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plus facilenieiil, que l'île de Sainle-liclène n’a, dil-on, ni bête venimeuse, ni animal vorace.
On ne peut guère douter que les paons que Kolbe a vus au cap de Bonne-Espérance, et qu'il dit être parfaitement semblables à ceux d'Europe, quoique la figure qu’il en donne s’en éloigne beaucoup, n eussent la même origine que ceux de Sainte-Hélène, et qu’ils n’y eussent été apportés par quelques-uns des vaisseaux européens qui arrivent en loulc sur cette côte.
On peut dire la même chose de ceux que les voyageurs ont aperçus au royaume de Congo, avec des dindons <jui certainement n'étaient point des oiseaux d’Afrique, et encore de ceux que l’on trouve sur les confins d Angola, dans un bois environné de murs, où on les entretient pour le roi du pays. Cette conjecture est fortifiée par le témoignage de Bosman, qui dit, en termes formels, qu’il n’y a point de paons sur la Côte-d'Or, et que l’oiseau pris par M. de Foquembrog et par d’autres pour un paon est un oiseau tout différent appelé kroon-vogel.
De plus, la dénomination de paon d’Afrique, donnée par la plupart des voyageurs aux demoiselles de Numidic, est encore une preuve directe que l’Afrique ne produit point de paons; et, si l’on en a vu anciennement en Libye, comme le rapporte Eustathe, c'en était sans doute qui avaient passé ou qu’on avait portés dans cette contrée de l’Afrique, l’une des plus voisines de la Judée, où Salomon en avait mis longtemps auparavant; mais il ne parait pas qu’ils l’eussent adoptée pour leur patrie, et qu’ils s’y fussent beaucoup multipliés, puisqu'il y avait des lois très-sévères contre ceux qui en avaient tué, ou seulement blessé quelques-uns.
Il est donc à présumer que ce n'était point des côtes d’Afrique que la flolle de Salomon rapportait les paons, des côtes d’Afrii|uc, dis-je, où ils sont fort rares, et où l’on n’en trouve point dans l’état de sauvages; mais bien des côtes d’Asie, où ils abondent, où ils vivent presque partout en liberté, où ils subsistent et se multiplient sans le secours de l’homme, où ils ont plus de grosseur, plus de fécondité que partout ailleurs, où ils sont, en un mot, comme sont tous les animaux dans leur climat naturel.
Des Indes ils auront facilement passé dans la partie occidentale de l’Asie; aussi voyons-nous, dans Diodore de Sicile, qu'il y en avait beaucoup dans la BabylonieJ: la Médie en nourrissait aussi de très-beaux et en si grande quantité, que cet oiseau en a eu le surnom d'avis Medica. Pliilostratc parle de ceux du Phase, qui avaient une huppe bleue, et les voyageurs en ont vu en Perse.
De l’Asie ils ont passé dans la Grèce, où ils furent d’abord si rares, (pi’à Athènes on les montra pendant trente ans à chaque néoménie comme un objet de curiosité, et qu’on accourait en foule des villes voisines pour les voir.
On ne trouve pas l’époque certaine de cette migration du paon de l’Asie dans la Grèce; mais il y a preuve qu’il n'a commencé à paraître dans ce dernier pays que depuis le temps d’Alexandre, et que sa première station, au sortir de l’Asie, a été l’île de Samos.
Les paons n’ont donc paru dans la Grèce que depuis Alexandre ; car ce conquérant n’en vit pour la première fois que dans les Indes, cotnme je 1 ai déjà remarqué, et il fut tellement frappé de leur beauté, qu il détendit de les tuer sous des peines très-sévères : mais il y a toute apparence que peu de temps après Alexandre, et même avant la fin de son règne, ils devinrent fort communs; car nous voyons dans le poète Antiphanes, contemporain de ce prince, et qui lui a survécu, qu’une seule paire de paons apportée en Grèce s’y était multipliée à un tel point, qu'il y en avait autant que de cailles; et
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d ailleurs, Aristote, qui ne survécut que deux ans à son élève, parle en plusieurs endroits des paons comme d’oiseaux fort connus.
En second lieu, que I ile de Samos ait été leur première station à leur passage d Asie en Europe, c'est ce qui est probable par la position même de celte île, qui est très-voisine du continent de l'Asie; et de plus, cela est prouvé par un passage formel de Menodotus ; quelques-uns meme, forçant le sens de ce passage, et se prévalant de certaines médailles samiennes fort antiques, où était représentée Junon avec un paon à ses pieds, ont prétendu que Samos était la patrie première du paon, le vrai lieu de son origine, d où il s’était répandu dans l’Orient comme dans l’Occident : mais il est aisé de voir, en i)esaut les paroles de Menodotus, qu'il n’a voulu dire autre chose, sinon qu'on avait vu des paons à Samos avant d'en avoir vu dans aucune autre contrée situee hors du continent de l’Asie, de même qu’on avait vu dans I Eolie (ou rEtoIie)dcs méléngrides,qiti sontbien connues pourélredes oiseaux d'Afrique, avant d'en voir en aucun autre lieu de la Grèce (Veluti.... quas înekafjrtdan roc.mt ex Ætolià.) D’ailleurs, l’ile de Samos offrait aux paons un climat (pii leur convenait, puisqu’ils y subsistaient dans l'état de sauvages, et qu’Aulu-Gclle regarde ceux de cette ile comme les plus beaux de tous.
C(‘s raisons étaient plus que sulfisantes pour servir de fondement à la dénomination d'oiseau de Samos que quelques auteurs ont donnée au paon ; maison ne pourrait pas la lui appliquer aujourd'hui, puisque M. de Tournefort ne fait aucune mention du paon dans la description de cette île, qu’il dit être pleine de perdrix, de bécasses, de bécassines, de grives, de pigeons sauvages, de tourterelles, de bec-figues, et d’une volaille excellente; et il n’y a pas d'apparenee que M. de Tonrnefort ait voulu comprendre, sous la dénomination générique de volaille, un oiseau aussi considérable et aussi distingué.
Les paons, ayant passé de l’Asie dans la Grèce, se sont ensuite avancés dans les parties méridionales de l’Europe, et, de proche en proche, en France, en Allemagne, en Suisse et jusque dans la Suède, où, à la vérité, ils ne subsistent qu’eu petit nombre, à force de soins, et non sans une altération considérable de leur plumage, comme nous le verrons dans la suite.
Enfin les Européens, (|ui, |)ar I étendue do leur commerce et de leur navigation, embrassent le globe entier, les ont répandus d’abord sur les côtes d’Afriipie, et dans quelques îles adjacentes, ensuite dans le Mexique, et de là dans le Pérou et dans quelques-unes des Antilles, comme Saint-Domingue et la Jama'iquc, où l'on en voit beaucoup aujourd'hui, et où, avant cela, il n’y en avait pas un seul, par une suite de la loi gémirale du climat, qui exclut du nouveau monde tout animal terrestre attaché par sa nature aux pays chauds de 1 ancien continent; loi à laquelle les oiseaux pesants ne sont pas moins assujettis que les (juadrupédes : or, l’on ne peut nier que les paons ne soient des oiseaux pesants, et les anciens l'avaient fort bien remarqué; il ne faut que jeter un coup d’œil sur leur conformation extérieure, pour juger qu'ils ne peuvent pas voler bien haut ni bien longtemps; la grosseur du corps, la brièveté des ailes et la longueur embarrassante de la queue, sont autant d'obstacles qui les empêchent de fendre l'air avec légèreté : d’ailleurs, les climats septentrionaux ne conviennent point à leur nature, et ils n’y restent jamais de leur plein gré.
Le coq-paon n a guère moins d'ardeur pour ses femelles, ni guère moins d'acharnement à se battre avec les autres mâles que le coq ordinaire; il en aurait meme davantage, s’il était vrai ce qu’on en dit, que, lorsqu’il n’a qu’une ou deux poules, il les tourmente, les fatigue, les rend stériles à force de les
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fécoiuler, et trouble l’œuvre de la génération à force d’en répéter les actes : dans ce cas, les œufs sortent de Voviduclus avant qu’ils aient eu le temps d’acquérir leur maturité. Pour mettre â profit celle violence de tempérament, il faut donner au mâle cinq ou six femelles; au lieu que le coq ordinaire, qui peut sulTire à quinze ou vingt poules, s il est réduit à une seule, la féconde encore utilement, et la rend mère d'une multitude de petits poussins.
Les paonnes ont aussi le tempérament fort lascif; et lorsqu’elles sont privées de mâles, elles s'excitent entre elles, et en se frottant dans la poussière (car ce sont des oiseaux pulvérateurs), et se procurant une fécondité imparfaite, clics pondent des œufs clairs cl sans germe, dont il ne résulte rien de vivant; mais cela n’arrive guère {|u'au printemps, lorsque le retour d une chaleur douce et vivifiante réveille la nature cl ajoute un nouvel aiguillon au penchant qu’ont tous les êtres animés à se reproduire; et c'est peut-être par cette raison qu’on a donné à ces œufs le nom dezéphyi iens(oi’ajsep/t//n'a); non qu’on se soit persuadé qu’un doux zéphyr sullise pour imprégner les paonnes et tous les oiseaux femelles qui pondent sans la coopération du mâle, mais parce (|u’elles ne pondent guère de ces œufs que dans la nouvelle saison, annoncée ordinairement et meme désignée par les zéphyrs.
Je croirais aussi fort volontiers que la vue de leur mâle pialTanl autour d'elles, étalant sa belle queue, faisant la roue , et leur montrant toute l'cx- [ircssiou du désir, peut les animer encore davantage et leur faire produire un plus grand nombre de ces œufs stériles : mais, ceque je ne croirai jamais, c'est que ce manège agréable, ces caresses superficielles, et si j’ose ainsi parler, tonies ces courbettes de petit maître, [tuissenl opérer une fécondation véritable, tant qu’il ne s'y joindra pas une union plus intime et des approches plus efficaces; et, si quelques personnes ont cru que <les paonnes avaient été fécondées ainsi par les yeux, c’est (ju'apparemment ces paonnes avaient été couvertes réellement, sans qu’on s'en fût aperçu.
L’âge de la pleine fécondité pour ces oiseaux est à trois ans, selon Aristote et Columelle, et même selon Pline, qui, en répétant ce qu’a dit Aristote, y fait quelcjucs changements. Varrou fixe cet âge à deux ans; et des personnes qui ont observé ces oiseaux m'assurent que les femelles commencent déjà à pondre dans notre climat à un an, sans doute des œufs stériles ; mais presque tous s’accordent à dire que l’âge île trois ans est celui où les mâles ont pris leur entier accroissement, où ils sont en étal de cocher leur poule, et où la puissanee d'engendrer s’annonce en eux par une production nouvelle très-considérable, celle des longues et belles plumes de leur queue, et par riiabilude qu’ils prennent aussitôt de les déployer en se pavanant et faisant la roue; le superllu de la nourriture, n’ayant plus rien à pruduire dans l’individu, va s’employer désormais à la reproduction de l'espèce.
C est au printemps que ces oiseaux se recherchent et se joignent : si on veut les avancer, on leur donnera le malin à jeun, tous les cinq jours, des fèves légèrement grillées, selon le précepte de Columelle.
La femelle ponîl ses œufs peu de temps après qu'elle a été fécondée; elle ne pond pas tous les jours, mais seulement de trois ou quatre jours l'un. Elle ne fait qu’une ponte par an, .selon Aristote, et cette ponte est de huit œufs la première année, et de douze les années suivantes : mais cela doit s’entendre des paonnes à qui on laisse le soin de couver elles-mêmes leurs œufs cl de mener leurs petits; au lieu que, si on leur enlève leurs œ.ufs à mesure qu’elles pondent, pour les faire couver |)ar des poules vulgaires, elles feront trois pontes, selon Columelle ; la première de cini| œufs, la seconde de quatre, et la troisième de deux ou trois. Il paraît qu’elles sont moins fécondes dans ce pays-ci, où elles ne pondent guère que quatre ou cinq œufs
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par an ; et qu’au cotilraire elles sont beaucoup plus fécondes aux Indes, où, selon Pierre Martyr, elles en pondent de vingt à trente, comme je l’ai remarque plus haut. Cest qu’on général la température du climat a beaucoup d intluence sur tout ce qui a rapport à la génération, et c’est la clef de plusieurs contradictions apparentes qui se trouvent entre ce que disent les anciens et ce qui se passe sous nos yeux. Dans un pays plus chaud, les mâles seront plus ardents, ils se battront entre eux, il leur faudra un plus grand nombre de femelles, et celles-ci pondront un plus grand nombre d’œufs; au lieu que, dans un pays plus froid, elles seront moins fécondes, et les mâles moins chauds et plus paisibles.
Si on laisse à la paonne la liberté d’agir selon son instinct, elle déposera ses œufs dans un lieu secret et retiré. Ses œufs sont blancs et tachetés comme ceux de la dinde et à peu près de la même grosseur. Lorsque sa ponte est finie, elle se met à couver.
^ On prétend quelle est sujette à pondre pendant la nuit, ou plutôt a laisser échapper ses œufs de dessus le juchoir où elle est perchée; c’est pourquoi on recommande détendre de la paille au-dessous pour empêcher qu’ils ne SC brisent. *
Pendant tout le temps de I incubation, la paonne évite soigneusement le mâle, et tâche surtout de lui dérober sa marche lorsqu’elle retourne à ses œufs : car dans celte espèce, comme dans celle du coq et de bien d’autres, le mâle, plus ardent et moins fidèle au vœu de la nature, est plus occupé de son plaisir particulier que de la multiplication de son espèce; et s’il peut sui prendre la couveuse sur ses œufs, il les casse en s’approchant d’elle, et peut être y met-il de 1 intention, et cherche t-il à se délivrer d’un obstacle qui I empêche de jouir : quelques-uns ont cru qu’il ne les cassait que par son empressement a les couver lui-même; ce serait un motif bien dilîérent. L histoire naturelle aura toujours beaucoup d’incertitudes; il faudrait, pour les lui ôter, observer tout par soi-même : mais qui peut tout observer?
La paonne couve de vingt-sept à trente jours, plus ou moins, selon la température im climat et de la saison : pendant ce temps on a soin de lui mettre à portée une quantité sullisante de nourriture, de peur qu étant obligée d aller se repaître au loin, elle ne quittât ses œufs trop longtemps et ne les laissai refroidir. Il faut aussi prendre garde de la troubler dans son md , et de lui donner de l’ombrage; car, par une suite de son naturel inquiet et déliant, si elle se voit découverte, elle abandonnera ses œufs et recommencera une nouvelle ponte qui ne vaudra pas la première, à cause de la proximité de rliiver.
On prétend que la paonne ne fait jamais éclore tous scs œufs à la fois, mais que, des qu elle voit quelques poussins éclos, elle quitte tout pour les conduire : dans ce cas, il faudra jirendre les œufs qui ne seront point encore ouverts, et les mettre éclore sous une autre couveuse, ou dans un four d’incubation.
Elien nous dit que la paonne ne reste pas constamment sur ses œufs et qu elle passe quelquefois deux jours sans y revenir ; ce qui nuit à la réussite de la couvée. Mais je soupçonne quelque méprise dans ce passage d’Elieii, qui aura appliqué à l'incubation ce qu'Arisiole et Pline ont dit de la ponte, laquelle en effet est interrompue par deux ou trois jours de repos; au lieu que de pareilles interruptions dans I action de couver paraissent contraires à 1 ordre de la nature et à ce (]ui s observe dans toutes les espèces connues des oiseaux, si ce n’est dans les pays où la chaleur de l’air et du soi anproclie du degré nécessaire pour rinciibation.
Quand les petits sont éclos, il faut les laisser sous la mère pendant vingt-
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quatre heures, après quoi on pourra les transporter sous une mue. Friscli veut qu’on ne les rende à la mère que quelques jours après.
Leur première nourriture sera la farine d’orge détrempée dans du vin, du froment ramolli dans l’eau, ou même de la bouillie cuite et refroidie : dans la suite, on pourra leur donner du fromage blanc bien pressé et sans aucun pclil-lail, mêlé avec des poireaux hachés, et même des sauterelles, dont on dit qu’ils sont très-friands : mais il faut auparavant ôter les pieds à ces insectes. Quand ils auront six mois, ils mangeront du froment, de l’orge, du marc de cidre et de poiré, et même ilspinecronl l’herbe tendre; mais cette nourriture seule ne sulBrail point, quoique Athénée les appelle graminivores.
On a observé (pie les premiers jours la mère ne revenait jamais coucher, avec sa couvée, (Jans le nid ordinaire, ni même deux fois dans un même endroit; et comme cette couvée si tendre, et qui ne peut encore monter sur les arbres, est exposée à beaucoup de risques, on doit y veiller de près pendant ces premiers jours, épier l’endroit que la mère aura choisi pour son gîte, et mettre ses petits en sûreté sous une mue, ou dans une enceinte formée en plein champ avec des claies préparées, etc.
Les paonneaux, jusqu’à ce qu’ils soient un peu forts, portent mal leurs ailes, les ont traînantes, et ne savent pas encore s’en servir : dans ces commencements, la mère les prend tous les soirs sur son dos, et les porte l’un après l’autre sur la branche où ils doivent passer la nuit; le lendemain matin elle saute devant eux du haut de l’arbre en bas, et les accoutume à en faire autant pour la suivre, et à faire usage de leurs ailes.
Une mère paonne, et même une poule ordinaire, peut mener jusqu’à vingtcinq petits paonneaux, selon Columelle, mais seulement quinze, selon Palladius : et ce dernier nombre est plus que sullisant dans les pays froids, où les petits ont besoin de se réchaulfer de temps en temps, et de se mettre à l’abri sous les ailes de la mère, qui ne pourrait pas en garantir vingt-cinq à la fois.
On dit que si une poule ordinaire, qui mène ses poussins, voit une couvée de petits paonneaux, elle est tellement frappée de leur beauté, qu’elle se dégoûte de ses petits, et les abandonne pour s’attacher à ces étrangers; ce que je rapporte ici, non comme un fait vrai, mais comme un fait à vérifier, d'autant plus, qu’il me parait s’écarter du cours ordinaire de la nature, et que, dans les premiers temps, les petits paonneaux ne sont pas beaucoup plus beaux que les poussins.
A mesure que les jeunes paonneaux sc fortifient, ils commencent à se battre (surtout dans les pays chauds); et c’est pour cela que les anciens, qui paraissent s’étre beaucoup plus occupés que nous de l'éducation de ces oiseaux, les tenaient dans de petites cases séparées : mais les meilleurs endroits poulies élever, c’était, selon eux, ces petites îles qui se trouvent en quantité sur les côtes d’Italie, telles, par e.\emple, que celle de Planasie, appartenant aux Pisans : ce sont en effet les seuls endroits où l'on puisse les laisser en liberté, et presque dans l’état de sauvages, sans craindre qu’ils s’échappent, attendu qu’ils volent peu et ne nagent point du tout, et sans craindre qu’ils deviennent la proie de leurs ennemis, dont la petite ile doit être purgée; ils peuvent y vivre, selon leur naturel et leurs appétits, sans contrainte, sans inquiétude; ils y prospéraient mieux, et ce qui n’était pas néglige par les Romains, leur chair était d’un meilleur goût; seulement, pour avoir l’œil dessus, et reconnaître si leur nombre augmentait ou diminuait, on les accoutumait à se rendre tous les jours à une heure marquée et à un certain signal autour de la maison où on leur jetait quelques poignées de grain poulies attirer.
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I^orsque les petits ont iin mois d'Agc ou un peu plus, l’aigrctle commence il leur pousser, et alors ils sont nialailcs comme les ilindonncaux lorsqu iis poussent le rouge : ce n’est que de ce moment que le coq-paon les reconnaît pour les siens; car, tant qu ils n ont point d'aigrette, il les poursuit comme étrangers ; on ne doit néanmoins les mettre avec les grands que lorsqu’ils ont sept mois : et s ils ne se perchaient pas d’eux-mèmes sur le juchoir, il faut les y accoutumer, et ne point sonlfrir qu'ils dorment à terre, à cause du froid et de riiumidilé.
L’aigrette est composée de petites plumes, dont la lige est garnie, depuis la base jusqu'auprès du sommet, non de barbes, mais de petits lilets rares et détachés; le sommet est fornté de barbes ordinaires, unies ensemble, et peintes des plus belles couleurs.
Le nombre de ces petites plumes est variable; j’en ai compté vingt-cinq dans un tt âle. et trente dans une femelle : mais je n’ai pas observé un assez grand nombre d’individus pour assurer qu’il ne puisse pas y en avoir plus ou moins.
Jy aigrette n est pas un cône renversé, comme on le pourrait croire; sa hase, qui est en haut, lorme une ellipse fort allongée, dont le grand axe est |iosé selon la longueur de la tète ; toutes les plumes qui la composent ont un mouvement particulier assez sensible, par lequel elles s'approchent ou s'écartent les unes des autres, au gré de l’oiseau, et un mouvement général par lecptel l'aigrette entière tantôt se renverse en arrière, et tantôt se relève sur la tète.
Les sommets de cette aigrette ont, ainsi que tout le reste du plumage, des couleurs bien plus éclatantes dans le mâle que dans la femelle : outre cela, le coq-paon se distinguo de sa poule, dès l’âge de trois mois, par un peu de jaune qui parait au bout de I aile; dans la suite il s’en distingue par la grosseur, par un éperon à chaque pied, par la longueur de sa queue et par la faculté de la relever et d'en étaler les belles plumes, ce qui s’appelle faire la roue. Willughby croit que le paon ne partage qu'avec le dindon cette faculté remarquable ; cependant on verra, dans le cours de celte histoire, qu’elle leur est commune avec quelques tétras ou co(|s de bruyère, ([uelqucs pigeons, etc.
Les plumes de la queue, ou plutôt ces longues couvertures qui naissent de dessus le dos auprès du croupion, sont en grand ce que celles de l'aigrette sont en petit; leur tige est pareillement garnie, depuis sa base jusque près de l’extrémité, de filets détachés de couleur changeante, et elle se termine par une plaque de barbes réunies, ornée de ce qu’on appelle l’œ*’/ ou le TOiVotr ; c est une tache brillante, émaillée des plus belles couleurs, jaune doré de plusieurs nuances, vert changeant en bleu et en violet éclatant, selon les dilTérents aspects, et tout cela empruntant encore un nouveau lustre de la couleur du centre, qui est un beau noir velouté.
Les deux plumes du milieu ont environ quatre pieds et demi, et sont les plus longues de toutes, les latérales allant toujours en diminuant de longueur jusqu à la plus exiérieure. L’aigrcile ne tombe [>oint; mais la queue tombe chaque année, en tout ou en partie, vers la (in de juillet, et repousse au printemps ; et pendant cet intervalle l'oiseau est triste et se cache.
|ya couleur la plus permanente de la tète, de la gorge, du cou et de la poitrine, c’est le bleu avec dilférents reflets de violet, d’or et de vert éclatatit : tous ces refiets, qui renaissent et se multiplient sans cesse sur son plumage, sont une rcssotirce (pie la nature semble s’être ménagée pour y faire paraître successivement et sans confusion un nombre de couleurs beaucoup plus grand (|uc son étendue lïe semblait le comporter; ce n’est qu’à la faveur de