboutissent dans le mâle à l’extrémité de la verge et vers le clitoris dans la femelle, et cette sécrétion se fait et s’évacue à peu près au même endroit que l’iirine dans les autres quadrupèdes.

Toutes ces singularités, qui nous ont été indiquées par M. Sarrasin, étaient dignes de raltention d’un habile anatomiste, et l’on ne peut assez le louer des soins réitérés qu’il s'est donnés pour constater ces especes d’accidents de la nature, et pour voir ces changements dans toutes leurs périodes. Nous avons déjà parlé de changements et d'altérations à peu près semblahles à celle-ci dans les parties de la génération du rat d’eau, du campagnol et de la taupe. Voilà donc des animaux quadrupèdes qui, par tout le reste de la conformation, ressemblent aux autres quadrupèdes, desquels cependant les parties de la génération sc renouvellent 'et s’oblitèrent chaque année, à peu près comme les laitances des poissons et comme les vaisseaux séminaux du calmar dont nous avons décrit les changements, l’anéantissement et la reproduction : ce sont là de ces nuances par lesquelles la nature rapproche secrètement les êtres qui nous paraissent les plus éloignés, de

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pcs exemples rares, de ces instances solitaires qu'il ne faut jamais perdre de vue, parce qu’elles tiennent au système général de l’organisation des êtres, et qu’elles en réunissent les points les plus éloignés. Mais ce n’est point ici le lieu de nous étendre sur les conséquences générales qu’on peut tirer de ces faits singuliers, non plus que sur les raftports immédiats qu’ils ont avec notre théorie de la génération : un esprit attentif les sentira d’avance, et nous aurons bientôt occasion de les jtrésenter avec plus d’avantage en les réunissant à la masse totale des autres faits qui y sont relatifs.

Comme l'ondatra est du même pays que le castor, que, comme lui, il habite sur les eaux, qu’il est en petit à peu près de la même figure, de la même couleur et du même poil, on les a souvent comparés l’un à l’autre; on assure même qu’au premier coup d’œil on prendrait un vieux ondatra pour un castor qui n’aurait qu’un mois d’âge; ils diffèrent cependant assez par la forme de la queue, pour qu’on ne puisse s’y méprendre; elle est ovale et plate horizontalement dans le castor; elle est très-allongée et plate verticalement dans l’ondatra. Au reste, ces animaux sc ressemblent assez par le naturel et l’instinct. Les ondatras, comme les castors, vivent en société pendant l’hiver; ils font de petites cabanes d’environ deux pieds et demi de diamètre, et quelquefois plus grandes, où ils se réunissentpiusieurs familles ensemble : ce n’est point, comme les marmottes, pour y dormir pendant cinq ou six mois, c’est seulement pour se mettre à l’abri de la rigueur de l’air : ces cabanes sont rondes et couvertes d’un dôme d’un pied d’épaisseur; des herbes, des joncs entrelacés et mêlés avec de la terre grasse qu'ils i)é'rissent avec les pieds, sont leurs matériaux. Leur construction est impénétrable à l'eau du ciel, et ils pratiquent des gradins en dedans, pour n’èti'e pas gagnés par l'inondation de celle de la terre. Cette cabane, qui leur sert de retraite, est couverte pendant l'hiver de plusieurs pieds de glaces cl de neiges sans qu'ils en soient incommodés. Ils ne font pas de provisions pour vivre comme les castors, mais creusent des puits et des espèces de boyaux au-dessous et à l’entour de leur demeure, pour chercher de l’eau et des racines. Ils pa.ssent ainsi l'hiver fort tristement, quoique en société, car ce n’est pas la saison de leurs amours; ils sont privés pendant tout ce temps de la lumière du ciel : aussi, lorsque l'haleine du printemps commence <à dissoudre les neiges et à découvrir les sommets de leurs habitations, les chasseurs eu ouvrent le dôme, les offusquent brusquement de la lumiéi e du jour, et assomment ou prennent tous ceux qui n’ont pas eu le temps (le gagner le«s galeries souterraines (|u’ils se sont pratiquées, et qui leur servent de derniers retranchements où on lès suit encore, car leui |ieau est précieuse cl leur chair n’est pas mauvaise à manger. Ceux qui écha|)penl à la main du cha.sseur quittent leur habitation a peu près dans ce ie,m|ts; ils sont errants pendant l'été, mais toujours deux à deux, car c esi le. U'inpsdi-s amours. Ils vivent d'herbes et .se nourrissent largement des productions nouvelles tpie levir oITre la surface do la terre : la membrane adipeuse s’étend , s’augmente, se remplit par la surabondance de cette

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bonne liourritiire; les follicules se renom ellent, se remplissent ïnissi; les parties de la génération se dérident, se gonflent; et c’est alors que ces animaux prennent une odeur de musc si forte, quelle n est pas supportable; celte odeur se fait sentir de loin, et quoique suave pour les Européens, elle déplaît si fort aux sauvages, qu’ils ont appelé puante une rivière sur les bords de laquelle babitetit en grand nombre ces rats musqués, qu'ils appellent aussi ratspuants.

Ils produisent une fois par an, et cinq ou six petits à la lois ; la durée de la gestation n’est pas longue, puisqu’ils n’entrent en amour quau commencement de l’été, et que les petits sont déjà grands au mois d octobre, lorsqu'il faut suivre leurs père et mère dans la cabane qu ils construisent de nouveau tous les ans; car on a rémarqué qu’ils ne reviennent point à leurs anciennes habitations. Leur voix est une espèce de gémissement (|ue les chasseurs imilenl pour les piper et pour les faire approcher ; leurs dents de devant sont si fortes et si propres cà ronger, (|ue quand on enferme un de ces animaux dans une caisse de bois dur, il y fait en très-peu de temps un trou assez grand pour en sortir, et c’est encore une de ces facultés naturelles qu’il a communes avec le castor, que nous n’avons pu garder enfermé qu’en doublant de fer blanc la porte de sa loge. L’ondatra ne nage ni aussi vite, ni aussi longtemps que le castor; il va plus souvent à terre; il ne court jias bien, et marche encoVe plus mal en se berçant à peu près comme une oie. Sa peau conserve une o.lcur de musc qui fait qu’on ne s’en sert pas volontiers pour fourrure; mais on emploie le second poil ou duvet dans la fabri(|ue des chapeaux.

Ces animavtx sont peu farouches, et, en les prenant petits, on peut les apprivoiser aisément; ils sont même très-jolis lorsqu’ils sont jeunes. Leur queue longue et presque nue, qui rend leur figure désagréable, est fort courte dans le premier âge : ils jouent innocemment et aussi lestement que des petits chats ; ils ne mordent point *, et on les nourrirait aisément si leur odeur n’était point incommode. L’ondatra et le desman sont, au reste, les seuls animaux des pays septentrionaux qui donnent du parfum : car l’odeur du castoreum, est très-désagréahie, et ce n’est que dans les climats chauds qu’on trouve les animaux qui fournissent le vrai musc, la civette et les autres parfums.

Le desman ou rat musqué de iMoscovie nous offrirait peut-être des singularités remarquables et analogues à celles de l’ondatra; mais il ne» paraît

* Les rats musqués de Canada, que les lluruns appellent ondatra, paissent I iierbe .■air terre et le blanc des joncs autour des lacs et des rivières; il y a plaisir à les voir manger et faire leurs petits tours quand ils sont jeunes. J en avais un très-joli : je le nourrissais du blanc des joncs et d’une ccrlidne herbe semblable au chien-dent ; je faisais de ce petit animal tout ce que je voulais , sans qu il inc mordit aucunement ; aussi n'y sont-ils pas sujets. Voyage de Sagard Thcodal, l*ai is. pages et ;}23.

I.a plante dont M. Sarrasin dit que le rat musqué sc noui iit le plus volontiers est le crilamus nrnnialictis.

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pas qu’aueun naturaliste ait été à portée de l’examiner vivant, ni de le disséquer : nous ne pouvons parler nous-mêmes que de sa forme extérieure, • celui qui est au cabinet du roi ayant été envoyé de Laponie dans un état de dessèchement qui n’a pas permis d’en faire la dissection ; je n’ajouterai donc à ce que j’en ai déjà dit que le seul regret de n’en pas savoir davantage.

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