‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 108 sur 525 · DU PAON · texte numérisé non relu

DU PAON

cette heureuse industrie que le paon pouvait sulïire à recevoir tous les dons qu’elle lui destinait.

De cliaquc côte de la tète on voit un renflement formé par les petites plumes qui recouvrent le trou de l’oreille.

Les paons paraissent sc caresser rcci|)roqucment avec le bec : mais en y regardant de plus près, j’ai reconnu qu’ils se grattaient les uns les autres autour de la tète, où ils ont des poux très-vifs et très-agiles; on les voit courir sur la peau blanche qui entoure leurs yeux, et cela ne peut manquer de leur causer une sensation incommode : aussi se prèlcnt-ils avec bcaucoiqi de complaisance lorsqu’un autre les gratte.

(Jes oiseaux se rendent les maîtres dans la basse-cour et se font respecter de l’autre volaille, qui n’ose prendre sa pâture qu’après tpi'ils ont fini leur repas. I.eur façon de manger est à peu près celle des gallinacés; ils saisissent le grain de la pointe du bec et l’avalent sans le broyer.

Pour boire ils plongent le bec dans l eau, où ils font cinq ou six mouvements assez prompts de la mâchoire inferieure; puis en se relevant et tetiant leur tète dans une situation horizontale, ils avalent l’eau dont leur houchc s'était remplie, sans faire aucun mouvement du bec.

Les aliments sont reçus dans l œsophagc, où l'on a observé, un peu audessus de l oriflce antérieur de l’cstornac, un bulbe glanduleux rempli de petits tuyaux qui donnent en abondance une liqueur limpide.

L’estomac est revêtu à I extérieur d’un grand nombre de fibres motrices.

Dans un de ces oiseaux qui a été disséqué par (iaspard Dartholin, il y avait bien deux conduits biliaires; mais il ne se trouva qu'un seul canal pancréatique, quoique d’ordinaire il y en ait deux datis les oiseaux.

Le cœca/n était double et dirigé d arrière en avant; il égalait en longueur tous les autres intestitis ensemble, et les surpassait en capacité.

Le croupion est très-gros, parce qu'il est chargé de muscles qui servent à redresser la queue et à l'épanouir.

Les excréments sont ordinairement moulés et charges d’un peu de cette matière blanche qui se trouve sur les excréments de tous les gallinacés et de beaucoup d’autres oiseaux.

On m’assure qu'ils dorment tantôt en cachant la tête sous l’aile, tantôt en faisant rentrer leur cou en eux-mémes et ayant le bec au vent.

Les paons aiment la propreté, et c’est par cette raison qu’ils tâchent de recouvrir et d’enfouir leurs ordures, et non parce (lu’ils envient ù l’Iiomme les avantages <ju’il pourrait retirer de leurs excréments qu’on dit être bons pour le mal des yeux, pour améliorer la terre, etc., mais dont apparemment ils ne connaissent pas toutes les |)ro[)riétés.

Quoiqu ils ne puissent pas voler beaucoup, ils aiment à grimper : ils passent ordinairement la nuit sur les combles des maisons, où ils causent beaucoup de dommage, et sur les arbres les plus élevés : c’est de là qu'ils font souvent entendre leur voix qu'on s’accorde à trouver désagréable, peut-être parce qu’elle trouble le sommeil, et d’après laquelle on prétend que s’est formé leur nom dans presque toutes les langues.

On prétend que la femelle n’a qu’un setil cri qu’elle ne fait guère entendre qu’au printemps, mais que le. mâle en a trois; pour moi, j’ai reconnu qu’il avait deux tons : l’un plus grave, qui lient plus du hautbois; l'autre |)lus aigu, précisément à l’octave du premier, et (pii lient plus des sons [lerçants de la trompette; et j'avoue ipi’â mon oreille ces deux tons n’ont rien de choquant, de même que je n’ai rien pu voir de difforme dans ses pieds; et ce n’est qu'en prêtant aux paons nos mauvais raisonnements et même nos vices, qu’on a |)u siqiposer que leur cri n'ctail autre chose qu'un gémissement

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arrachéà leur vaiiilé, toutes les (ois qu'ils aperçoivent la laideur de leurs pieds.

Ihéopliraste avance que leurs cris souvent répétés sont un présage de pluie; d autres qu’ils l’annoncent aussi lorsqu’ils grimpent plus haut que de coutume; d’autres, que ces mômes cris pronostiquaient la mort de quelque voisin; d autres, enfin, que ces oiseaux portaient toujours sous l’aile un morceau de racine de lin comme un amulette naturel, pour se préserver des fascinations... ; tant il est vrai que toute chose, dont on a beaucoup parlé, a fait dire beaucoup d’inepties !

Outre les différents cris dont j’ai fait mention, le mâle et la femelle produisent encore un certain bruit sourd, un craquement étouffé, une voix intérieure et renfermée, qu ils répètent souvent et quand ils sont inquiets, et quand ils paraissent tranquilles ou même contents.

Pline dit (|u on a remarqué de la sympathie entre les pigeons et les paons; et Cléarqne parle d un de ces derniers qui avait pris un tel attachement pour une jeune personne, que, l’ayant vue mourir, il ne put lui survivre. Mais une sympathie plus naturelle et mieux fondée, c’est celle qui a été observée entre les paons et les dindons : ces deux oiseaux sont du petit nombre des oiseaux qui redressent leur queue et fout la roue; ce qui su[)pose bien des qualités communes : aussi s accordent-ils mieux ensemble qu’avec tout le l’este de la volaille; et Ion prétend même quon a vu un coq-paon couvrir une poule d inde, ce qui indiquerait une grande analogie entre les deux espèces,

La durée de la vie du paon est de vingt-cinq ans, selon les anciens; et cette détermination me parait bien fondée, puisqu’on sait que le paon est entièrement formé avant trois ans, et que les oiseaux en général vivent plus longtemps que les i|uadrupèdes, parce que leurs os sont plus ductiles : mais je suis surpris que M. Willughby ait cru, sur l’autorité d’Elien, que cet oiseau vivait jusqu à cent ans, d’autant plus que le récit d’Élieii est mêlé de plusieurs circonstances visiblement fabuleuses.

J’ai déjà dit que le paon se nourrissait de toutes sortes de grains, comme les gallinacés : les anciens lui donnaient ordinairement par mois un boisseau de froment pesant environ vingt livres. Il est bon desavoir que la fleur de sureau leur est contraire, et que la feuillle d’ortie est mortelle aux jeunes paonneaux, selon Franzius.

Comme les paons vivent aux Indes dans l’état de sauvages, c’est aussi dans ce pays qu’on a inventé l’art de leur donner la chasse ; on ne peut guère les approcher de jour, quoiqu’ils se répandent dans les champs par troupes assez nombreuses, parce que, dès qu’ils découvrent le chasseur, ils fuient devant lui plus vite que la perdrix, et s’enfoncent dans des broussailles où il n’est guère possible de les suivre; ce n’est donc que la nuit qu’on parvient à les prendre, et voici de quelle manière se fait cette chasse aux environs de Cambaie :

On s’approche de l’arbre sur lequel ils sont perchés ; on leur présente une espèce de bannière qui porte deux chandelles allumées, et où l’on a peint des paons au naturel : le paon, ébloui par cette lumière, ou bien occupé à considérer les paons en peinture qui sont sur la bannière, avance le cou, le retire, l’allonge encore, et lorsqu’il se trouve dans un nœud coulant qui y a été placé exprès, on tire la corde et on se rend maître de l’oiseau.

Nous avons vu que les Grecs faisaient grand cas du paon, mais ce n’était que pour rassasier leurs yeux de la beauté de son plumage; au lieu que les Romains, qui ont poussé plus loin tous les excès du luxe, parce qu’ils étaient plus puissants, se sont rassasiés réellement de sa chair : ce fut l’orateur Hortensius qui imagina le premier d’en faire servir sur sa table, et son

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