DU RATON. 18Î
gambade plutôt qu'il ne inarclic, et ses mouvements, quoique obliques, sont tous prompts et légers.
Cet animal est originaire des contrées méridionales de l Amérique: on ne le trouve pas dans l'ancien continent; au moins les voyageurs quiont parlé des animaux de l’Afrique et des Indes orientales n’en font aucune mention : il est au contraire très-commun dans le climat cliaud de 1 Amérique, et surtout à la Jamaïque * où il habite dans les montagnes, et en i escen poui manger des cannes de sucre. On ne le trouve pas en Canada, m dans es antres parties septentrionales de ce continent, cepentant i ne l
excessivement le froid. M. Klein en a nourri un à Dantzick, nous avions a passé une nuit entière les pieds pris dans de la glace,
(lu'il ait été incommode. .
Il trempait dans l’eau, ou plutôt il détrempait tout ce qu il voulait manger:
il jetait son pain dans sa terrine ll'eau, et ne l’en retirait que quand il le voyait bien imbibé, à moins qu’il ne fût pressé par la prenait la nourriture sèche, et telle qu on la lui présentait, i me ai pa tout, mangeait aussi de tout, de la chair crue ou cuite, du poisson, i es œu , des volailles vivantes, des grains, des racines, etc.; il mangeait aussi e toutes sortes d’insectes; il se plaisait à chercher les araignées, et lorsqu U était en liberté dans un jardin, il prenait les limaçons; les hannetons, les vers. Il aimait le sucre, le lait, et les autres substances douces par dessus toute chose, à l’exception des fruits, auxquels il préférait la chair et surtou le poisson. Il se retirait au loin pour faire ses besoins : au reste il était amilier et même caressant, sautant sur les gens qu il aimait, jouant \o ontieis et d’assez bonne grâce, leste, agile, toujours en mouvement : il m a paru tenir beaucoup de la nature du maki, et un peu^lus des qualités du chien.
ADDITIOX A l’aRTICI-E DU flATON.
M. Blanquart des Salines rira écrit de Calais, le 29 octobre 1775, au su-
ict de cet animal, dans les termes suivants :
« Mon raton a vécu toujours enchaîné avant qu’il m appartint : dans cette captivité, il se montrait assez doux, quoique peu caressant. Les personnes de la maison lui faisaient toutes le même accueil; mais .1 les recevait dilfcremment ; ce qui lui plaisait de la part de l’une le révoltait de la part d une autre, sans que jamais il prit le change. »
* Voyez l’Hisloirc naturelle de la Jamaïque, par Haas Sloaiic. Londres, 1725, m folio, tome II, page 329. en anglais.
" Klein, de qiiadrup. page 62.
182 HISTOIRE INATORELIÆ DU RATOiX.
(Nous avons observe la même eliose au sujet du surikale.)
« Sa cliaînc s’est rompue quelquefois, et la liberté le rendait insolent; il s emparait d’un appartement, et ne souffrait pas qu’on y abordât. Ce n’était qiiavee peine qu'on raccommodai, ses liens. Depuis son séjour chez moi, sa servitude a été fréquemment suspendue. Sans le perdre de vue, je le laisse promener avec sa cbaine, et chaque fois mille gentillesses m’expriment sa reconnaissance. Il n’en est pas ainsi quand il s'échappe de lui-méme ; alors il rôde quelquefois trois ou quatre jours de suite sur les toits du voisillage, et descend la nuit dans les cours, entre dans les poulaillers, étrangle la volaille, lui mange la tète, et n'épargne pas surtout les pintades. Sa cbaine ne le rendait pas plus humain, mais seulement plus circonspect; il employait alors la ruse, et familiarisait les poules avec lui, leur permettait de venir partager ses repas ; et ce n’était qu’apres leur avoir inspiré la plus grande sécurité, qu’il en saisissait une et la mettait en pièces. Quelques jeunes chats ont de sa part éprouvé le même sort... Cet animal, quoique très-léger, n a que des mouvements obliques, et je doute qu’il puisse attraper d autresanimaux à la course, il ouvre merveilleusement les huîtres; il suHit d’en briser la charnière, scs pattes font le reste. Il doit avoir le tact excellent. Dans toute sa petite besogne, rarement se sert-il de la vue ni de l’odorat : pour une huître, par exemple, il la fait passer sous ses pattes de derrière; puis, sans regarder, il cherche de ses mains l’endroit le plus faible; il y enfonce ses ongles, entr’ouvre les écailles, arrache le poisson par lambeaux, n en laisse aucun vestige, sans que, dans cette opération, ses yeux ni son nez, qu il tient éloignés, lui soient d’aucun usage.
« Si le raton n’est pas fort reconnaissant des caresses qu'il reçoit, il est singulièrement sensible aux mauvais traitements. Un domestique de la maison 1 avait un jour frappé de quelques coups de fouet : vainement cet homme a-l il cherché depuis à se l'éconcilier ; ni les œufs, ni les sauterelles marines, mets délicieux pour cet animal, n’ont jamais pu le calmer. A son approche, il entre dans une sorte de rage ; les yeux étincelants, il s’élance contre lui, pousse des cris de douleur; tout ce qu’on lui présente alors, il le refuse, jusqu à ce que son ennemi disparaisse. Les accents de la colère sont (hez lui singulieis; on se ligurerait entendre tantôt le silïlemcnt du courlis, tantôt l’aboiement enroué d’un vieux chien.
« Si quelqu un le frappe, s’il est attaqué par un animal qu’il croie plus fort que lui, il n oppose aucune résistance: semblable à un hérisson, il cache sa tête et scs pattes, forme de son corps une boule : aucune plainte ne lui échappe , dans cette position, il souffrirait la mort.
« J’ai remarqué qu il ne laissait jamais ni foin ni paille dans sa niche; il préfère de coucher sur le bois. Quand on lui donne de la litière, il l’écarte dans l'in.stant même. .le ne me suis point aperçu qu’il fut sensible au froid; de trois hivers il en a passé deux exposé à toutes les riguciirs de l’air. Je l’ai vu couvert de neige, n'ayant aucun abri et se portant très-bien.'.. Je ne pense pas qu’il recherche heaiicoup la chaleur; pondant les gelées dernières,
IllSTOlRIî NAïUKIîLLE DU RATON CRABIER. 183 je lui faisais donner séparément et de i’eau tiède et de l'eau presque glacée pour détremper ses aliments : celle-ci a constamment eu la préférence. Il lui était libre de passer la nuit dans l'écurie, et souvent il dormait dans un coin de ma cour.
« Le défaut de salive, ou son peu d'abondance, est, à ce que j’inriagine, ce qui engage cet animal à laisser pénétrer d eau sa nourriture. Il n humecte point une viande fraîche et sanglante; jamais il n a mouillé une pêche ni une grappe de raisin; il plonge au contraire tout ce qui est sec au fond de sa terrine.
« Les enfants sont un des objets de sa haine; leurs pleurs 1 irritent; il fait tous ses efforts pour s’élancer sur eux. Une petite chienne qu il aime beaucoup est sévèrement corrigée par lui quand elle s avise d aboyer avec aigreur. Je ncsais pourquoi plusieurs animaux détestent également les cris. En 1770, j’avais cinq souris blanches, je m avisai par hasard d en faire crier une, les antres se jetèrent sur elle; je continuai, elles 1 étranglèrent.
« Ce raton est une femelle qui entre en chaleur au commencement de l’été. Le besoin de trouver un mêle dure plus de six semaines : pendant ce temps, on ne saurait la fixer : tout lui déplaît; à peine se nourrit-elle; cent fois le jour elle passe entre ses cuisses; puis entre ses pattes de devant, sa queue touffue, qu elle saisit par le bout avec ses dents, et qu elle agite sans cesse pour frotter ses parties naturelles. Durant cette crise, elle est à tout moment sur le dos, grognant et appelant son mâle; ce qui me ferait penser qu’elle s’accouple dans cette attitude.
« L’entier accroissement de cet animal ne s est guère fait en moinsde deux
ans et demi. »
DU RATON-CRABIER.
Orilic (les carnassiers, famille des carnivores, tribu des plantigrades, genre raton.
(COVIKB. )
Voici un animal qui nous a été envoyé de Cayenne par M. de la Rode, sous la dénomination impropre de cliicn-crabier, et qui n'a d’autre rapport avec le crabicr que l'habitude de manger également des crabes ; mais il tient beaucoup du raton par la grandeur, la forme et les proportions de la tête, du corps et de la queue; et comme nous ignorons le nom qu’il porte dans son pays natal, nous lui donnerons, en attendant que nous en soyons informés, la dénomination de raton-crabier , pour le distinguer et du raton et du crabicr, dont nous avons donité les figures.
Uet animal a été envoyé de Cayenne avec le nom et 1 indication suivante : rhim-rrabier aduhe, femelle prise nourrissant trois petits.
MJSTOlllE NATUKIiLLE '
Mais, comme nous venons de le dire, il n’a nui rapport apparent avec le crabier J il n’en a ni la forme du corps, ni la queue écailleuse. Sa longueur, tepuis le bout du museau jusqu’à l'origine de la queue, est de vingt-trois pouces six lipies, et par conséquent elle est à peu près égale à celle du raton, qui est de vingt-deux pouces six lignes j les autres dimensions sont propor- Iionnellement les mêmes entre ces deux animaux, à l’exception de la queue
qui est plus courte et beaucoup plus mince dans cet animal que celle du raton.
La couleur de ce raton-crabier est d’un fauve mêlé de noir et de gris : le noir domine sur la tête, le cou et le dosj mais le fauve est sans mélange sur les côtés du cou et du corps : le bout du nez et les naseaux sont noirs. Les plus grands poils des moustacbes ont quatre pouces de longueur, et ceux du dessus de l’angle des yeux ont deux pouces deux lignes. Une bande d un brun noirâtre environne les yeux, et s'étend presque jusqu'aux oi eilles ; elle passe sur le museau, se prolonge et s'unit au noir du sommet de la tète. Le dedans des oreilles est garni d'un poil blaucliâlre, et une bande de cette même couleur règne au-dessus des yeux, et il y a une tache blanche au milieu du front; les joues, les mâchoires, le dessous du cou, de la poitrine et du ventre, sont d'un blanc jaunâtre; les jambes et les pieds sont d'un brun noirâtre, celles de devant sont couvertes d’un poil court; les doigts sont longs et bienséparés les uns des autres. La queue est environnée de six anneaux noirs, dont les intervalles sont d un fauve grisâtre; ce qui établit encore une différence entre cet animal et le vrai raton, dont la queue longue, grosse et touffue, est seulement annelée sur la face supérieure. Ces deux especes de ratons différent encore entre elles par la couleur du poil, qui, dans le raton, est, sur le corps, d’un noir mêlé de gris et de fauve pâle, et, sur les jambes, de couleur blanchâtre, au lieu <|ue, dans celui-ci, il est d’un fauve mêlé de noir et de gris sur le corps, et d’un brun noirâtre sur les jambes. Ainsi, quoique ces deux animaux aient plusieurs rapports entre eux, leurs différences nous paraissent suffisantes pour en faire deux espèces distinctes.
LE COATI.
Ordre des carnassiers, famille des carnivores,' tribu des iilaiitigrades, genre coati.
(CüVIEB.)
Plusieurs auteurs ont appelé coati-mondi l’animal dont il est ici question, nous l’avons eu vivant, et après l’avoir comparé au coati indiqué par Thevet, et décrit par Maregrave, nous avons reconnu que c’était le même animal
DU COATI. 185
qu ils oui appelé coati tout court : et il y a toute apparence que le coatimondi n’est pas un animal d’une autre espèce, mais une simple variété de celle-ci; car Maregrave, après avoir donné la description du coati, dit précisément qu'il y a d’autres coatis qui sont d’un brun noirâtre, que l’on appelle au Brésil coati-mondi pour les distinguer des autres : il n admet donc d’autre dilTérencc entre le coati et le coati-mondi, que celle de la couleur du poil, et dès lors on ne doit pas les considérer comme deux espèces distinctes, mais les regarder comme des variétés dans la même espèce.
Le coati est très-différent du raton que nous avons décrit précédement; il est de plus petite taille; il a le corps et le cou beaucoup plus allongés, la tête aussi plus longue, ainsi que le museau, dont la mâcboire supérieure est terminée par une espèce de groin mobile, qui déborde d’un pouce ou d’un pouce et demi au-delà de l’extrémité de la mâchoire inférieure; ce groin retroussé en haut, joint au grand allongement des mâchoires, fait paraître le museau courbé et relevé en haut. Le coati a aussi les yeux beaucoup plus petits que le raton, les oreilles encore plus courtes, le poil moins long, plus rude et moins peigné; les jambes plus courtes, les pieds plus longs et plus appuyés sur le talon : il avait, comme le raton, la queue annelée *, et cinq doigts à tous les pieds.
Quelques personnes pensent que le blaireau -cochon pourrait bien être le coati, et l'on a rapporté à cet animal h taxas suillus, dont Aldrovande donne la figure : mais si l’on fait attention que le blaireau-cochon dont parlent les chasseurs est supposé se trouver en France, et môme dans les climats plus froids de notre Europe, qu’au conirairc le coati ne se trouve que dans les climats méridionaux de l’autre continent, on rejettera aisément cette idée, qui, d’ailleurs, n’est nullement fondée; car la figure donnée par Aldrovande n’est autre chose qu’un blaireau, auquel on a fait un groin de cochon. L’auteur ne dit pas qu’on ait dessiné cet animal d’après nature, et il n’en donne aucune description. Le museau très-allongé et le groin mobile en tous sens suffisent pour faire distinguer le coati de tous les autres animaux; il a, comme l’ours, une grande facilité à se tenir debout sur les pieds de derrière, qui portent en grande partie sur le talon, lequel môme est terminé par de grosses callosités qui semblent le plonger au-dehors, et augmenter l’étendue de l’assiette du pied.
Le coati est sujet à manger sa queue, qui, lorsqu’elle n’a pas été tronquée, est plus longue que son corps; il la tient ordinairement élevée, la fléchit en tous sens, et la promène avec facilité. Ce goût singulier, et qui paraît contre nature, n’est cependant pas particulier au coati : les singes, les makis, et quelques autres animaux à queue longue, rongent le bout de
* Il y a aussi des coatis dont la queue est d’une seule couleur ; mais comme ils ne diffèrent des autres que par ce seul caractère, celte différence ne nous paiait pa.s sutfire pour en faire deux espèces, et nous estimons que ce n est qu une variété dans la
même espèce,-
180 HISTOJKE NATLKELLE
Jour queue, en mangent la cliair et les vertèbres, et la raccourcissent peu à peu (I un quart ou cl un tiers, ün peut tirer de là une induction générale; c’est que dans les parties très-allongées et dont les extrémités sont par conséquent très-éloigriées des sens et du centre du sentiment, ce même sentiment est faible, et d’autant plus faible qvte la distance est plus grande et la partie plus menue : car, si l'extrémité de la queue de ces animaux était une partie fort sensible, la sensation de la douleur serait plus forte que celle de cet appétit, et ils conserveraient leur queue avec autant de soin que les autres parties de leur corps. Au reste, le coati est un animal de proie qui se nourrit de chair et de sang, qui, comme le renard ou la fouine, égorge les petits animaux, les volailles, mange les œufs, cberclie les nids des oiseaux; et c’est probablement par celte conformité de naturel, plutôt que par la ressemblance de la fouine, qu’on a regardé le coati comme une espèce de petit renard.
ADDITION A l’aKTICLE DU COATI.
Quelques personnes qui ont séjourné dans l’Amérique méridionale m’ont informé que les coatis produisent ordinairement trois petits, qu’ils se font des tanières en terre comme les renards, que leur chair a un mauvais goût de venaison, mais qu’on peut faire de leurs peaux d’assez belles fourrures, lis m’ont assuré que ces animaux s’apprivoisent fort aisément, qu’ils deviennent même très-caressants, et quils sont sujets à manger leur queue, ainsi que les sapajous, guenons, et la plupart des animaux à longue queue des climats chauds. Lorsqu’ils ont celle habitude sanguinaire, on ne peut pas les en corriger; ils continuent de ronger leur queue, et finissent par mourir, quelques soins et quelque nourriture qu’on puisse leur donner. Il semble que celle inquiétude est produite par une vive démangeaison; mais peutêtre les préserverait-on du mal qu’ils se font, en couvrant l’extrémité de la queue avec une plaque mince de métal, comme l’on couvre quelquefois les perroquets sur le ventre pour les empêcher de se déplumer.
L’AGOUTL
Ordre des rongeurs, genre cabiri. (Cuvier.)
Cet animal est de la grosseur d’un lièvre, et a été regardé comme une espèce de lapin ou de gros rat par la plupart des auteurs de nomenclature en histoire naturelle; cependant il Tie leur ressemble que par de très-petit
i)E i; AGOUTI. IS7
caraclère.s, el il cti dilTère essciiliellenieni par les liabiimles nalurelles. H a la nulesse de poil et le grognemeiil du cochon; il a aussi sa gourmandise, il mange de tout avee voraeilé; et lorsqu’il est rassasié, rempli, il cache, comme lerenard, en différents endroits ce qui lui reste d aliments, pour le trouver au besoin. Il se plaît à faire du dégât, à couper, à ronger tout ce qu’il trouve. Lorsqu’on l'irrite, son poil se liérisse sur la croupe, et il frappe fortement la terre de scs pieds de derrière ; il mord cruellement. Il ne se creuse pas un trou comme le lapin, ni ne se tient pas sur terre à découvert comme le lièvre : il habite ordinairement dans le creux des arbres et dans les souches pourries. Les fruits, les patates, le manioc sont la nourriture ordinairede ceux qui fréquentent autour dos habitations ; les feuilles et les racines des plantes et des arbrisseaux sont hîs aliments des antres, qui demeurent dans les bois et les savanes. L’agouti se sert, comme récureuil, de ses pieds de devant pour saisir et porter à sa gticule; il court d’une trèsgrande vitesse en plaine cl en montant ; mais comme il a les jambes de devant plus courtes que celles de derrière, il ferait la culbute s il ne ralentissait sa course en descendant. Il a la vue bonne el l’ouïe très-fine ; lorsqu’on le pipe, il s’arrête pour écouter. La chair de ceux qui sont gras et bien nourris n’csl pas mauvaise à manger, cfuoiqu’clle ail un petit goût sauvage et qu’elle soit un peu dure : on échaudé l’agouti comme le cochon de lait, et on l’appréle de même. On le chasse avec des chiens : lorsqu’on peut le faire entrer dans des cannes de sucre coupées, il est bientôt rendu, parce qu'il y a ordinairement dans ces terrains de la paille et des feuilles de canne d’uti pied d’épaisseur, et qu'à chaque saut qu’il fait il enfonce dans cette litière, en sorte qu’un homme peut souvent l’alieindre el le tuer avec un bâton. Ordinairement il s’enfuit d’abord très-vite devant les chiens, et gagne ensuite sa retraite, où il se tapit et demeure obstinément caché : le chasseur, pour l’obliger à en sortir, la remplit de fumée; l’animal, à demi suf foqué, jette des cris douloureux el plaintifs, et ne parait qu’à toute extrémité. Son cri, qu’il répète souvent lorsqu’on l inquièlc où qu’on l’irrite, est semblable à celui d’un petit cochon. Pris jeune, il s'apprivoise aisément; il reste à la maison, en sort seul el revient de lui-même. Ces animaux demeurent ordinairement dans les bois,dans les haies; les femelles y cherchent un endroit fourré pour préparer un lit à leurs petits ; elles font ce lit avec des feuilles et du foin. Elles produisent deux ou trois fois par an ; chaque portée n'est, dit-on, que de deux ; elles iraiisporieiu leurs petits, comme les chattes, deux ou trois jours après leur naissance; elles les portent dans des trous d'arbres, où elles ne les allaileiil que pendant peu de temps: les jeunes agoutis sont bientôt en étal de suivre leur mère et de chercher à vivre. Ainsi le temps de l’accroissement de ces animaux est assez court, et par conséquent leur vie n'est pas bien longue.
Il parait que l’agouti est un animal particulier à 1 Amérique ; il ne se trouve pas dans l’ancien continent : il semble être originaire des parties méridionales de ce nouveau monde; on le trouve très-communément au Brésil, à
188 HISTOIRi: NATURELLE DE L’AGOliTI.
la Guianc, î’i Saint-Domingue, et dans toutes les iles : il a bcsoinduii climat chaud pour subsister et se multiplier; il peut cependant vivre en France, pourvu qu’on le tienne à l’abri du froid dans un lieu sec et cliaud, surtout pendant l’iiivcr; aussi n'habite- t-il en Amérique que les contrées méridionales, et il ne s'est pas répandu dans les pays froids et tempérés. Aux îles, il n’y a qu’une espèce d’agouti, qui est celui que nous décrivons ; mais à Cayenne, dans la terre ferme de la Guiane, et au Brésil, on assure qu’il y en a deux espèces, et que celte seconde espèce, qu’on appelle agouchi, est constamment plus petite que la première. Celle dont nous parlons est certainement l’agouti : nous en sommes assurés par le témoignage de gens (jui ont demeuré longtemps à Cayenne, et qui connaissent également l’agouti et l’agouchi, que nous n’avons pas encore pu nous procurer. L’agouti que nous avons eu vivant, et dont nous donnons ici la description et la ligure était gros comme un lapin ; son poil était rude cl de couleur brune un peu mêlée de roux : il avait la lèvre supérieure fendue comme le lièvre, la queue encore plus courte que le lapin, les oreilles aussi courtes que larges, la mâchoire supérieure avancée au délà de l’inférieure, le museau comme le loir, les dents comme la marmotte, le cou long, les jambes grêles (pialrc doigts aux pieds de devant, et trois à ceux de derrière. Maregrave, et presque tous les naturalistes après lui, ont dit que l’agouti avait six doigts aux pieds de derrière : M. Rrisson est le seul qui n’ait [»as copié cette erreur de Maregrave : ayant fait sa description sur l’animal même, il n’a vu, comme nous, quelrois doigts aux pieds de derrière.
ADDITION A l’aRTICI.E DE 1,’aGüETI.
Nous avons peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit de l'agouti. M. de la Borde nous écrit seulement que c’est le quadrupède le plus commun de la Guiane : tous les bois en sont pleins, soit sur les hauteurs, soit dans les plaines, et même dans les marécages.
« 11 est, dit-il, de la grosseur d un lièvre : sa peau est dure et propre à faire des empeignes de souliers, qui durent très-longtemps. H n’a point de graisse; sa chair est aussi blanche et presque aussi bonne que celle du lapin, ayant le même goût et le même fumet. Vieux ou jeune, la chair en est toujours tendre; mais ceux du bord de la mer sont les meilleurs. On les prend avec des trappes, on les lue à l'affût, on les chasse avec des chiens. Les Indiens et les Nègres, qui savent les siffler, en tuent tant qu’ils veulent. Quand ils sont poursuivis, ils se sauvent à l'eau, ou bien ils se cachent, comme les lapins, dans des trous qu’ils ont creusés, ou dans les arbres creux. Ils mangent avec leurs pattes, comme les écureuils : leur nourriture ordinaire, et qu’ils